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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2200458

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2200458

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2200458
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a été saisi par M. A d’une contestation d’un avis de saisie administrative à tiers détenteur émis pour le recouvrement d’impôts, portant notamment sur le caractère insaisissable des sommes et le montant de la dette. Le tribunal a relevé d’office son incompétence pour statuer sur la contestation relative à la quotité saisissable, cette question relevant du juge de l’exécution, juge judiciaire, en application des articles L. 281 du livre des procédures fiscales et L. 213-6 du code de l’organisation judiciaire. En revanche, le tribunal s’est déclaré compétent pour connaître du moyen tiré de l’existence de l’obligation de payer, qui ne remet pas en cause l’assiette de l’impôt.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 février 2022, 21 mars 2022 et 12 août 2024, M. B A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'avis de saisie administrative à tiers détenteur émis à son encontre le 10 janvier 2022 par le comptable public du service des impôts des particuliers de l'Aube ;

2°) l'octroi d'une somme de 1 500 euros à titre de dommages et intérêts.

Il soutient que :

- sa requête est recevable au regard de la condition d'avoir formé un recours administratif préalable obligatoire dès lors qu'il a contesté la mise en demeure de payer et qu'il a demandé à l'administration de réexaminer son dossier ;

- les montants de cotisations d'impôt qui font l'objet de l'avis de saisie administrative à tiers détenteur en litige ne tiennent pas compte de la déduction de ses frais réels liés à sa profession d'enseignant ;

- ces montants excèdent la quotité saisissable ;

- la régularité formelle de la saisie administrative à tiers détenteur est contestable.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2024, la directrice départementale des finances publiques de l'Aube conclut au rejet de la requête de M. A.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable au regard des articles L. 281 et R. 281-1 du livre des procédures fiscales, dès lors que M. A n'a pas déposé de recours administratif préalable obligatoire dans les deux mois suivant la notification de l'avis de saisie administrative à tiers détenteur ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence du juge administratif, en application de l'article L. 213-6 du code de l'organisation judiciaire, pour statuer sur la contestation relative au caractère insaisissable des sommes appréhendées au titre d'un avis de saisie à tiers détenteur.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de l'organisation judiciaire ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rifflard, conseiller,

- et les conclusions de M. Maleyre, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le comptable public du service des impôts des particuliers de l'Aube a décidé le 10 janvier 2022 de pratiquer, à l'encontre de M. A, une saisie administrative à tiers détenteur en vue du recouvrement d'un montant total de 2 429 euros correspondant à des cotisations de taxe d'habitation et de contribution à l'audiovisuel public au titre de l'année 2020, et à des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2017, 2018 et 2019. M. A a été destinataire d'un avis de saisie administrative à tiers détenteur du même jour l'informant de cette décision. M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cet avis de saisie administrative à tiers détenteur, en tant d'une part que les montants concernés excèdent la quotité saisissable et, d'autre part, que les montants recouvrés au titre des cotisations précédemment indiquées des années 2017 à 2019 ne tiennent pas compte de la déduction de ses frais réels liés à l'exercice de sa profession, de la base imposable à partir desquelles ces cotisations ont été calculées. Par ailleurs, il doit également être regardé, par ses conclusions indemnitaires, comme demandant au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme de 1 500 euros en réparation du préjudice subi à raison de cette saisie administrative à tiers détenteur.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

2. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics compétents mentionnés à l'article L. 252 () ne peuvent porter que : 1°) soit sur la régularité en la forme de l'acte ; 2°) soit sur l'existence de l'obligation de payer, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués, sur l'exigibilité de la somme réclamée, ou sur tout autre motif ne remettant pas en cause l'assiette et le calcul de l'impôt. Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés, dans le premier cas, devant le juge de l'exécution, dans le second cas, devant le juge de l'impôt tel qu'il est prévu à l'article L 199 ". Aux termes de l'article L. 213-6 du code de l'organisation judiciaire : " Le juge de l'exécution connaît, de manière exclusive, des difficultés relatives aux titres exécutoires et des contestations qui s'élèvent à l'occasion de l'exécution forcée, même si elles portent sur le fond du droit à moins qu'elles n'échappent à la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire ".

3. Aux termes de l'article L. 263 du livre des procédures fiscales : " L'avis à tiers détenteur a pour effet d'affecter, dès réception, les sommes dont le versement est ainsi demandé au paiement des impositions privilégiées, quelle que soit la date à laquelle les créances même conditionnelles ou à terme que le redevable possède à l'encontre du tiers détenteur deviennent effectivement exigibles. Il comporte l'effet d'attribution immédiate prévu à l'article L. 211-2 du code des procédures civiles d'exécution. Les dispositions des articles L. 162-1 et L. 162-2 de ce code sont en outre applicables. () ". Aux termes de l'article L. 162-2 du code des procédures civiles d'exécution : " Le tiers saisi laisse à disposition du débiteur personne physique, dans la limite du solde créditeur du ou des comptes au jour de la saisie, une somme à caractère alimentaire d'un montant égal au montant forfaitaire, pour un allocataire seul, mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles. () ".

4. Le litige, en tant qu'il a trait au calcul de la quotité saisissable du salaire, ne se rattache à aucune des contestations dont les dispositions précitées confient le jugement aux juridictions administratives. Celui-ci ressortit par conséquent à la compétence de la juridiction judiciaire. Il en résulte que les conclusions de M. A relatives à cette quotité saisissable doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

5. Aux termes de l'article R. 281-1 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L. 281 peuvent être formulées par le redevable lui-même ou la personne tenue solidairement ou conjointement. Elles font l'objet d'une demande qui doit être adressée, appuyée de toutes les justifications utiles, au chef de service compétent suivant : a) Le directeur départemental ou régional des finances publiques du département dans lequel a été prise la décision d'engager la poursuite ou le responsable du service à compétence nationale si le recouvrement incombe à un comptable de la direction générale des finances publiques ; () ". Aux termes de l'article R. 281-4 du même livre : " Le chef de service ou l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 se prononce dans un délai de deux mois à partir du dépôt de la demande, dont il doit accuser réception. () Si aucune décision n'a été prise dans ce délai ou si la décision rendue ne lui donne pas satisfaction, le redevable ou la personne tenue solidairement ou conjointement doit, à peine de forclusion, porter l'affaire devant le juge compétent tel qu'il est défini à l'article L. 281. Il dispose pour cela de deux mois à partir : a) soit de la notification de la décision du chef de service ou de l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 ; b) soit de l'expiration du délai de deux mois accordé au chef de service ou à l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 pour prendre sa décision. / La procédure ne peut, à peine d'irrecevabilité, être engagée avant ces dates ". Il résulte de ces dispositions que les contestations relatives au recouvrement des impôts doivent être précédées d'une demande préalable auprès de l'administration fiscale, le tribunal ne pouvant être saisi qu'après la naissance d'une décision, implicite ou explicite, en réponse à cette réclamation, et qu'en l'absence d'une telle demande, les demandes contentieuses doivent être rejetées.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'a, à aucun moment, produit de décision du chef de service ou de l'ordonnateur qui aurait été prise sur une réclamation introduite conformément aux dispositions de l'article R. 281-1 du livre des procédures fiscales, en dépit de la demande de régularisation qui lui a été adressée en ce sens par le greffe du tribunal administratif par courrier du 6 mai 2024. M. A s'est ainsi borné à faire valoir à cet égard qu'il a contesté la mise en demeure du 13 septembre 2021 et qu'il a sollicité un réexamen de sa situation, sans qu'aucune de ces contestations ne constitue une réclamation dirigée à l'encontre de la saisie administrative à tiers détenteur en litige. Il ressort par ailleurs desdites pièces que la notification de saisie administrative à tiers détenteur contestée faisait état de l'existence d'un recours préalable obligatoire, en reprenant les dispositions de l'article R. 281-1 du livre des procédures fiscales. Dans ces conditions, il y a lieu de faire droit à la fin de non-recevoir opposée en défense et de rejeter pour irrecevabilité le surplus des conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'avis de saisie administrative à tiers détenteur.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. Si M. A " demande la somme de 1 500 euros en dommages et intérêts ", il n'assortit ces conclusions d'aucun moyen permettant d'y faire droit. Dans ces conditions, ces conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées.

8. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble de la requête de M. A doit être rejeté.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de M. A, en tant qu'elles ont trait au calcul de la quotité saisissable du salaire, sont rejetées comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la directrice départementale des finances publiques de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Briquet, président,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

R. RIFFLARDLe président,

Signé

B. BRIQUET

La greffière,

Signé

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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