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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2101030

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2101030

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2101030
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET JURIDIQUE LORETTE ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 mai 2021, Mme C D, représentée par Me Guinoiseau, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme à déterminer au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'immeuble, situé 11 rue de Lignières à Saint-Quentin, acquis en novembre 2005 était éligible au dispositif dit " B " ; le respect de la condition tenant à la durée de location du bien doit être apprécié à compter du 15 novembre 2006, date à laquelle le bien a été donné en location ; à la date de cession de ce bien, le 1er avril 2016, celui-ci avait été donné en location durant une période de neuf années et quatre mois ; l'interprétation administrative de la loi fiscale contenue au paragraphe 220 de l'instruction BOI-RFPI-SPEC-20-20-30 rappelle qu'un logement doit être regardé comme achevé lorsque l'état d'avancement des travaux en permet une utilisation effective, c'est-à-dire lorsque les locaux sont habitables ;

- à titre subsidiaire, l'interprétation administrative de la loi fiscale contenue au paragraphe 180 de l'instruction BOI-RFPI-SPEC-20-20-40 prévoit des exceptions à la remise en cause de la reprise du dispositif dit " B ", notamment lorsque le non-respect de l'engagement de location intervient lorsque le contribuable est atteint d'une invalidité correspondant au classement dans la deuxième ou la troisième des catégories prévues à l'article L. 341-4 du code de la sécurité sociale ; M. A D a rencontré de graves problèmes de santé dès l'année 2009 et son état s'est dégradé à compter de l'année 2015, l'obligeant à céder le bien afin de faire face à leurs charges financières.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de la Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

L'instruction a été close avec effet immédiat le 10 novembre 2022 en application des dispositions combinées des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gauthier-Ameil, conseiller,

- et les conclusions de M. Torrente, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D ont acquis, au cours de l'année 2005, un immeuble en l'état futur d'achèvement situé 11 rue Lignières, à Saint-Quentin, qu'ils ont vendu en avril 2016. Le dossier fiscal de M. et Mme D a fait l'objet d'un contrôle sur pièces portant sur l'année 2016. Par une proposition de rectification du 10 novembre 2021, l'administration a remis en cause le bénéfice du dispositif dit " B " et, en conséquence, a notifié à M. et Mme D des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales. Mme D a contesté ces impositions supplémentaires par une réclamation du 31 août 2020, rejetée le 9 mars 2021. Mme D demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2016.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 31 du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " () I. Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : / 1° Pour les propriétés urbaines : / () / h) Pour les logements situés en France, acquis neufs ou en l'état futur d'achèvement entre le 3 avril 2003 et le 31 décembre 2009, et à la demande du contribuable, une déduction au titre de l'amortissement égale à 6 % du prix d'acquisition du logement pour les sept premières années et à 4 % de ce prix pour les deux années suivantes. La période d'amortissement a pour point de départ le premier jour du mois de l'achèvement de l'immeuble ou de son acquisition si elle est postérieure. / () / Le bénéfice de la déduction est subordonné à une option qui doit être exercée lors du dépôt de la déclaration des revenus de l'année d'achèvement de l'immeuble ou de son acquisition si elle est postérieure. Cette option est irrévocable pour le logement considéré et comporte l'engagement du propriétaire de louer le logement nu pendant au moins neuf ans à usage d'habitation principale à une personne autre qu'un membre de son foyer fiscal. (). Le revenu net foncier de l'année au cours de laquelle l'un des engagements définis au présent h n'est pas respecté est majoré du montant des amortissements déduits. () En cas d'invalidité correspondant au classement dans la deuxième ou la troisième des catégories prévues à l'article L. 341-4 du code de la sécurité sociale, de licenciement ou de décès du contribuable ou de l'un des époux soumis à imposition commune, cette majoration ne s'applique pas. ".

3. Il résulte de l'instruction que M. et Mme D ont acquis, au cours de l'année 2005, un immeuble en l'état futur d'achèvement situé 11 rue Lignières, à Saint-Quentin. Les intéressés ont exercé, lors du dépôt de leurs déclarations des revenus de l'année 2007, une option en vue de bénéficier du dispositif prévu par le h du 1° du I de l'article 31 du code général des impôts en contrepartie d'un engagement de location pour une durée de neuf années. Le bien ayant été cédé le 1er avril 2016, l'administration fiscale a remis en cause le bénéfice du dispositif au titre de l'année 2016 au motif qu'ils n'avaient pas respecté l'engagement de location de neuf ans.

4. En premier lieu, la requérante soutient que le bien a été loué à compter du 15 novembre 2006, pour une durée de six mois à M. E, qui était dans l'attente de l'achèvement de son propre logement, situé dans la même rue, et qui logeait à l'hôtel. Pour en justifier, Mme D se borne toutefois à produire un contrat de bail faisant état d'une date de prise d'effet au 15 novembre 2006, dépourvu de toute signature du locataire, ainsi qu'une attestation de résidence, établie par M. E le 22 septembre 2020, soit postérieurement à la réception de la proposition de rectification, accompagnée de factures d'hôtel pour la période de septembre à novembre 2006 et des factures de garde-meubles établies au nom de l'intéressé et mentionnant une adresse au 11 rue de Lignières, à Saint-Quentin. Par ailleurs l'administration fait valoir, sans être contredite, que la déclaration d'achèvement des travaux de l'immeuble a été déposée le 1er juillet 2007, soit postérieurement à la date alléguée de mise en location, et que la déclaration modèle 2044 EB, souscrite par M. et Mme D, faisait apparaître une date de première prise d'effet de location au 10 juillet 2007, avec un loyer mensuel de 1 100 euros. En outre, Mme D ne conteste pas que le couple n'a déclaré aucun revenu foncier pour la période du 15 novembre 2006 au 30 juin 2007. Si la requérante soutient que le locataire n'a jamais versé de loyer, elle ne produit aucun élément justifiant de démarches, mêmes amiables, réalisées en vue d'en obtenir le paiement. Il résulte de l'instruction, eu égard à l'ensemble de ces éléments, que l'administration a pu estimer que le bien litigieux n'avait été mis en location qu'à compter du 10 juillet 2007 et que, à la date de sa cession, le 1er avril 2016, l'engagement de location de neuf ans n'avait pas été respecté. Dans ces conditions, l'administration était fondée à remettre en cause la déduction réalisée par M. et Mme D.

5. En second lieu, Mme D se prévaut de la dégradation à compter de l'année 2015 de l'état de santé de son époux, M. A D, décédé en 2019, et fait valoir que le couple ne parvenait plus à assumer les charges financières résultant du crédit immobilier contracté pour l'acquisition de l'immeuble en litige et que, en conséquence, ils ont dû le céder en avril 2016. Il résulte de l'instruction, et notamment des pièces médicales produites par la requérante, que M. D souffrait, depuis au moins l'année 2009, de graves problèmes de santé et pouvait être regardé comme invalide, absolument incapable d'exercer une profession quelconque au sens des dispositions du 2° de l'article L. 341-4 du code de la sécurité sociale. Toutefois, Mme D n'apporte aucun élément quant à la situation financière du couple ou à la situation professionnelle de son époux, ni aucun élément de nature à justifier que le non-respect de l'engagement de location pendant une durée de neuf années serait consécutive à l'invalidité de M. D, en 2015, alors notamment que le médecin traitant de ce dernier avait déjà établi, en 2009, un certificat d'incompatibilité à toute activité professionnelle et qu'il était titulaire, depuis 2009, d'une carte d'invalidité avec un taux d'incapacité supérieur à 80 %. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que ces circonstances faisaient obstacle à la remise en cause de l'avantage fiscal dont ils avaient bénéficié.

En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :

6. Aux termes des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction alors applicable : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales. ".

7. En premier lieu, le paragraphe 180 de l'instruction administrative BOI-RFPI-SPEC-20-20-40 prévoit : " Les déductions pratiquées au titre de l'amortissement font l'objet d'une reprise lorsque le bénéficiaire ne respecte pas son engagement. (). Aucune remise en cause de l'avantage fiscal n'est effectuée lorsque le non-respect de l'engagement de location ou de conservation des parts intervient à la suite de l'un des trois événements suivants : / - Le contribuable ou l'un des époux soumis à imposition commune est atteint d'une invalidité correspondant au classement dans la deuxième ou la troisième des catégories prévues à l'article L. 341-4 du code de la sécurité sociale (invalides absolument incapables d'exercer une profession quelconque et invalides qui sont, en outre, dans l'obligation d'avoir recours à l'assistance d'une tierce personne pour effectuer les actes de la vie ordinaire). () ".

8. Si Mme D se prévaut des énonciations précitées, celles-ci ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement. Il s'ensuit que la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de l'interprétation administrative de la loi fiscale contenue au paragraphe 180 de l'instruction administrative BOI-RFPI-SPEC-20-20-40.

9. En second lieu, si Mme D se prévaut des énonciations contenues au paragraphe 220 de l'instruction administrative BOI-RFPI-SPEC-20-20-30, selon lesquelles " Pour déterminer la date d'achèvement du logement ouvrant droit à la déduction au titre de l'amortissement, il convient de se référer aux conditions d'application de l'exonération temporaire de taxe foncière sur les propriétés bâties pour les diverses catégories de constructions nouvelles, reconstructions et additions de construction (). ", celles-ci sont uniquement relatives à la date d'achèvement du logement et au point de départ de la période d'amortissement, laquelle n'est pas en litige.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par Mme D ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande Mme D au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au directeur départemental des finances publiques de la Marne.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

Mme Castellani, première conseillère,

M. Gauthier-Ameil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

Le rapporteur,

signé

F. GAUTHIER-AMEILLa présidente,

signé

A-S. MACH

Le greffier,

signé

E. MOREUL

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