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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2100918

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2100918

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2100918
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC+
Formation1ère chambre
Avocat requérantPHILIPPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 avril 2021, Mme B A, représentée par Me Philippe, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015 ;

2°) à titre subsidiaire, de prononcer la réduction, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la proposition de rectification qui lui a été adressée est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ; la rectification afférente aux " produits accessoires " est dépourvue de motivation ;

- la procédure est entachée d'irrégularité dès lors, d'une part, que l'administration ne l'a pas informée de la nature et de l'origine des informations obtenues auprès de tiers et, d'autre part, que ces informations ne lui ont pas été communiquées, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ; les énonciations contenues aux paragraphes 200, 210, 270, 280 et 300 de l'instruction BOI-CF-PGR-30-10 imposent à l'administration d'exposer, dans la proposition de rectification, le contenu des renseignements et documents utilisés au titre de la motivation des rehaussements ;

- l'administration ne pouvait inclure dans les recettes brutes de la SCI de Prouvais le montant de la taxe sur la valeur ajoutée facturée à tort à ses clients.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2021, le directeur départemental des finances publiques de la Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

L'instruction a été close avec effet immédiat le 14 juin 2022 en application des dispositions combinées des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gauthier-Ameil, conseiller,

- et les conclusions de M. Torrente, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI de Prouvais, dont Mme A est associée à 50%, a fait l'objet d'un contrôle sur place portant sur la période du 21 juillet 2014 au 31 décembre 2015. Par une proposition de rectification du 1er mars 2017, l'administration fiscale a notifié à Mme A des impositions supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2014 et 2015. Mme A demande au tribunal, à titre principal, de prononcer la décharge de ces impositions et, à titre subsidiaire, d'en prononcer la réduction.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition (). ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter, outre la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base des redressements, ceux des motifs pour lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés qui sont nécessaires pour permettre au contribuable de formuler utilement ses observations. Les membres d'une société de personnes énumérées à l'article 8 du code général des impôts étant personnellement assujettis à l'impôt sur le revenu pour la part des bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société, l'administration ne peut légalement mettre des suppléments d'imposition à la charge personnelle des associés sans leur avoir notifié, dans les conditions prévues à l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, les corrections apportées aux déclarations qu'ils ont eux-mêmes souscrites, en motivant cette notification au moins par une référence aux rehaussements apportés aux bénéfices sociaux et par l'indication de la quote-part de ces bénéfices à raison de laquelle les intéressés sont imposés.

3. Mme A soutient que la proposition de rectification du 1er mars 2017 est insuffisamment motivée dès lors que la rectification afférente aux " produits accessoires " ne comporte aucune indication sur leur nature et leur caractère imposable, que les montants rectifiés sont présentés de manière globalisée et qu'aucune copie de la proposition de rectification adressée la SCI de Prouvais n'y était annexée. Toutefois, la proposition de rectification du 1er mars 2017, adressée à Mme A, mentionne les impôts et les années concernés, comporte une référence aux motifs des redressements et aux rectifications apportées aux bénéfices réalisés par la société de Prouvais, dont Mme A est associée, et indique à cette dernière le montant de la part de ces bénéfices à raison de laquelle elle sera personnellement imposée à raison de sa quote-part dans la société. Elle est, dès lors, suffisamment motivée, nonobstant la circonstance qu'elle ne comporterait pas le détail des sommes imposées en tant que " produits accessoires " ou que la proposition de rectification régulièrement adressée à la SCI de Prouvais n'y serait pas jointe, une telle obligation ne résultant d'aucune disposition législative ou réglementaire.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des documents et renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour mettre à même l'intéressé d'y avoir accès avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Lorsque le contribuable lui en fait la demande, l'administration est, en principe, tenue de lui communiquer, alors même qu'il en aurait eu connaissance, les renseignements, documents ou copies de documents obtenus auprès de tiers qui lui sont opposés, afin de lui permettre d'en vérifier l'authenticité ou d'en discuter la teneur ou la portée.

6. D'une part, Mme A soutient que l'administration ne l'a pas informée de la teneur des informations qu'elle aurait obtenues de M. A. Toutefois cette circonstance est sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition dès lors que l'administration s'est fondée sur des informations et documents émanant de la société vérifiée, transmis par M. A, son gérant, et qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'administration se serait fondée, pour établir les impositions en litige, sur d'autres éléments, qu'elle aurait obtenus auprès de tiers, que les relevés provenant des comptes bancaires que détenait la SCI de Prouvais au sein des banques HSBC et Kolb et dont la requérante a été précisément informée.

7. D'autre part, Mme A soutient que l'administration ne lui a pas communiqué les éléments obtenus auprès de tiers ayant permis de fonder les rectifications relatives aux revenus fonciers provenant de la SCI de Prouvais. La requérante ne produit pas la demande en ce sens qu'elle aurait adressée à l'administration fiscale. L'administration fait valoir en défense, sans être contredite, que la requérante s'est bornée à demander la communication des éléments ayant fondé les impositions correspondant aux loyers issus de la location d'un immeuble situé à Sully-sur-Loire et n'a jamais sollicité la communication des informations ayant permis de fonder les rectifications correspondant aux revenus fonciers provenant de la SCI de Prouvais. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, Mme A n'est pas fondée à se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des paragraphes 200, 210, 270, 280 et 300 de l'instruction fiscale BOFIP BOI-CF-PGR-30-10 du 12 septembre 2012, qui sont relatifs à la procédure d'imposition.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

9. Aux termes de l'article 29 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions des articles 33 ter et 33 quater, le revenu brut des immeubles ou parties d'immeubles donnés en location, est constitué par le montant des recettes brutes perçues par le propriétaire, augmenté du montant des dépenses incombant normalement à ce dernier et mises par les conventions à la charge des locataires et diminué du montant des dépenses supportées par le propriétaire pour le compte des locataires. ". Aux termes de l'article 33 quater du même code : " Pour la détermination du revenu foncier imposable des personnes qui sont redevables de la taxe sur la valeur ajoutée pour les loyers de leurs immeubles, les recettes brutes ainsi que les dépenses déductibles relatives aux immeubles sont retenues pour leur montant hors taxe sur la valeur ajoutée. ". Enfin, aux termes du 3. de l'article 283 de ce code : " Toute personne qui mentionne la taxe sur la valeur ajoutée sur une facture est redevable de la taxe du seul fait de sa facturation. ".

10. Il est constant que la SCI de Prouvais, si elle n'a pas exercé l'option prévue au 2 de l'article 260 du code général des impôts en vue de son assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée au titre des loyers qu'elle perçoit, a mentionné à tort la taxe sur la valeur ajoutée. Elle devait, en application des dispositions précitées du 3 de l'article 283 du code général des impôts, être regardée, de ce seul fait, comme redevable de la taxe ainsi facturée. Ainsi, pour la détermination des revenus fonciers imposables, les recettes brutes perçues par la SCI de Prouvais et au titre desquelles elle avait facturé la taxe sur la valeur ajoutée devaient, en application des dispositions de l'article 33 quater du code général des impôts, être retenues pour leur montant en excluant la taxe sur la valeur ajoutée. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que l'administration ne pouvait retenir les recettes brutes de cette société pour leur montant toutes taxes comprises.

11. Il résulte de l'instruction que l'administration a réintégré, pour la détermination des revenus fonciers de la SCI de Prouvais, un montant de 2 000 euros au titre de l'année 2014 et de 4 490 euros au titre de l'année 2015 correspondant à la taxe sur la valeur ajoutée. Mme A étant associée de la SCI de Prouvais à hauteur de 50%, elle est fondée à demander une réduction de la base d'imposition à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales de 1 000 euros au titre de l'année 2014 et de 2 245 euros au titre de l'année 2015.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015 à concurrence de la réduction des bases d'impositions mentionnées au point 11.

Sur les frais de l'instance :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros sollicitée par Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : Les bases d'imposition à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales de Mme A au titre des années 2014 et 2015 sont réduites, respectivement, de 1 000 euros et de 2 245 euros.

Article 2 : Mme A est déchargée des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015 correspondant à la réduction des bases d'imposition définies à l'article 1er.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur départemental des finances publiques de la Marne.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

Mme Castellani, première conseillère,

M. Gauthier-Ameil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

F. GAUTHIER-AMEILLa présidente,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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