jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2200226 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er février 2022 et 4 septembre 2022, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal la réduction de la cotisation d'impôt sur le revenu à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019.
Elle soutient que :
- elle aide financièrement ses parents pour couvrir les frais liés aux études de son frère en France ainsi que ses besoins quotidiens ; cette contribution doit être regardée comme une pension alimentaire, au sens de la devise de la République française et de l'article 1er de la déclaration universelle des droits de l'homme, déductible ;
- les indemnités qu'elle a perçues dans le cadre de sa démission de l'entreprise Neuhauser, qui fait l'objet d'un plan de sauvegarde de l'emploi, sont exonérées d'impôt sur le revenu ;
- son investissement personnel dans le cadre du plan de sauvegarde de l'emploi de l'entreprise dans laquelle elle était employée a entrainé d'importantes difficultés personnelles qui l'ont empêché de trouver un emploi immédiatement après sa démission.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 juillet 2022 et 4 octobre 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- le code civil ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Torrente, premier conseiller,
- et les conclusions de Mme Castellani, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a formé, par une lettre du 29 octobre 2021, une réclamation contre la cotisation d'impôt sur le revenu à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019 demandant la prise en compte de ses frais réels, la déduction de la base de ses revenus imposables de la pension qu'elle a versée à son frère et l'exonération du solde de tout compte versé par son employeur à la suite de sa démission. Par une décision du 22 décembre 2021, l'administration fiscale lui a accordé un dégrèvement à hauteur de 247 euros au titre de ses frais réels et a rejeté le surplus de sa demande. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant la réduction de la cotisation d'impôt sur le revenu à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 156 du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. Ce revenu net est déterminé eu égard aux propriétés et aux capitaux que possèdent les membres du foyer fiscal désignés aux 1 et 3 de l'article 6, aux professions qu'ils exercent, aux traitements, salaires, pensions et rentes viagères dont ils jouissent ainsi qu'aux bénéfices de toutes opérations lucratives auxquelles ils se livrent, sous déduction : () / II. - Des charges ci-après lorsqu'elles n'entrent pas en compte pour l'évaluation des revenus des différentes catégories : () / 2° () pensions alimentaires répondant aux conditions fixées par les articles 205 à 211, () du code civil à l'exception de celles versées aux ascendants quand il est fait application des dispositions prévues aux 1 et 2 de l'article 199 sexdecies ; () ".
3. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'une pension alimentaire n'est déductible du revenu imposable à l'impôt sur le revenu que si elle répond aux conditions fixées par les dispositions des articles 205 à 211 du code civil, en vertu desquels les enfants ne doivent des aliments qu'à leurs père et mère ou autres ascendants qui sont dans le besoin. Les conditions fixées par les dispositions des articles 205 à 211 du code civil doivent être remplies alors même que cette pension est versée à l'étranger.
4. La circonstance qu'un versement d'aliments à une personne autre qu'un ascendant soit susceptible de donner naissance, par transformation d'une obligation naturelle, à une obligation civile à laquelle son auteur pourrait être tenu sur le fondement des dispositions de l'article 1103 du code civil n'est pas de nature à permettre la déductibilité d'un tel versement sur le fondement de l'article 156 du code général des impôts. Dès lors, un contribuable n'est pas fondé à demander, en application des dispositions de cet article, que soient déduites de son revenu imposable les pensions alimentaires versées à ses frère et sœur.
5. S'il est constant que Mme B, ressortissante de nationalité équatorienne, a versé à son frère, au cours de l'année 2019, une pension pour lui permettre de financer ses études en France, il résulte des dispositions précitées de l'article 156 du code général des impôts qu'une telle pension n'est pas déductible du revenu imposable, quand bien même l'intéressée, qui ne produit toutefois aucun élément se rapportant à l'année en litige, aurait ainsi entendu aider financièrement ses parents et se serait engagée auprès des services de la préfecture à verser mensuellement une somme à son frère. Elle ne saurait par ailleurs utilement se prévaloir de l'acte notarié établi le 5 janvier 2021 par lequel elle s'est engagée à verser une pension à ses parents afin de financer les études de son frère, cet élément étant postérieur à l'année d'imposition en litige. Enfin, elle ne peut davantage utilement se prévaloir de la devise de la Constitution et de l'article 1er de la déclaration universelle des droits de l'homme. Dans ces conditions, l'administration fiscale n'a pas méconnu les dispositions du 2° du II de l'article 156 du code général des impôts en refusant de déduire du revenu imposable de Mme B la pension qu'elle a versée à son frère en 2019. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 79 du code général des impôts : " Les traitements, indemnités, émoluments, salaires, pensions et rentes viagères concourent à la formation du revenu global servant de base à l'impôt sur le revenu. () ". Selon l'article 80 duodecies du même code : " 1. Toute indemnité versée à l'occasion de la rupture du contrat de travail constitue une rémunération imposable, sous réserve des dispositions suivantes. / Ne constituent pas une rémunération imposable : / 1° Les indemnités mentionnées aux articles L. 1235-1, L. 1235-2, L. 1235-3, L. 1235-3-1, L. 1235-11 à L. 1235-13, au 7° de l'article L. 1237-18-2 et au 5° de l'article L. 1237-19-1 du code du travail ainsi que celles versées dans le cadre des mesures prévues au 7° du même article L. 1237-19-1 ; / 2° Les indemnités de licenciement ou de départ volontaire versées dans le cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi au sens des articles L. 1233-32 et L. 1233-61 à L. 1233-64 du code du travail ; / 3° La fraction des indemnités de licenciement versées en dehors du cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi au sens des articles L. 1233-32 et L. 1233-61 à L. 1233-64 du code du travail, qui n'excède pas : / a) Soit deux fois le montant de la rémunération annuelle brute perçue par le salarié au cours de l'année civile précédant la rupture de son contrat de travail, ou 50 % du montant de l'indemnité si ce seuil est supérieur, dans la limite de six fois le plafond mentionné à l'article L. 241-3 du code de la sécurité sociale en vigueur à la date du versement des indemnités ; / b) Soit le montant de l'indemnité de licenciement prévue par la convention collective de branche, par l'accord professionnel ou interprofessionnel ou, à défaut, par la loi ; () ".
7. Il résulte des dispositions de l'article 80 duodecies du code général des impôts qu'à l'exception des indemnités limitativement énumérées par ce texte, toute indemnité perçue à l'occasion de la rupture d'un contrat de travail revêt un caractère imposable.
8. Mme B soutient que les indemnités qu'elle a perçues à l'occasion de sa démission, le 18 octobre 2019, de l'entreprise Neuhauser sont exonérées d'impôt sur le revenu dès lors que cette entreprise faisait l'objet d'un plan de sauvegarde de l'emploi. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment du solde de tout compte produit par l'intéressée, que les sommes qu'elle a perçues à l'occasion de sa démission correspondaient à son salaire de base, à une prime exceptionnelle, à des indemnités compensatrices de congés payés, à une prime d'ancienneté et à son treizième mois. Il ne résulte pas de l'instruction que l'une des indemnités perçues à cette occasion présenterait le caractère d'indemnité de départ volontaire dans le cadre du plan de sauvegarde de l'emploi de l'entreprise employant Mme B. Dans ces conditions, l'administration fiscale n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article 80 duodecies en refusant d'exonérer d'impôt sur le revenu les sommes perçues par Mme B à l'occasion de sa démission de l'entreprise Neuhauser le 18 octobre 2019. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
9. En dernier lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir de ses difficultés financières au soutien de conclusions aux fins de réduction de l'imposition contestée.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander la réduction de la cotisation d'impôt sur le revenu à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019. Sa requête doit ainsi être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur départemental des finances publiques de la Marne.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
M. Torrente, premier conseiller,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
V. TORRENTELa présidente,
Signé
A-S. MACH
La greffière,
Signé
A. DEFORGE
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