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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2101795

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2101795

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2101795
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSOCIÉTÉ D'AVOCATS CHARLOT & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces, enregistrés les 11 août 2021, 6 octobre 2022, 22 août 2023 et 24 août 2023, M. A B, représenté par Me Charlot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 9 avril 2021 par laquelle le président du conseil régional de la région Grand Est et la préfète de la Haute-Marne ont réduit de 96,91 ha à 72,91 ha les engagements pris au titre de la campagne 2016 dans le cadre de la mesure agroenvironnementale et climatique CA_52HM_HE07 - absence de fertilisation azotée ainsi que la décision du 11 juin 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la région Grand Est de lui restituer toutes les aides supprimées ou, à défaut, de réexaminer sa demande d'aide dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que la réduction des surfaces déclarées au titre de l'année 2016 pour la mesure agroenvironnementale et climatique CA_52HM_HE07 - absence de fertilisation azotée est imputable aux services préfectoraux qui l'ont contraint par deux fois à modifier ses engagements afin de ne pas dépasser le seuil fixé en dernier lieu à 7 500 euros par un arrêté du 3 août 2017 du préfet de la région Grand Est.

Par des observations, enregistrées le 17 mars 2022, la préfète de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête est mal dirigée dès lors que l'article 78 de la loi du 27 janvier 2014 de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles confie aux régions la gestion et la mise en œuvre du programme de soutien au développement rural et des mesures agroenvironnementales et climatiques pour la période 2014-2020 et que la convention relative à la mise en œuvre des dispositions du règlement (UE) n°1305-2013 du 17 décembre 2013 concernant la politique de développement rural dans la région Champagne-Ardenne confère à la région la compétence pour se défendre devant les juridictions administratives.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2023, la région Grand Est conclut :

1°) à titre principal, au non-lieu à statuer et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est devenue sans objet dès lors que les décisions contestées ont été retirées par une décision du 2 novembre 2021 qui les remplace ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

L'instruction a été close avec effet immédiat le 27 novembre 2023 en application des dispositions combinées des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- la loi n° 2014-58 du 27 janvier 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Torrente, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Castellani, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B exploite une activité agricole pour laquelle il s'est engagé à favoriser une gestion extensive des prairies par absence de fertilisation. Il a ainsi déposé, le 14 juin 2015, une demande d'aide au titre de la mesure agroenvironnementale et climatique relevant de la rubrique CA_52_HM_HE07 correspondant à cet engagement pour la campagne 2015, en déclarant à ce titre une surface de 96,91 ha. Cette aide lui a été accordée par une décision du 26 avril 2018 fixant le montant annuel maximum de l'aide pouvant lui être accordée à 7 371,93 euros en contrepartie de l'engagement de maintenir les surfaces concernées en gestion extensive des prairies sans fertilisation pendant une durée de cinq ans. Au cours de l'instruction de la demande d'aide au titre de la campagne 2016, le service instructeur a constaté que des surfaces engagées au titre de la campagne 2015 n'avaient pas été déclarées pour 2016. Par une décision du 9 avril 2021, le président du conseil régional de la région Grand Est et la préfète de la Haute-Marne ont notifié à M. B l'état de ses engagements au titre de la campagne 2016 constatant la résiliation des engagements pris en 2015 pour une surface de 24 ha et retenant en conséquence une surface éligible de 72,90 ha lui ouvrant droit au versement d'une aide d'un montant de 5 545,50 euros. Par une lettre du 11 avril 2021, l'intéressé a formé un recours gracieux contre cette décision en tant qu'elle limite la surface éligible à l'aide à 72,90 ha pour 2016. Par une décision du 11 juin 2021, le président du conseil régional de la région Grand Est a rejeté ce recours gracieux. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

3. Par une décision du 2 novembre 2021, le président du conseil régional de la région Grand Est a retiré la décision du 9 avril 2021 et a notifié à M. B l'état de ses engagements au titre de la mesure agroenvironnementale et climatique pour la campagne 2016 portant sur l'absence de fertilisation azotée en restreignant à nouveau la surface éligible à cette aide à 72,90 ha lui ouvrant doit au versement d'une aide d'un montant de 5 545,50 euros. M. B ayant pris connaissance de cette décision au plus tard le 30 octobre 2023, avec la communication du mémoire en défense de la région Grand Est, le retrait de la décision initiale du 9 avril 2021 a acquis un caractère définitif. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette décision ainsi que la décision du 11 juin 2021 de rejet du recours gracieux de M. B. En revanche, la décision du 2 novembre 2021 qui les a remplacés ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de cette décision en tant qu'elle retient une surface éligible de 72,90 ha ouvrant droit au versement d'une aide d'un montant de 5 545,50 euros.

Sur la légalité de la décision du 2 novembre 2021 :

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; (). ". Pour l'application de ces dispositions, l'administration doit indiquer soit dans sa décision elle-même, soit par référence à un document joint ou précédemment adressé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde.

5. La décision par laquelle l'autorité administrative compétente décide de réduire le montant d'une aide agricole régie par un texte de l'Union européenne a le caractère d'une décision défavorable retirant une décision créatrice de droits au sens du 4° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, en tant qu'elle retire une aide financière qui avait été précédemment octroyée à son bénéficiaire. Ainsi, une telle décision doit être motivée.

6. Il ressort des pièces du dossier que la décision contestée vise un ensemble de textes de droit de l'Union européenne, le décret n° 2015-445 du 16 avril 2015 relatif à la mise en œuvre des programmes de développement rural pour la période 2014-2020, deux chapitres du code rural et de la pêche maritime ainsi que les textes pris pour son application, notamment l'arrêté du 9 octobre 2015 relatif aux modalités d'application concernant le système intégré de gestion et de contrôle, l'admissibilité des surfaces au régime de paiement de base et l'agriculteur actif dans le cadre de la politique agricole commune à compter de la campagne 2015 et l'arrêté du 21 août 2017 relatif aux mesures agroenvironnementales et climatiques, aux aides en faveur de l'agriculture biologique et aux paiements au titre de Natura 2000 et de la directive-cadre sur l'eau. Toutefois, cette décision, de même que son annexe, n'indiquent pas précisément les dispositions sur lesquelles l'administration s'est fondée pour réduire la quantité de surface éligible à l'aide ainsi que le montant de l'aide alloué à M. B au titre de la campagne 2016 et, ainsi, retirer partiellement les droits aux paiements résultant de la décision de validation des engagements du 26 avril 2018. Au demeurant, ni la décision initiale du 9 avril 2021, ni la décision du 11 juin 2021 portant rejet du recours gracieux de l'intéressé ne comportent de précisions des textes applicables. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la décision contestée est insuffisamment motivée en droit. Ce moyen doit, par suite, être accueilli.

7. Aucun des autres moyens de la requête n'est de nature justifier l'annulation de la décision contestée.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 2 novembre 2021 du président du conseil régional de la région Grand Est en tant qu'elle restreint les engagements pris par l'intéressé au titre de la mesure agroenvironnementale et climatique portant sur l'absence de fertilisation azotée pour la campagne 2016 à une surface éligible de 72,90 ha et le montant de l'aide alloué à ce titre à la somme de 5 545,50 euros.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Eu égard au motif d'annulation, l'exécution du présent jugement n'implique pas nécessairement la restitution des aides sollicitées. En revanche, elle implique nécessairement que la demande de paiement de l'aide de M. B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la région Grand Est de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la région Grand Est demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

11. Aux termes de l'article 78 de la loi du 27 janvier 2014 de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles : " I.- Dans les conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, pour la période 2014-2020 et pour la période de programmation 2021-2027 des fonds, jusqu'au terme de la gestion des projets financés au titre de cette période : / 1° L'Etat confie aux régions ou, le cas échéant, pour des programmes opérationnels interrégionaux, à des groupements d'intérêt public mis en place par plusieurs régions, à leur demande, tout ou partie de la gestion des programmes européens soit en qualité d'autorité de gestion, soit par délégation de gestion. () ". En application de la convention du 22 décembre 2014 relative à la mise en œuvre des dispositions du règlement (UE) n° 1305/2013 concernant la politique de développement rural dans la région Champagne-Ardenne, conclue entre l'Etat, la région et l'Agence de services et de paiement, la région Grand Est a la qualité d'autorité responsable de la gestion et de la mise en œuvre du programme de soutien au développement rural et des mesures agroenvironnementales et climatiques (MAEC), les décisions relevant de la compétence du président de la région Grand Est et la région assurant sa propre défense devant les juridictions administratives en cas de décisions défavorables.

12. M. B demande, dans le dernier état de ses écritures, que soit mise à la charge du préfet de la région Grand Est et de la direction départementale de l'agriculture et de la forêt la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il doit ainsi être regardé comme dirigeant ses conclusions contre l'Etat et non contre la région Grand Est. Par suite, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 9 avril 2021 par laquelle le président du conseil régional de la région Grand Est et la préfète de la Haute-Marne ont notifié à M. B l'état de ses engagements au titre de la campagne 2016 en retenant une surface éligible de 72,90 ha lui ouvrant droit au versement d'une aide d'un montant de 5 545,50 euros et contre la décision du 11 juin 2021 de rejet de son recours gracieux.

Article 2 : La décision du 2 novembre 2021 du président du conseil régional de la région Grand Est en tant qu'elle restreint les engagements pris par M. B au titre de la mesure agroenvironnementale et climatique portant sur l'absence de fertilisation azotée pour la campagne 2016 à une surface éligible de 72,90 ha et le montant de l'aide alloué à ce titre à la somme de 5 545,50 euros, est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à la région Grand Est de procéder au réexamen de la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la région Grand Est sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la région Grand Est.

Copie en sera adressée à la préfète de la Haute-Marne.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

Le rapporteur,

Signé

V. TORRENTELa présidente,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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