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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201508

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201508

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201508
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne était saisi par la SARL Enercon service France Est d’une demande de restitution de créances de crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) au titre des années 2013 à 2015. La société soutenait que sa demande relevait de la prescription quadriennale (loi du 31 décembre 1968) et non des règles de réclamation contentieuse du livre des procédures fiscales. Le tribunal a rejeté la requête, jugeant que la demande de remboursement constituait une réclamation au sens de l’article L. 190 du livre des procédures fiscales et qu’elle était irrecevable pour cause de prescription, conformément à l’article R. 196-1 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juin 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Enercon service France Est, représentée par Me Khodabacus, demande au tribunal :

1°) de prononcer la restitution des sommes de 26 343 euros, 58 387 euros et 59 990 euros correspondant aux créances de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi dont elle s'estime titulaire au titre respectivement des années 2013, 2014 et 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les créances de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi en litige sont nées en 2014, 2015 et 2016 et étaient restituables respectivement en 2018, 2019 et 2020 en application de l'article 199 ter C du code général des impôts ;

- la demande de restitution des créances de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi en litige ne peut être regardée comme une réclamation au sens des articles L. 190 et R. 196-1 du livre des procédures fiscales à défaut de renvoi à ces dispositions par l'article L. 199 ter C du même livre ;

- la demande de restitution des créances de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi en litige ne peut être regardée comme une réclamation au sens des articles L. 190 et R. 196-2 du livre des procédures fiscales au regard des énonciations des documentations administratives de base référencées BOI-BIC-RICI-10-150-30-20 et BOI-CTX-DG-10-20-10 § 20 ;

- la demande de restitution des créances de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi en litige doit être regardée comme une réclamation au sens de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics dont l'application aux créances en cause n'est pas écartée par l'article L. 190 du livre des procédures fiscales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la demande de restitution des créances en litige présente le caractère d'une réclamation au sens de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales, laquelle est irrecevable en application de l'article R. 196-1 du même livre dès lors que ces créances sont prescrites.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Torrente, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Maleyre, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Enercon service France Est a sollicité le remboursement de crédits d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) au titre des années 2013 à 2015, à concurrence des sommes de 24 663 euros, 60 067 euros et 59 990 euros, par télétransmission le 4 mars 2022 d'un formulaire de demande de remboursement n° 2573. Par trois décisions du 6 mai 2022, l'administration a rejeté cette demande au motif que la déclaration de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi avait été déposée au-delà des délais prévus par les dispositions de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales. La SARL Enercon service France Est demande au tribunal la restitution de ces créances.

2. Aux termes de l'article 244 quater C du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " I.- Les entreprises () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt ayant pour objet le financement de l'amélioration de leur compétitivité à travers notamment des efforts en matière d'investissement, de recherche, d'innovation, de formation, de recrutement, de prospection de nouveaux marchés, de transition écologique et énergétique et de reconstitution de leur fonds de roulement. () ". Aux termes de l'article 220 C de ce code : " Le crédit d'impôt défini à l'article 244 quater C est imputé sur l'impôt sur les sociétés dû par l'entreprise dans les conditions prévues à l'article 199 ter C ". Aux termes de l'article 199 ter C du même code : " I.- Le crédit d'impôt défini à l'article 244 quater C est imputé sur l'impôt sur le revenu dû par le contribuable au titre de l'année au cours de laquelle les rémunérations prises en compte pour le calcul du crédit d'impôt ont été versées. L'excédent de crédit d'impôt constitue, au profit du contribuable, une créance sur l'État d'égal montant. Cette créance est utilisée pour le paiement de l'impôt sur le revenu dû au titre des trois années suivant celle au titre de laquelle elle est constatée, puis, s'il y a lieu, la fraction non utilisée est remboursée à l'expiration de cette période () ". Aux termes de l'article 49 septies Q de l'annexe III au même code, dans sa rédaction applicable jusqu'au 3 avril 2016 : " Pour l'application des dispositions des articles 199 ter C, 220 C et 244 quater C du code général des impôts, les entreprises souscrivent une déclaration spéciale conforme au modèle établi par l'administration, qu'elles déposent auprès du service des impôts dont elles dépendent. Les personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés déposent cette déclaration spéciale dans les mêmes délais que le relevé de solde mentionné à l'article 360. ". Selon le même article, dans sa version applicable à compter du 4 avril 2016 : " Pour l'application des dispositions des articles 199 ter C, 220 C et 244 quater C du code général des impôts, les entreprises déclarent les réductions et crédits d'impôt selon le format établi par l'administration, dans les mêmes délais que la déclaration annuelle de résultat qu'elles sont tenues de souscrire en application des articles 53 A et 223 du code précité ". Aux termes de l'article 360 de l'annexe III à ce code : " La liquidation de l'impôt sur les sociétés mentionnée au 2 de l'article 1668 du code général des impôts est réalisée par le redevable et détaillée sur un relevé de solde dont le modèle est fourni par l'administration, daté et signé de la partie versante et indiquant la nature du versement, son échéance, les éléments de liquidation, ainsi que la désignation et l'adresse du principal établissement de l'entreprise (). Les demandes de restitution de créances remboursables sont formulées sur ce relevé ". Aux termes de l'article 360 bis de cette annexe : " () Le dépôt du relevé de solde est effectué au plus tard le 15 du quatrième mois qui suit la clôture de l'exercice () ".

3. Aux termes de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales : " Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l'administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire. ". Selon l'article R. 196-1 du même livre : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : () c) De la réalisation de l'événement qui motive la réclamation. () ".

4. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis () ".

5. Il résulte des termes mêmes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics, que la prescription quadriennale instituée par cette loi n'est applicable que sous réserve des dispositions définissant un régime légal de prescription spécial à une catégorie déterminée de créances susceptibles d'être invoquées à l'encontre de l'une de ces personnes morales de droit public. Tel est le cas pour les créances relatives aux impositions entrant dans le champ d'application du livre des procédures fiscales, dont les dispositions, prises dans leur ensemble, définissent de manière exhaustive les règles applicables aux actions relatives aux créances et aux dettes fiscales pour les impositions qui en relèvent et ont en particulier pour effet d'instituer, pour celles-ci, un régime légal de prescription propre aux créances fiscales dont les contribuables entendent se prévaloir envers l'Etat. Par suite, les dispositions de la loi du 31 décembre 1968 ne sont pas applicables aux réclamations qui sont présentées, instruites et jugées dans les formes prévues par le livre des procédures fiscales.

6. En outre, il résulte de l'ensemble des dispositions citées aux points 2 et 3 que, pour obtenir le remboursement d'une créance résultant d'un crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi, le contribuable doit présenter à l'administration fiscale une demande expresse en ce sens.

7. Il résulte de l'instruction que la société requérante a déposé, le 4 mars 2022, une demande de restitution de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre des années 2013 à 2015. Contrairement à ce que soutient l'intéressée, cette demande de remboursement d'une créance de CICE présentée sur le fondement de l'article 199 ter C du code général des impôts constitue une réclamation au sens de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales, laquelle doit être instruite et jugée dans les formes prévues par le livre des procédures fiscales. Il s'ensuit que la société requérante ne peut utilement se prévaloir de la prescription quadriennale prévue par la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics. Dès lors, en application des dispositions citées précédemment, la société requérante pouvait procéder à la déclaration des créances de CICE dont elle s'estimait titulaire jusqu'à l'expiration du délai de réclamation prévue par le c) de l'article R. 196-1 du même livre. Ce délai court, s'agissant d'une demande de remboursement, à compter de " la réalisation de l'événement qui motive la réclamation ", à savoir la naissance, au 1er janvier de la quatrième année suivant celle à laquelle le CICE est constaté, du droit à remboursement de la fraction de ce crédit d'impôt non imputée.

8. Ainsi, en l'absence de texte imposant la déclaration du CICE dans le délai de réclamation relatif aux impositions de l'année au titre de laquelle ce crédit est né, pour des CICE constatés en 2014, 2015 et 2016 au titre des années 2013 à 2015, il appartenait à la société requérante de procéder à sa déclaration respectivement jusqu'au 31 décembre 2019, 31 décembre 2020 et 31 décembre 2021. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a estimé que la SARL Enercon service France Est avait déclaré tardivement, le 4 mars 2022, le CICE dont elle s'estimait titulaire au titre des années 2013 à 2015.

9. Enfin, la demande de restitution d'un CICE ayant le caractère d'une réclamation préalable au sens des dispositions de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales, le refus de l'administration fiscale d'y faire droit ne constitue pas un rehaussement d'imposition. La société requérante n'est dès lors pas fondée à se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations de la documentation administrative de base référencée BOI-BIC-RICI-10-150-30-20 et BOI-CTX-DG-10-20-10.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la SARL Enercon service France Est n'est pas recevable à demander la restitution des créances de CICE dont elle s'estime titulaire au titre des années 2013 à 2015. Doivent, par voie de conséquence, être rejetées les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Enercon service France Est est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Enercon service France Est et au directeur départemental des finances publiques de la Marne.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Briquet, président,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

V. TORRENTELe président,

Signé

B. BRIQUET

La greffière,

Signé

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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