jeudi 7 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2102169 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | TAMBURINI-BONNEFOY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 1er octobre 2021 et 20 décembre 2022, M. D G et Mme F B, agissant tant en leur nom propre qu'au nom de leurs deux enfants mineurs, représentés par Me Carré-Paupart, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier de Châlons-en-Champagne à verser à leur fille C, à titre provisionnel, la somme de 989 871,79 euros en réparation des préjudices résultant de la prise en charge de Mme B à compter du 25 août 2017, assortie des intérêts au taux légal à compter de la demande préalable ;
2°) de condamner cet établissement de santé à respectivement verser les sommes de 50 000 euros et 25 000 euros à M. G, à Mme B et à leur fils mineur E en réparation de leur préjudice moral, assorties des intérêts au taux légal à compter de la demande préalable ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Châlons-en-Champagne la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le suivi du bien-être fœtal n'a pas été assuré conformément aux données acquises de la science, alors que le rythme cardiaque fœtal s'est dégradé ;
- cette faute est à l'origine directe, certaine et exclusive de l'anoxie subie par C, et donc des séquelles dont elle est atteinte, qui en résulte ;
- si la consolidation n'est pas acquise, l'état de santé C n'est pas susceptible d'amélioration, de sorte que ses différents postes de préjudice jusqu'à sa majorité peuvent d'ores et déjà être indemnisés à titre provisionnel, sous réserve d'une éventuelle aggravation ;
- le centre hospitalier, massivement représenté aux opérations d'expertise et ayant admis sa responsabilité, ne saurait solliciter un complément d'expertise ;
- des frais liés à des séances d'équithérapie sont demeurés à sa charge pour un montant de 320 euros ;
- elle a exposé des frais de médecin-conseil s'élevant à 2 139 euros ;
- sa situation de handicap nécessite l'assistance d'une tierce personne pour trois heures actives et trois heures passives ;
- de la naissance jusqu'à l'enregistrement du recours, le montant est de 248 568,07 euros et, jusqu'à la majorité de l'enfant, la somme s'élève à 620 719,20 euros, dont il convient de retrancher le montant de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé d'un montant annuel de 1 586, 52 euros, soit la somme de 838 292,54 euros, C n'ayant aucune autonomie et le déficit fonctionnel permanent ne sera pas inférieur à 80% ;
- le déficit fonctionnel temporaire, total et partiel, sera indemnisé à hauteur de 133 976,56 euros ;
- les souffrances endurées, évaluées à 4/7, donneront lieu au versement de la somme de 15 000 euros ;
- le préjudice esthétique temporaire, estimé à 4/7, sera indemnisé à hauteur de 10 000 euros ;
- ses parents et son frère, dont la vie a été bouleversée, subissent un préjudice moral qui sera indemnisé à titre provisionnel à 50 000 euros pour les premiers et 25 000 euros pour son frère.
Par un mémoire enregistré le 28 octobre 2021, la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne conclut à ce que le centre hospitalier de Châlons-en-Champagne soit condamné à lui verser 58 185,57 euros, assortis des intérêts au taux légal à compter de la mise à disposition du jugement à intervenir.
Par trois mémoires en défense enregistrés les 9 et 29 décembre 2022, ainsi que le 26 janvier 2023, le centre hospitalier de Châlons-en-Champagne, représenté par Me Tamburini-Bonnefoy, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, à ce que soit ordonné avant dire droit un complément d'expertise afin d'étudier les clichés mêmes de l'imagerie à résonnance magnétique pratiquée le 4 septembre 2017 au centre hospitalier de Reims, à titre subsidiaire, à appliquer un taux de perte de chance de 60%.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 13 février 2023 par une ordonnance du 27 janvier précédent.
En application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, des pièces pour compléter l'instruction ont été demandées aux requérants le 30 octobre 2023. Elles ont été enregistrées et communiquées le lendemain.
Par un courrier du 10 novembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que la demande de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne tendant à ce que lui soient alloués, à compter de la date du jugement à intervenir, des intérêts au taux légal sur la somme que le centre hospitalier de Châlons-en-Champagne est susceptible d'être condamnée à lui verser est dépourvue de tout objet et par suite irrecevable dès lors qu'en vertu de l'article 1231-7 du code civil et même en l'absence de demande en ce sens, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution.
Les parties n'ont pas produit d'observations.
Le centre hospitalier de Châlons-en-Champagne a produit un mémoire le 16 novembre 2023, qui n'a pas été communiqué.
Vu :
- l'ordonnance n° 2102170 du 10 août 2022 du juge des référés du tribunal condamnant le centre hospitalier de Châlons-en-Champagne à verser à Mme G une provision de 50 000 euros et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne une provision de 55 204,83 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Maleyre, premier conseiller,
- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public,
- les observations de Me Carré-Paupart pour les requérants,
- et celle de Me Tamburini-Bonnefoy en faveur du centre hospitalier de Châlons-en-Champagne.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, suivie au centre hospitalier de Châlons-en-Champagne (CHCEC) pour sa seconde grossesse, dont le terme était fixé au 1er septembre 2017, a été admise dans cette établissement de santé le 25 août 2017 à 16h30 à quarante semaines d'aménorrhée en raison de l'apparition de contractions utérines. A 21h40, il a été constaté une augmentation progressive du rythme cardiaque fœtal (RCF) entre 160 et 180 battements par minute alternant avec des ralentissements d'une intensité supérieure, de l'ordre de 80 à 100 battements par minute sur des périodes souvent supérieures à soixante secondes. A 23h, le RCF présentait une tachycardie fœtale sévère à 180 battements par minute, toujours associée à des ralentissements sévères, conduisant à la présence d'une bradycardie sévère. Le praticien de garde a été appelé à 23h14 et a réalisé une extraction instrumentale permettant la naissance C à 23h32. L'enfant a présenté une encéphalopathie post-anoxique de type Sarnat 1-2, qui a nécessité des soins de réanimation, puis a été prise en charge à 2h50 dans le service de réanimation pédiatrique du centre hospitalier universitaire de Reims. Une atteinte des noyaux gris centraux a été relevée. Saisie le 17 février 2020, la commission régionale de conciliation et d'indemnisation (CCI) des accidents médicaux de Champagne-Ardenne a chargé, le 9 mars 2020, les docteurs Boudier et Matis de procéder à une expertise dont le rapport a été remis le 2 décembre suivant. Par un avis du 26 janvier 2021, modifié le 13 avril suivant, elle a estimé que la responsabilité du CHCEC était directement et entièrement engagée. L'offre de règlement amiable présentée par l'hôpital a été rejetée par M. G et Mme B le 26 juillet 2021, qui contenait également une demande indemnitaire préalable. Concomitamment à l'engagement d'une action en responsabilité pour faute du CHCEC, M. G et Mme B ont saisi le 1er octobre 2021 le juge des référés du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne d'une demande d'allocation d'une provision. Par une ordonnance du 10 août 2022, l'hôpital a été condamné à leur verser une provision de 50 000 euros. M. G et Mme B, agissant tant en leur nom propre qu'au nom de leurs deux enfants mineurs, demandent au tribunal de condamner le CHCEC à leur verser la somme totale de 989 871,79 euros en réparation des préjudices résultant de la prise en charge de Mme B à compter du 25 août 2017, à titre de provision.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
3. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expertise contradictoire ordonnée par la CCI de Champagne-Ardenne que, dès 21h40 et de façon constante, le RCF, qualifié de très inquiétant par les experts, a subi une augmentation progressive entre 160 et 180 battements par minute alternant avec des ralentissements d'une intensité supérieure, de l'ordre de 80 à 100 battements par minute sur des périodes souvent supérieures à soixante secondes, signes qui, selon les recommandations du Collège des Gynécologues de France de 2007, nécessitent de faire appel au médecin dans les plus brefs délais afin de réaliser un examen de deuxième ligne voire une césarienne au regard du risque d'acidose fœtale. Or, et en dépit de l'aggravation de l'état du fœtus à partir de 23h, qui a évolué, d'abord en tachycardie fœtale, puis en bradycardie sévère à 23h12, le médecin n'a été requis qu'à 23h14 et l'enfant extrait à 23h32. Les experts notent qu'une césarienne pratiquée dans l'heure suivant les signes de dégradation aurait permis d'éviter l'état neurologique C. Ce retard dans la prise charge de Mme B conforme aux règles de l'art, malgré des signes médicaux avérés, constitue une faute de nature à engager la responsabilité du CHCEC.
Sur le lien de causalité :
4. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou du traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
5. Le CHCEC, se fondant en cela sur une analyse non contradictoire réalisée le 17 juin 2021 à sa demande par le docteur A, neurochirurgien, fait valoir qu'il existe un doute sur le lien de causalité entre la faute et le préjudice dans la mesure où les clichés de l'imagerie par résonance magnétique réalisée le 4 septembre 2017 ne figurent pas au dossier et que, dans le cas de figure où l'étude de ces derniers révèlerait la présence d'un franc hyposignal de la cartographie ADC, l'hypothèse d'un accident ischémique inférieur à sept jours ne pourrait pas être écartée. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise diligentée par la CCI de Champagne-Ardenne, qu'au regard des critères établis par le Collège des Gynécologues de France en 2007 permettant de déterminer le moment où l'anoxo-ischémie s'est développée, auxquels les experts ont confronté la situation C, que l'anaxo-ischémie est intervenue pendant le travail. Les experts indiquent qu'elle est à l'origine directe et exclusive de l'atteinte des noyaux gris centraux. D'ailleurs, le docteur A, qui a eu recours à une technique d'analyse proche de celle des experts, mentionne que le tableau d'ensemble permet d'évoquer le diagnostic d'une anoxo-ischémique per partum et que l'imputabilité de l'atteinte des noyaux gris centraux au retard dans l'extraction du fœtus semble cohérente. Dans ces conditions, les préjudices subis par C doivent être regardés comme intégralement dus au retard fautif dans la prise en charge de Mme B pour procéder à l'extraction du fœtus, sans qu'il soit besoin d'ordonner le complément d'expertise demandé par le CHCEC.
Sur les préjudices :
6. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision () ". Il incombe, en principe, au juge administratif de statuer au vu des pièces du dossier, le cas échéant après avoir demandé aux parties les éléments complémentaires qu'il juge nécessaires à son appréciation. Il ne lui appartient d'ordonner une expertise que lorsqu'il n'est pas en mesure de se prononcer au vu des pièces et éléments qu'il a recueillis et que l'expertise présente ainsi un caractère utile.
7. Les experts désignés par la CCI Champagne-Ardenne n'ont pas été en mesure de déterminer une date de consolidation C ni, par conséquent, de se prononcer sur certains postes de préjudice, n'ont pas mentionné que son état de santé serait insusceptible d'amélioration et ont indiqué dans leur rapport que l'enfant devait être revue en expertise dans un délai de trois ans après leur expertise. Dans ces conditions, il y a lieu, avant dire droit, d'ordonner une nouvelle expertise afin de fixer une date de consolidation, dans la mesure du possible, ainsi que d'actualiser certains postes de préjudice et de se prononcer sur les autres.
8. Cependant, si le juge du fond peut accorder une provision au créancier qui l'a saisi d'une demande indemnitaire lorsqu'il constate qu'un agissement de l'administration a été à l'origine d'un préjudice et que, dans l'attente des résultats d'une expertise permettant de déterminer l'ampleur de celui-ci, il est en mesure de fixer un montant provisionnel dont il peut anticiper qu'il restera inférieur au montant total qui sera ultérieurement défini, l'absence de consolidation, impliquant notamment l'impossibilité de fixer définitivement un taux d'incapacité permanente, ne fait pas obstacle à ce que soient mises à la charge du responsable du dommage des dépenses médicales dont il est d'ores et déjà certain qu'elles devront être exposées à l'avenir, ainsi que la réparation de l'ensemble des conséquences déjà acquises de la détérioration de l'état de santé de l'intéressée. En cas d'aggravation de la situation C, il appartiendra aux requérants, s'ils s'y croient fondés, de solliciter l'indemnisation des préjudices apparus ou aggravés et en lien avec la faute constatée.
9. Par conséquent, il y a lieu, au regard de la nature évolutive des préjudices subis et des conclusions des experts, de fixer par le présent jugement les préjudices, nécessairement temporaires en ce qu'ils sont antérieurs à la consolidation, qui présentent un caractère certain à la date du présent jugement, qui recoupe la période de trois ans précitée, et, pour l'avenir, d'accorder une allocation provisionnelle pour le temps nécessaire à l'exploitation de l'expertise.
En ce qui concerne les préjudices de la victime directe :
S'agissant des frais de santé demeurés à charge :
10. Il résulte de l'instruction que des frais d'équithérapie pour un montant de 320 euros, justifiés et non contestés en défense, sont demeurés à la charge des parents C. Il y a lieu de condamner le CHCEC au versement de cette somme.
S'agissant des frais divers :
11. M. G et Mme B demandent le remboursement des honoraires du médecin conseil auquel ils ont eu recours pour un montant de 2 139 euros. Il résulte de l'instruction, notamment de la note d'honoraires fournie par les requérants, qui détaille les prestations réalisées par ce médecin, que ce dernier a en particulier délivré une consultation médico-légale et les a accompagnés et assistés à la réunion d'expertise, ce qui leur a permis de mieux faire valoir leurs droits auprès du centre hospitalier. Il y a lieu de mettre ces frais à la charge de l'hôpital.
S'agissant de l'assistance par une tierce personne :
12. D'une part, les pièces du dossier permettent de considérer comme acquis les besoins C en aide d'une tierce personne de sa naissance à la date de mise à disposition du présent jugement, qui doit être regardée comme correspond à l'expiration de la période de trois années après l'expertise retenue par les médecins ayant examiné l'enfant le 18 septembre 2020.
13. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expertise ordonnée par la CCI Champagne-Ardenne, qu'Amélia nécessite, depuis le 26 août 2017, une aide de six heures par jour toute la semaine. En retranchant la période au cours de laquelle elle a été hospitalisée, c'est-à-dire, à la lecture du relevé de débours produit par la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne, du 26 août au 13 septembre 2017, puis du 16 au 18 septembre ainsi
que du 2 au 8 octobre 2019 et, enfin, le 29 mai 2020, soit vingt-sept jours, en retenant une année à 412 jours ainsi qu'un taux horaire de dix-sept euros, C a eu besoin de l'aide d'une tierce personne pendant 2 559 jours à raison de six heures par jour, soit la somme de 261 018 euros.
Il convient d'en retrancher le montant de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH) perçue du 1er septembre 2018 jusqu'au 7 décembre 2023 d'un montant de 8 538,81 euros.
Dès lors, le CHCE doit être condamné à verser à l'enfant la somme de 252 479,90 euros.
14. D'autre part, il résulte de l'instruction qu'Amélia souffre de lourds handicaps qui nécessiteront l'aide d'une tierce personne pour le futur. Eu égard au montant retenu au point précédent pour un peu plus de six années, et compte tenu du temps nécessaire à la réalisation de l'expertise, il sera fait une juste appréciation des besoins de la victime en lui allouant la somme de 40 000 euros à titre provisionnel.
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
15. D'une part, le déficit fonctionnel temporaire subi par C et imputable à la faute de l'hôpital, a été, selon les experts, total pendant 10 jours du 26 août au 4 septembre 2017 et le 29 mai 2020, puis partiel de classe IV (75%) du 5 septembre 2017 jusqu'à la mise à disposition du jugement, soit pendant 2 283 jours en excluant la date du 29 mai 2020. Dès lors, et en retenant un taux journalier de 16, 67 euros, ce poste de préjudice correspond à un montant de 166,70 euros pour la première période et à 28 543,21 euros pour la seconde période, soit une indemnisation totale de 28 709,91 euros.
16. D'autre part, pour la période postérieure, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire de la victime en condamnant le CHCEC à lui verser à titre provisionnel 5 000 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
17. Les experts indiquent que les souffrances endurées, en dépit de l'absence de consolidation, ne sauraient être inférieures à 4 sur une échelle de 7 en raison des soins prodigués qui ont immédiatement suivi la naissance, du port d'un corset de siège et de l'ensemble des soins de suite. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 12 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire :
18. Le préjudice esthétique temporaire de l'enfant, pour lequel les experts estiment qu'il ne peut être inférieur à 4/7 en raison de l'intubation néonatale, de la marche anormale en déambulateur et des troubles du langage doit être indemnisé à hauteur de 10 000 euros.
19. Il résulte de ce qui précède, et dès lors que les conclusions d'allocation provisionnelle qui sont présentées peuvent également être regardées comme tendant à une indemnisation, que le CHEC doit être condamné à verser aux consorts G et à Mme B d'une part la somme de 305 648,81 euros en réparation des préjudices subis par C, déduction à faire de la provision de 50 000 euros qui leur a été allouée par le juge des référés par son ordonnance du 10 août 2022, et d'autre part la somme de 45 000 euros à titre provisionnel. Chacune de ces deux sommes portera intérêts à compter du 26 juillet 2021, date à laquelle l'hôpital a reçu la demande indemnitaire préalable.
En ce qui concerne les préjudices des victimes indirectes :
20. D'une part, il résulte de l'instruction que les parents C ont subi un préjudice d'affection et ont été contraints de modifier leur mode de vie au regard du handicap de l'enfant, sa mère ayant notamment arrêté son activité professionnelle. L'indemnisation de ce poste de préjudice sera fixée à la somme globale de 35 000 euros.
21. D'autre part, le frère mineur C a également subi un préjudice d'affectation compte tenu du handicap de sa sœur qui sera évalué à la somme de 15 000 euros.
22. Il résulte de ce qui précède, et dès lors que les conclusions d'allocation provisionnelle qui sont présentées peuvent également être regardées comme tendant à une indemnisation, que le CHEC doit être condamné à verser aux consorts G et à Mme B la somme de 50 000 au titre de l'indemnisation des victimes indirectes, qui portera intérêts dans les mêmes conditions que celles décrites au point 19.
Sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne :
23. La caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne a produit une note
de débours datée du 21 octobre 2021 selon laquelle elle a exposé une somme totale
de 58 185,57 euros au titre des frais hospitaliers, des frais médicaux, des frais d'appareillage
et des frais de transport en lien avec la faute commise par le CHCEM dans la prise en charge
C. A l'occasion de la procédure en référé-provision, il ressort de la lecture
de l'ordonnance du juge des référés du 10 août 2022 qu'elle a actualisé sa demande à la somme de 55 204,83 euros, qui doit être ici retenue.
24. La caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne est fondée à demander
le remboursement de la somme de 55 204,83 euros au titre de débours exposés, déduction à faire de la provision du même montant allouée par le juge des référés du tribunal par son ordonnance du 10 août 2022, sans préjudice des frais qu'elle exposera à l'avenir.
25. En revanche, la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne n'a demandé les intérêts au taux légal qu'à compter du jugement à intervenir. Or, à partir de cette date, l'application d'intérêts au taux légal est de plein droit, conformément aux dispositions de l'article 1231-7 du code civil. Ainsi, dès lors qu'il n'est pas nécessaire d'en prescrire le versement, qui s'impose sans que le jugement n'ait à le prévoir, les conclusions
de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne tendant au versement des intérêts à compter du jugement à intervenir sont sans objet, ainsi que les parties en ont été informées, et doivent être rejetées pour ce motif.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Châlons-en-Champagne est condamné à verser à M. G et à Mme B, en qualité de représentants légaux de leur fille C, les sommes de 305 648,81 euros en réparation des préjudices subis par C, déduction à faire de la provision de 50 000 euros allouée par le juge des référés, et de 45 000 euros à titre provisionnel. Ces sommes porteront intérêt à compter du 26 juillet 2021.
Article 2 : Le centre hospitalier de Châlons-en-Champagne versera à M. G et à Mme B, agissant en leur nom propre et pour le compte de leur fils mineur, la somme de 50 000 en réparation de leurs préjudices propres, qui portera intérêt à compter du 26 juillet 2021.
Article 3 : Le centre hospitalier de Châlons-en-Champagne est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne la somme de 55 204,83 euros, déduction à faire de la même somme allouée par le juge des référés.
Article 4 : Avant-dire-droit, il sera ordonné une expertise confiée à un collège composé de deux experts, l'un spécialisé en pédiatrie, l'autre en médecine légale du vivant-dommage corporel et traumatologie séquellaire, en présence de M. G, de Mme B, du centre hospitalier de Châlons-en-Champagne et de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne.
Article 5 : Les experts auront pour mission :
1°) de se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé et aux conditions de vie C depuis l'expertise du 18 septembre 2020 et d'examiner l'enfant ;
2°) de déterminer la date de consolidation ou, à défaut, d'indiquer la date prévisionnelle ou la période à laquelle elle pourrait être acquise et préciser si l'état de l'enfant est susceptible d'amélioration ou d'aggravation ;
3°) dans l'hypothèse où cette date pourrait être fixée, décrire l'ensemble des préjudices patrimoniaux, assistance d'une tierce personne notamment, et personnels (déficit fonctionnel, souffrances endurées, préjudice esthétique etc) subis par C avant et après la date de consolidation ;
4°) en cas d'impossibilité, de décrire les différents postes de préjudice, en particulier s'agissant des besoins d'assistance d'une tierce personne C, d'une part, pour la période allant du 8 décembre 2023 à la date de l'expertise et, d'autre part, de cette dernière date jusqu'à la date prévisionnelle ou la période à laquelle la consolidation est susceptible d'être acquise ;
5°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal d'évaluer les préjudices patrimoniaux et personnels subis par l'enfant.
Article 6 : Les experts seront désignés par le président du tribunal. Ils accompliront leur mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Ils pourront, au besoin, se faire assister par un sapiteur dans le cadre de leur mission après y avoir été autorisés par le président du tribunal auprès duquel ils devront justifier leur demande.
Article 7 : Les experts déposeront son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifieront eux-mêmes copie aux parties.
Article 8 : La charge des frais d'expertise est réservée pour y être statué en fin d'instance.
Article 9 : Les frais liés au litige sont réservés pour y être statué en fin d'instance.
Article 10 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 11 : Le présent jugement avant dire droit sera notifié à M. D G, à Mme F B, au centre hospitalier de Châlons-en-Champagne et aux caisses primaires d'assurance maladie de la Marne et de la Haute-Marne.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.
Le rapporteur,
signé
P-H. MALEYRELe président,
signé
A. DESCHAMPSLe greffier,
signé
A. PICOT
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026