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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2100815

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2100815

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2100815
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP LEBON & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 avril 2021, 22 mars et 11 octobre 2022 la communauté urbaine du Grand Reims (CUGR), représentée par Me Burel, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner solidairement les sociétés G.A Architecture, OTE Ingenierie, Apave parisienne et Le Bras frères à lui verser la somme de 239 985 euros hors taxes en réparation des désordres affectant la couverture des écoles élémentaire et maternelle de la commune de Bourgogne ;

2°) de condamner solidairement les sociétés G.A Architecture, OTE Ingenierie, Apave parisienne, Meuse Metal et Le Bras frères à lui verser la somme globale de 197 787, 63 euros HT en réparation des désordres affectant le préau ;

3°) de condamner solidairement l'ensemble des sociétés à lui verser la somme de 122 162,22 euros au titre du coût de sécurisation et la somme de 16 675, 23 euros HT en réparation du préjudice résultant de l'impossibilité d'utiliser le préau ;

4°) de condamner solidairement l'ensemble des sociétés à supporter les entiers dépens ;

5°) de mettre à la charge de chacune des parties défenderesses la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les désordres qui sont établis et rendent l'immeuble impropre à sa destination, relèvent de la garantie décennale des constructeurs ;

- la totalité des préjudices doivent être mis à la charge des entreprises mises en cause.

Par des mémoires en défense enregistrés les 28 avril et 16 septembre 2021, et 11 octobre 2022, la société Apave parisienne, représentée par la Me Noury, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce que la faute de la communauté urbaine du Grand Reims exonère les constructeurs à hauteur de 50 % des préjudices allégués ;

3°) à titre principal, au rejet des demandes de condamnation émanant des autres constructeurs ;

4°) à titre subsidiaire, à ce que sa responsabilité soit limitée à une quote-part de 5% ;

5°) à la condamnation in solidum des sociétés G.A. Architecture, O.T.E. Ingenierie, Meuse metal, et Le Bras frères à la garantir de toute condamnation ;

6°) à ce qu'il soit mis à la charge de toutes les parties perdantes une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa responsabilité ne saurait être engagée dès lors qu'elle a parfaitement exécuté sa mission de contrôleur technique ;

- la société Le Bras a trompé volontairement le contrôleur technique par la production de documents ne correspondant pas à la réalité ;

- le maître d'ouvrage a participé à la survenance des dommages par un défaut d'entretien, exonérant les constructeurs de leur responsabilité à hauteur de la moitié des préjudices allégués ;

- Sa responsabilité ne peut être que limitée à une quote-part de 5% ;

- la CUGR n'est pas fondée à présenter une demande de condamnation in solidum ou solidaire ;

- les sociétés G.A. Architecture, O.T.E. Ingenierie, Meuse metal, et Le Bras frères ont commis des fautes et devront à ce titre la garantir de ses éventuelles condamnations.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2021, la SARL GA Architecture, représentés par Me Thibaut, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à la condamnation des sociétés O.T.E. Ingenierie, SAS APAVE parisienne, Meuse metal, et Le Bras frères à la garantir in solidum de toute condamnation ;

3°) à ce que le préjudice subi par la communauté urbaine du Grand Reims soit limité en tout cas à une somme HT, sans intérêts et sans capitalisation

4°) et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la communauté urbaine du Grand Reims au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient :

- à titre principale, que sa responsabilité ne saurait être engagée ;

- c'est à tort que l'expert retient qu'elle a conçu un ouvrage non conforme ;

- le maitre de l'ouvrage en s'abstenant d'entretenir l'ouvrage a commis une faute exonératoire ;

- à titre subsidiaire, qu'elle est fondée à appeler les sociétés O.T.E. Ingenierie, Apave parisienne, Meuse metal, et Le Bras frères à la garantir de toute condamnation, en raison des fautes respectives commises par ces sociétés ;

- à titre infiniment subsidiaire, qu'il y a lieu d'appliquer un coefficient de vétusté de 80 % sur le montant des réparations ;

- qu'en égard au régime fiscal dont bénéficie la CUGR, l'indemnisation devra être calculée sur base de montant hors taxe ;

- la communauté urbaine du Grand Reims n'est pas fondée

à solliciter des intérêts à compter de sa requête introductive d'instance du 14 avril

2021, encore moins avec capitalisation.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 décembre 2021, la SA OTE Ingenierie, représentée par Me Lebon, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que le montant des réparations demandées soit réduit ;

3°) à la condamnation des sociétés GA ARCHITECTURE, LE BRAS FRERES, MEUSE METAL et APAVE PARISIENNE à la garantir intégralement de toute éventuelle condamnation, à proportion de leurs fautes respectives ;

4°) au rejet des demandes en garantie dirigées présentées à son encontre ;

5°) à la condamnation des parties perdantes à une somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les dommages ne sauraient engager la responsabilité des constructeurs au titre de la garantie décennale dès lors qu'ils étaient apparents au jour de la réception ;

- les préjudices sont surévalués par la requérante ;

- les sociétés GA ARCHITECTURE, LE BRAS FRERES, MEUSE METAL et APAVE PARISIENNE ont commis des fautes et seront appelées à la garantir intégralement de toute éventuelle condamnation.

Vu :

- le rapport de l'expert enregistré le 3 novembre 2020 au greffe du tribunal ;

- l'ordonnance du 1er février 2021 par laquelle le président du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise confiée à M. C B à la somme de

15 517, 20 euros TTC ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme de Laporte, rapporteure publique,

- et les observations de Me Dumont, représentant la communauté urbaine du Grand Reims, de Me Le Junter, représentant la société OTE Ingénierie, et Me Noury représentant la SAS Apave parisienne.

Considérant ce qui suit :

1. La communauté de communes de la Plaine de Bourgogne, à laquelle a succédé la communauté urbaine du Grand Reims (CUGR), a confié, par un acte d'engagement signé le 31 janvier 2008, la maîtrise d'œuvre de la construction d'un groupe scolaire sur la commune de Bourgogne, au groupement solidaire d'entreprises GA Architecture et OTE Ingénierie, la première société étant mandataire de ce groupement. Le contrôle technique de l'opération a été confié à la société Apave parisienne par marché signé le 2 novembre 2007. Les travaux ont été allotis et confiés, notamment, à la société Meuse Métal (lot n° 2 " charpente métallique "), à la société Le Bras frères (lot n° 3 " couverture-bardage "). Par des procès-verbaux du 19 mai 2011, ces travaux ont fait l'objet, de la part du maître de l'ouvrage, d'une réception sans réserve avec prise d'effet à compter de cette même date, s'agissant du lot n°2, et d'une réception avec réserves, lesquelles ont été levées des réserves le 7 juillet 2011 pour le lot n°3. A compter de juin 2011, sont survenus des infiltrations d'eau effectant la toiture et le préau et des dégradations sur les murs extérieurs. A la demande de la communauté urbaine du Grand Reims, le juge des référés du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, par une ordonnance du 17 octobre 2018, a désigné un expert qui a déposé son rapport au greffe du tribunal le 3 novembre 2020. Par la présente requête, la communauté urbaine du Grand Reims demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner solidairement les sociétés G.A Architecture, OTE Ingénierie, Apave parisienne et Le Bras frères à lui verser les sommes de 239 985 euros, 197 787, 63 euros, 122 162,22 euros et 16 675, 23 euros hors taxe, correspondant respectivement aux montants des réparations des désordres affectant les couvertures des écoles élémentaire et maternelle et le préau, le coût de sécurisation et la privation d'usage du préau.

Sur le principe de la responsabilité décennale des constructeurs :

2. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. La responsabilité décennale des constructeurs, néanmoins, ne peut être engagée si les désordres étaient apparents lors de la réception.

3. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que des infiltrations d'eau affectent les toitures du groupe scolaire qui ont eu pour effet de dégrader les dalles des faux-plafonds et les murs et cloisons, entrainant l'apparition de moisissures, et maintenant un taux d'hygrométrie très important à certains endroits du bâtiment. Un défaut d'étanchéité a également été observé au niveau de l'auvent couvrant une cour de récréation, lequel génère, sur les murs extérieurs, des traînées d'eau verdâtre dégradant les murs extérieurs. Des poches d'eau stagnent également sur le préau, amenant l'expert à préconiser que l'accès au préau soit interdit dès lors que la solidité de l'auvent ne pouvait être garantie en cas d'accumulation d'eau.

4. Il résulte de l'instruction que des fuites d'eaux pluviales ont été constatées à l'intérieur de l'ouvrage au cours des travaux. Lors des opérations de réception du lot n°3 " Couverture - bardage ", le 14 avril 2011, des réserves concernant notamment l'étanchéité de l'oculus de l'auvent et la présence d'eau stagnante, ainsi qu'un problème d'étanchéité au niveau de l'ouverture de la salle polyvalente, ont été faites. Ces réserves ont été levées par procès-verbal de réception des travaux du 7 juillet 2011, " sous réserve de reprise des ouvrages faux plafond, menuiserie intérieures, peinture et sol souple ", endommagés par les inondations qui ont été observées à l'intérieur des locaux le 29 juin 2011.

5. S'agissant, en premier lieu, des désordres observés sur les toitures, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que des contrepentes affectent certains chéneaux et qu'en outre l'eau y stagne même par temps sec démontrant ainsi l'existence de ces contrepentes. Il s'en suit que les descentes d'eau se trouvent en point haut limitant leur capacité de recueil des eaux pluviales. Les sections des descentes d'eau sont inférieures à celles prévues initialement dans les plans et l'expert note que deux évacuations des eaux pluviales présentaient un diamètre de 130 et 150 au lieu de 160, alors que les sections de ces descentes, qui vont parfois en diminuant ne sont pas conformes aux règles de l'art. en outre, des trop-plein de sécurité manquent en extrémité des évacuations. Au-dessus du patio, l'onde du bac acier n'est pas continue, les eaux pluviales s'écoulent dans l'angle et s'infiltrent à l'intérieur de l'ouvrage. Enfin est relevé un sous-dimensionnement du chéneau à l'origine de fuites à l'intérieur de la bibliothèque. Alors que les réserves des opérations préalables à la réception mentionnaient déjà des contre-pentes au niveau des oeils-de-bœuf de la bibliothèque, les rapports rédigés par l'APAVE, adressés au maître d'ouvrage au cours des travaux, les 17 juin 2010 et 10 novembre 2010, pointent des problèmes de concordance entre les dimensions des évacuations des eaux pluviales calculées par la société Lebras sur ses plans d'exécution, le manque de trop-plein et des chéneaux sous-dimensionnés.

6. S'agissant, en second lieu, de l'auvent couvrant le préau, l'expert judiciaire souligne que les tôles de couverture à l'amorce du préau sont en contrepente, ramenant les eaux pluviales vers le hall de circulation. Les photographies prises démontrent qu'eu égard à son importance, cette contrepente est visible à l'œil nu. Enfin une réserve avait été émise lors de la réception, le 14 avril 2011, portant sur la présence d'eau stagnante, mettant en évidence l'existence d'une pente inadéquate.

7. Ainsi, les désordres en cause étaient apparents au jour de la réception. Il ne résulte pas de l'instruction que les désordres observés avant la réception des travaux aient été d'une nature différente de ceux qui ont amené la communauté urbaine à engager son action en responsabilité décennale, ni que les conséquences des infiltrations résultant de l'insuffisance d'étanchéité n'aient pas été prévisible lors de la réception définitive. Ces désordres, apparents, ne peuvent par suite entrer dans le champ de la garantie décennale des constructeurs. Par suite, les conclusions présentées sur ce fondement par la CUGR ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

8. D'une part, aux termes des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. () ".

9. Les frais et honoraires d'expertise ont été taxés et liquidés à la charge de la communauté urbaine du Grand Reims par une ordonnance du président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 1er février 2021, à la somme de 15 517,20 euros TTC. Il y a lieu, au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, de les mettre à la charge définitive de la communauté urbaine, qui est la partie perdante dans la présente instance.

Sur les frais non compris dans les dépens :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés GA Architecture, OTE Ingénierie, Le Bras frères, Métal Meuse et Apave parisienne, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que demande la communauté urbaine du Grand Reims au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la communauté urbaine du Grand Reims une somme de 1 500 euros à verser à chacune d'entre elles, aux sociétés Apave parisienne, GA Architecture, et OTE ingénierie, sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de la communauté urbaine du Grand Reims est rejetée.

Article 2 : La communauté urbaine du Grand Reims versera aux sociétés Apave parisienne, GA Architecture, et OTE ingénierie, chacun, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à la communauté urbaine du Grand Reims et aux sociétés GA Architecture, OTE Ingénierie, Le Bras frères, Métal Meuse et Apave parisienne.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

Mme Stéphanie Lambing, première conseillère,

M. Clemmy Friedrich, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La rapporteure,

S. A

Le président,

O. NIZET

La greffière,

I. DELABORDE

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