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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2200991

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2200991

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2200991
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantJEANNIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er mai, 30 novembre 2022 et le 11 février 2023, Mmes A B et C B représentées par Me Tupinier, demandent au tribunal :

1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier de la Haute-Marne à leur verser la somme totale de 24 058,30 euros ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise afin de déterminer si le centre hospitalier de la Haute-Marne a commis une faute dans le cadre de la prise en charge de M. D B ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de la Haute-Marne la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- le centre hospitalier de la Haute-Marne a commis une faute de nature à engager sa responsabilité dans le cadre de la prise en charge de leur frère, M. D B ;

- la faute est constituée par un défaut dans l'organisation du service, un défaut de surveillance qui n'ont pas permis de prévenir le suicide de M. B ;

- elles ont subi du fait de cette faute, qui est à l'origine du décès de leur frère, un préjudice d'affection qui doit être évalué à la somme de 10 000 euros pour chacune d'elles ;

- elles ont subi, du fait de la même faute, un préjudice matériel qui est constitué par les frais qu'elles ont exposés pour les obsèques de leur frère, ce préjudice devant être évalué à la somme de 4 050,38 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er décembre 2022 et 6 mars 2023, le centre hospitalier de la Haute-Marne, représenté par Me Tamburini-Bonnefoy, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une nouvelle expertise ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, de limiter sa condamnation à la somme de 1 137,70 euros ;

4°) de mettre à la charge de Mmes B la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne, à qui la requête a été communiquée, n'a produit aucune observation.

La clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu 12 avril 2024 par une ordonnance du 19 mars 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henriot ;

- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public ;

- et les observations de Me Valette, représentant le centre hospitalier de la Haute-Marne.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, le frère de Mmes B, a été hospitalisé sans son consentement, par décision d'un représentant de l'État, le 25 septembre 2020 au sein de l'hôpital André Breton, appartenant au centre hospitalier de la Haute-Marne, afin qu'il puisse y bénéficier de soins psychiatriques. Le 28 septembre 2020, M. B a mis fin à ses jours, durant son hospitalisation au sein de cet établissement. Par un courrier du 20 décembre 2021, Mmes B ont adressé une demande indemnitaire au centre hospitalier de la Haute-Marne. Cette demande a été rejetée par une décision du 16 mai 2022. Mmes B demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier de la Haute-Marne à leur verser la somme de 24 058,30 euros en réparation de préjudices qu'elles estiment avoir subis.

Sur la responsabilité du centre hospitalier de la Haute-Marne :

2. Aux termes des dispositions de l'article L.1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

3. Pour établir l'existence d'une faute dans l'organisation du service hospitalier au titre du défaut de surveillance d'un patient atteint d'une pathologie psychiatrique, le juge doit notamment tenir compte, lorsque l'état de santé de ce patient fait courir le risque qu'il commette un acte agressif à son égard ou à l'égard d'autrui, non seulement de la pathologie en cause et du caractère effectivement prévisible d'un tel passage à l'acte, mais également du régime d'hospitalisation, libre ou sous contrainte, ainsi que des mesures que devait prendre le service, compte tenu de ses caractéristiques et des moyens dont il disposait.

4. Il résulte de l'instruction que M. B a été hospitalisé d'office le 25 septembre 2020 au sein du centre hospitalier de la Haute-Marne à la suite d'une fugue et d'une tentative de suicide. Par ailleurs, il résulte des mentions figurant sur l'extrait du journal du patient relatif à son hospitalisation que l'état de M. B a été largement appréhendé par le personnel soignant qui a notamment relevé l'existence d'une situation familiale très difficile, d'idées morbides et qui a constaté un refus de s'alimenter. Au regard de cette situation, qui caractérisait l'existence d'un risque suicidaire important, M. B a été placé à l'isolement dans sa chambre à compter du 27 septembre 2020 et a fait l'objet d'une surveillance régulière. Si plusieurs objets potentiellement dangereux ont été retirés de la chambre de M. B, par exemple les housses d'édredon, le patient a eu accès à un câble métallique qu'il a utilisé pour se pendre le 28 septembre 2020. Dans ces circonstances, le seul fait qu'un câble métallique ait été laissé à la portée de M. B constitue une faute dans l'organisation du service hospitalier qui est de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de la Haute-Marne.

Sur le lien de causalité :

5. Le suicide par pendaison de M. B n'a été rendu possible que par la négligence fautive qui a conduit à ce qu'un câble métallique ait été laissé à sa portée. Dès lors, le décès de M. B est directement et entièrement imputable au centre hospitalier de la Haute-Marne et il n'y a pas lieu d'appliquer un quelconque coefficient de perte de chance.

Sur les préjudices :

6. Il résulte de l'instruction que Mme A B a exposé la somme de 4 050,38 euros au titre des frais d'obsèques de M. B, les prestations prises en charge se limitant à la réalisation d'une crémation sans cérémonie, à l'acquisition d'une urne funéraire et au transport de cette urne. Ces prestations n'excédant pas les nécessités du service funéraire, il sera fait une exacte appréciation du préjudice financier de Mme A B en l'évaluant à hauteur de 4 050,38 euros.

7. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par Mmes B du fait du décès de leur frère en l'évaluant à hauteur de 6 000 euros pour chacune des requérantes.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de la Haute-Marne, la somme globale de 1 500 euros au bénéfice de Mmes B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge des requérantes qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de la Haute-Marne est condamné à verser à Mme A B la somme de 10 050,38 euros.

Article 2 : Le centre hospitalier de la Haute-Marne est condamné à verser à Mme C B la somme de 6 000 euros.

Article 3 : Le centre hospitalier de la Haute-Marne versera la somme globale de 1 500 euros à Mmes A et C B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Mme C B, au centre hospitalier de la Haute-Marne ainsi qu'à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne.

Délibéré après l'audience du 24 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

J. HENRIOTLe président,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

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