vendredi 17 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2101885 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | GABON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 août 2021 et 31 juillet 2023, M. A B et Mme D B, représentés par Me Gabon, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'ordonner avant dire droit une expertise ;
2°) de surseoir à statuer le temps que l'expert dépose son rapport ;
3°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Reims à leur verser la somme de 400 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, qui sera augmentée en fonction des résultats de l'expertise ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Reims la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Gabon en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Ils soutiennent que :
- après la prise en charge de M. B à leur domicile, la structure mobile d'urgence et de réanimation dépendant du centre hospitalier universitaire de Reims a mis plus d'une heure pour le conduire à l'hôpital ;
- le dossier de la structure mobile d'urgence et de réanimation n'est pas conforme aux préconisations de la Haute autorité de santé ;
- l'imagerie par résonnance magnétique n'a pas été réalisée par un neuroradiologue dans les vingt minutes de son admission au centre hospitalier universitaire de Reims et dans les soixante minutes qui ont précédé la réalisation de la thrombolyse intraveineuse, en méconnaissance des recommandations de la Haute autorité de santé de 2009 ;
- le dossier médical est incomplet ;
- l'hôpital a traité l'accident ischémique constitué de M. B par thrombolyse intraveineuse et intra-artérielle, alors que ces mêmes recommandations de la Haute autorité de santé le déconseille ;
- la famille de M. B n'a reçu une information que le 7 mars 2017 ;
- il n'a bénéficié d'une prise en charge pour sa rééducation qu'à partir du 8 mars 2017 ;
- la Société hospitalière d'assurances mutuelles était l'assureur de l'hôpital à la date du dommage ;
- M. B a exposé des frais divers, notamment kilométriques et de transport, dont l'indemnisation se montera à 20 000 euros ;
- il a eu recours à l'assistance d'une tierce personne pour une somme qui est évaluée à 60 000 euros ;
- l'hôpital sera condamné à lui rembourser les différents frais médicaux, avant et après consolidation qu'il a été contraint d'exposer ;
- les pertes de gains professionnels futurs et l'incidence professionnelle donneront lieu au versement de la somme de 200 000 euros ;
- le déficit fonctionnel temporaire, total et partiel, sera indemnisé à hauteur de 61 320 euros et son arrêt temporaire de travail à 34 748 euros ;
- les souffrances endurées, que M. B mesure à 7/7, donneront lieu au versement de la somme de 70 0000 euros ;
- au titre du préjudice esthétique temporaire et permanent, il lui sera alloué 10 000 euros ;
- il a subi une atteinte à l'intégrité physique et psychique dont la réparation donnera lieu au versement de la somme de 30 000 euros ;
- il a également subi un préjudice sexuel qui sera indemnisé à 15 000 euros ;
- le préjudice d'agrément donnera lieu à l'allocation de la somme de 7 000 euros ;
- en raison des séquelles neuropsychiques graves dont il est atteint, des préjudices d'établissement et permanent exceptionnel, l'hôpital sera condamné à lui verser la somme totale de 20 000 euros ;
- son épouse a subi une perte de revenus évaluée à 30 000 euros ;
- elle a également exposé des frais de transport pour un montant de 5 000 euros ;
- elle a enfin subi un préjudice d'affection qui donnera lieu au versement de la somme de 30 000 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés les 21 octobre 2021 et 6 septembre 2023, le centre hospitalier universitaire de Reims, représenté par Me Cariou, conclut au rejet de la requête de M. et Mme B et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à leur charge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense enregistrés les 28 octobre et 2 novembre 2021, ainsi que le 25 août 2023, la Société hospitalière d'assurances mutuelles, représentée par Me Journé-Léau, conclut à sa mise hors de cause, au rejet de la requête et à ce qu'il soit enjoint au centre hospitalier universitaire de Reims de communiquer le nom de son nouvel assureur.
Elle fait valoir que moyens de la requête ne sont pas fondés.
Les caisses primaires d'assurance maladie de l'Aube et de la Haute-Marne, à qui la procédure a été communiquée, n'ont pas produit de mémoire.
M. et Mme B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juin 2021.
M. et Mme B ont produit un mémoire enregistré le 25 septembre 2023, qui n'a pas été communiqué.
La clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 25 septembre 2023 par une ordonnance du 6 septembre précédent.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Maleyre,
- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public,
- les observations de Me Gabon pour M. et Mme B,
- et celles de Me Zaoui-Taieb au profit du centre hospitalier universitaire de Reims.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 28 septembre 1956 et alors âgé de 60 ans, s'apprêtait, le 26 février 2017 vers 23h45, à se coucher à son domicile à Reims lorsqu'il a été pris d'un malaise. Son épouse a appelé le 15 et un équipage de la structure mobile d'urgence et de réanimation (SMUR) dépendant du centre hospitalier universitaire (CHU) de Reims a pris en charge son époux à 00h07 et l'a conduit dans ce centre hospitalier vers 1h00. Après la réalisation d'une imagerie par résonnance magnétique (IRM) cérébrale, qui a mis en évidence la présence d'un accident ischémique constitué (AIC) sylvien profond gauche avec occlusion de la sylvienne en M1, les médecins ont pratiqué une thrombolyse intraveineuse (TIV) deux heures après le début des symptômes, complétée par une thrombectomie mécanique (TM), lesquelles n'ont pas permis d'obtenir une recanalisation de l'artère cérébrale moyenne en M1. Un scanner cérébral de contrôle vingt-quatre heures après la thrombectomie mécanique a été réalisé, qui a révélé un infarctus sylvien superficiel et profond gauche sans remaniement hémorragique ni effet de masse. A sa sortie du service de neurologie de l'hôpital le 8 mars 2017, M. B, atteint d'une lourde hémiplégie droite et d'une aphasie globale, a été pris en charge pour une rééducation à la clinique Terre de France jusqu'au 31 mai suivant. L'intéressé a été admis du 17 août au 14 octobre 2017 dans le service de médecine physique et de réadaptation du CHU de Reims. Ce séjour n'a pas permis d'amélioration significative sur le plan fonctionnel et M. B a été placé sous tutelle. La commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) Champagne-Ardenne, saisie par son représentant légal et son épouse le 2 septembre 2019 d'une demande d'indemnisation amiable, a ordonné une expertise le 16 janvier 2020. L'expert a remis son rapport le 23 juin 2020 et la CCI a rejeté la demande par un avis du 29 septembre 2020, au motif que la prise en charge de M. B n'avait pas été fautive et que le dommage ne résultait pas d'un accident médical non fautif. M. et Mme B demandent notamment au tribunal que la responsabilité pour faute du CHU de Reims soit reconnue.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne le retard à informer Mme B sur l'état de santé de son époux :
2. Aux termes du deuxième alinéa du V de l'article L. 1110-4 du code de santé publique : " En cas de diagnostic ou de pronostic grave, le secret médical ne s'oppose pas à ce que la famille, les proches de la personne malade ou la personne de confiance définie à l'article L. 1111-6 reçoivent les informations nécessaires destinées à leur permettre d'apporter un soutien direct à celle-ci, sauf opposition de sa part. Seul un médecin est habilité à délivrer, ou à faire délivrer sous sa responsabilité, ces informations ".
3. Les requérants soutiennent que la famille a seulement " été tenue réellement informée du pronostic " le 7 mars 2017. Cependant, cette seule mention figurant sur une fiche du service de neurologie débutant au 1er mars 2017 ne permet pas de déduire que les proches n'auraient pas été informés de l'évolution l'état de santé de M. B à une fréquence adaptée au regard de l'incertitude de l'évolution de l'état de santé en présence d'un AIC depuis sa prise en charge à l'hôpital le 27 février précédent alors qu'il résulte de l'instruction, notamment des " transmissions ", que Mme B a pu s'entretenir avec le docteur C le soir de la prise en charge de son époux. Dans ces conditions, le CHU de Reims n'a pas commis de faute sur ce premier point.
En ce qui concerne les fautes liées aux retards de prise en charge et dans le choix thérapeutique erroné :
4. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
5. En premier lieu, M. et Mme B soutiennent que le centre hospitalier aurait pris en charge M. B avec retard dans la mesure où le SMUR l'a conduit au CHU près d'une heure après son arrivée à leur domicile, qui n'avait pris que quelques minutes, que le dossier constitué par le SMUR n'était pas conforme aux préconisations en la matière de la Haute autorité de santé (HAS), que l'IRM n'a pas été réalisée dans les vingt minutes de son admission et dans les soixante minutes qui ont précédé la réalisation de la TIV et qu'il n'a été pris en charge pour sa rééducation qu'à compter du 8 mars 2017. Toutefois, il appartenait au SMUR d'administrer les premiers soins à M. B et d'établir les premières mesures et les premiers diagnostics en vue de sa prise en charge dans les meilleures conditions à l'hôpital, éléments qui expliquent que celui-ci n'a pas été immédiatement acheminé au CHU. En outre, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise ordonnée par la CCI qui a été soumis au contradictoire dans la présente instance, que la prise en charge de l'intéressé s'est effectuée dans un délai optimal puisqu'environ deux heures se sont écoulées entre l'apparition des symptômes et le traitement de l'AIC par TIV puis par TM. Enfin, toujours selon l'expert, la prise en charge du patient à la clinique Terre de France au titre de la rééducation, qui a eu lieu sous dix jours, n'était pas tardive mais se justifiait au titre de sa prise en charge, des examens destinés à mesurer l'évolution de l'AIC ayant été réalisés au cours de cette période. Dans ces conditions, aucune faute liée à un retard de prise en charge ne peut être retenue à l'encontre du CHU de Reims.
6. En deuxième lieu, M. et Mme B reprochent au CHU de Reims d'avoir, en méconnaissance des recommandations de la HAS pour 2009, réalisé une TIV et une thrombolyse intra-artérielle (TIA). S'il est vrai que certains documents, notamment les comptes-rendus du pôle d'imagerie médicale du centre hospitalier, évoquent la pratique combinée de ces deux thrombolyses, il résulte cependant de l'instruction, en particulier des écrits du praticien hospitalier neurologue qui a suivi M. B, corroborés par les constations de l'expert, qu'une TM a été réalisée à la suite de la TIV, combinaison qui n'est pas proscrite par les recommandations de la HAS applicables à la date de l'intervention. Dès lors, et alors que l'expert n'a pas remis en cause le choix et les conditions de réalisation des actes médicaux dont a bénéficié M. B, le CHU de Reims n'a pas commis de faute dans le choix thérapeutique retenu.
7. En troisième lieu, si M. et Mme B se prévalent de ce que l'IRM n'a pas été pratiquée par un neuroradiologue et de ce que son dossier était incomplet, ces circonstances, à les supposer fautives, sont sans lien avec les préjudices subis.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner avant dire droit une expertise ni de surseoir à statuer, que M. et Mme B ne sont pas fondés à engager la responsabilité de cet établissement de santé.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CHU de Reims, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. et Mme B au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme B la somme demandée par le CHU de Reims au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier universitaire de Reims présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme D B, au centre hospitalier universitaire de Reims, à la société Relyens Mutual Insurance, ainsi qu'aux caisses primaires d'assurance maladie de la Marne et de la Haute-Marne.
Délibéré après l'audience du 27 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.
Le rapporteur,
Signé
P-H. MALEYRELe président,
Signé
A. DESCHAMPSLa greffière,
Signé
I. ROLLAND
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026