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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2002217

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2002217

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2002217
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL MAUBANT SARRAZIN VIBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2020, Mme A B, représentée par Me Soucy et Me Vibert, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les travaux réalisés dans la maison dont elle propriétaire à Fromentières ont la nature de travaux de réparation, d'entretien et d'amélioration et non de reconstruction ou d'agrandissement ; ces travaux n'ont entraîné aucune augmentation de la surface habitable et n'ont pas affecté de manière importante le gros œuvre ; si certains travaux ont pu affecter le gros-œuvre, ils présentent un caractère dissociable des autres travaux de réparation, d'entretien ou d'amélioration ; le montant des dépenses déductibles s'élève ainsi à 126 265,35 euros pour l'année 2015 et à 340,63 euros pour l'année 2016 ;

- les frais engagés répondent à la définition des dépenses de réparation et d'entretien ou des dépenses d'amélioration telles que définies par les paragraphes n° 110, 130 et 140 de l'instruction BOI-RFPI-BASE-20-30-10 ;

- les travaux de réparation, d'entretien ou d'amélioration sont dissociables des travaux de reconstruction et présentent donc un caractère déductible comme le prévoient les énonciations contenues au paragraphe 230 de l'instruction BOI-RFPI-BASE-20-30-20.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2021, le directeur départemental des finances publiques de la Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'étendue du litige doit être limitée à la somme de 10 987 euros dès lors qu'un dégrèvement de 467 euros a été prononcé le 4 mars 2020 ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

L'instruction a été close avec effet immédiat le 16 novembre 2022 en application des dispositions combinées des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin de décharge présentées par Mme B à hauteur des dégrèvements prononcés par le directeur départemental des finances publiques de la Marne le 4 mars 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gauthier-Ameil, conseiller,

- et les conclusions de M. Torrente, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a fait l'objet d'un contrôle sur pièces à l'issue duquel l'administration lui a notifié, par une proposition de rectification du 19 juin 2019, des suppléments d'imposition en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales résultant, notamment, de la remise en cause de déficits fonciers consécutifs aux travaux réalisés au cours des années 2015 et 2016 dans une maison dont elle est propriétaire sur le territoire de la commune de Fromentières. Mme B demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision en date du 4 mars 2020, antérieure à l'enregistrement de la requête, le directeur départemental des finances publiques de la Marne a prononcé un dégrèvement des pénalités afférentes aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à la charge de Mme B, à hauteur de 352 euros au titre de la majoration prévue par l'article 1758 A du code général des impôts et de 115 euros au titre des intérêts de retard. Les conclusions relatives à ces impositions étaient, par suite, dépourvues d'objet dès l'enregistrement de la requête et sont, dès lors, irrecevables.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la loi fiscale :

3. Aux termes de l'article 31 du code général des impôts : " I. Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : / 1° Pour les propriétés urbaines : / a) Les dépenses de réparation et d'entretien effectivement supportées par le propriétaire () / b) Les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux d'habitation, à l'exclusion des frais correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement () ". Au sens de ces dispositions, doivent être regardés comme des travaux de reconstruction ceux qui comportent la création de nouveaux locaux d'habitation ou qui ont pour effet d'apporter une modification importante au gros œuvre, ainsi que les travaux d'aménagement interne qui, par leur importance, équivalent à des travaux de reconstruction, et, comme des travaux d'agrandissement, ceux qui ont pour effet d'accroître le volume ou la surface habitable des locaux existants.

4. L'administration a considéré que les dépenses de travaux engagées en 2015 et 2016 par Mme B dans une maison d'habitation dont elle est propriétaire sur le territoire de la commune de Fromentières devaient être regardées comme correspondant à des dépenses de travaux de reconstruction et d'agrandissement, non déductibles pour la détermination du revenu net, en application des dispositions précitées de l'article 31 du code général des impôts.

5. En premier lieu, l'administration a estimé que les travaux entrepris par Mme B dans la maison dont elle est propriétaire avaient entraîné une augmentation de la surface habitable, laquelle est de 94,71 m² après travaux, de sorte qu'ils devaient être qualifiés de travaux d'agrandissement. Si Mme B soutient que les travaux ont porté sur une maison d'une surface avant travaux de 90m² comprenant au rez-de-chaussée, une cuisine, une salle à manger, une salle de bains, des sanitaires et une chambre, et comprenant à l'étage une chambre et un grenier, il ressort des mentions de l'acte de propriété, datant de 1979, que l'immeuble était constitué d'un corps de bâtiments d'habitation et d'exploitation comprenant trois pièces ainsi qu'une grange de trois travées. Il résulte en outre des plans des travaux joints au dossier de demande de subvention adressée par la requérante à l'agence nationale de l'habitat, qui mentionnent une surface habitable avant travaux de 39,4 mètres carrés et, après travaux, de 94,71 mètres carrés, que la pièce adjacente à la pièce de vie d'une surface de 37,32m², qui était initialement à usage d'étable, était utilisée comme garage. En outre, la requérante n'apporte aucun élément permettant d'établir que la pièce de 24,52 m² se trouvant à l'étage de la maison était antérieurement pourvue d'aménagements la rendant habitable. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a estimé que les travaux entrepris par Mme B avaient conduit à une augmentation de la surface habitable et présentaient, ainsi, la nature de travaux d'agrandissement.

6. En second lieu, l'administration fiscale a également estimé que les travaux litigieux devaient être regardés comme des travaux de reconstruction dès lors qu'ils ont apporté une modification importante au gros œuvre. Contrairement à ce que soutient l'administration, les circonstances selon lesquelles Mme B a évoqué, dans un courrier, une maison " reconstruite " et non " réhabilitée " et aurait déposé une déclaration préalable, et selon lesquelles l'agence nationale de l'habitat a qualifié les travaux de " lourds ", ne sauraient établir à elles-seules une atteinte importante au gros œuvre. En revanche, il ressort des libellés des factures produites par la requérante que les travaux qui ont, pour partie, concerné la démolition des plafonds et des sols existants, la dépose des solives, la création dans un " gros mur " d'une ouverture donnant accès au garage ou encore l'élargissement et le remplacement des linteaux au niveau des fenêtres, ont porté une atteinte importante au gros œuvre et doivent, dès lors, être qualifiés de travaux de reconstruction.

7. En dernier lieu, Mme B soutient que certaines dépenses relatives à des travaux d'entretien, de réparation ou d'amélioration présentent un caractère dissociable des travaux de reconstruction. Toutefois, la requérante se borne à produire des factures globalisées qui ne permettent pas d'identifier les espaces de la maison dans lesquels les travaux ont été réalisés, à la seule exception de la facture " SARL O'Courant n° FN00148 " mentionnant des travaux réalisés dans le salon, lequel était déjà à usage d'habitation avant la réalisation des travaux, pour un montant de 1 786 euros toutes taxes comprises, et qui présentent dès lors un caractère déductible. Par ailleurs, les postes " piochement et dégrossi sur mur pignon intérieur et extérieur " sur la facture Michel Guenon, n° 110409, pour un montant toutes taxes comprises de 1 051 euros, " piochement du vieil enduit extérieur ", " joints de pierre finition gratté " et " enduit des tableaux " de la facture Michel Guenon, n° 110448, pour des montants respectifs toutes taxes comprises de 2 986 euros, 5 017 euros et 828 euros, se rapportent au ravalement des façades extérieures de la maison et présentent donc un caractère dissociable des travaux d'agrandissement de reconstruction. Enfin, les dépenses afférentes aux frais d'architecte, d'un montant de 1 183,61 euros toutes taxes comprises sont déductibles au prorata de la surface de la maison initialement destinée à un usage d'habitation, soit 42%, pour un montant déductible de 497 euros.

En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :

8. Mme B n'est pas fondée à se prévaloir des énonciations contenues aux paragraphes n° 110, 130 et 140 de l'instruction BOI-RFPI-BASE-20-30-10 ainsi qu'au paragraphe n° 230 de l'instruction BOI-RFPI-BASE-20-30-20, qui ne contiennent pas d'interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander la réduction de ses bases d'imposition à hauteur de 10 379 euros.

Sur les frais de l'instance :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que Mme B demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : Les bases d'imposition à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales de Mme B au titre des années 2016 et 2017 sont réduites à concurrence de l'imputation d'un déficit foncier d'un montant de 10 379 euros.

Article 2 : Mme B est déchargée des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017 correspondant à la réduction des bases d'imposition définies à l'article 1er.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur départemental des finances publiques de la Marne.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

Mme Castellani, première conseillère,

M. Gauthier-Ameil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le rapporteur,

Signé

F. GAUTHIER-AMEILLa présidente,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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