vendredi 26 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2100017 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | AARPI MARUANI MAURA DELGOVE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et des mémoires enregistrés le 4 janvier 2021 ainsi que les 17 mars et 17 mai 2022 sous le n° 2100017, M. E D demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier de Charleville-Mézières à lui verser la somme de 204 144,90 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison des fautes commises lors de sa prise en charge à compter du 28 juin 2016 ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Charleville-Mézières la somme de 15 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le centre hospitalier de Charleville-Mézières a commis différents manquements fautifs dans sa prise en charge, reconnus par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux de Champagne-Ardenne à la suite du rapport d'expertise qu'elle avait ordonnée, qui sont de nature à engager sa responsabilité ;
- des frais médicaux sont demeurés à sa charge pour un montant de 337,59 euros ;
- il a subi des pertes de gains professionnels actuels et futurs tant au regard de son activité principale que de celle de pompier volontaire pour des montants respectifs de 9 383 euros et 1 964,73 euros ;
- l'incidence professionnelle sera indemnisée à la somme de 20 000 euros ;
- son état a nécessité l'aide d'une tierce personne pendant 307 jours, à raison de 2 heures par jour, lui ouvrant droit à une indemnisation à hauteur de 12 280 euros ;
- différents frais autres que médicaux ont été exposés pour un montant de 18 479,58 euros, notamment d'acquisition d'un lit adapté pour une somme de 2 238 euros ;
- le déficit fonctionnel temporaire, total et partiel, sera indemnisé à hauteur de 4 200 euros ;
- les souffrances endurées, évaluées à 4,5/7, donneront lieu au versement de la somme de 25 000 euros ;
- le préjudice esthétique temporaire, estimé à 4/7, sera indemnisé à hauteur de 3 000 euros ;
- au titre du déficit fonctionnel permanent, déterminé à 35 % par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux de Champagne-Ardenne, il lui sera alloué une somme de 87 500 euros ;
- le préjudice esthétique permanent, mesuré à 2,5/7, sera indemnisé à 7 000 euros ;
- le préjudice d'agrément sera indemnisé à la somme de 10 000 euros ;
- son état de santé est évolutif, une somme de 15 000 euros lui sera allouée en réparation de ce poste de préjudice ;
- au titre du préjudice sexuel, l'hôpital sera condamné à lui verser la somme de 5 000 euros ;
- les conclusions dirigées contre la société hospitalière d'assurances mutuelles sont abandonnées.
Par un mémoire enregistré le 11 février 2021, la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne conclut à ce que le centre hospitalier de Charleville-Mézières soit condamné à lui verser 6 729,45 euros au titre des prestations versées à M. D, assortis des intérêts au taux légal à compter de la mise à disposition du jugement, 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, et à 100 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire enregistré le 4 avril 2022, la société hospitalière d'assurances mutuelles, représentée par Me Journé-Léau, conclut à sa mise hors de cause et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par des mémoires en défense enregistrés les 2 mai, 17 juin et 19 juillet 2022 ainsi que les 30 janvier et 14 avril 2023, le centre hospitalier de Charleville-Mézières, représenté par Me Tordjman, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à ce que le tribunal :
- limite l'indemnisation de M. D à la somme de 48 835,55 euros et donc le condamne à lui reverser la somme de 1 164,45 euros, compte tenu de la provision de 50 000 euros déjà acquittée ;
- rejette les prétentions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne ;
- rejette la demande formulée par le garde des sceaux, ministre de justice ou, à défaut la limite à la somme de 49 673,84 euros ;
- rejette la demande de la mutuelle du ministère de la justice ou, à défaut limite la somme à allouer à 8 091,15 euros ;
- réduise le montant des frais de justice à la somme de 4 200 euros ;
- rejette les demandes de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne et de la mutuelle du ministère de la justice présentées au même titre.
Par un mémoire enregistré le 20 juin 2022, le garde des sceaux, ministre de justice conclut à ce que le centre hospitalier de Charleville-Mézières soit condamné à verser à l'Etat la somme de 94 246,10 euros, assortie des intérêts.
Par un mémoire enregistré le 7 avril 2023, la mutuelle du ministère de la justice, représentée par Me Delgove, conclut à ce que le centre hospitalier de Charleville-Mézières et son assureur soient condamnés à lui verser la somme de 9 356,02 euros et à ce qu'une somme de 1 200 euros soit mise à leur charge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un courrier du 17 avril 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que la demande de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne tendant à ce que lui soient alloués, à compter de la date du jugement à intervenir, des intérêts au taux légal sur la somme que le centre hospitalier de Charleville-Mézières est susceptible d'être condamnée à lui verser est dépourvue de tout objet et par suite irrecevable dès lors qu'en vertu de l'article 1231-7 du code civil et même en l'absence de demande en ce sens, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution.
Les parties n'ont pas produit d'observations en réponse.
II. Par une requête et des mémoires enregistrés le 4 janvier 2021, les 17 mars et 16 mai 2022 sous le n° 2100018, M. A D demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier de Charleville-Mézières à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation du préjudice moral qu'il estime avoir subi en raison des fautes commises lors de la prise en charge de son père à compter du 28 juin 2016 ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Charleville-Mézières la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;
3°) de constater qu'il abandonne ses prétentions à l'égard de la société hospitalière d'assurances mutuelles ;
4°) de rejeter la demande du centre hospitalier de Charleville-Mézières présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est une victime indirecte ;
- il a été affecté par les souffrances quotidiennes endurées par son père avec lequel les liens n'ont jamais été rompus depuis sa naissance ;
- son préjudice moral sera indemnisé à hauteur de 15 000 euros ;
- il renonce à ses prétentions à l'égard de la société hospitalière d'assurances mutuelles ;
- il justifie de l'acquittement d'une facture s'agissant des frais de justice.
Par un mémoire enregistré le 4 avril 2022, la société hospitalière d'assurances mutuelles, représentée par Me Journé-Léau, conclut à sa mise hors de cause et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par des mémoires en défense enregistrés les 2 mai et 17 juin 2022, le centre hospitalier de Charleville-Mézières, représenté par Me Tordjman, conclut au rejet de la demande et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à la mutuelle du ministère de la justice, qui n'a pas produit d'observations.
III. Par une requête et des mémoires enregistrés le 4 janvier 2021, les 17 mars et 16 mai 2022 sous le n° 2100019, Mme C D demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier de Charleville-Mézières à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi en raison des fautes commises lors de la prise en charge de son père à compter du 28 juin 2016 ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Charleville-Mézières la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;
3°) de constater qu'elle abandonne ses prétentions à l'égard de la société hospitalière d'assurances mutuelles ;
4°) de rejeter la demande du centre hospitalier de Charleville-Mézières présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est une victime indirecte ;
- elle a été affectée par les souffrances quotidiennes endurées par son père avec lequel les liens n'ont jamais été rompus depuis sa naissance ;
- son préjudice moral sera indemnisé à hauteur de 15 000 euros ;
- elle renonce à ses prétentions à l'égard de la société hospitalière d'assurances mutuelles ;
- elle justifie de l'acquittement d'une facture s'agissant des frais de justice.
Par un mémoire enregistré le 4 avril 2022, la société hospitalière d'assurances mutuelles, représentée par Me Journé-Léau, conclut à sa mise hors de cause et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par des mémoires en défense enregistrés les 2 mai et 17 juin 2022, le centre hospitalier de Charleville-Mézières, représenté par Me Tordjman, conclut au rejet de la demande et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à la mutuelle du ministère de la justice, qui n'a pas produit d'observations.
IV. Par une requête et des mémoires enregistrés le 4 janvier 2021, les 17 mars et 16 mai 2022 sous le n° 2100020, Mme B D demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier de Charleville-Mézières à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi en raison des fautes commises lors de la prise en charge de son époux à compter du 28 juin 2016 ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Charleville-Mézières la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;
3°) de constater qu'elle abandonne ses prétentions à l'égard de la société hospitalière d'assurances mutuelles ;
4°) de rejeter la demande du centre hospitalier de Charleville-Mézières présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est une victime indirecte ;
- elle a été affectée par les souffrances quotidiennes endurées par son époux ;
- son préjudice moral sera indemnisé à hauteur de 15 000 euros ;
- elle renonce à ses prétentions à l'égard de la société hospitalière d'assurances mutuelles ;
- elle justifie de l'acquittement d'une facture s'agissant des frais de justice.
Par un mémoire enregistré le 23 mars 2021, la société hospitalière d'assurances mutuelles, représentée par Me Journé-Léau, conclut à sa mise hors de cause, à ce que Mme D soit condamnée à lui verser la somme de 5 000 euros de dommages et intérêts pour procédure abusive et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par des mémoires en défense enregistrés les 2 mai et 17 juin 2022, le centre hospitalier de Charleville-Mézières, représenté par Me Tordjman, conclut au rejet de la demande et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à la mutuelle du ministère de la justice, qui n'a pas produit d'observations.
Vu :
- l'ordonnance n° 2001790 du 26 mars 2021 du juge des référés du tribunal condamnant le centre hospitalier de Charleville-Mézières à verser à M. D une provision de 50 000 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code général de la fonction publique ;
- l'ordonnance n° 59-76 du 7 janvier 1959 ;
- la loi n° 85-667 du 5 juillet 1985 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le décret n° 2010-997 du 26 août 2010 ;
- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Maleyre,
- les conclusions de M. Deschamps, rapporteur public,
- les observations de M. D,
- les observations de Me Laseraz pour le compte du centre hospitalier de Charleville-Mézières,
- et celles de Me Sammut au profit de la société hospitalière d'assurances mutuelles devenue la société Relyens Mutual Insurance.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, né le 24 avril 1973, appartient au corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire avec le grade de surveillant brigadier. Souffrant d'obésité morbide, il s'est fait poser un anneau gastrique en 2004. A la suite de deux glissements de cet anneau, il a été décidé de procéder à sa dépose puis, ultérieurement, à la réalisation d'une gastrectomie longitudinale. L'intervention, par coelioscopie, a eu lieu le 28 juin 2016 au centre hospitalier de Charleville-Mézières (CHCM). En raison de l'existence d'un syndrome adhérentiel majeur, le chirurgien a décidé de réaliser la gastrectomie longitudinale à la suite de l'enlèvement de l'anneau gastrique. En fin d'intervention, un test d'étanchéité a été réalisé à l'aide d'une sonde de calibrage de l'estomac dotée d'un ballonnet gonflable servant à définir le volume gastrique. Toutefois, le bleu de méthylène liquide a été injecté non dans la sonde elle-même mais dans son ballonnet et la pression a déchiré le tube de gastrectomie longitudinale, causant une plaie de 3 centimètres. Celle-ci a été réparée mais le retrait de la sonde a été réalisé alors que le ballonnet était gonflé, causant une compression trachéale à l'origine d'une désaturation du patient. Le dégonflage du ballonnet a permis de mettre fin aux problèmes ventilatoires. Le lendemain, les fortes douleurs subies par M. D ont conduit à la réalisation d'un scanner et d'un examen biologique qui ont fait apparaître, pour le premier, des complications évoquant une rupture de l'œsophage et, pour le second, un syndrome infectieux. Le requérant a alors été transféré au centre hospitalier universitaire (CHU) d'Amiens où il a subi, le jour même, une nouvelle opération en deux temps, marquée notamment par une oesophagectomie totale et suivie de diverses complications. M. D est sorti de l'hôpital le 22 juillet 2016. Il a été réhospitalisé le 27 juillet 2016 pour des examens à l'issue desquels a été décidé une coloplastie qui sera réalisée le 21 novembre 2016. Il a regagné son domicile le 7 décembre suivant. M. D a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) Champagne-Ardenne le 6 octobre 2017, laquelle a diligenté une expertise. A la suite du rapport d'expertise du 15 janvier 2018, la CCI a émis un avis le 29 mars suivant aux termes duquel elle reconnaissait que la réparation des préjudices subis par l'intéressé incombait au CHCM en raison des fautes commises au cours de l'opération. Le 4 septembre 2020, l'intéressé a sollicité du juge des référés du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne l'allocation d'une provision. Par une ordonnance du 26 mars 2021, le CHCM a été condamné à verser une somme de 50 000 euros à M. D. Par les quatre requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, l'intéressé demande, dans le dernier état de ses écritures, à ce que le CHCM soit condamné à lui verser la somme de 204 144,90 euros en réparation des préjudices qu'il impute aux fautes commises par ce dernier dans sa prise en charge à compter du 28 juin 2016. Son épouse ainsi que ses deux enfants sollicitent la condamnation de l'hôpital à leur verser la somme de 15 000 euros chacun.
Sur les conclusions de la requête enregistrée sous le n° 2100017 :
En ce qui concerne la responsabilité du CHCM :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
3. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expertise ordonnée par la CCI, en premier lieu, que, pour la réalisation de la gastrectomie longitudinale, une sonde de calibrage de l'estomac à ballonnet gonflable, servant généralement pour définir le volume gastrique lors de la pause d'un anneau gastrique, a été utilisée à la place d'une bougie ou d'un tube de Fauche, recommandés en pareil cas. En deuxième lieu, le sérum teinté au bleu de méthylène pour la réalisation du test d'étanchéité a été introduit, non dans la sonde mais dans le ballonnet, dont le gonflement a provoqué la déchirure, en méconnaissance des données acquises de la science. En troisième lieu, la sonde a été retirée sans, au préalable, procéder au dégonflement du ballonnet, circonstance qui a généré la dilacération de l'œsophage et la compression de la trachée. Ces éléments, qui ne sont pas contestés par l'établissement de santé, sont constitutifs de fautes techniques médicales de nature à engager la responsabilité du CHCM.
En ce qui concerne l'étendue de la réparation :
4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert, que les fautes commises par le CHCM sont à l'origine de l'intégralité des préjudices subis par M. D.
En ce qui concerne les préjudices :
5. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert, que la date de consolidation doit être fixée au 20 juin 2017.
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
Quant aux frais de santé demeurés à la charge de M. D :
6. M. D sollicite la somme de 337,59 euros au titre de ce chef de préjudice. Toutefois, il résulte des pièces versées à l'instruction que ces dépenses sont justifiées à hauteur d'une somme totale de 157,50 euros qui est admise par le centre hospitalier. Dans ces conditions, l'indemnisation des dépenses de santé actuelles sera limitée à cette somme.
Quant aux frais divers :
7. M. D sollicite la condamnation du CHCM à lui verser la somme de 18 479,58 euros au titre de frais divers qu'il a dû exposer en lien avec les fautes de l'hôpital. Tout d'abord, si le requérant demande le remboursement de frais de déplacement au CHU d'Amiens, les documents qu'il produit, composés notamment de tickets de péage et d'essence, ne permettent pas de les rattacher à ses rendez-vous médicaux, à l'exception de la journée du 19 novembre 2016 pour un montant de 29,80 euros. Ensuite, M. D ne démontre pas que les frais d'affranchissement et de vêtements qu'il réclame sont en lien direct et certain avec les conséquences des fautes commises par le centre hospitalier. En outre, les frais de téléphone et de télévision exposés lors des hospitalisations qui ne revêtent pas un caractère indispensable doivent rester à la charge du requérant. Enfin, M. D n'est pas fondé à demander dans le cadre de l'indemnisation de ses propres préjudices la prise en charge des déplacements et des frais de logement de son épouse. En revanche, l'expert a relevé que l'état de santé de l'intéressé nécessitait l'acquisition d'un lit médicalisé. Le requérant produit un bon de commande et des photos attestant qu'il a acquitté une telle somme, sans que le CHCM ne puisse en remettre sérieusement en cause le montant. Il sera alloué à M. D la somme de 2 238 euros à ce titre. Dès lors, le CHCM sera condamné à verser au requérant la somme de 2 267,80 au titre de ses frais divers.
Quant à l'assistance par une tierce personne :
8. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert, que l'état de santé de M. D a nécessité l'assistance d'une tierce personne à raison de deux heures par jour sur deux périodes jusqu'à la consolidation : du 1er août au 19 novembre 2016, soit 110 jours, puis du 7 décembre 2016 au 20 juin 2017, soit 195 jours. En retenant un taux horaire de 16 euros et une année de 412 jours pour prendre en compte tant les congés légaux que les jours fériés, M. D se verra allouer pour ces différentes périodes la somme de 11 016,64 euros.
Quant aux pertes de gains professionnels :
9. Aux termes de l'article L. 822-8 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en congé de longue maladie perçoit : / 1° Pendant un an, la totalité de son traitement ; / 2° Pendant les deux années suivantes, la moitié de celui-ci. / L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence ". Aux termes de l'article L. 823-4 du même code : " Durant l'accomplissement de son service à temps partiel pour raison thérapeutique le fonctionnaire perçoit l'intégralité de son traitement, du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence ". Aux termes de l'article 37 du décret du 14 mars 1986 : " A l'issue de chaque période de congé de longue maladie ou de longue durée, le traitement intégral ou le demi-traitement ne peut être payé au fonctionnaire qui ne reprend pas son service qu'autant que celui-ci a demandé et obtenu le renouvellement de ce congé. / Au traitement ou au demi-traitement s'ajoutent les avantages familiaux et la totalité ou la moitié des indemnités accessoires, à l'exclusion de celles qui sont attachées à l'exercice des fonctions ou qui ont le caractère de remboursement de frais () ".
10. D'une part, M. D demande la somme de 9 383 euros au titre de l'indemnisation de ses pertes de gains professionnels actuels et futurs en 2016 et 2017. Il résulte de l'instruction que M. D, qui appartient au corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire avec le grade de surveillant brigadier échelon 4 depuis le 1er janvier 2016 pour une durée de deux ans, a été placé en congé de longue maladie (CLM) pour une période d'un an du 20 juin 2016 au 19 juin 2017, puis en temps partiel thérapeutique (TPT) à 50 % du 20 juin au 19 septembre 2017 et à 80 % à compter du 20 septembre jusqu'au 19 mars 2018. En application des dispositions précitées, l'intéressé a perçu l'intégralité de son traitement ainsi que, le cas échéant, le supplément familial de traitement et l'indemnité de résidence durant ces différentes périodes. Cependant, il résulte également de l'instruction, notamment des avis d'imposition correspondant aux années 2013 à 2015, qu'il percevait en moyenne une rémunération de 2 505,33 euros par mois soit 82,37 euros par jour, alors qu'il n'a perçu qu'une moyenne mensuelle de 2 166,42 euros, soit 71,22 euros par jour en 2016, et 2 145,17 euros en 2017, soit 70,52 euros par jour. Compte tenu de la nature et des conditions de prise en charge de M. D, il y a lieu de considérer, notamment au regard des constatations de l'expert, que, sans la faute, une reprise du travail aurait été possible après un délai incompressible d'hospitalisation et de convalescence de vingt-quatre jours. Il s'ensuit que l'incapacité de travail imputable à la faute doit être regardée comme ayant couvert une période de cinq mois et dix jours en 2016 et de douze mois en 2017. Ainsi, les pertes de gains professionnels, tant avant qu'après la consolidation, s'établissent à 1 806,05 euros en 2016 et à 4 317,26 euros en 2017, soit un total de 6 123,31 euros.
11. D'autre part, M. D sollicite une indemnisation de 1 964,73 euros au titre de la perte des indemnités de pompier volontaire. Il résulte de l'instruction que de 2013 à 2015 inclus, M. D a perçu en moyenne annuelle 2 480,95 euros, soit 206,74 euros mensuels et 6,80 euros par jour, alors qu'il n'a perçu qu'une moyenne mensuelle de 117,05 euros, soit 3,85 euros par jour en 2016, et 1 670,55 euros en 2017. En prenant en compte la même période de cinq mois et dix jours en 2016 et de douze mois en 2017, et compte tenu de la date de consolidation, l'intéressé a droit à la somme de 477,92 euros en 2016 et de 809,40 euros en 2017, soit la somme totale de 1 287,32 euros en réparation des pertes d'indemnités de pompier volontaire.
Quant à l'incidence professionnelle :
12. M. D n'a pu reprendre, dans un premier temps, son activité professionnelle qu'à temps partiel. Son poste de travail a fait l'objet d'un aménagement afin qu'il soit le moins possible en contact avec les détenus et il ne pourra intégrer les équipes régionales d'intervention et de sécurité. Il sera fait une juste appréciation de l'incidence professionnelle du dommage, compte tenu notamment de son âge, en l'évaluant à la somme de 25 000 euros.
S'agissant des préjudices personnels :
Quant aux préjudices temporaires :
13. En premier lieu, le déficit fonctionnel temporaire subi par M. D a été, d'une part, total du 19 novembre au 7 décembre 2016, puis les 21 et 22 mars 2017, soit pendant vingt jours, et, d'autre part, partiel à hauteur de 50 % du 22 juillet au 19 novembre 2016 représentant cent vingt jours, de 25 % du 8 décembre 2016 au 20 mars 2017, soit durant 102 jours, et de 10 % du 23 mars au 20 juin 2017, soit une période quatre-vingt-neuf jours. Dès lors, et en retenant un taux journalier de 16,67 euros, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant au requérant la somme de 1 907,06 euros, arrondie à 2 000 euros.
14. En deuxième lieu, l'expert a évalué les souffrances endurées à un chiffre de 4,5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en condamnant le CHCM à verser à M. D la somme de 10 500 euros.
15. En troisième lieu, le préjudice esthétique temporaire a été évalué à 4/7. Ce poste de préjudice sera réparé justement par le versement de la somme de à 3 000 euros.
Quant aux préjudices permanents :
16. En premier lieu, le déficit fonctionnel permanent de M. D a été fixé par l'expert à 20 %. L'intéressé étant âgé de 44 ans à la date de consolidation, la réparation de ce poste de préjudice sera fixée à la somme de 35 000 euros.
17. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. D a dû interrompre ses activités sportives, vélo et course à pied en club, et qu'il demeure limité pour accomplir des efforts physiques prolongés, notamment s'agissant des entrainements comme sapeur-pompier volontaire. Son préjudice d'agrément sera indemnisé à hauteur de 3 000 euros.
18. En troisième lieu, le préjudice esthétique permanent a été mesuré par l'expert à 2,5/7. Il sera en fait une juste appréciation en l'évaluant à 3 000 euros.
19. En quatrième lieu, si M. D se prévaut d'un préjudice sexuel, l'expert ne le retient pas, indiquant seulement l'existence de douleurs pariétales qui ont été indemnisées au titre du déficit fonctionnel permanent. Aucune indemnisation ne sera allouée au titre de ce chef de préjudice.
20. En cinquième lieu, M. D demande l'indemnisation d'un préjudice lié à une pathologie évolutive. L'expert indique que le segment colique peut se dégrader dans le temps, imposant une reprise chirurgicale, qu'il peut y avoir des complications occlusives, que l'évolution de la corde vocale gauche peut nécessiter la consultation d'un ORL et que la paroi abdominale peut être le siège d'éventrations. Toutefois, ces risques, dont il n'est pas allégué qu'ils se seraient réalisés, particulièrement les éventrations dont l'expert souligne le risque accru durant les trois premières années, sont très hypothétiques et ne permettent pas de caractériser un préjudice lié à une pathologie évolutive.
21. Il résulte de ce qui précède que le CHCM est condamné à verser M. D la somme de 102 352,57 euros, déduction à faire de la provision de 50 000 euros allouée par le juge des référés.
En ce qui concerne les droits de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Haute-Marne et l'indemnité forfaitaire de gestion :
22. La CPAM de la Haute-Marne a produit une note de débours ainsi qu'une attestation d'imputabilité selon laquelle elle a exposé une somme totale de 6 729,45 euros au titre des frais hospitaliers, des frais médicaux, des frais pharmaceutiques, des frais d'appareillage, et des frais de transport en lien avec les manquements commis par le CHCM dans la prise en charge de M. D. Elle demande également que l'hôpital soit condamné à lui verser la somme de 1 098 euros correspondant à l'indemnité forfaitaire de gestion.
23. La CPAM de la Haute-Marne est fondée à demander le remboursement de la somme de 6 729,45 euros au titre de débours exposés et de la somme de 1 098 euros relative à l'indemnité forfaitaire de gestion, déduction à faire de la provision du même montant allouée par le juge des référés du tribunal par son ordonnance du 26 mars 2021.
24. En revanche, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution. La demande de la CPAM de la Haute-Marne tendant à ce que lui soient alloués, à compter de la date du jugement, des intérêts au taux légal sur la somme que le CHCM est condamné à lui verser est donc dépourvue de tout objet et doit être rejetée.
En ce qui concerne les recours subrogatoire et direct de l'Etat :
25. D'une part, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 7 janvier 1959 et de l'article L. 825-1 du code général de la fonction publique, l'Etat dispose de plein droit à l'encontre du tiers responsable du décès, de l'infirmité ou de la maladie d'un de ses agents d'une action subrogatoire en remboursement " de toutes les prestations versées ou maintenues à la victime ou à ses ayants droit à la suite du décès, de l'infirmité ou de la maladie ". L'article L. 825-3 du même code ajoute que cette action subrogatoire est en principe exclusive de toute autre action de l'Etat contre le tiers responsable ou son assureur. Toutefois, par dérogation à ces dernières dispositions, l'article 32 de la loi du 5 juillet 1985 ouvre à l'Etat, en sa qualité d'employeur, une action directe contre le responsable des dommages ou son assureur afin de poursuivre le remboursement des charges patronales afférentes aux rémunérations maintenues ou versées à l'agent pendant la période d'indisponibilité de celui-ci. D'autre part, aux termes de l'article 2 du décret du 26 août 2010 : " Lorsqu'en application de l'article 35 du décret de 14 mars 1986 susvisé le fonctionnaire est placé en congé de longue maladie ou de longue durée à la suite d'une demande présentée au cours d'un congé antérieurement accordé dans les conditions prévues au 2° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, les primes et indemnités qui lui ont été versées durant son congé de maladie en application de l'article 1er du présent décret lui demeurent acquises ".
26. L'Etat demande que le CHCM soit condamné à lui verser la somme de 94 246,10 euros correspondant aux rémunérations maintenues à son agent ainsi qu'aux charges patronales afférentes.
27. En premier lieu, pour l'année de CLM, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que l'opération, en dehors de toute faute, aurait nécessité une période d'arrêt de travail jusqu'au 22 juillet 2016. Par conséquent, les droits à indemnisation de l'Etat ne peuvent démarrer qu'à partir de cette date. Il en résulte que l'Etat a droit à la somme de 49 677,16 euros.
28. En second lieu, s'agissant des périodes de service à temps partiel pour raison thérapeutique, dont le CHCM ne conteste pas sérieusement le lien de causalité avec les fautes, l'Etat a droit aux sommes qu'il demande, soit 39 781,25 euros.
29. Il résulte de ce qui précède que le CHCM doit être condamné à verser à l'Etat la somme de 89 458,41 euros. Cette somme portera intérêts à compter du 20 juin 2022, date à laquelle le mémoire de l'Etat a été enregistré au greffe du tribunal.
En ce qui concerne les droits de la mutuelle du ministère de la justice (MMJ) :
30. La MMJ demande à e que le CHCM soit condamné à lui verser la somme de 9 356,02 euros en remboursement des prestations versées pour le compte de M. D en fournissant un relevé détaillé des sommes correspondantes pour la période allant du 28 juin 2016 au 20 mai 2017.
31. D'une part, ainsi qu'il a été dit précédemment, l'indemnisation des préjudices ne peut intervenir qu'à compter du 22 juillet 2016. Dès lors, il y a lieu de retrancher la somme de 801 euros. D'autre part et en revanche, les consultations de médecine générale, notamment pour le renouvellement de prescriptions, les séances de kinésithérapie pour une personne ayant dû être allongée pendant de longues périodes et dont l'état de santé a nécessité l'achat d'un lit médicalisé, ainsi que les séances de psychothérapie au regard en particulier du temps passé en soins, ne sont pas sans lien avec les fautes commises par l'hôpital. Dès lors, la MMJ a droit au remboursement de la somme de 8 555,02 euros.
Sur les conclusions des requêtes enregistrées sous le nos 2100018, 2100019 et 2100020 :
32. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de M. D a causé un préjudice d'affectation à son épouse ainsi qu'à ses deux enfants, qui vivent tous au sein du même foyer et entretiennent des liens affectifs réels. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant le montant à 10 000 euros pour Mme B D et à 7 000 euros chacun pour M. A D et Mme C D.
Sur les conclusions de la société hospitalière d'assurances mutuelles tendant à sa mise hors de cause et reconventionnelles :
33. Il résulte de l'instruction que dans le dernier état de leurs écritures, les requérants ont indiqué abandonner leurs conclusions dirigées contre la société hospitalière d'assurances mutuelles, actant qu'elle n'était pas l'assureur du CHCM. Il suit de là que la société hospitalière d'assurances mutuelles est fondée à demander sa mise hors de cause.
34. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions reconventionnelles de la société hospitalière d'assurances mutuelles tendant à ce que Mme B D soit condamnée à lui payer la somme de 5 000 euros au titre de dommages et intérêts pour recours abusif.
Sur les frais liés au litige :
35. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des consorts D, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, les sommes que la société hospitalière d'assurances mutuelles demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du CHCM une somme de 1 500 euros chacun au titre des frais exposés par les consorts D.
36. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la CPAM de la Haute-Marne et de la MMJ présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La société Relyens Mutual Insurance est mise hors de cause.
Article 2 : Le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes est condamné à verser à M. E D la somme de de 102 352,57 euros en réparation des préjudices subis en raison de sa prise en charge à compter du 28 juin 2016, déduction à faire de la somme de 50 000 euros allouée par le juge des référés.
Article 3 : Le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne la somme de 6 729,45 euros ainsi que la somme 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, déduction à faire de la somme globale de 7 827,45 euros allouée par le juge des référés.
Article 4 : Le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes est condamné à verser à l'Etat la somme de 89 458,41 euros, qui portera intérêts à compter du 20 juin 2022.
Article 5 : Le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes est condamné à verser à la mutuelle du ministère de la justice la somme de 8 555,02 euros.
Article 6 : Le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes est condamné à verser à M. A D la somme 7 000 euros.
Article 7 : Le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes est condamné à verser à Mme C D la somme 7 000 euros.
Article 8 : Le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes est condamné à verser à Mme B D la somme 10 000 euros.
Article 9 : Le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes versera à MM. et Mmes D la somme de 1 500 euros chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 10 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 11 : Le présent jugement sera notifié à MM E et A D, à Mmes C et B D, au centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes, à la caisse primaire d'assurance maladie des Ardennes, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne, au garde des sceaux, ministre de la justice, à la société Relyens Mutual Insurance et à la mutuelle du ministère de la justice.
Délibéré après l'audience du 5 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Torrente, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.
Le rapporteur,
signé
P-H. MALEYRELe président,
signé
P. CRISTILLELe greffier,
signé
A. PICOT
Nos2100017, 2100018, 2100019, 2100020
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026