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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201489

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201489

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201489
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique - 2ème chambre
Avocat requérantSF CONSEIL ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée, sous le n°2201489, le 1er juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Casaubon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 5 mai 2022 correspondant à un indu de revenu de solidarité active au titre de la période du 1er septembre 2010 au 31 mai 2012 d'un montant de 7 135, 50 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- les sommes mises en recouvrement sont prescrites ;

- l'avis des sommes à payer ne comporte pas la mention des bases de liquidation ;

- l'assiette de calcul prise en compte pour déterminer l'indu est erronée ;

- elle remplissait les conditions pour percevoir le RSA sur la période en cause ;

- s'il était considéré qu'elle a commis une erreur dans ses déclarations trimestrielles de revenu, elle se prévaut de son droit à l'erreur en application de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2023, le département de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Le département soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée, sous le n°2201490, le 1er juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Casaubon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 5 mai 2022 correspondant à un indu de revenu de solidarité active au titre de la période du 1er septembre au 30 novembre 2011 d'un montant de 625, 55 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soulève les mêmes moyens que ceux exposés dans la requête n°2201489.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2023, le département de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Le département soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

III. Par une requête, enregistrée, sous le n°2201491, le 1er juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Casaubon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 5 mai 2022 correspondant à un indu de revenu de solidarité active au titre de la période du 1er au 30 avril 2012 d'un montant de 142, 48 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soulève les mêmes moyens que ceux exposés dans la requête n°2201489.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2023, le département de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Le département soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par courrier en date du 15 mai 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé en partie sur le moyen relevé d'office tiré d'une part, de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'avis des sommes à payer du 5 mai 2022, et d'autre part de l'irrecevabilité des moyens contestant le bien-fondé des indus d'un montant de 625,55 euros et 142, 48 euros en l'absence de recours administratif préalable à cet effet.

Des observations ont été produites pour Mme A le 16 mai 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lambing, première conseillère, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de Mme Lambing a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a bénéficié du revenu minimum d'insertion puis du revenu de solidarité active à compter au moins depuis septembre 2005 jusqu'au 31 mai 2012. Par un courrier du 8 septembre 2010, la caisse d'allocations familiales de l'Aube lui a notifié un indu de revenu de solidarité active de 8 399,99 euros, relatif à la période à compter du 1er août 2008. Par courrier 4 octobre 2010, Mme A a formé un recours administratif préalable auprès du président du département de l'Aube auquel il n'a pas été répondu. Par courrier du 31 mars 2020, la caisse d'allocations familiales de l'Aube lui a notifié un indu de revenu de solidarité active de 7 903, 53 euros au titre de la période du 1er septembre 2010 au 31 mai 2012. Par deux courriers des 22 juillet 2010, le département de l'Aube a informé la requérante d'un trop perçu de RSA restant à sa charge à hauteur de 7 135,50 euros au titre de la période du 1er septembre 2010 au 31 mai 2012, de 625,55 euros pour la période du 1er septembre au 30 novembre 2011, et de 142,48 euros pour la période du 1er au 30 avril 2012, ainsi que de leur mise en recouvrement. Par un jugement du 15 mars 2022, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a annulé les titres exécutoires émis le 3 aout 2020 et portant sur des indus de RSA d'un montant de 768,03 euros au titre de la période du 1er avril au 30 avril 2012 et de 7 135, 50 euros pour la période du 1er septembre 2010 au 31 mai 2012. Trois nouveaux avis des sommes à payer ont été émis par le département le 5 mai 2022 portant sur les sommes des 7 135,50 euros, 625,55 euros et 142,48 euros. Par ses requêtes, qu'il y a lieu de joindre, Mme A demande au tribunal d'annuler ces trois avis des sommes à payer émis le 5 mai 2022 par le département de l'Aube.

Sur le cadre du litige :

2. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif./()/ Après la mise en œuvre de la procédure de recouvrement sur prestations à échoir, l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active transmet, dans des conditions définies par la convention mentionnée au I de l'article L. 262-25 du présent code, les créances du département au président du conseil départemental. La liste des indus fait apparaître le nom de l'allocataire, l'objet de la prestation, le montant initial de l'indu, le solde restant à recouvrer, ainsi que le motif du caractère indu du paiement. Le président du conseil départemental constate la créance du département et transmet au payeur départemental le titre de recettes correspondant pour le recouvrement. () ". Aux termes de l'article L. 262-47 du même code : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental ".

3. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. () / 2° L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois suivant la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / L'action dont dispose le débiteur de la créance visée à l'alinéa précédent pour contester directement devant le juge de l'exécution mentionné aux articles L. 213-5 et L. 213-6 du code de l'organisation judiciaire la régularité formelle de l'acte de poursuite diligenté à son encontre se prescrit dans le délai de deux mois suivant la notification de l'acte contesté () "

4. Il résulte des dispositions précitées qu'une décision de récupération d'un indu de revenu de solidarité active prise par le président du conseil départemental, ou par délégation de celui-ci ne peut, à peine d'irrecevabilité, faire l'objet d'un recours contentieux sans qu'ait été préalablement exercé un recours administratif auprès de cette autorité. Si la recevabilité d'un recours contentieux dirigé contre le titre exécutoire émis pour recouvrer un indu de revenu de solidarité active n'est pas subordonnée à l'exercice d'un recours administratif préalable, le débiteur ne peut toutefois, à l'occasion d'un tel recours, contester devant le juge administratif le bien-fondé de cet indu en l'absence de tout recours préalable saisissant de cette contestation le président du conseil départemental. En revanche, une telle contestation reste possible à l'occasion d'un recours contre les actes de poursuite qui procèdent du titre exécutoire exercé conformément aux dispositions précitées de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, même en l'absence de recours administratif préalable.

5. Il résulte de l'instruction que par une lettre du 4 octobre 2010 adressée au président du conseil départemental, la requérante a présenté une demande de remise gracieuse qui faisait suite à un courrier émanant de la caisse d'allocations familiales de l'Aube du 8 septembre 2010 portant sur un indu de 8 399,99 euros, qui comprend le trop-perçu de RSA restant à sa charge à hauteur de 7 135,50 euros au titre de la période du 1er septembre 2010 au 31 mai 2012 notifié ultérieurement. Ce courrier doit être regardé comme constituant le recours préalable obligatoire prévu par les dispositions précitées. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressée a présenté un recours similaire s'agissant de l'indu en litige dans les dossiers 2201490 et 2201491. Il suit de là qu'elle ne peut contester, dans le présent recours, le bien-fondé des titres exécutoires portant sur les sommes de 625,55 et 142,48 euros.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des titres exécutoires :

6. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu de 7 135,50 euros au titre de la période du 1er septembre 2010 au 31 mai 2012 :

7. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. () ". Selon l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; () ". Selon les termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer ().

8. En se bornant à arguer qu'elle remplissait les conditions pour percevoir le revenu de solidarité activité et à se prévaloir de sa situation précaire, la requérante n'apporte aucun élément justifiant que le trop-perçu en litige, et par suite l'avis des sommes à payer, ne seraient pas fondés.

9. Aux termes de l'article L. 123-1 inséré dans le code des relations entre le public et l'administration par la loi du 10 août 2018 pour un Etat au service d'une société de confiance : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude. () ".

10. Il résulte de l'instruction que d'une part, la perception indue de droits n'est pas, par nature, au nombre des manquements régularisables envisagés par l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration. D'autre part, si, en particulier, les manquements à des obligations déclaratives sont susceptibles d'entrer dans le champ de ces dispositions, les manquements qui concernent les cas dans lesquels l'allocataire s'est rendu coupable de fraude ou a fait une fausse déclaration dans le but de percevoir indument une prestation, sont exceptés de l'obligation, à la charge de l'administration, d'inviter la personne à régulariser sa situation, en vertu du deuxième alinéa de l'article L. 123-1 du CRPA. Par suite, eu égard à ce qui a été dit précédemment, Mme A, ayant fait de fausses déclarations, et qui en tout état de cause n'établit pas avoir régularisé sa situation, ne peut se prévaloir des dispositions du premier alinéa de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration.

En ce qui concerne la régularité des avis des sommes à payer du 5 mai 2022 :

11. Aux termes du deuxième alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet () d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

12. Les avis des sommes à payer émis le 5 mai 2022, pris au visa des articles L. 252 A du livre des procédures fiscales et L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, portent les mentions " indu RSA " ainsi que les périodes concernées et le montant de ces indus. Par courrier du 31 mars 2020, la caisse d'allocations familiales de l'Aube a notifié à Mme A un indu de revenu de solidarité active de 7 903, 53 euros au titre de la période du 1er septembre 2010 au 31 mai 2012. Par deux courriers des 22 juillet 2010, le département de l'Aube a informé la requérante d'un trop perçu de RSA restant à sa charge à hauteur de 7 135,50 euros au titre de la période du 1er septembre 2010 au 31 mai 2012, de 625,55 euros pour la période du 1er septembre au 30 novembre 2011, et de 142,48 euros pour la période du 1er au 30 avril 2012, ainsi que de leur mise en recouvrement. Toutefois, ne figuraient pas dans ces courriers les éléments de calcul des indus et leurs motifs. Il s'ensuit que les titres contestés ne peuvent être regardés comme indiquant les bases de la liquidation des créances pour le recouvrement desquelles ils ont été émis par le président du conseil départemental. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que les titres litigieux sont insuffisamment motivés au regard des exigences de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012. Il y a lieu, pour ce motif, de les annuler.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation des trois avis des sommes à payer du 5 mai 2022.

Sur les frais en litige :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requérante présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Les titres exécutoires émis le 5 mai 2022 par le département de l'Aube à l'encontre de Mme A sont annulés.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

La magistrate désignée,

Signé

S. LAMBINGLa greffière,

Signé

I. DELABORDE, 2201490, 22014910

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