jeudi 7 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2201329 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | LE MERCIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 juin et 10 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Le Mercier, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme globale de 25 712 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de l'illégalité fautive de l'arrêté du 11 mars 2020 par lequel le préfet de la Haute-Marne lui avait refusé le bénéfice d'un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans et d'une durée d'un an, assortie des intérêts au taux légal à compter du 4 avril 2022 et de la capitalisation de ceux-ci ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Le Mercier en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l'Etat pour illégalité fautive est engagée dans la mesure où la cour administrative d'appel de Nancy, par un arrêt du 21 décembre 2021 devenu définitif, a annulé l'arrêté du 11 mars 2020 du préfet de la Haute-Marne lui refusant un certificat de résidence et enjoignant à cette autorité de lui délivrer un tel certificat d'une durée de dix ans ;
- le préjudice qui en a résulté est direct et certain ;
- en raison de cette illégalité fautive, elle a été privée de la possibilité de travailler et du bénéfice du revenu de solidarité active du 11 mars 2020 au 5 mai 2022, ce qui représente un préjudice de 10 712 euros à raison d'un montant mensuel de revenu de solidarité active de 412 euros ;
- la condition de durée de cinq ans de résidence sous couvert d'un titre de séjour n'est pas opposable aux ressortissants algériens ;
- elle est constitutive d'une rupture d'égalité et de discrimination ;
- elle a sa résidence habituelle en France ;
- la préfète ne peut lui opposer les ressources des membres de sa famille ;
- elle a subi un préjudice moral qui donnera lieu au versement de la somme de 15 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2022, la préfète de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 mai 2022.
La clôture de l'instruction a été fixée au 10 octobre 2022 par une ordonnance du 13 septembre précédent.
En application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, des pièces ont été demandées à Mme B pour compléter l'instruction le 30 octobre 2023. Elles ont été produites le 13 novembre suivant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Maleyre a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne née le 15 juillet 1960, est entrée régulièrement en France au moyen d'un visa de long séjour. Le 1er février 2019, elle a obtenu un certificat de résidence algérien portant la mention " visiteur " valable un an. Le 6 décembre 2019, elle a sollicité du préfet de la Haute-Marne la délivrance d'un certificat de résidence algérien en qualité de descendant à charge de ressortissant français, sur le fondement de l'article 7 b) bis de l'accord franco-algérien, ou, à défaut, le renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention " visiteur ", sur le fondement de l'article 7 a) du même accord. Par un arrêté du 11 mars 2020, le préfet de la Haute-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Cet arrêté a été annulé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy du 21 décembre 2021, qui a également enjoint à l'administration de délivrer à l'intéressée un certificat de résidence de dix ans. Par un courrier du 2 février 2022, reçu le 4 février suivant, l'intéressée a adressé au préfet de la Haute-Marne une demande indemnitaire préalable, qui a été implicitement rejetée. Mme B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme globale de 25 712 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de l'illégalité fautive de l'arrêté du 11 mars 2020 par lequel le préfet de la Haute-Marne lui avait refusé le bénéfice d'un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans et d'une durée d'un an, assortie des intérêts au taux légal à compter du 4 avril 2022 et de la capitalisation de ceux-ci.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. Si la légalité d'une décision s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de tenir compte des justifications apportées devant lui, dès lors qu'elles attestent de faits antérieurs à la décision critiquée, même si ces éléments n'ont pas été portés à la connaissance de l'administration avant qu'elle se prononce. Il en va notamment ainsi d'une décision de refus de titre de séjour, dont l'illégalité, résultant notamment de la prise en compte par l'administration de faits matériellement inexacts ou d'une erreur d'appréciation, est révélée par des éléments dont l'administration n'avait pas connaissance à la date à laquelle elle s'est prononcée sur la demande de titre de séjour.
3. En revanche, saisi d'une demande indemnitaire, il appartient au juge de la responsabilité d'accorder réparation des préjudices de toute nature, directs et certains susceptibles de résulter de l'illégalité fautive entachant un tel refus de titre de séjour. A cet égard, le caractère direct du lien de causalité entre l'illégalité commise et le préjudice allégué ne peut être retenu lorsque le juge considère, au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties devant lui, que la décision de refus de titre de séjour pouvait être regardée comme légalement fondée au vu des seuls éléments que l'administration avait été mise à même de connaître à la date à laquelle elle s'est prononcée sur la demande de titre de séjour, la cause directe du préjudice étant alors susceptible de résider dans le fait que l'administration a été laissée dans l'ignorance des faits au vu desquels elle aurait dû se prononcer.
4. Pour refuser de délivrer à Mme B, le 11 mars 2020, un certificat de résidence de dix ans en qualité de descendante à charge d'un ressortissant français, le préfet de la Haute-Marne avait retenu, d'une part, que ses parents, de nationalité française, ne justifiaient pas de sa prise en charge matérielle et financière et, d'autre part, que la requérante ne démontrait pas que son époux et ses enfants majeurs restés en Algérie ne pouvaient pas subvenir à ses besoins. Le bien-fondé de ces motifs avait été reconnu par le jugement du tribunal du 17 juillet 2020, Mme B n'apportant pas les éléments nécessaires pour remettre en cause l'appréciation portée par l'administration.
5. En revanche, le préfet de la Haute-Marne doit être regardé comme ayant disposé des éléments permettant d'octroyer à Mme B un certificat de résidence de dix ans à compter du 25 septembre 2020, date d'enregistrement de sa requête auprès de la cour administrative d'appel de Nancy, laquelle a, au regard des pièces produites par l'intéressée, annulé le jugement du tribunal et l'arrêté du préfet de la Haute-Marne par son arrêt du 21 décembre 2021. L'illégalité de l'arrêté du préfet de la Haute-Marne du 11 mars 2020 est la cause directe des préjudices dont la requérante se prévaut à partir du 25 septembre 2020.
En ce qui concerne l'indemnisation des préjudices :
S'agissant de l'impossibilité de travailler :
6. Mme B soutient que le refus de certificat de résidence illégal qui lui a été opposé par le préfet de la Haute-Marne a fait obstacle à ce qu'elle puisse occuper un emploi. Toutefois, d'une part, compte tenu du certificat de résidence portant la mention " visiteur " dont elle était titulaire et dont elle avait sollicité à titre subsidiaire le renouvellement, l'intéressée ne pouvait travailler en application des stipulations du a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 28 décembre 1968. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressée aurait envisagé un quelconque projet professionnel en France et elle ne produit à l'appui de ses affirmations aucun document permettant d'établir qu'elle aurait recherché à occuper un emploi et bénéficié de promesses d'embauche qui n'auraient pas eu de suite, faute pour elle d'être autorisée à exercer une activité professionnelle sur le territoire français ni qu'elle aurait entrepris de démarches en ce sens depuis l'arrêté de la cour administrative d'appel de Nancy du 21 décembre 2021. Dans ces conditions, Mme B n'a été privée d'aucune chance de trouver un emploi et n'établit pas, par conséquent, qu'en refusant de lui délivrer un certificat de résidence, le préfet de la Haute-Marne lui a causé, de manière directe et certaine, un préjudice matériel lié à la privation du bénéfice de salaires.
S'agissant du préjudice financier :
7. Mme B sollicite le versement de la somme de 10 712 euros au titre du préjudice financier subi du fait de l'impossibilité de percevoir la prestation du revenu de solidarité active pour la période courant du 11 mars 2020 au 5 mai 2022.
8. En dépit de la demande qui lui a été adressée le 30 octobre 2023, Mme B n'a pas produit les éléments qui lui ont servi à réaliser une simulation sur le site internet de la caisse d'allocations familiales conduisant à la somme de 412 euros mensuels dont elle estime avoir été privée pendant la période où elle n'a illégalement pas bénéficié d'un certificat de résidence. Dès lors, elle ne met pas à même le tribunal d'évaluer le préjudice financier qu'elle estime avoir subi, et, par suite, l'indemnisation de ce poste de préjudice ne peut être retenue.
S'agissant du préjudice moral :
9. La requérante demande également la réparation de son préjudice moral. La précarité de sa situation administrative durant la période au cours de laquelle elle a été illégalement privée d'un certificat de résidence et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français lui a causé un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation en lui allouant la somme de 1 000 euros.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
10. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Le Mercier, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Le Mercier de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme B la somme de 1 000 euros.
Article 2 : L'Etat versera à Me Le Mercier une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Le Mercier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la préfète de la Haute-Marne et à Me Le Mercier.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.
Le rapporteur,
signé
P-H. MALEYRELe président,
signé
A. DESCHAMPSLe greffier,
signé
A. PICOT
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026