jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2200530 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DELALANDE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 mars 2022 et le 1er mars 2023, M. D E, représenté par Me Delalande, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 60 000 euros, assortie des intérêts légaux et de leur capitalisation à compter du 24 novembre 2021, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait, d'une part, de l'illégalité de l'arrêté du 21 décembre 2017 par lequel le préfet des Ardennes a enregistré, au nom de l'EARL Gouble Sylvain, un élevage de 40 000 poules pondeuses en plein air sur le territoire de la commune de Saint-Morel associé à un plan d'épandage d'une surface de 204,8 ha répartie sur les communes de Mont-Saint-Martin, Saint-Morel, Belleville et Chatillon-sur-Bar, Liry et Boult-aux-Bois et des preuves de dépôts des déclarations initiales de cette installation enregistrées par le préfet des Ardennes en 2019 ainsi que, d'autre part, de la carence du préfet des Ardennes à soumettre à évaluation environnementale l'activité exploitée par l'EARL Gouble Sylvain et des autorités françaises à mettre en œuvre les dispositions de la directive 2011/92/UE du 13 décembre 2011 concernant l'évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l'environnement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il justifie d'un intérêt à agir eu égard à sa qualité de propriétaire de la pisciculture Percafrance ;
- les autorités françaises ont tardé à mettre en œuvre les dispositions de la directive 2011/92/UE du 13 décembre 2011 concernant l'évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l'environnement, cette carence étant constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- le préfet des Ardennes n'a pas soumis à évaluation environnementale l'activité d'élevage exploitée à Saint-Morel par l'EARL Gouble Sylvain, cette carence étant constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- le préfet des Ardennes a édicté à plusieurs reprises des décisions illégales et a méconnu l'autorité de la chose jugée résultant des jugements du présent tribunal des 4 juillet 2019, 27 septembre 2019, 11 décembre 2019 et 22 juillet 2021, circonstances constitutives de fautes de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité sans faute de l'Etat peut être engagée pour rupture d'égalité devant les charges publiques au regard du préjudice anormal et spécial qu'il subit ;
- l'installation a été mise en service le 29 novembre 2020 et émet des effluents gazeux à l'origine d'une augmentation des taux de nitrates dans les eaux à proximité ;
- l'absence d'évaluation environnementale ne permet pas de garantir la mise en place de mesures d'évitement, de réduction et de compensation et a privé le public d'une participation éclairée ;
- il a subi un préjudice matériel évalué à la somme de 15 000 euros ;
- il a subi un préjudice moral évalué à la somme de 10 367,05 euros ;
- il a été contraint de supporter des frais de laboratoire d'analyse évalués à la somme de 6 758,40 euros ;
- il a été contraint de supporter des frais d'expertise et de conseil évalués à la somme de 780 euros ;
- il a été contraint de supporter des frais d'huissier et d'avocat pour des sommes respectivement de 347,20 euros et 26 747,35 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2022, le préfet des Ardennes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
L'instruction a été close avec effet immédiat le 6 mars 2024 en application des dispositions combinées des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'absence de liaison du contentieux pour les conclusions tendant à la réparation du dommage imputable à la carence des autorités françaises dans la transposition de la directive 2011/92/UE du 13 décembre 2011 du Parlement européen et du Conseil, cet agissement constituant un fait générateur distinct de celui invoqué dans la réclamation préalable adressée à l'administration le 23 novembre 2021.
M. E a présenté des observations, enregistrées le 22 mai 2024 et communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2011/92/ UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 concernant l'évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l'environnement, abrogeant la directive 85/337/CEE du Conseil du 27 juin 1985 concernant l'évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l'environnement ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Torrente, premier conseiller,
- et les conclusions de Mme Castellani, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. L'EARL Gouble Sylvain exploite à Saint-Morel une activité d'élevage de volailles. Par un arrêté du 21 décembre 2017, dont M. E, qui exploite une activité de pisciculture dans cette commune, a demandé l'annulation, le préfet des Ardennes a enregistré cette installation qui portait alors sur un élevage de 40 000 poules pondeuses avec un parcours de plein air. Par un jugement n° 1800712 du 4 juillet 2019, confirmé par un arrêt n°19NC02753 du 14 décembre 2021 de la cour administrative d'appel de Nancy, le présent tribunal a annulé cet arrêté. L'EARL Gouble Sylvain s'est ensuite vu délivrer successivement, le 25 juillet 2019, le 4 octobre 2019 et le 5 décembre 2019, par le préfet des Ardennes, la preuve du dépôt de déclarations d'installations classées pour la protection de l'environnement en vue de l'exploitation d'un poulailler comprenant respectivement 29 990, 29 995 et 30 000 poules pondeuses, la première déclaration comprenant un parcours de plein air, alors que les deux suivantes concernent un élevage au sein d'un bâtiment fermé. Par des ordonnances n°1902127 du 27 septembre 2019 et n° 1902793 du 11 décembre 2019, le juge des référés du présent tribunal, saisi par M. E et l'association Nature et avenir, a prononcé la suspension des deux premières preuves de dépôt. Par une ordonnance n°1903046 du 13 janvier 2020, le juge des référés, saisi par les mêmes parties, a refusé de suspendre la troisième preuve de dépôt délivrée à l'EARL Gouble Sylvain. Par un jugement nos 1902100, 1902786 et 1903038 du 22 juillet 2021, le présent tribunal a, d'une part, prononcé un non-lieu sur les demandes d'annulation des preuves de dépôt délivrées les 25 juillet 2019 et 4 octobre 2019, d'autre part, annulé la preuve de dépôt du 5 décembre 2019 et, enfin, a ordonné à l'EARL Gouble Sylvain de procéder à l'évacuation des poules présentes dans l'installation dans un délai d'un mois. Par un arrêté du 16 août 2021, le préfet des Ardennes a mis en demeure l'EARL Gouble Sylvain de déposer une nouvelle déclaration dans un délai de huit jours suivant sa notification. Le 20 août 2021, cette société a déposé une nouvelle déclaration d'installation classée pour la protection de l'environnement portant sur un élevage de 28 443 volailles pour laquelle le préfet lui a délivré une nouvelle preuve de dépôt. Par la présente requête, M. E demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 60 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de l'arrêté du 21 décembre 2017 et des preuves de dépôts des déclarations initiales de cette installation enregistrées par le préfet des Ardennes en 2019 et de la carence du préfet des Ardennes à soumettre à évaluation environnementale l'activité exploitée par l'EARL Gouble Sylvain et des autorités françaises à mettre en œuvre les dispositions de la directive 2011/92/UE du 13 décembre 2011 concernant l'évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l'environnement.
Sur la recevabilité des conclusions tendant à la réparation du dommage imputable à la carence des autorités françaises dans la transposition de la directive 2011/92/UE du 13 décembre 2011 du Parlement européen et du Conseil :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".
3. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur.
4. Il résulte de l'instruction que, dans sa réclamation adressée le 23 novembre 2021, M. E s'est borné à demander au préfet des Ardennes de l'indemniser des préjudices résultant de l'illégalité de l'arrêté d'enregistrement du 21 décembre 2017 et des preuves de dépôt délivrées à cinq reprises par cette autorité entre 2019 et 2021. Si, dans le cadre la présente instance, l'intéressé se prévaut d'un nouveau fondement de responsabilité résultant de la carence des autorités françaises dans la complète transposition de la directive 2011/92/UE du 13 décembre 2011 concernant l'évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l'environnement, cette nouvelle demande se rattache à un fait générateur distinct de celui mentionné dans la réclamation préalable du 23 novembre 2021 et n'a pas été précédée d'une décision administrative susceptible de lier le contentieux à son égard. Par suite, cette demande est irrecevable et doit, en conséquence, être rejetée.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
S'agissant de la responsabilité pour faute :
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'arrêté du 21 décembre 2017 par lequel le préfet des Ardennes a enregistré l'installation en litige a été annulé par un jugement du présent tribunal du 4 juillet 2019, confirmé par un arrêt du 14 décembre 2021 de la cour administrative d'appel de Nancy passé en force de chose jugée. L'illégalité de cet arrêté est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
6. En second lieu, la transposition en droit interne des directives communautaires, qui est une obligation résultant du Traité instituant la Communauté européenne, revêt, en outre, en vertu de l'article 88-1 de la Constitution, le caractère d'une obligation constitutionnelle. Pour chacun de ces deux motifs, il appartient au juge national, juge de droit commun de l'application du droit communautaire, de garantir l'effectivité des droits que toute personne tient de cette obligation à l'égard des autorités publiques. Tout justiciable peut en conséquence demander l'annulation des dispositions règlementaires qui seraient contraires aux objectifs définis par les directives et, pour contester une décision administrative, faire valoir, par voie d'action ou par voie d'exception, qu'après l'expiration des délais impartis, les autorités nationales ne peuvent ni laisser subsister des dispositions réglementaires, ni continuer de faire application des règles, écrites ou non écrites, de droit national qui ne seraient pas compatibles avec les objectifs définis par les directives. En outre, tout justiciable peut se prévaloir, à l'appui d'un recours dirigé contre un acte administratif non réglementaire, des dispositions précises et inconditionnelles d'une directive, lorsque l'Etat n'a pas pris, dans les délais impartis par celle-ci, les mesures de transposition nécessaires.
7. Aux termes du 1. de l'article 2 de la directive du 13 décembre 2011 concernant l'évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l'environnement, dont le délai de transposition a expiré le 16 mai 2017 : " Les Etats membres prennent les dispositions nécessaires pour que, avant l'octroi de l'autorisation, les projets susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement, notamment en raison de leur nature, de leurs dimensions ou de leur localisation, soient soumis à une procédure de demande d'autorisation et à une évaluation en ce qui concerne leur incidence sur l'environnement. Ces projets sont définis à l'article 4. " Le 2. de l'article 4 de cette directive dispose que : " () pour les projets énumérés à l'annexe II, les Etats membres déterminent si le projet doit être soumis à une évaluation (). Les Etats membres procèdent à cette détermination : / a) sur la base d'un examen cas par cas ; / ou / b) sur la base des seuils ou critères fixés par l'Etat membre. / Les Etats membres peuvent décider d'appliquer les deux procédures visées aux points a) et b) ". Aux termes du 3. du même article : " Pour l'examen au cas par cas ou la fixation des seuils ou critères en application du paragraphe 2, il est tenu compte des critères de sélection pertinents fixés à l'annexe III. () ". Aux termes des deux premiers alinéas du II de l'article L. 122-1 du code de l'environnement : " Les projets qui, par leur nature, leur dimension ou leur localisation, sont susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement ou la santé humaine font l'objet d'une évaluation environnementale en fonction de critères et de seuils définis par voie réglementaire et, pour certains d'entre eux, après un examen au cas par cas. / Pour la fixation de ces critères et seuils et pour la détermination des projets relevant d'un examen au cas par cas, il est tenu compte des données mentionnées à l'annexe III de la directive 2011/92/UE modifiée du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 concernant l'évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l'environnement. ". L'annexe III de la directive définit les " critères de sélection visés à l'article 4, paragraphe 3 ", à savoir " 1. Caractéristique des projets () considérées notamment par rapport : a) à la dimension () ; b) au cumul avec d'autres projets ; c) à l'utilisation des ressources naturelles () ; () / 2. Localisation des projets / La sensibilité environnementale des zones géographiques susceptibles d'être affectées par le projet doit être considérée en prenant notamment en compte : () b) la richesse relative, la qualité et la capacité de régénération des ressources naturelles de la zone ; c) la capacité de charge de l'environnement naturel () / 3. Caractéristiques de l'impact potentiel / Les incidences notables probables qu'un projet pourrait avoir doivent être considérées () notamment par rapport : a) à l'étendue de l'impact () ; b) la nature de l'impact ; c) à l'ampleur et la complexité de l'impact ; d) la probabilité de l'impact ; () ".
8. Il résulte des termes de la directive, tels qu'interprétés par la Cour de justice de l'Union européenne, que l'instauration, par les dispositions nationales, d'un seuil en-deçà duquel une catégorie de projets est exemptée d'évaluation environnementale n'est compatible avec les objectifs de cette directive que si les projets en cause, compte tenu, d'une part, de leurs caractéristiques, en particulier leur nature et leurs dimensions, d'autre part, de leur localisation, notamment la sensibilité environnementale des zones géographiques qu'ils sont susceptibles d'affecter, et, enfin, de leurs impacts potentiels, ne sont pas susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement ou la santé humaine.
9. Les dispositions de l'annexe à l'article R. 122-2 du code de l'environnement assujettissent les élevages de volailles et de gibier à plume comprenant moins de 30 000 volailles au régime de la déclaration. Ainsi, jusqu'à l'entrée en vigueur de l'article R. 122-2-1 du même code, de telles installations étaient exemptées d'évaluation environnementale, sans que soit prise en compte la localisation de cette installation. Le critère de la localisation du projet s'apprécie notamment au regard de la qualité et de la capacité de régénération des ressources naturelles de la zone concernée. Ainsi que le soutient le requérant, les parcelles concernées par les installations, dont le parcours extérieur, générateur de flux non maîtrisés de déjection, n'a été supprimé qu'à compter de la preuve de dépôt délivrée le 5 décembre 2019, et par le plan d'épandage en litige sont en grande majorité situées en zone vulnérable en application de la directive 91/676/ CEE concernant la protection des eaux contre la pollution par les nitrates à partir de sources agricoles. D'après la carte de la vulnérabilité estimée des eaux souterraines dans le département des Ardennes dressée par le BRGM en 2005, l'exploitation de l'EARL Gouble Sylvain est dans une zone où la vulnérabilité des eaux souterraines est considérée comme moyenne et à proximité immédiate d'une zone où la vulnérabilité des eaux souterraines est forte. Il résulte également de l'instruction que plusieurs parcelles concernées par le plan d'épandage sont situées à proximité immédiate d'une zone naturelle d'intérêt écologique faunistique et floristique (ZNIEFF) de type 1 qui porte sur des secteurs de grand intérêt biologique ou écologique. Par suite, eu égard à sa localisation et à son importance, le projet porté par l'EARL Gouble Sylvain devait faire l'objet d'une évaluation environnementale par application de la directive du 31 décembre 2011, l'application des dispositions de l'annexe à l'article R. 122-2 du code de l'environnement, qui, en tant qu'elles se fondent exclusivement sur la nature et la dimension du projet sans prendre en compte sa localisation pour exclure toute évaluation environnementale, sont contraires aux dispositions précises et inconditionnelles de cette directive, devant être en l'espèce écartée.
10. Dans ces conditions, M. E est fondé à soutenir que les preuves de dépôt délivrées les 25 juillet 2019, 4 octobre 2019 et 5 décembre 2019 sont illégales. L'illégalité de ces décisions est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
S'agissant de la responsabilité sans faute :
11. En se bornant à soutenir que la responsabilité de l'Etat peut être engagée sans faute pour rupture d'égalité devant les charges publiques, M. E, qui ne démontre ni même n'allègue avoir subi un préjudice anormal et spécial, n'assortit pas cette allégation des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne les préjudices :
12. En premier lieu, si M. E soutient que la sandre est une espèce particulièrement sensible aux pollutions aux nitrates agricoles et que l'absence de réalisation d'une évaluation environnementale par l'EARL Gouble Sylvain, dont l'installation a été mise en service le 29 novembre 2020, n'a pas permis de s'assurer de l'absence d'incidence de cette exploitation sur sa pisciculture ni les mesures d'évitement, de réduction et de compensation qui auraient pu éventuellement être mises en place, il ne produit aucun élément de nature à démontrer l'existence d'un préjudice matériel tenant aux dégâts qu'aurait subis son élevage, qui n'est au demeurant pas corroboré par le rapport d'expertise intermédiaire établi par M. C le 4 avril 2022, produit par le préfet des Ardennes et dont les termes ne sont pas utilement contestés par l'intéressé. M. E n'est dès lors pas fondé à solliciter le versement d'une somme de 15 000 euros à ce titre.
13. En deuxième lieu, si le requérant demande l'indemnisation du préjudice matériel correspondant aux coûts des prélèvements et analyses réalisés par le laboratoire Aquanalyse pour un montant total de 6 758,40 euros et de l'étude géologique et hydrogéologique réalisée par le bureau d'études Sciences Environnement pour un montant de 780 euros, afin de déterminer son dommage, il ne résulte pas de l'instruction que ce préjudice serait directement en lien avec les fautes commises par le préfet des Ardennes mentionnées aux points 5 à 10 du présent jugement.
14. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que le requérant a subi un préjudice moral tenant aux troubles dans ses conditions d'existence résultant des tracas causés par les diverses démarches entreprises et les procédures qu'il a engagées en vue de faire cesser les illégalités fautives affectant les décisions en cause. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui allouant la somme de 3 000 euros.
15. En quatrième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que les frais d'huissier exposés par M. E, pour un montant de 347,20 euros, en vue de constater les travaux de construction du poulailler exploité par l'EARL Gouble Sylvain seraient directement en lien avec les illégalités relevées aux points 5 à 10 du présent jugement.
16. En cinquième lieu, les frais de justice exposés devant le juge administratif en conséquence directe d'une faute de l'administration sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de la faute imputable à celle-ci. Toutefois, lorsque l'intéressé avait qualité de partie à l'instance, la part de son préjudice correspondant à des frais non compris dans les dépens est réputée intégralement réparée par la décision que prend le juge dans l'instance en cause sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
17. D'une part, au regard du principe énoncé au point précédent, M. E, qui avait la qualité de partie dans les instances enregistrées sous les nos 1800712, 19NC02753, 1902100, 1902786 et 1903038 l'opposant au préfet des Ardennes, le préjudice qu'il fait valoir au titre des frais non compris dans les dépens qu'il y a exposés est réputé intégralement réparé par les décisions rendues dans ces instances sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, en application de la règle rappelée au point précédent, le requérant n'est pas fondé à demander la réparation des frais d'avocat exposés à l'occasion de ces instances.
18. D'autre part, s'il demande l'indemnisation des frais d'avocat exposés, en qualité de partie ou d'intervenant volontaire, à l'occasion des instances ouvertes contre le refus de permis de construire notifié à l'EARL Gouble Sylvain et contre le permis de construire ensuite délivré à cette société, ceux-ci sont dépourvus de tout lien avec les décisions dont l'illégalité a été relevée aux points 5 à 10 du présent jugement. Il en va de même des frais d'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation dont il n'est pas établi qu'ils seraient en lien avec ces décisions.
19. Enfin, compte tenu de ce qui a été dit aux points 4 et 11 et dans la mesure où M. A B s'est borné à critiquer, dans le cadre de la présente instance, la légalité de l'arrêté d'enregistrement du 21 décembre 2017 et des preuves de dépôt délivrées par le préfet des Ardennes les 25 juillet 2019, 4 octobre 2019 et 5 décembre 2019, il ne saurait demander l'indemnisation des frais d'avocat exposés dans le cadre des instances, en référé et au fond, enregistrées contre l'arrêté du 16 août 2021 par lequel le préfet des Ardennes a mis en demeure l'exploitant de régulariser sa situation et contre la nouvelle preuve de dépôt délivrée le 20 août 2021.
20. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. E est seulement fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 3 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de l'arrêté d'enregistrement du 21 décembre 2017 et des preuves de dépôt délivrées par le préfet des Ardennes les 25 juillet 2019, 4 octobre 2019 et 5 décembre 2019, assortie des intérêts au taux légal à compter du 24 novembre 2021 et de la capitalisation des intérêts échus dus à compter du 24 novembre 2022.
Sur les frais liés au litige :
21. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans le cadre de la présente instance, le versement à M. E de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. E la somme de 3 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 24 novembre 2021 et de la capitalisation des intérêts échus dus à compter du 24 novembre 2022.
Article 2 : L'Etat versera à M. E une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au ministre de transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Ardennes.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
M. Torrente, premier conseiller,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
Le rapporteur,
V. TORRENTELa présidente,
A-S. MACH
La greffière,
A. DEFORGE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026