vendredi 5 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2201041 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | LUDOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 mai 2022 M. B A, représenté par Me Ludot, demande au tribunal :
1°) de condamner le Groupement hospitalier Sud-Ardennes à lui verser la somme de 34 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;
2°) de mettre à la charge du Groupement hospitalier Sud-Ardennes la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que l'intégralité des dépens.
Il soutient que :
- le Groupement hospitalier Sud-Ardennes a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en ne diagnostiquant pas la dissection aortique dont il a été victime lorsqu'il s'est présenté au service des urgences de l'hôpital de Vouziers le 21 octobre 2018 ;
- il a subi des préjudices qui doivent être évalués de la manière suivante :
* 9 000 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent ;
* 20 000 euros au titre des souffrances endurées ;
* 5 000 euros au titre du préjudice esthétique.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 juin 2022 et 7 mars 2023 le Groupement hospitalier Sud Ardennes, représenté par la société Sammut Croon Journé-Léau, demande au tribunal :
1°) de limiter sa condamnation à la somme de 800 euros ;
2°) de mettre à la charge de M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que la faute qui pourrait lui être imputable n'a entrainé qu'un retard de prise en charge qui a engendré à M. A un préjudice lié aux souffrances endurées qui doit être évalué à hauteur de 800 euros.
Par un mémoire en intervention enregistré le 5 décembre 2023 la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne demande au tribunal :
1°) de condamner le Groupement hospitalier Sud-Ardennes à lui verser la somme de 426,96 euros, assortie des intérêts à compter du prononcé du jugement, au titre des débours qu'elle a exposés pour le compte de M. A ;
2°) de condamner le Groupement hospitalier Sud-Ardennes à lui verser la somme de 143,32 euros au titre de l'indemnité forfaitaire prévue par l'ordonnance n° 96-51 du 24 janvier 1996 ;
3°) de mettre à la charge du Groupement hospitalier Sud-Ardennes la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que M. A a été victime d'un accident dont la responsabilité incombe au Groupement hospitalier Sud-Ardennes et que le montant des prestations qu'elle a versées en rapport avec les soins liés à cet accident s'élève à la somme de 426,96 euros.
La clôture de l'instruction a été fixée au 5 janvier 2024 par une ordonnance du 30 novembre 2023.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Henriot, conseiller ;
- et les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 28 juillet 1961, s'est présenté le 21 octobre 2018 au service des urgences de l'hôpital de Vouziers, qui appartient au Groupement hospitalier Sud-Ardennes (GHSA), du fait de douleurs abdominales et de contractions dans les jambes. Après la réalisation de divers examens et son hospitalisation jusqu'au 22 octobre 2018, il a été invité à regagner son domicile sans que la cause des douleurs n'ait pu être diagnostiquée. Du fait de la persistance des symptômes, M. A s'est présenté le 22 octobre 2018 au service des urgences de la polyclinique de Courlancy. Le 23 octobre 2018, une dissection aortique ayant été diagnostiquée après la réalisation de divers examens, M. A a été transféré en urgence vers le centre hospitalier de Reims afin de bénéficier d'une opération chirurgicale. Par une décision du 5 août 2020, le juge des référés du tribunal judiciaire de Reims, saisi par M. A, a ordonné une expertise en vue de déterminer si les soins qui ont été prodigués à ce dernier au sein du GHSA et de la polyclinique de Courlancy ont été conformes aux règles de l'art. L'expert désigné par l'ordonnance précitée a rendu son rapport le 4 juin 2021. Par des actes du 18 juin 2021, M. A a fait assigner le GHSA, la polyclinique de Courlancy ainsi que la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Haute-Marne devant le tribunal judiciaire de Reims. Par une ordonnance du 22 février 2022, le juge de la mise en état de ce même tribunal s'est déclaré incompétent pour connaître des demandes présentées à l'encontre du GHSA et a invité M.A à saisir le tribunal administratif. Par un jugement du 23 février 2023, le tribunal judiciaire de Reims a condamné la polyclinique de Courlancy à verser à M. A la somme de 4 000 euros en réparation du préjudice résultant des souffrances endurées du fait d'un retard dans la prise en charge du requérant. Par un courrier du 1er mars 2022, M. A a adressé une demande indemnitaire au directeur du GHSA. M. A demande au tribunal de condamner le GHSA à lui verser la somme de 34 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur la responsabilité du Groupement hospitalier Sud Ardennes :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 4 juin 2021, que M. A s'est présenté le 21 octobre 2018, aux environs de 20 heures, au service des urgences du GHSA du fait de l'apparition soudaine de douleurs abdominales. La surveillance de M. A durant la nuit et la réalisation de divers examens n'ayant pas permis d'identifier la cause des symptômes, le requérant a été invité à regagner son domicile le 22 octobre à 16 heures. Du fait de la persistance des douleurs, après avoir consulté son médecin traitant, M. A s'est présenté au service des urgences de la polyclinique de Courlancy à 22 h 30 ce même jour. Le 23 octobre 2018, à 4 h 30 la réalisation d'un scanner au sein de cet établissement a permis de diagnostiquer une dissection aortique de type 1, qui a conduit au transfert du requérant, en urgence, au sein du centre hospitalier universitaire de Reims pour la réalisation d'une opération chirurgicale. Le service des urgences du GHSA a commis une erreur de diagnostic en n'identifiant pas la cause des symptômes de M. A. Le GHSA ne conteste pas sérieusement le fait que cette erreur constitue une faute de nature à engager sa responsabilité. De plus, il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise du 4 juin 2021, que le service des urgences du GHSA n'a pas réalisé de bilan biologique standard dès l'admission de M. A alors qu'une douleur aigue, révélée notamment par la nécessité d'une nouvelle prescription antalgique en pleine nuit, l'aurait justifié. En outre, les recherches se sont focalisées sur une embolie pulmonaire alors qu'il n'existait aucun argument clinique en faveur de cette pathologie tandis qu'une dilatation de l'aorte thoracique, mise en évidence par un scanner réalisé le 22 octobre 2018, n'a pas été relevée. Enfin, les investigations n'ont pas été poursuivies malgré la persistance des douleurs, M. A ayant été invité à rejoindre son domicile sans qu'aucun diagnostic n'ait été établi. Dans ces circonstances, le GHSA a commis une faute de nature à engager sa responsabilité dans le cadre de la prise en charge de M. A les 21 et 22 octobre 2018.
Sur le lien de causalité :
4. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise du 4 juin 2021, que si l'erreur de diagnostic commise par le GHSA a entrainé un retard de prise en charge de la dissection aortique de M. A, ce retard n'a entrainé aucune conséquence sur le devenir de la pathologie du requérant, celle-ci ayant connu une évolution favorable après l'opération du 23 octobre 2018. Ainsi, le déficit fonctionnel permanent, évalué à 5 %, dont souffre M. A est lié au syndrome anxiodépressif qu'il a développé du fait de la dissection aortique dont il a été victime et ne présente pas de lien avec la faute commise par le GHSA. De plus, le préjudice esthétique du requérant, évalué à 1 sur 7 par l'expert, est la conséquence des cicatrices induites par l'opération de réparation de l'aorte qui aurait été nécessaire même en l'absence du retard de prise en charge imputable au GHSA. En revanche, il résulte de l'instruction que si les souffrances subies par M. A sont dues à la dissection aortique dont il a été victime, ces souffrances ont été prolongées du fait du retard de prise en charge qui a été causée par l'erreur de diagnostic en litige. Dès lors, la faute commise par le GHSA est la cause directe et certaine d'une fraction du préjudice lié aux souffrances endurées par M. A.
Sur le préjudice :
5. L'expert a évalué les souffrances endurées par M. A du fait de l'erreur de diagnostic commise par le GHSA à un chiffre de 1 sur une échelle de 7. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard aux souffrances psychologiques subies par M. A qui été invité à rejoindre son domicile le 22 octobre 2018 sans que la cause de ses symptômes n'ait été diagnostiquée, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à 2 000 euros. Dès lors, il y a lieu de condamner le GHSA à verser à M. A la somme de 2 000 euros en réparation de ce chef de préjudice.
Sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne :
6. La CPAM de la Haute-Marne a produit une note de débours ainsi qu'une attestation d'imputabilité selon laquelle elle a exposé dans le cadre de la prise en charge de M. A, les 22 et 23 octobre 2018, la somme de 426,96 euros au titre de frais hospitaliers et médicaux qui n'auraient pas été exposés si la dissection aortique dont le requérant a été victime avait été diagnostiquée lorsqu'il s'est présenté au service des urgences du GHSA le 21 octobre 2018. Dès lors, il y a lieu de condamner le GHSA à verser à la CPAM de la Haute-Marne la somme de 426,96 euros.
7. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023, il y a lieu d'allouer à la caisse la somme de 142,32 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur les frais liés au litige :
8. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du GHSA la somme de 1 500 euros au bénéfice de M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y pas lieu, en revanche, de mettre à la charge de cet établissement la somme de 1 000 euros que sollicite la CPAM de la Haute-Marne. Les dispositions précitées font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge du requérant qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
9. D'autre part, l'expertise du 4 juin 2021 a été ordonnée par une décision du juge des référés du tribunal judicaire de Reims. Dès lors, les frais d'expertise, taxés à la somme de 2 537 euros, ne peuvent être mis à la charge du GHSA au titre de dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le Groupement hospitalier Sud-Ardennes est condamné à verser à M. A la somme de 2 000 euros.
Article 2 : Le Groupement hospitalier Sud-Ardennes est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne la somme de 426,96 euros ainsi que la somme de 142,32 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 3 : Le Groupement hospitalier Sud-Ardennes versera la somme de 1 500 euros à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au Groupement hospitalier Sud-Ardennes, à la caisse primaire d'assurance maladie des Ardennes et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne.
Délibéré après l'audience du 15 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
J. HENRIOTLe président,
signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
signé
A. PICOT
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026