jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2201152 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP ONELAW |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 mai 2022, la société par actions simplifiée Autobernard Champagne Ardennes, représentée par Me Burel, demande au tribunal :
1°) de prononcer la restitution du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre de l'année 2018 pour un montant de 5 135,38 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le plafond des rémunérations prévu par les dispositions du II de l'article 244 quater C du code général des impôts doit être majoré de 20 % pour ses salariés relevant du régime du forfait en jours dès lors que leur durée de travail hebdomadaire est au moins égale à 42 heures ;
- le législateur valorisant les demi-journées prises par des salariés protégés en forfait jours au titre de leur crédit d'heures à quatre heures, il s'en déduit une valorisation d'au moins huit heures des journées de travail réalisées dans le cadre de ce régime de forfait jours ;
- l'arrêt n°06-44.608 du 13 novembre 2008 de la chambre sociale de la Cour de cassation, ainsi qu'une circulaire de la DGEFP n° 2012-22 du 21 novembre 2012 relative à la mise en œuvre de l'activité partielle, permettent à l'employeur d'opérer une retenue sur salaire égale au produit du nombre d'heures de grève par un salaire horaire " reconstitué " tenant compte de trois éléments : le salaire, le nombre de jours travaillés prévus par la convention de forfait et la durée légale du travail, ou la durée applicable aux cadres soumis à l'horaire collectif si elle est supérieure à la durée légale ;
- la majoration du plafond des rémunérations prévu par les dispositions du II de l'article 244 quater C du code général des impôts sollicitée est conforme aux énonciations du paragraphe 40 du bulletin officiel des finances publiques relatives au calcul de ce plafond prévoyant qu'il soit tenu compte des heures de travail réalisées au-delà d'une durée de travail conventionnelle différente de celle prévue par la loi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Autobernard Champagne Ardennes ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rifflard, conseiller,
- et les conclusions de Mme Castellani, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Autobernard Champagne Ardennes a bénéficié d'un crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi prévu par l'article 244 quater C du code général des impôts au titre de l'année 2018 d'un montant de 221 756 euros. Par une réclamation du 30 décembre 2021, elle a sollicité auprès de l'administration fiscale un complément de ce crédit d'impôt à hauteur de 5 135,38 euros. Cette demande a fait l'objet d'une décision de rejet du 22 mars 2022. Par sa requête, la société Autobernard Champagne Ardennes demande au tribunal de prononcer la restitution de ce complément de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi.
Sur les conclusions aux fins de restitution :
En ce qui concerne la loi fiscale :
2. Aux termes de l'article 244 quater C du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " I. - Les entreprises () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt ayant pour objet le financement de l'amélioration de leur compétitivité à travers notamment des efforts en matière d'investissement, de recherche, d'innovation, de formation, de recrutement, de prospection de nouveaux marchés, de transition écologique et énergétique et de reconstitution de leur fonds de roulement. () II. - Le crédit d'impôt mentionné au I est assis sur les rémunérations que les entreprises versent à leurs salariés au cours de l'année civile. Sont prises en compte les rémunérations, telles qu'elles sont définies pour le calcul des cotisations de sécurité sociale à l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale, n'excédant pas deux fois et demie le salaire minimum de croissance calculé pour un an sur la base de la durée légale du travail augmentée, le cas échéant, du nombre d'heures complémentaires ou supplémentaires, sans prise en compte des majorations auxquelles elles donnent lieu. Pour les salariés qui ne sont pas employés à temps plein ou qui ne sont pas employés sur toute l'année, le salaire minimum de croissance pris en compte est celui qui correspond à la durée de travail prévue au contrat au titre de la période où ils sont présents dans l'entreprise. () ".
3. Aux termes de l'article L. 3121-27 du code du travail : " La durée légale de travail effectif des salariés à temps complet est fixée à trente-cinq heures par semaine ". Aux termes de l'article L. 3121-28 du même code : " Toute heure accomplie au delà de la durée légale hebdomadaire ou de la durée considérée comme équivalente est une heure supplémentaire qui ouvre droit à une majoration salariale ou, le cas échéant, à un repos compensateur équivalent ". Aux termes de l'article L. 3121-41 du même code : " Lorsqu'est mis en place un dispositif d'aménagement du temps de travail sur une période de référence supérieure à la semaine, les heures supplémentaires sont décomptées à l'issue de cette période de référence. () / Si la période de référence est annuelle, constituent des heures supplémentaires les heures effectuées au delà de 1 607 heures. / Si la période de référence est inférieure ou supérieure à un an, constituent des heures supplémentaires les heures effectuées au delà d'une durée hebdomadaire moyenne de trente-cinq heures calculée sur la période de référence. ". Aux termes de l'article L. 3121-58 du même code : " Peuvent conclure une convention individuelle de forfait en jours sur l'année, dans la limite du nombre de jours fixé en application du 3° du I de l'article L. 3121-64 : / 1° Les cadres qui disposent d'une autonomie dans l'organisation de leur emploi du temps et dont la nature des fonctions ne les conduit pas à suivre l'horaire collectif applicable au sein de l'atelier, du service ou de l'équipe auquel ils sont intégrés ; / 2° Les salariés dont la durée du temps de travail ne peut être prédéterminée et qui disposent d'une réelle autonomie dans l'organisation de leur emploi du temps pour l'exercice des responsabilités qui leur sont confiées ". Aux termes de l'article L. 3121-62 du même code : " Les salariés ayant conclu une convention de forfait en jours ne sont pas soumis aux dispositions relatives : () / 3° A la durée légale hebdomadaire prévue à l'article L. 3121-27 ". Aux termes de l'article L. 3121-64 du même code : " I.- L'accord prévoyant la conclusion de conventions individuelles de forfait en heures ou en jours sur l'année détermine : () / 3° Le nombre d'heures ou de jours compris dans le forfait, dans la limite de deux cent dix-huit jours s'agissant du forfait en jours ; () ".
4. Aux termes des stipulations du f) de l'article 1.09 de la convention collective nationale du commerce et de la réparation de l'automobile, du cycle et du motocycle et des activités connexes, ainsi que du contrôle technique automobile du 15 janvier 1981, relatives au forfait en jours : " () / 2. Nombre de jours de travail. La convention de forfait en jours détermine une durée annuelle du travail calculée en jours. () le nombre de jours travaillés sur la base duquel le forfait est défini ne peut excéder 218 jours. () / 4. Rémunération. La rémunération doit tenir compte des responsabilités confiées au salarié dans le cadre de sa fonction. / Lorsque le nombre de jours convenu est égal à 218 pour une année complète de travail, la rémunération mensuelle ne peut être inférieure au salaire minimum conventionnel mensuel correspondant au classement de l'intéressé, majoré de 25 %. () La rémunération forfaitaire mensuelle est indépendante du nombre d'heures de travail effectif accomplies durant la période de paie considérée. () ".
5. Aux termes des stipulations du e) de l'article 1.09 de la même convention, relatives au forfait en heure sur l'année : " () La rémunération mensuelle du salarié est lissée sur la base de l'horaire hebdomadaire moyen convenu. / Le paiement des heures supplémentaires et de leur majoration, y compris la majoration prévue par l'article L. 3121-22 du code du travail pour les 4 premières heures supplémentaires, est inclus dans la rémunération mensuelle forfaitaire. / De ce fait, la rémunération forfaitaire ne peut être inférieure au minimum mensuel garanti correspondant au classement de l'intéressé, majoré dans les conditions suivantes : / - une majoration égale à 10 % du salaire minimum mensuel garanti, pour un horaire hebdomadaire moyen correspondant à la durée de 35 heures majorée de 10 % au plus (soit une moyenne hebdomadaire supérieure à 35 heures et inférieure ou égale à 38 h 30) ; / - une majoration égale à 20 % du salaire minimum mensuel garanti, pour un horaire hebdomadaire moyen correspondant à la durée de 35 heures majorée de plus de 10 % et de 20 % au plus (soit une moyenne hebdomadaire supérieure à 38 h 30 et inférieure ou égale à 42 heures). () ".
6. Aux termes de l'article 1.09 bis de la même convention : " Les heures supplémentaires sont les heures de travail accomplies à la demande de l'employeur au-delà de la durée légale du travail. Ces heures sont à la disposition de l'entreprise pour gérer la transition vers la nouvelle organisation du travail rendue nécessaire par la durée légale de 35 heures. () / Les dispositions du présent article relatives au nombre, au paiement et à la conversion en repos des heures supplémentaires s'appliquent sous réserve des dispositions particulières qui concernent : / - les salariés visés à l'article 1.09 (d à g) ; (). / Le paiement des heures supplémentaires et de leur majoration peut également être inclus dans la rémunération mensuelle sous la forme d'un forfait dans les conditions prévues par l'article 1.09 (d, e ou f) ".
7. La société Autobernard Champagne Ardennes fait valoir que ses salariés relevant du régime du forfait en jours réalisent une durée de travail hebdomadaire au moins égale à 42 heures, en se prévalant du paiement, prévu à l'article 1.09 bis de la convention précitée, des heures supplémentaires et de leur majoration inclus dans la rémunération mensuelle sous la forme d'un forfait dans les conditions prévues, notamment, par l'article 1.09 f) de la même convention. Pour en justifier, elle relève que le f) de l'article 1.09 de la convention précité, applicable à ses salariés, prévoit que, lorsque le nombre de jours convenu est égal à 218 pour une année complète de travail, leur rémunération mensuelle ne peut être inférieure au salaire minimum conventionnel mensuel correspondant au classement de l'intéressé majoré de 25 %, tandis que cette même convention prévoit, pour les salariés relevant d'un forfait en heures annuel, une majoration du salaire minimum conventionnel de 20 % pour un horaire hebdomadaire moyen compris entre 38h30 et 42 heures. Toutefois, il résulte des dispositions précitées du code du travail que les salariés ayant conclu une convention de forfait en jours ne sont pas soumis à la durée légale hebdomadaire de travail. En outre, il résulte des stipulations de la convention citées au point 4 et applicables aux salariés de la société requérante relevant d'un forfait en jours, qu'il n'existe pas de lien entre la rémunération forfaitaire mensuelle versée et le nombre d'heures de travail effectif accomplies durant la période de paie considérée. Dans ces conditions, les éléments ainsi avancés par la société Autobernard Champagne Ardennes ne sauraient établir que ses salariés réaliseraient quarante-deux heures de travail hebdomadaire au seul motif qu'ils bénéficient d'une majoration de 25% de leur rémunération. Par suite, les rémunérations versées aux salariés ayant conclu une convention en forfait en jours ne sauraient être regardées comme ayant été versées en rétribution d'une durée de travail hebdomadaire de quarante-deux heures, incluant par conséquent sept heures supplémentaires, qui devraient être retenues au titre des rémunérations ouvrant droit au crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi.
8. La société requérante ne peut utilement invoquer les dispositions des articles R. 2315-3 et R. 2315-4 du code du travail relatives à la valorisation des demi-journées prises par des salariés protégés en forfait jours au titre de leur crédit d'heures, la décision de la chambre sociale de la Cour de cassation n°06-44-608 du 13 novembre 2008, ainsi que la circulaire y afférente qui concernent le calcul de la retenue sur salaire opérée en cas d'absence pour fait de grève d'un salarié en forfait jours, pour l'application des dispositions précitées du II de l'article 244 quater C du code général des impôts. Ces moyens doivent dès lors être écartés comme inopérants.
En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :
9. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Il en est de même lorsque, dans le cadre d'un examen ou d'une vérification de comptabilité ou d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle, et dès lors qu'elle a pu se prononcer en toute connaissance de cause, l'administration a pris position sur les points du contrôle, y compris tacitement par une absence de rectification. / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales ".
10. La société Autobernard Champagne Ardennes doit être regardée comme invoquant, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, les énonciations du paragraphe 40 du bulletin officiel des finances publiques publié au BOI-BIC-RICI-10-150-20. Toutefois, ces énonciations ne comportent aucune interprétation des dispositions de l'article 244 quater C du code général des impôts différente de celle dont il est fait application par le présent jugement. En outre, et en l'absence de rehaussement d'imposition, elles ne peuvent être valablement opposées à l'administration.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Autobernard Champagne Ardennes doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Autobernard Champagne Ardennes est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Autobernard Champagne Ardennes et au directeur départemental des finances publiques de la Marne.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
M. Torrente, premier conseiller,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
R. RIFFLARDLa présidente,
Signé
A-S. MACH
La greffière,
Signé
A. DEFORGE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026