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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2200587

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2200587

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2200587
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique - 1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a été saisi par Mme B, qui contestait des mises en demeure de payer sa quote-part de taxe foncière due par la SCI Ren et Mad, dont elle affirmait ne pas être associée en raison d’un faux dans l’acte constitutif. La requérante a abandonné ses conclusions en annulation de la SCI, relevant de la compétence judiciaire, et a maintenu sa demande de décharge de l’obligation de payer et de réparation pour faute de l’administration fiscale. Le tribunal a rejeté l’ensemble des conclusions, jugeant que les moyens soulevés, notamment l’usurpation d’identité et la carence de l’administration, étaient infondés ou irrecevables. La décision s’appuie sur le code général des impôts et le livre des procédures fiscales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces, enregistrés les 14 mars 2022, 8 avril 2024, 9 avril 2024, 10 avril 2024 et le 12 avril 2024, Mme A B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer l'annulation de la SCI Ren et Mad ;

2°) la restitution des sommes qu'elle a versées pour le compte de la SCI Ren et Mad en application des mises en demeure du 10 janvier 2022 tenant lieu de commandement de payer la somme totale de 50,91' euros correspondant au prorata des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties impayées ainsi que les majorations associées auxquelles cette société a été assujettie au titre des années 2017 à 2020 ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices subies du fait de la défaillance de la direction départementale des finances publiques de la Marne dans la gestion de l'impôt ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens ainsi qu'une somme de 900 euros au titre des frais d'expertise qu'elle a exposés.

Elle soutient que :

- elle n'est pas associée de la SCI Ren et Mad qui a été créée le 7 octobre 2005 à son insu, la signature apposée sur l'acte constitutif de cette société étant un faux, ainsi que le confirme l'expertise graphologique qu'elle produit, circonstance de nature à justifier l'annulation de cette société et la réparation des dommages causés par celle-ci aux victimes de ses agissements ;

- elle a déposé plainte pour faux en écriture ;

- depuis le décès de ses parents, dont la succession n'a jamais été ouverte, elle a renoncé à son héritage le 25 septembre 2020 en raison des multiples dettes, malversations et fraudes réalisés par son frère ;

- l'administration fiscale n'a procédé à aucune vérification sérieuse de sa situation et s'est montré défaillante dans la gestion de l'impôt ;

- cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 février 2023 et 11 juin 2024, le directeur départemental des finances publiques de la Marne conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les justificatifs produits par Mme B pour la première fois à hauteur d'instance sont irrecevables en application de l'article R. 281-5 du livre des procédures fiscales ;

- seul le juge judiciaire a compétence pour connaître de la vérification des écritures sous signature privée conformément aux dispositions de l'article 285 du code de procédure civile ;

- la requérante n'est pas fondée à lier à sa contestation, qui relève des suites d'une opposition à poursuites, des prétentions étrangères à la compétence du juge administratif et notamment des moyens présentés au titre d'une éventuelle usurpation d'identité, d'un éventuel faux en écriture ainsi que de la condamnation de l'administration fiscale au versement de dommages et intérêts ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la SCI Ren et Mad qui relèvent exclusivement de la compétence du juge judiciaire.

Par un mémoire, enregistré le 12 septembre 2024, Mme B déclare se désister purement et simplement des conclusions tendant à l'annulation de la SCI Ren et Mad et maintenir le surplus de ses conclusions.

Elle ajoute qu'en lui réclamant des sommes au titre des dettes de la société Ren et Mad, l'administration fiscale commet un délit de recel sanctionné au titre de l'article 321-1 du code pénal.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Torrente, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Torrente, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Ren et Mad a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2017 à 2021 à raison d'un immeuble dont elle est propriétaire situé 45 avenue Charles Boutet à Charlevilles-Mézières (Ardennes). Le 10 janvier 2022, la direction départementale des finances publiques des Ardennes, constatant que Mme B détient 1% des parts de cette société civile, a émis à l'encontre de l'intéressée deux mises en demeure valant commandement de payer la somme totale de 50,91' euros correspondant à sa quote-part des dettes de cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties non réglées au titre des années 2017 à 2020 ainsi que des majorations associées. Par une lettre réceptionnée le 17 janvier 2022 par l'administration fiscale, l'intéressée a contesté ces mises en demeure. Par une décision du 28 février 2022, la directrice départementale des finances publiques des Ardennes a rejeté cette demande. Dans le dernier état de ses écritures résultant de son mémoire enregistré le 12 septembre 2024, Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal de la décharger de l'obligation de payer la somme totale de 50,91' euros procédant des mises en demeure valant commandement de payer du 10 janvier 2022 et correspondant aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux restant à la charge de la SCI Ren et Mad au titre des années 2017 à 2020 et des pénalités associées, de lui restituer la totalité des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties qu'elle a versées pour le compte de cette société et de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi.

Sur l'étendue du litige :

2. Si, en cours d'instance, Mme B a demandé au tribunal de prononcer l'annulation de la SCI Ren et Mad, elle a, dans son mémoire enregistré le 12 septembre 2024, expressément abandonné ces conclusions. Dès lors, il y a lieu pour le tribunal de ne statuer que sur le surplus des conclusions.

Sur le bien-fondé des mises en demeure en litige :

3. Aux termes de l'article 1857 du code civil : " A l'égard des tiers, les associés répondent indéfiniment des dettes sociales à proportion de leur part dans le capital social à la date de l'exigibilité ou au jour de la cessation des paiements. / L'associé qui n'a apporté que son industrie est tenu comme celui dont la participation dans le capital social est la plus faible. ".

4. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. () ". Selon l'article R. 281-5 du même livre : " Le juge se prononce exclusivement au vu des justifications qui ont été présentées au chef de service. Les redevables qui l'ont saisi ne peuvent ni lui soumettre des pièces justificatives autres que celles qu'ils ont déjà produites à l'appui de leurs mémoires, ni invoquer des faits autres que ceux exposés dans ces mémoires. / Lorsque le juge de l'exécution est compétent, l'affaire est instruite en suivant les règles de la procédure à jour fixe. ".

5. Les articles R. 281-3-1 et R. 281-5 du livre des procédures fiscales ne font pas obstacle à ce que le contribuable soulève devant le tribunal administratif ou devant la cour administrative d'appel, jusqu'à la clôture de l'instruction, des moyens de droit nouveaux, n'impliquant pas l'appréciation de pièces justificatives ou de circonstances de fait qu'il lui eût appartenu de produire ou d'exposer dans sa demande au chef de service.

6. Si le contribuable ne peut pas, en principe, se prévaloir devant le juge d'éléments de fait qui ne figuraient pas dans sa réclamation, il demeure toutefois recevable à invoquer devant lui des éléments de fait nouveaux postérieurs à la décision de l'administration statuant sur sa réclamation et dont il ne pouvait, dès lors, faire état dans cette dernière.

7. Pour mettre à la charge de Mme B les cotisations de taxe foncière et majorations associées restant à la charge de la SCI Ren et Mad, l'administration fiscale a relevé que l'intéressée est enregistrée au registre national du commerce et des sociétés comme associée de cette société dont elle détient 1% des parts selon l'acte de cession de parts daté du 7 octobre 2005. L'intéressée soutient qu'elle n'est pas associée de cette société qui a été créée à son insu, la signature apposée en dessous de son nom sur l'acte du 7 octobre 2005 étant un faux, et doit ainsi être regardée comme contestant l'existence de l'obligation de payer cette dette en lieu et place de la SCI Ren et Mad. Toutefois, si la requérante s'est prévalue de ce moyen dans le cadre de sa réclamation réceptionnée le 17 janvier 2022 par l'administration fiscale, il est constant qu'elle n'a produit aucun document à l'appui de cette allégation et n'est ainsi pas recevable à produire pour la première fois à hauteur de la présente instance sa carte d'identité, son passeport ainsi que l'acte de cession de parts conclu le 7 octobre 2005 entre le frère de la requérante et son ex-conjointe, le procès-verbal de l'assemblée de la SCI Ren et Mad du même jour ainsi que les statuts de cette société. Si elle est, en revanche, recevable à se prévaloir du procès-verbal d'audition et du récépissé de dépôt de plainte pour faux du 9 mars 2022, ces éléments ne sauraient suffire à établir qu'elle ne détiendrait aucune part dans cette société. De même, si le rapport d'expertise graphologique établi le 10 avril 2024, duquel il résulte que la signature apposée en dessous du nom de la requérante sur le procès-verbal de l'assemblée de la SCI Ren et Mad du 7 octobre 2005 est un faux, constitue un élément de fait nouveau dont elle ne pouvait faire état dans sa réclamation, ce document ne constitue pas l'acte constitutif d'origine de cette société qui a été créée en 1997 entre Mme B et son frère, et n'acte aucune entrée au capital de cette société au profit de cette dernière. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à contester l'existence de l'obligation de payer la dette en litige en lieu et place de la SCI Ren et Mad.

8. Pour les mêmes motifs, l'intéressée n'est pas fondée à se prévaloir de ce que le recouvrement de la dette en litige en lieu et place de la SCI Ren et Mad serait constitutif d'un recel sanctionné au titre de l'article 321-1 du code pénal.

9. Par ailleurs, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la circonstance qu'elle a renoncé à la succession de son père décédé en 2014.

10. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à demander au tribunal de la décharger de l'obligation de payer les sommes procédant des mises en demeure valant commandement de payer du 10 janvier 2022. Par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions tendant à la restitution de ces sommes.

Sur les conclusions indemnitaires :

11. La requérante soutient qu'en dépit de ses protestations, l'administration fiscale ne l'a pas entendue et n'a pratiqué aucune vérification sérieuse de sa situation. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit au point 7, l'administration fiscale n'a commis aucune faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat. Dans ces conditions, les conclusions indemnitaires de Mme B doivent, en tout état de cause, être rejetées.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions tendant à ce que les dépens et les frais d'expertise qu'elle a supportés soient mis à la charge de l'Etat.

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par l'administration fiscale sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la SCI Ren et Mad.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Les conclusions présentées par le directeur départemental des finances publiques de la Marne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur départemental des finances publiques de la Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

V. TORRENTE

La greffière,

Signé

A. DEFORGELa république mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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