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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2200790

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2200790

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2200790
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique - 1ère chambre
Avocat requérantTZA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 avril 2022, la société anonyme Gestion Hotels Toulouse Thionville Chalon sur Marne, représentée par Me Zapf, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2020 à raison d'un local à usage commercial dans les rôles de la commune de Saint-Martin-sur-le-Pré ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2020 méconnaît l'article 1520 du code général des impôts dès lors que les recettes de cette taxe sont manifestement disproportionnées par rapport au coût du service non couvert par les recettes non fiscales.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés les 14 octobre 2022 et 11 janvier 2024, le directeur départemental des finances publiques de la Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé par la société requérante n'est pas fondé.

Par une ordonnance du 19 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Mach en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mach, magistrate désignée,

- et les conclusions de M. Torrente, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Gestion Hotels Toulouse Thionville Chalon sur Marne demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2020 dans les rôles de la commune de Saint-Martin-sur-le-Pré à raison d'un ensemble immobilier dont elle est propriétaire au 5001 avenue du 8 mai 1945.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

2. Aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales ainsi qu'aux dépenses directement liées à la définition et aux évaluations du programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés mentionné à l'article L. 541-15-1 du code de l'environnement, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal. / Les dépenses du service de collecte et de traitement des déchets mentionnées au premier alinéa du présent I comprennent : / 1° Les dépenses réelles de fonctionnement ; / 2° Les dépenses d'ordre de fonctionnement au titre des dotations aux amortissements des immobilisations lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses réelles d'investissement correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure ; / 3° Les dépenses réelles d'investissement lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses d'ordre de fonctionnement constituées des dotations aux amortissements des immobilisations correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure. / () ". Les déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales s'entendent des déchets non ménagers que ces collectivités peuvent, eu égard à leurs caractéristiques et aux quantités produites, collecter et traiter sans sujétions techniques particulières.

3. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères susceptible d'être instituée sur le fondement de ces dispositions n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune ou l'établissement de coopération intercommunale compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales ainsi que les dépenses directement liées à la définition et aux évaluations du programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés, non couvertes par des recettes non fiscales affectées à ces opérations. Il s'ensuit que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant de ces dépenses, tel qu'il peut être estimé à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe, déduction faite, le cas échéant, du montant des recettes non fiscales de la section de fonctionnement, telles qu'elles sont définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du code général des collectivités territoriales, relatives à ces opérations.

4. Les dépenses susceptibles d'être prises en compte sont constituées de la somme, telle qu'elle peut être estimée à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe, de toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales et des dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées lorsque la taxe n'a pas pourvu aux dépenses réelles d'investissement correspondantes ou des dépenses réelles d'investissement lorsque la taxe n'a pas pourvu aux dotations aux amortissements.

5. Pour vérifier si le produit de la taxe et, par voie de conséquence, son taux ne sont pas manifestement disproportionnés par rapport au montant des dépenses exposées par la commune ou l'établissement de coopération intercommunale compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et non couvertes par des recettes non fiscales, il appartient au juge de se prononcer au vu des résultats de l'instruction, au besoin après avoir demandé à la collectivité ou à l'établissement public compétent de produire ses observations ainsi que les éléments tirés de sa comptabilité permettant de déterminer le montant de ces dépenses estimé conformément aux points précédents.

6. En particulier, lorsque le contribuable se prévaut, à l'appui de sa contestation de la légalité de la délibération fixant le taux de la taxe, de ce que les éléments retracés dans le compte administratif ou le rapport annuel relatif au service public d'élimination des ordures ménagères établis à l'issue de l'année en litige font apparaître que le produit constaté de la taxe excède manifestement le montant constaté des dépenses d'enlèvement et de traitement des ordures ménagères non couvertes par des recettes non fiscales, il appartient au juge de rechercher, au besoin en mettant en cause la collectivité et en ordonnant un supplément d'instruction, si les données prévisionnelles, découlant notamment des éléments retracés dans le compte administratif ou le rapport annuel relatif au service public d'élimination des ordures ménagères relatifs à l'année précédente, au vu desquelles la délibération a été prise, diffèrent sensiblement de celles, constatées a posteriori, sur lesquelles le requérant fonde son argumentation.

7. Pour contester le bien-fondé des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2020, la société Gestion Hotels Toulouse Thionville Chalon sur Marne doit être regardée comme invoquant l'illégalité de la délibération du 13 février 2020 par laquelle la communauté d'agglomération de Châlons-en-Champagne a fixé le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères applicable au titre de l'année 2020. Si la société requérante se prévaut des éléments retracés dans le compte administratif 2020 de la collectivité afférente à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, le seul document qu'elle produit ne comporte pas le montant du produit constaté de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, " les recettes issues de la TEOM " mentionnées dans ledit document correspondant, ainsi que le relève l'administration en défense, au montant des dotations aux amortissements. En se bornant à soutenir que l'ensemble des recettes, qui s'élèvent à 10 669 669 euros, excède l'ensemble des dépenses de fonctionnement d'un montant de 10 417 535 euros, la société requérante n'apporte aucun élément permettant de déterminer le montant du produit constaté de la taxe au titre de l'année en litige et, ce faisant, de faire apparaître que le produit ainsi constaté de la taxe excède manifestement le montant constaté des dépenses d'enlèvement et de traitement des ordures ménagères non couvertes par des recettes non fiscales. Par suite, et sans qu'il soit besoin de rechercher si les données prévisionnelles diffèrent sensiblement des éléments retracés dans le compte administratif, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le taux fixé par la délibération dont la légalité est contestée doit être regardé comme manifestement disproportionné. Les conclusions aux fins de décharge présentées par la société Gestion Hotels Toulouse Thionville Chalon sur Marne ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par la société Gestion Hotels Toulouse Thionville Chalon sur Marne et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Gestion Hotels Toulouse Thionville Chalon sur Marne est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme Gestion Hotels Toulouse Thionville Chalon sur Marne et au directeur départemental des finances publiques de la Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A.-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

2200790

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