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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201069

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201069

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201069
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantNGAFAOUNAIN JEAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 25 avril 2022, le président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, en application de l'article R. 761-5 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme B C.

Par une requête, enregistrée le 21 avril 2022, Mme B C, représentée par Me Ngafaounain, demande au tribunal :

1°) de réformer l'ordonnance du 17 mars 2022 en tant qu'elle a fixé le montant des honoraires de l'expertise confiée au Dr A à la somme de 2 400 euros TTC ;

2°) de fixer le montant des honoraires à la somme de 960 euros TTC ;

3°) de condamner le Dr A à lui rembourser la somme de 1 440 euros TTC ;

4°) de mettre à la charge du Dr A une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'expert n'a pas tenu compte de son premier dire de douze pages et ne l'a pas informée qu'il avait obtenu la communication de son entier dossier par l'AP-HP ;

- s'agissant de sa mission tenant aux indications de son état de santé avant son admission à l'hôpital Mondor, l'expert se borne à insérer dans son rapport une capture d'écran partielle de sa consultation d'octobre 2016 ;

- le point de sa mission relatif à la description des conditions dans lesquelles elle a été traitée dans les services de l'AP-HP est extrêmement sommaire sans aucun travail de recherche et d'expertise ;

- l'expert n'indique pas dans quelle mesure le traitement était approprié sur un os fragilisé et si une prothèse n'aurait pas été plus opportune ;

- l'expert ne se prononce pas sur les conséquences de l'acte médical et si elles sont plus graves que celle auxquelles elle était exposée en l'absence de traitement ;

- l'expert n'explique pas l'impact de l'intervention sur la détérioration de la tête fémorale et semble méconnaître les particularités de la dépranocytose ;

- il n'indique pas si elle a perdu une chance de voir son état s'améliorer ou échapper à son aggravation ;

- l'expert n'évalue ni les préjudices pouvant l'être avant la date de consolidation, ni celui lié à la perte d'autonomie ;

- l'examen réalisé par l'expert a été empreint de discrimination eu égard à ses antécédents et a manqué à son devoir d'impartialité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2022, M. A, représenté par Me Boileau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme C la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Stéphanie Lambing,

- et les conclusions de Mme Violette de Laporte, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le docteur A a été désigné en qualité d'expert par le juge des référés du tribunal administratif de Melun par une ordonnance du 12 novembre 2021, sur demande de Mme C. Par une ordonnance du 17 mars 2022, le président du tribunal administratif de Melun a taxé et liquidé les honoraires de l'expertise qui lui a été confiée à la somme de 2 400 euros TTC. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal de réformer cette ordonnance de taxation et de fixer le montant de ses honoraires à la somme de 960 euros TTC.

Sur les conclusions aux fin de réformation :

2. Aux termes des dispositions de l'article R. 621-11 du code de justice administrative : " Les experts et sapiteurs mentionnés à l'article R. 621-2 ont droit à des honoraires, sans préjudice du remboursement des frais et débours. / Chacun d'eux joint au rapport un état de ses vacations, frais et débours. / Dans les honoraires sont comprises toutes sommes allouées pour étude du dossier, frais de mise au net du rapport, dépôt du rapport et, d'une manière générale, tout travail personnellement fourni par l'expert ou le sapiteur et toute démarche faite par lui en vue de l'accomplissement de sa mission. / Le président de la juridiction, après consultation du président de la formation de jugement, () fixe par ordonnance, conformément aux dispositions de l'article R. 761-4, les honoraires en tenant compte des difficultés des opérations, de l'importance, de l'utilité et de la nature du travail fourni par l'expert ou le sapiteur et des diligences mises en œuvre pour respecter le délai mentionné à l'article R. 621-2. Il arrête sur justificatifs le montant des frais et débours qui seront remboursés à l'expert. () ".

3. Aux termes des dispositions de l'article R. 761-5 du code de justice administrative : " Les parties, l'Etat lorsque les frais d'expertise sont avancés au titre de l'aide juridictionnelle ainsi que, le cas échéant, l'expert, peuvent contester l'ordonnance mentionnée à l'article R. 761-4 devant la juridiction à laquelle appartient l'auteur de l'ordonnance. / () La requête est transmise sans délai par le président de la juridiction à un tribunal administratif conformément à un tableau d'attribution arrêté par le président de la section du contentieux. / Le président de la juridiction à laquelle appartient l'auteur de l'ordonnance () est appelé à présenter des observations écrites sur les mérites du recours. / Le recours mentionné au précédent alinéa est exercé dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance sans attendre l'intervention de la décision par laquelle la charge des frais est attribuée. ".

4. Le recours formé en application des dispositions précitées de l'article R. 761-5 du code de justice administrative est un recours de plein contentieux par lequel le juge détermine les droits à rémunération de l'expert ainsi que les parties devant supporter la charge de cette rémunération. Il lui appartient de vérifier la nature des travaux effectivement réalisés par l'expert et de déterminer les honoraires de celui-ci en fonction de leur difficulté, de leur importance, de leur utilité et des diligences mises en œuvre pour respecter le délai qui lui a été imparti pour le dépôt de son rapport, en réformant au besoin sur ce point l'ordonnance contestée devant lui.

5. En premier lieu, Mme C ne peut utilement soutenir que l'expert n'a pas tenu compte de son dire, qu'il a fait preuve de partialité et de propos discriminatoires, et qu'il ne l'a pas informée qu'il avait obtenu la communication de son entier dossier par l'AP-HP, dès lors que ces moyens qui visent à contester la régularité des opérations de l'expertise ne pourront être pris en compte que lors de l'examen au fond de cette affaire.

6. En deuxième lieu, s'agissant des réponses apportées aux questions posées à l'expert, il résulte des termes mêmes du rapport d'expertise que l'expert s'est prononcé sur l'état de santé de Mme C avant l'intervention en litige. Si l'expert s'est borné à reprendre un compte-rendu de consultation médicale du 23 septembre 2016, il ne résulte pas de l'instruction que d'autres éléments médicaux tenant aux antécédents de l'intéressée auraient été omis, privant d'utilité le travail d'expertise. Concernant l'établissement du diagnostic, le traitement et les éventuels manquements, le rapport d'expertise indique que la prise en charge est conforme aux règles de l'art, la survenue d'une fracture étant une complication rare mais connue. Si l'expert relève que l'os concerné par la chirurgie était plus friable, il estime néanmoins qu'il s'agit d'une " complication chirurgicale sans faute ". L'expert s'est ainsi prononcé sur le diagnostic établi en ne remettant pas en cause le protocole de soins. S'agissant des causes du dommage, l'expert a relevé que la détérioration de la tête fémorale est en lien avec la drépanocytose et s'est ainsi prononcé sur la cause des suites de la chirurgie. Sur la perte de chance de voir son état s'améliorer ou échapper à son aggravation, l'expert dénie tout lien entre la complication et la survenue de la nécrose, et estime ainsi que la conséquence des dommages ne caractérise pas l'existence d'une perte de chance. Il n'avait dès lors pas lieu pour l'expert d'apprécier la perte de chance invoquée par la requérante. En outre, sur ces points, les griefs opposés par Mme C, tenant au bien-fondé des conclusions de l'expertise, relèvent de moyens sans lien avec les difficultés des opérations d'expertise, ou l'importance, l'utilité ou la nature du travail fourni par l'expert, ce dernier ayant répondu à sa mission au regard de ce qui vient d'être dit.

7. En troisième lieu, l'ordonnance déterminant le contenu de la mission de l'expert lui demandait d'apprécier les conséquences de l'acte médical par rapport à l'évolution normale de sa pathologie seulement en cas d'accident médical ou si le dommage trouvait son origine dans des causes plus distinctes. L'expert a répondu à cette question en précisant que " la survenue de la nécrose était déjà connue avant le geste et le but était de ralentir la progression de cette pathologie. Ce qui n'a pas été obtenu " et que " la détérioration de la tête fémorale est en lien avec la drépanocytose responsable de l'ostéonécrose de la tête fémorale ". Par ces réponses, l'expert a conclu à l'absence d'accident médical et à une seule cause au dommage de Mme C qui résulte, selon lui, de sa pathologie initiale. Par suite, eu égard à la mission de l'expert, il n'avait pas à se prononcer sur la gravité des conséquences de l'acte médical comparativement avec l'état de l'intéressée en l'absence de traitement.

8. En dernier lieu, s'agissant de l'évaluation de ses préjudices et l'évaluation de sa perte d'autonomie, il était demandé à l'expert de " décrire les préjudices imputables aux seuls manquements éventuellement identifiés ". L'expert a estimé qu'à défaut de manquement, il n'y a pas de préjudice à évaluer. De même, la perte d'autonomie étant en lien selon lui avec la drépanocytose, l'expert a pu ne pas se prononcer sur ce point de sa mission, sans en méconnaitre la portée.

9. Il suit de là qu'au regard de l'ensemble de ces éléments tenant à la nature des travaux effectivement réalisés par l'expert, à leur difficulté, à leur importance, à leur utilité et à la diligence avec laquelle il a mené sa mission, il n'y a pas lieu de réformer le montant des honoraires et frais alloués par l'ordonnance contestée.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander que l'ordonnance du président du tribunal administratif de Melun du 17 mars 2022 soit réformée.

Sur les frais au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que Mme C demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge de Mme C une somme de 1 500 euros à verser à M. A sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Mme C versera une somme de 1 500 euros à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à M. A, au ministre de la justice, à la directrice de l'assistance publique-hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie du Loiret.

Copie en sera faite pour information au président du tribunal administratif de Melun.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

Mme Stéphanie Lambing, première conseillère,

M. Clemmy Friedrich, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

La rapporteure,

S. LAMBING

Le président,

O. NIZET

La greffière,

I. DELABORDE

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