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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2101087

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2101087

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2101087
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGOURINAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 mai 2021 et 15 avril 2022,

M. D A, représenté par la SELARL Defosse-Braye, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 21 mars 2021 en réponse à sa demande préalable ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Chaumont à lui verser la somme totale de 104 016 euros en réparation des différents préjudices subis lorsqu'il était son agent ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Chaumont la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- dès son arrivée, M. B, nouvel administrateur provisoire de l'hôpital, a adopté un comportement méprisant et a cherché à le déstabiliser ;

- le syndicat Force ouvrière a signalé l'état d'épuisement " des directeurs encore présents " dans un tract du 11 septembre 2019 ;

- au moment de l'assemblée générale du 9 janvier 2020, M. B a souhaité s'entretenir avec lui cinq minutes avant le début de la réunion alors que l'ensemble du dossier avait été transmis dès le 27 décembre précédent, qu'il lui avait signalé être disponible pour évoquer ce dossier, et qu'il était en train d'opérer les derniers ajustements pour le bon déroulement de cette réunion ;

- lors de son entretien professionnel du 13 février 2020 au titre de l'année 2019, M. B a adopté une attitude désobligeante, critiquant les objectifs fixés par le précédent directeur et remettant en cause la légitimité de son contrat de travail ;

- aucun compte rendu d'entretien professionnel ne lui a été fourni ni note et aucun objectif pour l'année suivante ne lui a été fixé ;

- l'entreprise de déstabilisation est montée d'un cran lors d'un comité de direction du 10 mars 2020 au cours duquel M. B a indiqué qu'il était nécessaire de réduire le taux de contractuels ;

- M. B lui a demandé de rédiger des convocations pour des réunions des organismes du dialogue social moins de quinze jours avant la date prévue, malgré l'indication, de sa part, qu'une convocation moins de quinze jours avant était contraire aux textes applicables ;

- on lui a refusé le 2 juillet 2020 comme congé alors que depuis le début de l'année, il n'avait pris qu'un seul jour ;

- ces évènements ont eu des répercussions sur son état de santé ;

- ces éléments permettent de caractériser des faits de harcèlement moral de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier, qui sera condamné à lui verser une somme de 75 000 euros en réparation des préjudices subis ;

- compte tenu de ses résultats professionnels, le montant de la part résultats de sa prime ne pouvait diminuer, dès lors la décision d'attribution d'une prime inférieure pour l'année 2019 est illégale et lui ouvre droit à une indemnisation à hauteur de 5 520 euros ;

- aucun objectif ne lui a été fixé pour 2020 au moment de l'entretien d'évaluation du 13 février 2020 au titre de l'année 2019 ;

- au titre de l'année 2020, il aurait dû obtenir une note de 5/6 lui ouvrant droit à l'allocation d'une prime de résultat au prorata de 12 266 euros, non de 6 937,70 euros, fait constitutif d'une faute de son employeur dont le préjudice sera indemnisé à la somme de 5 328,30 euros ;

- un agent contractuel peut bénéficier du même régime indemnitaire qu'un fonctionnaire et ce dispositif résulte des clauses de son contrat ;

- la rupture du contrat de travail étant imputable à son employeur, les frais de déménagement d'un montant de 1 500 euros devront lui être alloué ;

- l'absence de remise de son entretien professionnel au titre de 2019 dans les délais prévus par les textes lui a causé un préjudice en lien avec sa recherche d'emploi, qui sera indemnisé à la somme de 10 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 octobre 2021, le centre hospitalier de Chaumont, représenté par Me Gourinat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 513 euros soit mise à la charge de M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable pour défaut de liaison du contentieux ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été en dernier lieu fixée au 10 mai 2022 par une ordonnance

du 19 avril précédent.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la fonction publique ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le décret n° 2012-749 du 9 mai 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les conclusions de M. Deschamps, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été recruté en contrat à durée indéterminée à compter du 1er juillet 2018 par le centre hospitalier de Chaumont (CHC) afin d'assurer les fonctions de directeur adjoint en charge du groupement de coopération sanitaire (GCS) pôle logistique Sud Haute-Marne. Par un courrier du 13 juin 2020, l'intéressé a présenté sa démission, qui a été acceptée le 14 août suivant. M. A demande au tribunal de condamner le CHC à l'indemniser des différents préjudices qu'il estime avoir subis en raison des fautes commises par son ancien employeur lorsqu'il était en fonctions à hauteur de la somme de 104 016 euros.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne les faits de harcèlement moral :

2. Aux termes de l'article L. 133-2 du code de la fonction publique, anciennement article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".

3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour être qualifiés de harcèlement moral, les faits doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

4. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.

5. Pour faire présumer l'existence de faits de harcèlement moral dont il estime avoir été victime, M. A considère qu'à compter du mois de novembre 2019, marqué par l'arrivée de M. B comme administrateur provisoire du centre hospitalier, jusqu'à son départ effectif après acceptation de sa démission le 14 août 2020, ses conditions de travail se sont fortement détériorées et ont eu des répercussions sur son état de santé, qui s'est dégradé, en raison du comportement et des agissements de son supérieur hiérarchique direct. M. A invoque, en premier lieu, le fait que cette personne, au moment de la réunion de l'assemblée générale du 9 janvier 2020, l'a sollicité quelques minutes avant le début de l'assemblée pour échanger sur le sujet, alors que l'ensemble du dossier avait été transmis dès le 27 décembre précédent, qu'il lui avait signalé être disponible pour évoquer ce dossier et qu'il était en train d'opérer les derniers ajustements pour le bon déroulement de cette réunion, qu'il était chargé d'organiser. Cependant, cette seule circonstance ne permet pas de faire présumer l'existence de faits de harcèlement moral, au regard des responsabilités incombant à un directeur de centre hospitalier et d'une pratique semble-t-il répandue dans l'administration.

6. En deuxième lieu, l'intéressé se prévaut de ce qu'au cours de son entretien professionnel du 13 février 2020 au titre de l'année 2019, M. B a critiqué les objectifs qui lui avaient été fixés par le précédent directeur, la légitimité de son recrutement, puis publiquement à l'occasion du comité de direction du 10 mars 2020, qu'il ne lui a jamais transmis son entretien professionnel, qu'il lui a diminué sa prime de résultat pour 2019 de 25 % et qu'il ne lui en a pas été versée une au prorata pour 2020. D'une part, M. A n'apporte aucun élément à l'appui de ses deux premiers griefs. D'autre part, si, effectivement, son supérieur hiérarchique direct ne lui a pas remis le compte rendu de son entretien professionnel comme le prévoient les dispositions de l'article 1-3 du décret du 6 février 1991 dans un délai raisonnable après l'entretien et que le taux de la part résultats de sa prime de fonctions et résultats (PFR) a été abaissé, ces faits, alors qu'il n'existe d'ailleurs aucun droit acquis au maintien d'un taux de prime, ne permettent pas de faire présumer l'existence de faits de harcèlement moral. En outre, il résulte de l'instruction, en particulier de la pièce numérotée 7 de la requête, que la réduction du nombre de contractuels, qui ne vise pas individuellement M. A, lequel bénéficie au demeurant d'un contrat à durée indéterminée, s'inscrit dans la mise en oeuvre du plan " efficience 2020 " visant, compte tenu de la situation financière du centre hospitalier, à faire des économies dans tous les secteurs, dont celui des ressources humaines, volet au sein duquel la réduction du nombre de contractuels n'est qu'un levier d'actions parmi d'autres. Enfin, le centre hospitalier produit en défense des éléments établissant le versement d'une prime de résultats pour 2020.

7. En troisième lieu, les circonstances que son supérieur hiérarchique, en dépit de la mise en garde du requérant relative au délai réglementaire de convocation des organes du dialogue social, a décidé de passer outre celle-ci et qu'une journée de congé lui a été refusée, alors qu'il résulte de l'instruction, en particulier de la pièce numérotée 20 de la requête que ce refus, qui n'émane au demeurant pas de M. B, était motivé pour raison de service, ne permettent également pas de faire présumer l'existence de faits de harcèlement moral.

8. Dans ces conditions, et quand bien même M. A produit des attestations de connaissances, qui reprennent d'ailleurs ses propos, ainsi qu'un certificat médical, qui fait état d'une dégradation de son état de santé en lien avec son activité professionnelle, les éléments invoqués par le requérant ne suffisent pas à faire présumer l'existence de faits de harcèlement moral.

En ce qui concerne les fautes relatives à sa notation et au montant de sa prime de résultats au titre des années 2019 et 2020 :

9. Aux termes de l'article 1er du décret du 9 mai 2012 : " Les fonctionnaires appartenant aux corps, d'une part, des personnels de direction des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée et, d'autre part, des directeurs des soins de la fonction publique hospitalière ou détachés dans l'un de ces corps ou sur un emploi fonctionnel, relevant des décrets du 2 août 2005 et du 9 mai 2012 susvisés, perçoivent une prime de fonctions et de résultats, dans les conditions fixées par le présent décret. Sont également concernés les fonctionnaires pour lesquels il est fait application des dispositions des articles 48 et 50-1 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée () ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " La prime de fonctions et de résultats comprend deux parts : / - une part tenant compte des responsabilités, du niveau d'expertise et des sujétions spéciales liées aux fonctions exercées ; / une part tenant compte des résultats de la procédure d'évaluation individuelle prévue par la réglementation en vigueur et de la manière de servir ".

10. Il résulte de ces dispositions que le régime indemnitaire qu'elles instituent ne s'applique qu'aux agents titulaires de la fonction publique hospitalière. Dès lors, M. A, malgré les stipulations de son contrat, dont il ne saurait se prévaloir, ne pouvait prétendre au versement de la PFR du corps des personnels de direction des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986. Par suite, la responsabilité du CHC en raison du versement prétendument illégal de la part " résultats ", car inférieur à un certain montant, de la PFR pour les années 2019 et 2020 et de l'absence de fixation d'objectifs pour l'année 2020 ne peut être engagée.

En ce qui concerne la faute liée à l'absence de remise de son entretien professionnel pour 2019 :

11. Aux termes de l'article 1-3 du décret du 6 février 1991 : " I.- Les agents recrutés pour faire face à un besoin permanent par contrat à durée indéterminée () bénéficient chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. / () II.- Le compte rendu est établi et signé par le supérieur hiérarchique direct de l'agent. Il comporte une appréciation générale exprimant la valeur professionnelle de l'agent. / Il est communiqué à l'agent qui le complète le cas échéant de ses observations. / Il est visé par l'autorité investie du pouvoir de nomination qui peut formuler si elle l'estime utile, ses propres observations. Le compte rendu est notifié à l'agent qui le signe pour attester qu'il en a pris connaissance puis le retourne à l'autorité investie du pouvoir de nomination qui le verse à son dossier. () ".

12. M. A ne peut utilement soutenir que les dispositions de l'article 6 du décret n° 2020-719 du 12 juin 2020 ont été méconnues, ces dernières étant seulement applicables aux agents titulaires relevant des corps et emplois de la fonction publique hospitalière. Il ne résulte pas de l'instruction que le centre hospitalier aurait notifié le compte rendu de l'entretien professionnel au titre de l'année 2019 au requérant et les éléments d'explication dont elle se prévaut en défense ne permettent pas de le justifier. Dans ces conditions, en n'établissant pas de compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2019, le CHC a commis une faute susceptible d'engager sa responsabilité. Toutefois, la seule production d'un courriel d'un recruteur potentiel, qui sollicitait la production des trois derniers entretiens professionnels, ne permet pas d'établir qu'il aurait perdu une chance sérieuse de retrouver un emploi, alors, d'ailleurs, qu'à cette période il était encore sous contrat à durée indéterminée et que son entretien professionnel s'était tenu peu de temps auparavant. Le lien de causalité entre le préjudice allégué et la faute commise n'est donc pas établi.

En ce qui concerne le licenciement allégué :

13. Il appartient au juge administratif, saisi d'une demande tendant à l'indemnisation du préjudice qu'un agent non titulaire estime avoir subi du fait de la rupture de son contrat de travail résultant de modifications substantielles des clauses du contrat en cause, d'apprécier si la décision par laquelle l'autorité administrative a accepté la démission d'un agent non titulaire doit être regardée comme un licenciement, eu égard notamment à la nature et à l'ampleur des modifications apportées au contrat, au comportement de l'employeur et aux motifs pour lesquels l'agent a cessé son activité.

14. Il résulte de l'instruction que, par son courrier du 13 juin 2020, M. A a manifesté sa volonté non équivoque de cesser ses fonctions sans, d'ailleurs, invoquer un quelconque motif à sa démission. Si l'intéressé entend à présent soutenir que sa démission trouverait sa cause dans le harcèlement moral qu'il aurait subi et dans les fautes que l'hôpital aurait commis dans le cadre des relations contractuelles qui les liaient, les faits de harcèlement moral ne sont pas établis et, tant l'absence d'augmentation de la part " résultats " de la PFR, à laquelle il n'avait pas droit et qui ne constitue pas une modification substantielle de son contrat de travail, que la seule faute dans la non transmission de son compte rendu d'entretien professionnel pour 2019, ne permettent de regarder sa démission comme un licenciement. Dès lors, ses conclusions tendant à ce que le CHC soit condamné à lui verser la somme de 1 500 euros au titre des frais de déménagement ne peuvent qu'être rejetées.

15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le CHC, que M. A n'est pas fondé à engager sa responsabilité.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CHC, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par le CHC au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Chaumont sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au centre hospitalier de Chaumont.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Friedrich, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

Le rapporteur,

Signé

P-H. CLe président,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

I. ROLLAND

N°2101087

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