jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2201535 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2022 sous le numéro 2201535, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Camions services 52, représentée par Me Michelot, demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er juillet 2016 au 30 juin 2019, ainsi que des pénalités correspondantes, à hauteur d'un montant total de 18 422 euros.
Elle soutient que :
- la proposition de rectification est insuffisamment motivée concernant la remise en cause de la déduction des dépenses qui auraient dû faire l'objet d'une immobilisation ;
- les dépenses facturées par les entreprises Mattila Mathieu, ADF Système et Stedefra ont été à tort remises en cause par l'administration, dès lors que ces dépenses ne relèvent pas d'immobilisations ;
- les frais liés à l'utilisation des véhicules personnels de M. C ont été à tort remis en cause par l'administration, dès lors qu'elle justifie des déplacements, de leurs motifs liés à l'activité de l'entreprise et qu'elle est en droit de déduire des montants de charges déterminés à ce titre par référence à un barème kilométrique ;
- elle justifie de ce que l'essentiel des déplacements correspondant aux frais de péages, d'hôtels et de restauration exposés par M. C, dont la déduction en charges à l'impôt sur les sociétés ainsi que la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée ont été remises en cause par l'administration, sont en lien avec son activité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2022, l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la SASU Camions services 52 ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2022 sous le numéro 2201536, M B C et Mme A C, représentés par Me Michelot, demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, ainsi que des pénalités correspondantes, auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2017 et 2018.
Ils soutiennent que :
- les frais liés à l'utilisation des véhicules personnels de M. C ont été à tort remis en cause par l'administration, dès lors que les déplacements concernés par ces frais et leurs motifs liés à l'activité de l'entreprise sont justifiés, et que la société Camions services 52 est en droit de déduire des montants de charges déterminés à ce titre par référence à un barème kilométrique ;
- les déplacements correspondant aux frais de péages, d'hôtels et de restauration exposés par M. C, déduits par la société Camions services 52 au titre de ses exercices clos en 2017 et en 2018, sont en lien avec son activité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2022, l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.
III. Par une réclamation en date du 22 mars 2022 adressée à la direction spécialisée de contrôle fiscal Est, transmise au tribunal en application de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales et enregistrée le 28 août 2023 sous le numéro 2301959, M. B C et Mme A C, représentés par Me Michelot, demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, ainsi que des pénalités correspondantes, auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2019.
Ils soutiennent que :
- les frais liés à l'utilisation des véhicules personnels de M. C ont été remis en cause à tort par l'administration, dès lors que les déplacements concernés par ces frais et leurs motifs liés à l'activité de l'entreprise sont justifiés, et que la société Camions services 52 est en droit de déduire des montants de charges déterminés à ce titre par référence à un barème kilométrique ;
- les déplacements correspondant aux frais exposés par M. C de péages, d'hôtels et de restauration, déduits par la société Camions services 52 au titre de son exercice clos en 2019, sont en lien avec son activité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2023, l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rifflard, conseiller,
- et les conclusions de M. Torrente, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SASU Camions services 52 a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er juillet 2016 au 30 juin 2019. Une proposition de rectification du 2 juin 2021 lui a été notifiée, portant sur des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant total de 18 422 euros. En l'absence d'observations du contribuable sur cette proposition de rectification, ces impositions ont été mises en recouvrement le 13 août 2021. Par une réclamation du 7 février 2022, la SASU Camions services 52 a demandé à l'administration le dégrèvement de ces montants. L'administration a rejeté cette réclamation par décision du 6 mai 2022. Par sa requête n° 2201535, la SASU Camions services 52 demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, de rappels de taxe sur la valeur ajoutée et de pénalités correspondantes mis à sa charge au titre de la période du 1er juillet 2016 au 30 juin 2019.
2. M. et Mme C ont, d'une part, fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2017 et 2018, à l'issue duquel des rectifications leur ont été proposées à l'impôt sur le revenu, notamment au titre de revenus distribués sur le fondement des dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts et résultant des rectifications concernant la société Camions services 52 dont M. C a été regardé comme maître de l'affaire. M. et Mme C n'ayant pas présenté d'observations sur cette proposition de rectification, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, assorties de pénalités, ont été mises en recouvrement le 31 octobre 2021 à hauteur de montants totaux de 4 024 euros au titre de l'année 2017 et de 15 811 euros au titre de l'année 2018. Par une réclamation du 7 février 2022, M. et Mme C ont demandé à l'administration le dégrèvement de ces cotisations supplémentaires. Par décision du 6 mai 2022, l'administration a rejeté leur réclamation. Par leur requête n° 2201536, M. et Mme C demandent au tribunal de prononcer la décharge de ces cotisations supplémentaires.
3. D'autre part, M. et Mme C ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces au titre de l'année 2019, qui a donné lieu à une proposition de rectification en date du 3 juin 2021 et portant sur des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, assorties de pénalités, représentant un montant total de 5 627 euros. En l'absence d'observations de M. et Mme C sur cette proposition de rectification, ce montant a été mis en recouvrement le 31 décembre 2021. M. et Mme C ont introduit une réclamation en date du 22 mars 2022 auprès de l'administration pour demander le dégrèvement de ces cotisations supplémentaires. En application des dispositions du troisième alinéa de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée du contrôle fiscal Est a soumis d'office au tribunal cette réclamation valant requête. Par cette dernière, M. et Mme C demandent au tribunal de prononcer la décharge de ces cotisations supplémentaires.
Sur la jonction :
4. La requête enregistrée sous le numéro 2201535 de la société Camions services 52 et les requêtes enregistrées sous les numéros 2201536 et 2301959 de M. et Mme C présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur la régularité de la procédure d'imposition concernant la société Camions services 52 :
5. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon utile.
6. D'une part, la proposition de rectification du 2 juin 2021 adressée à la société Camions services 52 comporte la désignation des impôts concernés, des périodes d'imposition et des bases d'imposition, et énonce les motifs sur lesquels l'administration s'est fondée pour justifier les rectifications proposées. D'autre part, si la société fait valoir que cette proposition de rectification est insuffisamment motivée concernant les raisons pour lesquelles les dépenses correspondant à trois factures relevaient d'immobilisations et non de charges, le chef de redressement litigieux comporte la mention des travaux et de l'achat du véhicule en cause, une explicitation des dispositions de l'article 39 du code général des impôts selon laquelle ne sont pas admises en déduction les dépenses ayant pour contrepartie l'entrée d'un nouvel élément dans l'actif de l'entreprise, sous la réserve de certains matériels dont la valeur n'excède pas 500 euros, ainsi que l'indication selon laquelle le service considérait que les dépenses en litige constituaient des biens immobilisables dont la valeur excédait ce dernier montant. Dans ces conditions, la société Camions services 52 était en mesure de formuler utilement ses observations sur ce chef de redressement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales doit être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
7. En vertu des dispositions du premier alinéa de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ".
8. Il est constant que ni la société Camions services 52, ni M. et Mme C n'ont présenté d'observations sur les propositions de rectification les concernant dans le délai légal qui leur était imparti pour ce faire. Par suite, en application des dispositions précitées, les requérants supportent la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions supplémentaires qu'ils contestent.
En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :
S'agissant des dépenses afférentes à des immobilisations :
9. Ne constituent des charges déductibles des résultats en vue de la détermination du bénéfice imposable ni les dépenses qui ont, en fait, pour résultat l'entrée d'un nouvel élément dans l'actif immobilisé d'une entreprise, ni les dépenses qui entraînent normalement une augmentation de la valeur pour laquelle un élément immobilisé figure à son bilan, ni les dépenses qui ont pour effet de prolonger d'une manière notable la durée probable d'utilisation d'un élément de l'actif immobilisé. La durée probable d'utilisation d'un tel élément s'apprécie à la date de son acquisition ou de sa création. En revanche, peuvent être comprises dans les frais généraux et constituer des charges d'un exercice déterminé, les dépenses qui n'ont d'autre objet que de maintenir les différents éléments de l'actif immobilisé de l'entreprise en un état tel que leur utilisation puisse être poursuivie conformément à leur objet jusqu'à la fin de la période correspondant à leur durée probable d'utilisation.
10. D'une part, la société requérante fait valoir que les charges remises en cause correspondent à des éléments qui participent d'une modernisation des systèmes existants sans apport d'un élément nouveau à son actif. Il résulte de l'instruction que la facture, d'un montant de 2 583 euros et émise par l'entreprise d'électricité générale Mattila Mathieu, concerne la mise en réseau de deux bureaux et du magasin, avec pose sous moulure et distribution par le faux plafond et les combles, et centralisation dans le local archives. Cette dépense correspond à l'entrée d'un nouvel élément d'actif et constitue dès lors une immobilisation et non une charge déductible. La facture, d'un montant de 1 506 euros et émise par l'entreprise ADF Système, correspond à la modification du système d'alarme existant incluant la fourniture et la pose d'une centrale d'alarme, d'un module ethernet et des câbles et câblages. Cette dépense se traduit par une augmentation de la valeur pour laquelle un élément immobilisé figure à l'actif du bilan de la société, et ne constitue dès lors pas davantage une charge déductible.
11. D'autre part, l'administration a remis en cause la déduction d'une charge d'un montant de 1 500 euros correspondant à l'achat d'un véhicule de marque Volvo. Si la société fait valoir qu'elle a acquis ce véhicule en vue de réutiliser certaines pièces sur d'autres véhicules, elle n'assortit cette allégation d'aucun élément de preuve, un tel usage de ce véhicule ne ressortant pas davantage des termes de la facture d'achat produite à l'instance par l'administration. Par suite, il résulte de l'instruction que cette dépense correspond à l'entrée d'un nouvel élément d'actif au bilan de la société Camions services 52, laquelle n'est dès lors pas fondée à soutenir que cette dépense constituerait une charge déductible.
S'agissant des dépenses de péages, d'hôtels et de restauration :
12. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt. Les frais de transport, d'hôtellerie et de restauration exposés par une société pour les besoins des déplacements effectués par un salarié ou par un dirigeant dans l'exercice de leurs fonctions constituent en principe des charges déductibles de son bénéfice. Il en va de même des charges exposées pour le remboursement au salarié ou au dirigeant de telles dépenses, qui ont la nature de frais professionnels, lorsque celui-ci en a fait l'avance. Le principe selon lequel il appartient, en règle générale, à l'administration d'établir les faits sur lesquels elle se fonde pour invoquer le caractère anormal d'un acte de gestion ne peut, toutefois, recevoir application que dans le respect des dispositions législatives et réglementaires qui, dans le contentieux fiscal, gouvernent la charge de la preuve, notamment les dispositions précitées de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales.
13. En premier lieu, l'administration a remis en cause la déduction de frais de péages, à hauteur de 482,50 euros concernant l'exercice clos en 2018 et de 293,38 euros concernant celui clos en 2019, au motif qu'aucun justificatif n'établit le caractère professionnel de ces dépenses. La société se borne à produire les factures de péages faisant apparaître les gares d'entrée et de sortie concernant les trajets ainsi facturés, ainsi qu'un relevé de déplacements indiquant, pour ceux de ces trajets dont elle ne conteste pas qu'il s'est agi de déplacements personnels de M. C, les motifs de déplacements et l'identité de la personne visitée et en précisant, le cas échéant, s'il s'agit d'un client ou d'un fournisseur, ou encore d'un salon professionnel. Toutefois, par ces seules allégations et la production d'un relevé établi par ses soins, et alors que la charge de la preuve lui incombe en application de l'article R. 194-1 précité du livre des procédures fiscales, la société requérante n'établit pas que les frais de péages ainsi contestés se rapporteraient, ainsi qu'elle le soutient, à des déplacements professionnels réalisés par M. C dans l'intérêt de l'entreprise.
14. En deuxième lieu, l'administration a remis en cause la déduction de frais d'hôtel et de restauration, à hauteur de 437,58 euros concernant l'exercice clos en 2017, de 5 878,09 euros concernant celui clos en 2018 et de 2 521,65 euros concernant celui clos en 2019, au motif qu'aucun justificatif n'établit le caractère professionnel de ces dépenses. D'une part, il n'est pas sérieusement contesté que les frais relatifs à des séjours à Paris ou à Barcarès, sont, ainsi que l'a retenu l'administration, étrangers à l'intérêt de l'entreprise. D'autre part, il ressort des éléments produits par la société requérante qu'elle a supporté le coût des repas de la fille de M. C, dont il assure la garde et qu'il emmène lors de certains déplacements professionnels, ou du père de ce dernier, qui l'accompagne également lors de déplacements. Ces dépenses ne présentent pas le caractère de dépenses engagées dans l'intérêt de l'entreprise. Enfin, la société requérante produit un tableau de nature à démontrer qu'elle a supporté le coût de repas pris par M. C, avec un ancien dirigeant de la société, ou des personnes désignées comme étant des clients ou des fournisseurs de la société, à l'occasion de prospection de clients, notamment à Chaumont dans l'établissement La Halte du Viaduc, et à l'occasion de déplacements chez des clients ou chez des fournisseurs, y compris pour certains d'entre eux le dimanche, à l'occasion d'astreintes le weekend, ou encore à l'occasion de repas dans le cadre du réseau Entreprendre ou d'un séjour à Malte dont la société Camions services 52 allègue qu'il s'inscrivait dans le cadre d'un congrès. Toutefois, par ces seuls éléments et sans produire aucune pièce justificative susceptible de constituer un commencement de preuve au soutien de ces allégations, la société requérante n'établit pas, ainsi que cela lui incombe, que ces charges ont été effectivement engagées par M. C dans l'intérêt de l'entreprise.
S'agissant de la prise en charge des frais d'utilisation des véhicules personnels de M. C :
15. Il appartient au contribuable, pour l'application des dispositions de l'article 39 du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Il apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
16. L'administration a remis en cause la déduction de charges correspondant à des sommes versées par la société Camions services 52 à M. C au titre de frais liés à l'utilisation de ses véhicules personnels, de marque Hyundai et Peugeot, comprenant la dépréciation des véhicules, les frais de réparation et d'entretien, les dépenses de pneumatiques, la consommation de carburant et les primes d'assurance, pour des montants de 4 153,70 euros concernant l'exercice clos en 2017, de 4 328,37 euros concernant l'exercice clos en 2018 et de 7 589,10 euros concernant l'exercice clos en 2019. Le service a fondé ces rectifications sur les motifs tirés de ce que la société Camions services 52 ne pouvait faire application du barème kilométrique prévu pour la déclaration de revenus pour le calcul des frais professionnels en cas d'option pour les frais réels des salariés, de ce que les dépenses de carburant, d'assurance et une partie de l'entretien de ces véhicules ont été payées et déduites par ailleurs par la société, et de ce que les déplacements éventuellement effectués dans l'intérêt de l'entreprise ne sont pas justifiés par les seuls tableaux de calcul de kilomètres produits par la société qui n'identifient ni le véhicule utilisé, ni la mission, ni le détail des kilomètres parcourus.
17. Pour justifier de ces charges, la société Camions services 52 se borne à produire des factures de garage établies au nom de M. C concernant son véhicule de marque Hyundai, ainsi qu'un relevé de déplacements établi par ses soins. Dans ces conditions, elle ne produit pas d'éléments suffisamment précis portant sur la nature des charges en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'elle en a retirée. Au surplus, pour les mêmes motifs que ceux indiqués à ce point 13, la société requérante n'établit pas que les déplacements litigieux ont été effectivement réalisés par M. C dans l'exercice de ses fonctions au sein de la société. En outre, à supposer même établie l'utilisation de ces véhicules, qui appartiennent à M. C, pour les besoins de l'entreprise alors que, ainsi que le relève l'administration, la société Camions services 52 dispose de deux voitures de marque Audi et Renault dont elle est propriétaire, il ne résulte pas des éléments produits que les sommes remises en cause, qui sont calculées par application d'un barème kilométrique, correspondraient uniquement aux déplacements professionnels réalisés par M. C. Dans ces conditions, et sans qu'ait d'incidence à cet égard le fait que la société serait fondée à déterminer les montants de frais se rapportant à l'utilisation des véhicules en cause dans l'intérêt de l'entreprise par référence à un barème kilométrique, c'est à bon droit que l'administration fiscale a remis en cause la déduction de ces charges par la société Camions services 52.
En ce qui concerne les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à la charge de M. et Mme C :
18. Il résulte de l'instruction que les montants de charges déduites par la société Camions services 52 au titre de ses exercices clos en 2017, en 2018 et en 2019, correspondant aux frais d'hôtel, de restaurant et aux sommes versées à M. C au titre des frais liés à l'utilisation de ses véhicules personnels pour les besoins de l'activité de la société, dont l'administration a remis en cause la déduction à l'impôt sur les sociétés, ont été regardés par le service comme constituant des revenus distribués imposables dans le chef de M. C sur le fondement des dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts.
19. Pour contester les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à leur charge au titre des années 2017, 2018 et 2019, M. et Mme C se bornent à invoquer les mêmes moyens que ceux de la société Camions services 52. Compte tenu de ce qui précède, et pour les mêmes motifs que ceux indiqués aux points 14 à 17 du présent jugement, leurs moyens doivent être écartés comme non fondés.
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée :
20. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à la période d'imposition en litige : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération / () / II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures / () ". Aux termes de l'article 205 de l'annexe II au même code : " La taxe sur la valeur ajoutée grevant un bien ou un service qu'un assujetti à cette taxe acquiert, importe ou se livre à lui-même est déductible à proportion de son coefficient de déduction ". Aux termes de l'article 206 de la même annexe à ce code : " I.- Le coefficient de déduction mentionné à l'article 205 est égal au produit des coefficients d'assujettissement, de taxation et d'admission. / () / IV.- 1. Le coefficient d'admission d'un bien ou d'un service est égal à l'unité, sauf dans les cas décrits aux 2 à 4 / 2. Le coefficient d'admission est nul dans les cas suivants : / 1° Lorsque le bien ou le service est utilisé par l'assujetti à plus de 90 % à des fins étrangères à son entreprise / () ".
21. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les biens et services que les assujettis à cette taxe acquièrent ou qu'ils se livrent à eux-mêmes n'est déductible que si ces biens et services sont utilisés pour les besoins de l'entreprise. Il appartient ainsi à l'entreprise d'établir que le montant de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elle prétend déduire correspond à des prestations de services réellement effectuées à son profit et dont elle peut justifier.
22. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a remis en cause la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée facturée sur les dépenses de péages, d'hôtel et de restauration indiquées aux points 13 et 14, au motif qu'il s'agissait de biens et services utilisés par la société Camions services 52 à plus de 90 % à des fins étrangères à l'entreprise.
23. La société Camions services 52 se borne à se prévaloir, au soutien de ses conclusions aux fins de décharge de ces rappels de taxe sur la valeur ajoutée, des mêmes moyens que ceux repris aux points 13 à 14 et reposant sur le caractère professionnel des dépenses en cause. Pour les mêmes motifs, et compte tenu de la charge de la preuve pesant sur la société requérante en application de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales, ces moyens doivent être écartés.
24. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de la société Camions services 52 et de M. et Mme C doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête n° 2201535 de la société Camions services 52 et les requêtes n° 2201536 et 2301959 de M. et Mme C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle Camions services 52, à M. B C et Mme A C, et à l'administratrice générale de l'Etat chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
Mme Castellani, première conseillère,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
Le rapporteur,
Signé
R. RIFFLARDLa présidente,
Signé
A-S. MACH
La greffière,
Signé
A. DEFORGE
N°s 2201535, 2201536, 2301959
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026