mardi 4 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2101110 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BAZIN & CAZELLES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 mai 2021 et 24 mai 2022,
Mme E A, représentée par la SCP Auberson - Desingly, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune des Deux-Villes à lui verser la somme de 2 691,23 euros au titre des divers préjudices qu'elle soutient avoir subis à l'occasion des fonctions exercées en qualité de secrétaire de mairie ;
2°) de mettre à la charge de la commune des Deux-Villes la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commune des Deux-Villes, en la recrutant de 2018 à 2020, a fait un usage abusif du recours au contrat et, dès lors, elle doit être condamnée à lui verser la somme de 1 537,49 euros correspondant à l'indemnité à laquelle elle aurait eu droit dans le cadre d'un licenciement, ainsi qu'à la somme de 153,74 euros correspondant aux congés annuels afférents ;
- la commune des Deux-Villes a méconnu le délai de prévenance prévu par l'article 38 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 et, dès lors, elle doit être condamnée à lui verser la somme de 1 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 mars 2022 et 29 juillet 2022, la commune des Deux-Villes, représentée par Me Jacques Bazin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 1999/70/CE du Conseil de l'Union européenne du 28 juin 1999 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
L'affaire a été renvoyée en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B D,
- les conclusions de Mme C de Laporte, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Desingly, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été recrutée par la commune de Deux-Villes, par un contrat signé le
28 septembre 2018 pour une durée de deux ans, afin d'exercer à temps partiel les fonctions de secrétaire de mairie. Un nouveau contrat signé le 29 septembre 2020 a prolongé Mme A dans ces fonctions pour une durée de trois mois. Suite à la décision du 30 novembre 2020 par laquelle le maire des Deux-Villes a décidé de ne pas renouveler ce contrat dont le terme était fixé au
31 décembre 2020, Mme A lui a présenté une réclamation préalable qui a été implicitement rejetée par une décision intervenue le 8 avril 2021. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner la commune des Deux-Villes à lui verser, d'une part, la somme de 1 691,23 euros en raison du recours abusif à des contrats à durée déterminée et, d'autre part, la somme de 1 000 euros en raison de la méconnaissance du délai de prévenance.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le recours abusif à des contrats à durée déterminée :
2. Aux termes des dispositions de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction en vigueur à la date du premier contrat passé avec la requérante : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : / () 3° Pour les emplois de secrétaire de mairie des communes de moins de 1 000 habitants et de secrétaire des groupements composés de communes dont la population moyenne est inférieure à ce seuil ; () ". Aux termes des dispositions de l'article 3 de la même loi, dans sa rédaction en vigueur à la date du second contrat passé avec la requérante : " I. - Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 peuvent recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents pour faire face à un besoin lié à : / () 2° Un accroissement saisonnier d'activité, pour une durée maximale de six mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de douze mois consécutifs. () ".
3. Il ressort de l'interprétation de la directive 1999/70/CE du Conseil de l'Union européenne du 28 juin 1999 concernant l'accord-cadre CES, UNICE et CEEP sur le travail à durée déterminée retenue par la Cour de justice de l'Union européenne que le renouvellement de contrats à durée déterminée afin de pourvoir au remplacement temporaire d'agents indisponibles répond, en principe, à une raison objective au sens de cette directive, y compris lorsque l'employeur est conduit à procéder à des remplacements temporaires de manière récurrente, voire permanente, et alors même que les besoins en personnel de remplacement pourraient être couverts par le recrutement d'agents sous contrats à durée indéterminée. Toutefois, si l'existence d'une telle raison objective exclut en principe que le renouvellement des contrats à durée déterminée soit regardé comme abusif, c'est sous réserve qu'un examen global des circonstances dans lesquelles les contrats ont été renouvelés ne révèle pas, eu égard notamment à la nature des fonctions exercées par l'agent, au type d'organisme qui l'emploie, ainsi qu'au nombre et à la durée cumulée des contrats en cause, un abus. Les dispositions des articles 3 à 3-3 de la loi du
26 janvier 1984 susvisée, qui subordonnent la conclusion et le renouvellement de contrats à durée déterminée à la nécessité de remplacer des fonctionnaires temporairement ou partiellement indisponibles, ne font cependant pas obstacle à ce qu'un renouvellement abusif de contrats à durée déterminée ouvre à l'agent concerné un droit à l'indemnisation du préjudice qu'il subit lors de l'interruption de la relation d'emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée.
4. Il résulte de l'instruction que Mme A a exercé des fonctions de secrétaire de mairie au sein de la commune des Deux-Villes entre le 1er octobre 2018 et le 31 décembre 2020. Le premier contrat a été passé sur le fondement des dispositions précitées de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984, dès lors que la population de la commune des Deux-Villes est inférieure à mille habitants, et le second contrat l'a été sur le fondement des dispositions précitées de l'article 3 de la même loi, afin de satisfaire à un accroissement saisonnier d'activité. La commune des Deux-Villes fait valoir que, avant le terme du premier de ces contrats, Mme A s'était portée candidate au concours d'adjoint principal de 2e classe et que le nouveau maire, après avoir décidé renouveler son contrat dans l'attente de ses résultats, a fondé le second contrat sur le seul fondement légal qui lui permettait d'assurer la continuité du service tout en étant dispensé de faire publier au préalable une déclaration de vacance d'emploi qui l'aurait conduit à différer le renouvellement du contrat de la requérante. Dans les circonstances de l'espèce, et eu égard au nombre de contrats passés avec Mme A, à leur durée globale et à la circonstance que son employeur est une commune de deux cent cinquante-cinq habitants, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la commune des Deux-Villes aurait recouru abusivement à une succession de contrats à durée déterminée, nonobstant la circonstance que le maire a renouvelé son contrat pour un motif dont il n'est pas contesté qu'il a été signé sur une base légale erronée.
En ce qui concerne la méconnaissance du délai de prévenance :
5. Aux termes des dispositions de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 susvisé : " I. - Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : / () - deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à deux ans ; / () Pour la détermination de la durée du délai de prévenance, les durées d'engagement mentionnées aux deuxième, troisième, quatrième et cinquième alinéas sont décomptées compte tenu de l'ensemble des contrats conclus avec l'agent, y compris ceux conclus avant une interruption de fonctions, sous réserve que cette interruption n'excède pas quatre mois et qu'elle ne soit pas due à une démission de l'agent. () ".
6. Il résulte de l'instruction que, alors que le second contrat de Mme A prenait fin le 31 décembre 2020, le maire des Deux-Villes, en décidant de ne pas le renouveler par une décision du 30 novembre 2020, a méconnu le délai de prévenance prévu par les dispositions citées au point précédent et qui, compte tenu de la durée globale des deux contrats de Mme A, était de deux mois. Toutefois, les troubles dans les conditions d'existence qu'invoque Mme A, et qui se rattachent aux conséquences de la non-reconduction de son dernier contrat sur sa situation familiale, sont dépourvus de lien direct et certain avec la méconnaissance de ce délai.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à la condamnation de la commune des Deux-Villes doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune des Deux-Villes, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par la commune des Deux-Villes au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune des Deux-Villes présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et à la commune des Deux-Villes.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
Mme Stéphanie Lambing, première conseillère,
M. Clemmy Friedrich, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.
Le rapporteur,
C. D
Le président,
O. NIZET
La greffière,
N. MASSON
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026