jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2101845 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP X. COLOMES - S. COLOMES-MATHIEU - ZANCHI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 août 2021, Mme B D demande
au tribunal d'annuler l'ensemble des trop-perçus d'un montant total de 42 647,59 euros,
que lui a notifiés la caisse d'allocations familiales de l'Aube par courrier du 14 juin 2021.
Elle soutient que M. A est son ex-compagnon et qu'il n'habite plus sous le même toit depuis le mois de janvier 2018
Par des mémoires enregistrés le 12 avril 2022 et le 27 octobre 2022,
la caisse d'allocations familiales l'Aube, représentée par Me Colomès, conclut :
1°) à l'incompétence de la juridiction administrative est incompétente pour statuer
sur les créances autres que celles relatives au revenu de solidarité active, n'étant pas régulièrement saisi de la contestation de ces créances ;
2°) au rejet du surplus des conclusions de la requête ;
3°) à ce qu'il soit mis à la charge de Mme D une somme de 1 500 euros
au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les éléments produits apportent la preuve d'une poursuite de la vie maritale.
Par un courrier du 24 octobre 2022, les parties ont été informées, en application
des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement
à intervenir était susceptible d'être en partie fondé sur des moyens relevés d'office tirés
de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les litiges en matière d'allocations familiales et d'allocations de soutien familial.
Par un mémoire enregistré le 10 novembre 2022, le département de l'Aube conclut
au rejet de la requête.
Il soutient que la juridiction administrative est incompétente pour statuer sur les litiges en matière d'allocations familiales et d'allocations de soutien familial et que les moyens dirigés contre les indus de revenu de solidarité active ne sont pas fondés.
Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges relevant
de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions
à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Deschamps, magistrat désigné a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code civil ;
- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un contrôle de la situation de Mme D, la caisse d'allocations familiales de l'Aube lui a notifié par une décision du 14 juin 2021 un indu
d'un montant total de 42 417,59 euros correspondant à 2 665,28 euros de prestations familiales pour la période du 1er janvier au 31 mai 2021, à 14 296,08 euros d'aide personnalisée
au logement pour la période du 1er mai 2019 au 30 juin 2021, à 1 006,17 euros correspondant
au montant des primes exceptionnelles de fin d'année des années 2018, 2019 et 2020,
à 12 025,66 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er juin 2018 au 31 mai 2021, à 900 euros de prime de solidarité covid et enfin à 11 574,40 euros correspondant
à des allocations de soutien familial versées pour la période du 1er juin 2018 au 31 mai 2021. Mme D a introduit le 17 juin 2021 un recours afin de contester le bien-fondé
des créances de revenu de solidarité active et d'aide exceptionnelle de fin d'année
que le département de l'Aube a à tort interprété comme une demande de remise gracieuse,
qu'il a rejetée par une décision du 4 août 2021. Elle a par ailleurs adressé à la caisse d'allocations familiales de l'Aube le 17 juin 2021 des courriers visant à contester le bien-fondé des indus
de prestations familiales d'aide personnalisée au logement et l'aide exceptionnelle de solidarité lié à l'urgence sanitaire aux ménages les plus précaires, et ces demandes ont été implicitement rejetées. Par la présente requête, elle conteste l'ensemble de ces indus.
Sur les indus de prestations familiales et d'allocation de soutien familial :
2. En vertu des dispositions combinées du 1° de l'article L. 142-1, du 1° de l'article L. 142-8 et du 2° et du 6° de l'article L. 511-1 du code de la sécurité sociale, le juge judiciaire connaît des contestations relatives aux contentieux relatifs aux allocations familiales
et à l'allocation de soutien familial.
3. Dès lors, les litiges relatifs aux allocations familiales et aux allocations de soutien familial qui sont soumis par la requérante au juge administratif ont été portés devant
une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur les autres indus :
4. Lorsqu'il est saisi d'un recours dirigé contre des décisions qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonnent la récupération d'indus de revenu de solidarité active,
de prime d'activité ainsi que d'aides personnelles au logement, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée
par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble
des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé
de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer
la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
5. Il résulte de l'instruction que l'origine des indus restant en cause se trouve
dans la prise en compte par l'administration d'un concubinage entre M. A
et Mme D postérieurement à la date du 6 avril 2016 à laquelle la requérante
avait déclaré à la caisse d'allocations familiales que M. A quittait le foyer.
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale
et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". L'article L. 262-3 du code précité dispose
que : " La fraction des revenus professionnels des membres du foyer et le montant forfaitaire mentionné au 2°de l'article L. 262-2 sont fixés par décret. (). L'ensemble des ressources
du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination
du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient,
de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi
que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ".
Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu
de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités,
aux ressources et aux biens des membres du foyer ; / il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ".
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer () ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ". Aux termes de l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources () prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; () ". Aux termes de l'article R. 844-1 du même code : " Ont le caractère de revenus professionnels ou en tiennent lieu en application du 1° de l'article L. 842-4 : / 1° L'ensemble des revenus tirés d'une activité salariée ou non salariée () ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code :
" Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé
du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul
des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources
et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement () sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; b) L'allocation de logement sociale ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles perçues par le bénéficiaire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer ". L'article L. 825-3 de ce code dispose : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur : () 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement ". Aux termes de l'article L. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ".
9. Enfin, aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage
est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité
et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent
en couple. ".
10. Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active
et de la prime d'activité, et, par suite, de la prime exceptionnelle de fin d'année et de l'aide exceptionnelle de solidarité lié à l'urgence sanitaire aux ménages les plus précaires, ainsi que pour le bénéfice des aides personnelles au logement, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin
et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application
de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources
et leurs charges.
11. Pour contester le prolongement du concubinage au-delà du mois de janvier 2018, Mme D, qui réside au 32 rue Jean Camille Niel à Troyes, se prévaut
de ce que M. A a habité au 20 rue Jean Camille Niel de janvier 2018 à mars 2021
et qu'il réside depuis 10 impasse de la Halle Napoléon à Bréviande. A l'appui de cette affirmation, elle se prévaut d'abord d'une attestation de la comptable de la société qui emploie son mari qui certifie que les bulletins de paie étaient adressés au 20 rue Jean Camille Niel, mais cela ne suffit pas à remettre en cause les constatations du vérificateur qui a procédé au contrôle, lesquelles font foi jusqu'à preuve du contraire, selon lesquelles les bulletins de salaires fournis par M. A à l'appui de sa demande de prime d'activité comportaient l'adresse
de la requérante. L'attestation du pédiatre qui suit les enfants du couple selon laquelle
seule la mère accompagne les enfants en consultation ne suffit pas à établir le lieu de résidence de M. A. Les documents cadastraux et relatifs à la taxe d'aménagement produits
par la requérante permettent d'établir que M. A est propriétaire d'un bien à Bréviande, mais ne peuvent justifier d'une résidence effective à cette adresse. Il en va de même de l'adresse indiquée par M. A pour sa domiciliation bancaire. Si trois voisins attestent
de ce que Mme D habite seule, il n'est cependant pas contesté que le titre de séjour délivré à M. A le 2 septembre 2019 portait l'adresse de la requérante, de même
que des arrêts de travail délivrés en 2020 et 2021. Le rapport d'enquête relève également que l'adresse électronique donnée par M. A à la caisse d'allocations familiales de l'Aube
pour le traitement de son dossier est la même que celle de la requérante et qu'il a également fourni un relevé d'identité bancaire de Mme D. Enfin, même si la requérante produit une attestation d'hébergement de M. A chez son oncle au 20 rue Jean Camille Niel,
le rapport d'enquête relève également que le courrier envoyé à cette adresse par la caisse d'allocations familiales revenait à l'expéditeur sans que le destinataire n'ait pu y être trouvé.
Au vu de l'ensemble de ces éléments, la poursuite du concubinage sur la période en cause entre Mme D et M. A doit être regardée comme établie.
12. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins
de non-recevoir opposées par la caisse d'allocations familiale de l'Aube, la requête
de Mme D doit être rejetée.
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la caisse d'allocations familiales de l'Aube présentées sur le fondement
des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de Mme D relatives aux indus d'allocations familiales et d'allocations de soutien familial sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaitre.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par la caisse d'allocations familiales de l'Aube
sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, au département
de l'Aube et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Copie en sera adressé à la caisse d'allocations familiales de l'Aube.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.
Le magistrat désigné,
signé
A. CLe greffier,
signé
A. PICOTLe greffier,
E. MOREULLe magistrat désigné,
A. CLe greffier,
E. MOREUL
No 2101845
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026