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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2102309

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2102309

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2102309
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique - 3ème chambre
Avocat requérantHANNA REZAIGUIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 octobre 2021, Mme A B, représentée par Me Hanna Rezaiguia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 août 2021 par laquelle le département de l'Aube a rejeté sa demande de remise gracieuse d'un montant de 4 841,58 euros correspondant au solde d'un indu de revenu de solidarité active pour la période de juin 2018 à août 2019 ;

2°) d'enjoindre au département de l'Aube de lui accorder cette remise gracieuse ;

3°) de mettre à la charge du département de l'Aube une somme de 1 000 euros à verser à son conseil sur le fondement et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit, aucune intention de frauder n'étant établie ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au vu de la précarité de sa situation.

Par un mémoire enregistré le 6 février 2023, le département de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable en raison du caractère tardif du recours préalable obligatoire et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de M. C pour le département de l'Aube.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. En vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.

2. Lorsque l'un de ces organismes décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active et que le ressortissant concerné, sans contester le principe ou la quotité de l'indu mis à sa charge, présente une demande de remise gracieuse de sa dette, le président du conseil départemental peut décider d'accorder une remise totale ou de réduire le montant de cette créance en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. Statuant sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une telle demande, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

3. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le moyen tiré d'une motivation insuffisante de la décision attaquée doit être écarté comme inopérant.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Selon l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments () ".

5. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elles mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

6. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme B, et dont celle-ci sollicite la remise gracieuse, résultent de la prise en compte de ses séjours en dehors du territoire français pour une période supérieure à trois mois au cours des années 2018 et 2019. En effet, il ressort du rapport d'enquête établi le 23 septembre 2020 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme B a effectué des séjours réguliers à l'étranger, et notamment en Angleterre où réside le père de sa fille, du 11 novembre 2017 au 5 février 2018, du 2 juin au 24 septembre 2018, du 21 décembre 2018 au 30 mars 2019, du 7 mai au 16 août 2019 et du 20 août au 22 septembre 2019, révélés par l'absence de retraits bancaires effectués sur son compte et par l'absence de soins médicaux en France. Si Mme B soutient qu'elle ignorait devoir déclarer ses déplacements à l'étranger, le récépissé de demande de bénéfice de l'allocation de revenu de solidarité active du 21 décembre 2012 indiquait que tout changement modifiant sa déclaration devait être immédiatement signalé. Dans ces conditions, et eu égard à la durée, au nombre répété des séjours à l'étranger de la requérante, et au caractère réitéré de l'omission de déclaration, Mme B doit être regardée comme ayant sciemment procédé à une fausse déclaration de sa situation. Par suite, sans que la précarité de sa situation ne doive être prise en compte, elle ne satisfait pas à la condition de bonne foi, rappelée au point 2, à laquelle est subordonnée le bénéfice d'une remise gracieuse. Mme B n'est, dès lors, pas fondée à demander l'annulation de la décision du 26 août 2021 du département de l'Aube refusant de lui accorder une remise gracieuse de ses dettes contractées au titre du revenu de solidarité active.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le département de la Marne, la requête de Mme B doit être rejetée y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au département de l'Aube.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

P. DLe greffier,

Signé

A. PICOT

No2102309

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