jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2102821 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL MOREL THIBAUT |
Vu la procédure suivante :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
(2ème chambre)
Par une requête enregistrée le 20 décembre 2021, la commune d'Eurville Bienville, représentée par Me Le Bigot, demande au tribunal :
1°) de condamner in solidum les sociétés Atelier d'Architecture 52, SAS Gigot et Cie et Bureau Véritas Construction venant aux droits du Bureau Veritas à lui verser la somme de 39 150 € H.T., en réparation des préjudices matériels et immatériels qu'elle estime avoir subis en conséquence des désordres affectant la maison médicale lui appartenant ;
2°) de condamner in solidum les sociétés Atelier d'Architecture 52, SAS Gigot et Cie et Bureau Véritas Construction venant aux droits du Bureau Veritas aux paiement des frais et honoraires de l'expert ;
3°) de mettre à la charge in solidum des sociétés Atelier d'Architecture 52, SAS Gigot et Cie et Bureau Véritas Construction venant aux droits du Bureau Veritas, la somme de 3 000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les infiltrations constatées rendent l'ouvrage impropre à sa destination ;
- elle est fondée à rechercher la responsabilité du maître d'œuvre Atelier d'Architecture 52, de la société Gigot qui a réalisé la couverture ainsi que du contrôleur technique, la société Bureau Véritas au titre de la garantie décennale.
Par des mémoires en défense enregistrés les 9 février 2024 et 31 mai 2024, la société Atelier d'Architecture 52 représentée par Me Morel conclut :
1°) au rejet de la requête et subsidiairement à la diminution du quantum des condamnations susceptibles de lui être infligées ;
2°) à la mise à la charge solidaire de la SAS Jean Gigot et Cie et de la SAS Bureau Véritas à son profit d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les demandes de la commune d'Eurville Bienville sont irrecevables et à tout le moins, prescrites partiellement ;
- la commune d'Eurville Bienville ne démontre pas la réalité des préjudices dont elle poursuit la réparation.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 février 2024, la société Bureau Veritas, représentée par Me Faivre conclut :
1°) à la prise d'acte de l'intervention volontaire de la société Bureau Veritas Construction et à la mise hors de cause du bureau Veritas ;
2°) au rejet de la requête et à tout le moins à une minoration du quantum de son éventuelle condamnation ;
3°) à la condamnation de la SARL d'Architecture 52 et de la SAS Gigot à la garantir de toutes les condamnations qui seraient prononcées à son encontre en principal, intérêts, frais et accessoires.
4°) à ce que le versement d'une somme de 3 500 euros soit mis à la charge de tout succombant au titre de l'article l. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son intervention volontaire de la société Bureau Veritas Construction est recevable dès lors qu'elle justifie d'un intérêt légitime et suffisant à se défendre contre les réclamations de la commune d'Eurville Bienville dès lors que les activités de contrôle technique de la société Bureau Veritas ont fait l'objet à son profit d'un apport partiel d'actifs ;
- la commune d'Eurville Bienville est dépourvue de qualité pour agir à l'instance ;
- entre la date de réception de la pharmacie le 15 mai 2007, voire même de la réception de la maison médicale le 2 juillet et la requête indemnitaire de la commune d'Eurville, il s'est écoulé plus de dix ans sans acte interruptif ou suspensif de prescription rendant la requête irrecevable ;
- les désordres ne lui sont pas imputables ;
- subsidiairement, ses avis pertinents formulés dans le cadre de sa mission doivent conduire à considérer son implication comme totalement marginale ;
- la société Bureau Veritas Construction ne pourra faire l'objet que de demandes en garantie des intervenants à la construction à hauteur de cette part marginale en cas de forclusion de l'action de la commune d'Eurville Bienville à son égard ;
- les condamnations in solidum doivent être rejetées ;
- en cas de condamnation in solidum, elle devra être garantie par les sociétés Atelier d'Architecture 52 et SAS Gigot et Cie de toutes les condamnations qui seraient prononcées à son encontre en principal, intérêts, frais et accessoires.
La requête a été communiquée à la SAS Gigot qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- l'ordonnance du 8 décembre 2017 par laquelle le président du Tribunal a liquidé et taxé les frais d'expertise à la somme de 7 379,90 euros TTC ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Oscar Alvarez, rapporteur ;
- les conclusions de M. Rifflard, rapporteur public ;
- et les observations de Me Faivre, représentant la société bureau Véritas Construction venant aux droits de la société Bureau Véritas.
Considérant ce qui suit :
1. En 2006, la communauté de communes de la Vallée de la Marne a fait construire une maison médicale sur le territoire de la commune d'Eurville Bienville. La maîtrise d'œuvre de ce projet a été confiée le 29 septembre 2004 à l'agence d'architecture et d'ingénierie E. Somaglino et V. Gobillot désormais appelée SARL Atelier d'Architecture 52. Les travaux de charpente et de couverture ont été confiés à la SAS Gigot et la mission de contrôle technique au bureau Véritas. Une réception partielle est intervenue le 15 mai 2007 concernant le bâtiment abritant la pharmacie puis une réception totale le 2 juillet 2007 sans réserve. Des infiltrations ont été constatées au niveau du plafond de la pharmacie de l'immeuble. Le 28 janvier 2016, la communauté d'agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise a mis en cause le maître d'œuvre ainsi que l'entreprise Gigot et leurs assureurs respectifs devant le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne aux fins de désignation d'un expert. L'expert a remis son rapport final au greffe du tribunal le 3 novembre 2017. Par la présente requête, la commune d'Eurville Bienville, qui a acquis l'ouvrage ne cause, demande l'indemnisation des préjudices matériels et immatériels qu'elle estime avoir subis.
Sur l'intervention volontaire de la société Bureau Veritas Construction
2. Il résulte de l'instruction que les activités de contrôle technique de la société Bureau Véritas ont été reprise, par un apport partiel d'actif, par la société Bureau Véritas Construction. Dans ces conditions, cette société doit être regardée comme partie à l'instance. Il n'y a, par suite, pas lieu de statuer sur son intervention volontaire.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la société Bureau Véritas Construction
3. Le conseil municipal de la commune d'Eurville Bienville, par une délibération du
26 février 2024, après que le maire a fait part à l'assemblée de l'avancement du dossier du pôle médical opposant la commune, la SARL Atelier d'Architecture 52, la SAS Gigot et Cie et la SAS Bureau Véritas a donné " tous pouvoirs à son Maire à poursuivre son action en justice dans la voie contentieuse ". Dès lors, la société Bureau Véritas Construction n'est pas fondée à soutenir que le maire serait dépourvu de qualité pour agir en justice et, par suite, la fin de non-recevoir soulevée en ce sens doit être écartée.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la société Atelier d'Architecture 5 4. Aux termes des dispositions de l'article 1792 du code civil : " Tout constructeur d'un ouvrage est responsable de plein droit, envers le maître ou l'acquéreur de l'ouvrage, des dommages, même résultant d'un vice du sol, qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui, l'affectant dans l'un de ses éléments constitutifs ou l'un de ses éléments d'équipement, le rendent impropre à sa destination. "
5. La société Atelier d'Architecture 52 fait valoir que le bâtiment en litige est soumis au régime de la copropriété et que, dès lors, seul le syndicat des copropriétaires est habilité à engager la procédure visant à la réparation des désordres. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment des termes de l'acte de vente conclu en décembre 2018 entre la communauté d'agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise et la commune d'Eurville Bienville que l'immeuble est constitué de neuf lots appartenant à un unique propriétaire et qu'aucun syndic de copropriété n'est constitué. Dans ces conditions, la commune, en tant qu'acquéreur de la totalité de l'immeuble, était seule habilitée à engager la procédure visant à l'indemnisation des désordres dans le cadre de la garantie décennale. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la société Atelier d'Architecture 52 ne peut qu'être écartée.
Sur la responsabilité décennale
6. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables. Il incombe au juge administratif, lorsqu'est recherchée devant lui la garantie décennale des constructeurs, d'apprécier, au vu de l'argumentation que lui soumettent les parties sur ce point, si les conditions d'engagement de cette responsabilité sont ou non réunies et d'en tirer les conséquences, le cas échéant d'office, pour l'ensemble des constructeurs.
7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise que l'immeuble présente des malfaçons au niveau de la couverture dont les bacs aciers, qui auraient dû faire l'objet d'une attention particulière au moment de la conception, n'ont pas été correctement posés et provoquent des condensations à l'intérieur de la pharmacie. En outre, les arrondis de couverture n'ont pas été correctement traités par l'entreprise en charge de ce lot révélant des omissions dans la pose de joints complémentaires engendrant des infiltrations dans le local de la pharmacie. Par ailleurs, il est identifié des problèmes dans la réalisation des ventilations de cette partie de l'immeuble ainsi que des défauts dans l'étanchéité des VMC et des ventilations dans les autres bâtiments. Il est également noté un défaut de suivi par le contrôleur technique et par le maître d'œuvre. Toutefois, si les infiltrations sont réelles, elles demeurent ponctuelles et limitées dans leur ampleur. Les désordres qui en résultent sont des dommages esthétiques nécessitant le changement des plaques de plafond qui sont tâchées ainsi qu'il résulte des clichés photographiques versés aux débats, sans qu'il soit apporté d'éléments sur la récurrence de ces remplacements. Il n'est pas établi que ces désordres perturberaient le fonctionnement normal de l'ouvrage. Dans ces conditions, ces désordres ne rendent pas l'ouvrage impropre à sa destination. Il n'est pas soutenu que ces désordres compromettraient la solidité de l'immeuble. Dès lors, la commune d'Eurville Bienville n'est pas fondée à soutenir que la responsabilité décennale des constructeurs doit être engagée à raison de ces désordres. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de condamnation présentées par la commune requérante doivent être rejetées.
Sur les frais d'expertise
8. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".
9. Il y a lieu de mettre les frais de l'expertise ordonnée par le président du tribunal administratif, liquidés et taxés, à la somme de 7 379,90 euros TTC, à la charge de la commune d'Eurville Bienville, partie perdante dans le présent litige.
Sur les frais du litige
10. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés Atelier d'Architecture 52, la SAS Gigot et Cie et de la société Bureau Véritas Construction qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme que demande la commune d'Eurville Bienville au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
12. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de de la commune d'Eurville Bienville d'une somme de 1 500 euros, à verser respectivement et à chacun, à la société Atelier d'Architecture 52 et au Bureau Véritas Construction, sur le fondement des mêmes dispositions.
13. Enfin, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la SAS Gigot et Cie et de la société Bureau Véritas la somme demandée par la société Atelier d'Architecture 52 au titre des mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur l'intervention volontaire de la société Bureau Veritas Construction.
Article 2 : La requête de la commune d'Eurville Bienville est rejetée.
Article 3 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés, à la somme de 7 379,90 euros TTC, sont mis à la charge de la commune d'Eurville Bienville.
Article 4 : La commune d'Eurville Bienville versera à la société Atelier d'Architecture 52 la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : La commune d'Eurville Bienville versera à la société Bureau Véritas Construction venant aux droits de la société Bureau Véritas la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à la commune d'Eurville Bienville, à la société Atelier d'Architecture 52, à la SAS Gigot et Cie, à la société Bureau Véritas Construction venant aux droits de la société Bureau Véritas et à M. A B, expert.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
M. Michel Soistier, premier conseiller,
M. Oscar Alvarez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le rapporteur,
Signé
O. ALVAREZ
Le président,
Signé
O. NIZETLa greffière,
Signé
N. MASSON
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026