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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2200086

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2200086

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2200086
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBOUTEILLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée les 14 janvier 2022, la société DLM Soft, représentée par Me Bouteiller, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 17 novembre 2021 par laquelle la communauté de communes de la Brie champenoise a refusé sa demande indemnitaire ;

2°) de condamner la communauté de communes de la Brie champenoise à lui verser la somme de 22 112, 73 euros en réparation du préjudice résultant de la résiliation du bon de commande signé le 21 octobre 2020 ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes de la Brie champenoise la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la communauté de communes a commis une faute en résiliant unilatéralement le contrat pour un motif d'intérêt général sans lui verser une indemnisation ;

- elle est fondée à demander l'indemnisation correspondant aux heures de travail d'ores et déjà réalisées et au manque à gagner, estimés à la somme de 22 112, 73 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 juin et 29 juillet 2022, et 6 février 2023, la communauté de communes de la Brie champenoise, représentée par Me Abecassis, conclut à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet, à ce que la société DLM Soft soit condamnée à lui verser la somme de 6 569, 07 euros en réparation du préjudice subi, et à ce qu'il soit mis à la charge de la société DLM Soft la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable comme contestant une décision confirmative ;

- les moyens soulevés par la société DLM Soft ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 1er février 2023 la société DLM soft conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et ajoute que :

- sa requête est recevable ;

- la demande reconventionnelle de la CCBC doit être rejetée ;

- son quantum doit être diminué ;

- si le tribunal retenait un comportement fautif de sa part, il sera, à titre subsidiaire, fait droit à sa demande à hauteur de 80 % de la somme demandée.

Par une ordonnance du 3 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 février 2023 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la commande publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D B,

- les conclusions de Mme C de Laporte, rapporteure publique,

- et les observations de M. A, représentant la société DLM Soft.

Considérant ce qui suit :

1. La société DLM Soft et la communauté de communes de la Brie champenoise (CCBC) ont signé, le 21 octobre 2020, un bon de commande pour l'acquisition de la licence d'un logiciel de gestion du service de l'assainissement, pour un montant de 17 200 euros hors taxes. Le 23 novembre 2020, il est apparu que les serveurs informatiques de la collectivité étaient incompatibles avec le logiciel proposé. Le 22 janvier 2021, la communauté de communes de la Brie champenoise, ne souhaitant pas investir dans l'acquisition d'un nouveau serveur, a décidé de résilier le bon de commande. Par courriel du 2 mars 2021, la collectivité confirme sa décision de ne pas poursuivre leur projet d'acquisition de cette licence. Par courrier du 24 juin 2021, la société DLM Soft a formé un recours indemnitaire afin d'obtenir l'indemnisation des heures de travail déjà réalisées et du manque à gagner qu'elle estime avoir subi. Elle a minoré sa demande dans le cadre d'une négociation amiable le 8 septembre 2021. Par la présente requête, la société DLM Soft demande au tribunal d'annuler la décision implicite du 17 novembre 2021 par laquelle la communauté de communes de la Brie champenoise a refusé sa demande indemnitaire et de condamner la collectivité à lui verser la somme de 22 112, 73 euros en réparation du préjudice résultant de la résiliation du bon de commande signé le 21 octobre 2020. La CCBC demande reconventionnellement à être indemnisée des frais induits par la résiliation prononcée selon elle aux torts du prestataire à hauteur de la somme de 6 569,07 euros.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite du 17 novembre 2021 :

2. La décision implicite de rejet de la réclamation préalable a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de la demande indemnitaire présentée par la requérante, qui, en formulant des conclusions indemnitaires, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir les sommes qu'elle réclame, les conclusions à fin d'annulation dirigées à l'encontre de la décision implicite de rejet du 17 novembre 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir soulevée par la CCBC :

3. Aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. (). / La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête. / Le délai prévu au premier alinéa n'est pas applicable à la contestation des mesures prises pour l'exécution d'un contrat. ".

4. Il résulte de l'instruction que par bon de commande signé le 21 octobre 2020, la société DLM Soft et la CCBC ont convenu de la fourniture de la licence d'un logiciel de gestion de l'assainissement. Par un mail du 22 janvier 2021, la directrice générale des services de la CCBC a informé la société DLM Soft que la collectivité avait décidé d'annuler le bon de commande. Cette décision de la CCBC a eu pour effet de mettre un terme aux relations contractuelles entre les parties. Par courrier du 24 juin 2021, la société DLM Soft a formé auprès de la CCBC un recours afin d'obtenir l'indemnisation des dépenses déjà engagées et du manque à gagner subi. Par un second courrier du 17 septembre 2021, la société DLM Soft a minoré sa demande d'indemnisation dans le cadre d'une tentative de conciliation.

5. Les demandes de la société DLM Soft tendant à l'indemnisation des conséquences financières s'analysent comme une contestation d'une mesure prise pour l'exécution du contrat. En application du dernier alinéa de l'article R. 421-2 du code de justice administrative, le rejet de la demande formée le 24 juin 2021 n'est pas devenue définitif et par suite la décision née du silence gardé par l'administration sur la demande du 17 septembre 2021 n'est pas, en tout état de cause, confirmative.

En ce qui concerne l'exception de nullité de la convention :

6. Lorsqu'une personne publique est victime, de la part de son cocontractant, de pratiques constitutives d'un dol ayant vicié son consentement, elle peut saisir le juge administratif, alternativement ou cumulativement, d'une part, de conclusions tendant à ce que celui-ci prononce l'annulation du marché litigieux et tire les conséquences financières de sa disparition rétroactive, et, d'autre part, de conclusions tendant à la condamnation du cocontractant, au titre de sa responsabilité quasi-délictuelle, à réparer les préjudices subis en raison de son comportement fautif.

7. La CCBC fait valoir en défense que la société DLM Soft ne l'a informée des prérequis informatiques, nécessaires à la licence acquise par bon de commande de 21 octobre 2020, que par courriel du 16 novembre 2020, et qu'elle n'a pu prendre connaissance, qu'à cette date, de la nécessité pour elle d'investir dans un nouveau serveur spécifique. La collectivité considère que son consentement a été vicié et que le contrat en litige, entaché de dol, doit être annulé.

8. Il résulte de l'instruction, et notamment des échanges de courriels entre le 3 septembre 2020 et le 22 janvier 2021, que la société DLM Soft avait présenté à quelques élus de la CCBC l'utilisation de son logiciel et s'était assurée de la compatibilité de celui-ci avec celui de la société Véolia, chargée de la surveillance du réseau d'assainissement de la collectivité. Au cours des discussions précontractuelles, il n'apparait pas que la société DLM Soft ait eu connaissance des caractéristiques techniques du serveur de la CCBC devant héberger son logiciel. La société requérante ne pouvait ainsi raisonnablement savoir que la capacité du serveur de la CCBC était insuffisante pour permettre l'installation de son logiciel, et que la collectivité ne souhaitait pas acquérir un nouveau serveur. La société requérante ne peut dès lors être regardée comme ayant intentionnellement dissimulé une information dont elle savait le caractère déterminant pour la CCBC. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait eu la volonté de tromper la collectivité en s'abstenant de l'interroger sur les capacités de son serveur informatique. Il s'ensuit que la CCBC n'est pas fondée à soutenir que son cocontractant s'est rendu coupable de dol. Dès lors consentement de la CCBC n'a pas été vicié et cette dernière n'est pas fondée à soutenir que le contrat doit être écarté.

En ce qui concerne le fondement d'indemnisation :

9. En premier lieu, même si le marché ne contient aucune clause à cet effet et, s'il contient de telles clauses, quelles que soient les hypothèses dans lesquelles elle prévoient qu'une résiliation aux torts exclusifs du titulaire est possible, il est toujours possible, pour le pouvoir adjudicateur, de prononcer une telle résiliation lorsque le titulaire du marché a commis une faute d'une gravité suffisante.

10. Il ne résulte pas de l'instruction que la société DLM Soft ait commis une faute d'une gravité suffisante en informant la CCBC des prérequis informatiques utiles à l'installation de son logiciel postérieurement à la signature du contrat dès lors, que comme il a été dit précédemment, elle ignorait que les caractéristiques techniques du serveur de la collectivité étaient insuffisantes et que cette dernière ne souhaitait pas engager de nouvelles dépenses pour les mettre à niveau. Par suite, la CCBC ne peut, en tout état de cause, se prévaloir d'un comportement fautif de son cocontractant en phase précontractuelle pour justifier la résiliation unilatérale prononcée le 22 janvier 2021 et lui dénier tout droit à indemnisation.

11. En second lieu, en vertu des règles générales applicables aux contrats administratifs, reprises sur ce point au 5° de l'article L. 6 du code de la commande publique, la personne publique cocontractante peut toujours, pour un motif d'intérêt général, résilier unilatéralement un tel contrat, sous réserve des droits éventuels à indemnité de son cocontractant.

12. La décision de ne pas engager des frais supplémentaires nécessités par l'acquisition d'un nouveau serveur constituait un motif d'intérêt général de nature à justifier la résiliation du bon de commande en litige. Par suite, la société DLM Soft a droit d'obtenir réparation du préjudice résultant de la résiliation unilatérale de ce contrat, dès lors qu'aucune stipulation contractuelle n'y fait obstacle.

En ce qui concerne le montant de l'indemnisation :

S'agissant des dépenses déjà engagées :

13. La société DLM Soft demande à être indemnisée des travaux qu'elle a réalisés au bénéfice de la CCBC avant que n'intervienne la résiliation litigieuse. L'abandon du projet n'est pas de nature à priver la société du droit à l'indemnisation des frais engagés en application du contrat et demeurés sans contrepartie du fait de la résiliation unilatérale du contrat par la collectivité. Il résulte de l'instruction que la société DLM Soft produit le tableau des prestations à réaliser pour l'exécution de la commande en cause, où il est fait état de quatorze heures de travail déjà réalisées. La CCBC ne conteste en défense ni la réalité de ces dépenses ni leur montant. Par suite, la société DLM Soft est fondée à demander l'indemnisation de son préjudice, correspondant au montant de ces dépenses engagées pour lesquelles elle ne sera pas rémunérée du fait de la résiliation du contrat, pour la somme de 4 260,61 euros.

S'agissant du manque à gagner :

14. Eu égard au motif de la résiliation, la société DLM Soft a droit à la réparation de son manque à gagner, correspondant au bénéfice net dont elle a été privée. Il résulte de l'instruction, notamment des éléments comptables afférents à la société DLM Soft issus de Infogreffe, site internet accessible à tout public et dédié à la publication des comptes des sociétés que, s'agissant de l'exercice clos au 31 mars 2021, durant lequel le contrat prévu aurait dû être exécuté, le résultat net de la société a été de 73 764 euros pour un chiffre d'affaires de 774 384 euros. Il en résulte que le taux de marge nette de la société était de 9,52 %. Dans ces conditions, eu égard au montant hors taxes du bon de commande en litige, il sera fait juste appréciation du manque à gagner de la société DLM Soft en le fixant à la somme de 1 600 euros.

15. Il résulte de ce qui précède que la société DLM Soft est seulement fondée à demander que la communauté de communes de la Brie champenoise l'indemnise de son préjudice à hauteur de la somme de 5 860,61 euros.

Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la CCBC :

16. Il résulte de ce qui a été dit aux points 8 et 10 que la CCBC n'établit l'existence ni d'un dol, ni d'une faute de son cocontractant. Par suite, les conclusions reconventionnelles de la CCBC tendant au versement d'une indemnité de de 6 569,07 euros en réparation de son préjudice ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la société DLM Soft, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que la communauté de communes de la Brie champenoise demande au titre des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la communauté de communes de la Brie champenoise la somme demandée sur le même fondement par la société DLM Soft.

D E C I D E :

Article 1er : La communauté de communes de la Brie champenoise est condamnée à verser à la société DLM Soft la somme de 5 860,61 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société DLM Soft est rejeté.

Article 3 : Les conclusions reconventionnelles présentées par la communauté de communes de la Brie champenoise sont rejetées.

Article 4 : Les conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société DLM Soft et à la communauté de communes de la Brie champenoise.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

Mme Stéphanie Lambing, première conseillère,

M. Vincent Torrente, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

La rapporteure,

S. B

Le président,

O. NIZET

La greffière,

I. DELABORDE

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