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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201538

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201538

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201538
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantDEFRADAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 juillet 2022 et 2 janvier 2023, la commune de Courcy, représentée par Me Soler-Couteaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2021 par lequel le préfet de la Marne a délivré, au nom de l'Etat, à la société par actions simplifiée (SAS) Energilis un permis de construire une unité de méthanisation sur un terrain situé au lieu-dit Terralab à Bétheny ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors, premièrement, qu'elle a intérêt à agir, deuxièmement, que son maire est habilité à ester en justice en son nom et pour son compte, et, troisièmement, qu'elle a régulièrement notifié la copie de son recours gracieux au bénéficiaire du permis de construire ainsi que la copie de sa requête à ce dernier et à l'auteur du permis de construire ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet au regard de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme dès lors que le plan de masse, premièrement, n'est pas coté dans les trois dimensions, deuxièmement, ne fait pas apparaître les plantations qui seront supprimées, et, troisièmement, n'indique ni l'emplacement ni les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'accéder au terrain ;

- ce dossier est incomplet au regard de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme dès lors que, premièrement, le projet architectural ne comporte pas les plans de toiture des constructions B1, C1, C2, C3, D, D1, D2, D3, E1 et E2, ni les façades Est des bâtiments A1 et A5, Ouest des bâtiments A2 et A4, Nord du bâtiment A3 et Sud des bâtiments A3 à A5, et, deuxièmement, le document graphique ne permet pas d'apprécier l'insertion du projet par rapport aux constructions avoisinantes et au paysage ainsi que son impact visuel et le traitement des accès et du terrain ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions du 3 de l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme de Bétheny dès lors qu'il ne respecte pas les règles d'aménagement des accès relatives à la visibilité vers la voie ;

- il méconnaît l'article A6 du règlement du plan local d'urbanisme de Bétheny et l'article L. 111-6 du code de l'urbanisme dès lors que des ouvrages du projet sont situés à moins de 75 m de la route départementale D966 classée à grande circulation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article A8 du règlement du plan local d'urbanisme de Bétheny relatives à l'éloignement minimal entre les bâtiments non jointifs sur une même propriété ;

- il méconnaît l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme de Bétheny dès lors que la haie du projet n'est pas constituée d'une haie vive sur toute sa longueur et que l'impact des bâtiments ne sera pas amorti par les plantations prévues ;

- il méconnaît l'article A13 du règlement du plan local d'urbanisme de Bétheny, relatif aux plantations ;

- il méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et l'article A2.2.4 du règlement du plan local d'urbanisme de Bétheny dès lors que le projet porte atteinte à la salubrité publique au regard des nuisances olfactives et de la pollution des sols dont il sera à l'origine.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 novembre 2022 et 19 septembre 2024, le préfet de la Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'il n'est pas établi, premièrement, que le maire de la commune de Courcy a été autorisé par une délibération du conseil municipal à l'introduire et, deuxièmement, que la copie du recours gracieux aurait été communiquée au bénéficiaire du permis de construire en litige et que celle de la requête aurait été communiquée à ce même bénéficiaire et à l'auteur de l'arrêté dans les conditions de délais prévues par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés par la commune de Courcy ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2022, la SAS Energilis, représentée par Me Defradas, conclut au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, sollicite l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme. En outre, elle demande que soit mise à la charge de la commune de Courcy une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la commune de Courcy n'a pas d'intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par la commune de Courcy ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le décret n° 2009-615 du 3 juin 2009 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rifflard, conseiller,

- les conclusions de M. Maleyre, rapporteur public,

- et les observations de M. A, représentant le préfet de la Marne.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Energilis a déposé une demande de permis de construire une unité de méthanisation sur un terrain, représentant une surface de plancher de 951,51 m², situé au lieu-dit Terralab sur le territoire de la commune de Bétheny. Par un arrêté du 21 décembre 2021, le préfet de la Marne a délivré le permis de construire sollicité. Par un recours gracieux en date du 24 mars 2022, la commune de Courcy a demandé au préfet de la Marne de retirer cet arrêté. Une décision implicite de rejet de ce recours gracieux est née du silence gardé par le préfet de la Marne sur celui-ci. La commune de Courcy demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2021.

Sur les fins de non-recevoir :

2. En premier lieu, il appartient à la commune qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de préciser l'atteinte qu'elle invoque en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les intérêts dont elle a la charge.

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté autorise la construction d'une unité de méthanisation sur une surface de plus de 950 m², sur un terrain situé à Bétheny mais jouxtant des parcelles du territoire de la commune de Courcy, dont une parcelle cadastrée OY 193 appartenant à cette dernière commune. Cette parcelle et d'autres du territoire de Courcy ont fait l'objet d'un classement spécifique en zone 1AUs dans le plan local d'urbanisme de cette commune. Il ressort du plan d'aménagement et de développement durable de ce plan local d'urbanisme que cette zone traduit la volonté de la commune d'y favoriser l'émergence, sur le site de l'ancienne base aérienne militaire désaffectée dite " BA 112 ", de " projets respectueux de la santé publique, de l'environnement et du développement durable en conservant des bâtiments en état et en les identifiant au titre des éléments du patrimoine à protéger ", en favorisant le changement de destination, et d'interdire certaines activités génératrices de nuisances. Le règlement de ce plan local d'urbanisme interdit ainsi par principe toute installation classée pour la protection de l'environnement dans cette zone. Si, tel qu'il ressort de l'orientation d'aménagement et de programmation se rapportant à la zone 1AUs, l'aménagement de cette zone n'est pas encore défini et qu'elle pourrait aussi bien accueillir des aménagements de type équipements de sports, de loisirs (que ce soit pour des équipes de football, des centres équestres, ), l'installation d'équipements culturels (musée, école, ), et d'hébergement (logements étudiants, mixité générationnelle, ) ou encore des projets complémentaires, le projet de reconversion du site BA 112 en " microville ", avec l'objectif de préservation de cette dernière vis-à-vis de toute nuisance environnementale, des auteurs du plan local d'urbanisme de Courcy n'en était pas moins formalisé depuis plusieurs années à la date de l'arrêté attaqué. La commune de Courcy démontre que le méthaniseur en litige, par sa proximité immédiate et son dimensionnement, affecte directement ce projet d'urbanisme. Elle justifie ainsi d'un intérêt à agir lui donnant qualité pour demander l'annulation du permis de construire. La fin de non-recevoir opposée à ce titre par la société Energilis doit être écartée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas () de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, () l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. () L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt () du recours. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'allègue le préfet de la Marne, la commune de Courcy a communiqué, au bénéficiaire du permis en litige, une copie du recours gracieux qu'elle a exercé à l'encontre de l'arrêté attaqué dans un délai de quinze jours à compter de ce recours. Il ressort également desdites pièces qu'elle a par ailleurs transmis une copie de sa requête au préfet de la Marne et au bénéficiaire du permis de construire dans un délai de quinze jours à compter de l'introduction de cette requête. La fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Marne au regard de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme doit par conséquent être écartée.

6. En troisième lieu, Il ressort des pièces du dossier que, par une délibération du conseil municipal du 10 juin 2022, le maire de Courcy a été habilité à intenter au nom de la commune les actions en justice dans les conditions prévues par l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales. La fin de non-recevoir tiré du défaut de pouvoir du maire de Courcy opposée par le préfet de la Marne doit dès lors être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12 ". Aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. () Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. () ".

8. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

9. D'une part, contrairement à ce que soutient la requérante, le plan de masse fourni dans le dossier de demande de permis de construire de la société Energilis est cotée dans les trois dimensions. Ce moyen doit par conséquent être écarté comme manquant en fait.

10. D'autre part, la requérante soutient qu'il ressort du plan de masse et de la notice explicative que l'accès au projet nécessiterait une servitude qui ne figure pas sur ce plan. Toutefois, il ne ressort pas de ces pièces que la voie privée permettant d'accéder au projet depuis la route départementale ne serait pas ouverte à la circulation publique et que cet accès nécessiterait ainsi une servitude de passage. Le moyen tiré de ce que le plan de masse ne fait pas figurer une telle servitude doit par suite être écarté.

11. Enfin, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la notice architecturale, que le projet prévoit l'arrachage d'arbres isolés, sans toutefois que le plan de masse fourni avec le dossier de permis de construire ne permette d'identifier ces arbres, ni même de quantifier le nombre d'arbres concernés. Cette omission du plan de masse, que d'autres éléments du dossier de demande de permis de construire ne permettent pas de pallier, a été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. La requérante est dès lors fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme en ce qui concerne l'indication des plantations maintenues, supprimées ou créées dans le plan de masse.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; () ".

13. D'une part, contrairement à ce qu'allègue la requérante, le dossier de demande de permis de construire comprend des plans des toitures des bâtiments B1, C2, C3, D1, D2 et D3. Toujours contrairement à ce qui est allégué, il n'existe pas de bâtiment " D ". Les ouvrages E1 et E2, quant à eux, sont des bassins sans toiture. Enfin, si le dossier ne comporte pas de plan de toiture des deux fosses C1, il s'agit, ainsi qu'il ressort de la notice, de cuves de stockages d'intrants, dont le plan de coupe est suffisant pour apprécier la conformité de leurs toitures coniques. Cette seule omission n'a ainsi pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

14. D'autre part, si le dossier de demande de permis de construire ne représente pas les façades Est des bâtiments A1 et A5, Ouest des bâtiments A2 et A4, Nord du bâtiment A3 et Sud des bâtiments A3 à A5, il s'agit toutefois d'ouvrages uniformes de types cylindriques dont la façade est la même de tout point de vue et le dossier représente une façade de chacun de ces ouvrages. L'absence de ces façades dans le dossier de demande de permis de construire n'a ainsi, en tout état de cause, pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

15. Enfin, le document graphique fourni avec le dossier de demande de permis de construire consiste en un photomontage sur lequel le projet figure de manière lointaine et très peu visible compte tenu en particulier de l'angle de vue retenu et de la présence de deux poteaux électriques au premier plan. Au regard de l'environnement globalement dégagé du projet et de son ampleur, ce document graphique ne permet pas d'en apprécier utilement l'insertion dans son environnement. Les autres éléments du dossier de demande de permis de construire ne permettent pas de pallier l'insuffisance intrinsèque de ce document graphique. Dans ces conditions, cette insuffisance a été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. La requérante est dès lors fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions du c) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme en ce qui concerne le document graphique.

16. En troisième lieu, aux termes du 3 de l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme de Bétheny : " Dans tous les cas, les accès devront être aménagés de telle manière que la visibilité vers la voie soit assurée sur une distance d'au moins 80 mètres de part et d'autre de l'accès, à partir du point de cet axe situé à 3 (trois) mètres en retrait de la limite de la voie ".

17. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du plan de masse, que l'accès principal est bordé, à droite, par des plantations d'arbres et, à gauche, par un merlon. S'agissant de l'accès secondaire, il est bordé des deux côtés par des plantations. Ces éléments font obstacle à ce que la visibilité vers la voie soit assurée sur une distance d'au moins quatre-vingt mètres de part et d'autre de l'accès, à partir du point de cet axe situé à trois mètres en retrait de la limite de la voie. La requérante est par suite fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme de Bétheny.

18. En quatrième lieu, aux termes de l'article A6 du règlement du plan local d'urbanisme de Bétheny, relatif à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques : " Ces reculs sont : () de soixante-quinze mètres de part et d'autre de l'axe des autres routes classées à grande circulation. / Ce recul s'applique également dans une bande de soixante-quinze mètres de part et d'autre des routes visées au dernier alinéa du III de l'article L. 122-1-5 du code de l'urbanisme. () ". Aux termes de l'article L. 111-6 du code de l'urbanisme : " En dehors des espaces urbanisés des communes, les constructions ou installations sont interdites dans une bande de cent mètres de part et d'autre de l'axe des autoroutes, des routes express et des déviations au sens du code de la voirie routière et de soixante-quinze mètres de part et d'autre de l'axe des autres routes classées à grande circulation. () ".

19. La requérante soutient que les ouvrages E2, B1, E1 et F du projet sont situés à moins de 75 m de la route à grande circulation RD966. Toutefois, aux termes du décret du 3 juin 2009 fixant la liste des routes à grande circulation, la route RD966 est classée comme route à grande circulation sur sa section débutant au niveau de l'" Entrée BA112 " à Courcy, et finissant au niveau du boulevard des Tondeurs à Bétheny. Or, il ressort des pièces du dossier que les ouvrages précités du projet sont situés à une distance supérieure à 75 m par rapport à cette section de la route RD966, qui est la seule partie de cette route classée à grande circulation au sens et pour l'application des dispositions précitées. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article A6 et de l'article L. 111-6 du code de l'urbanisme doit par conséquent être écarté.

20. En cinquième lieu, aux termes de l'article A8 du règlement du plan local d'urbanisme de Bétheny : " 1. Les bâtiments non jointifs construits sur une même propriété devront être éloignés les uns des autres d'une distance au moins égale à 6 (six) mètres. () ".

21. Contrairement à ce que soutient la requérante, une distance minimale de 6 m est respectée entre les bâtiments B1 et F, entre les bâtiments D3 et A1, et entre les bâtiments A1 et A3. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article A8 précité doit dès lors être écarté.

22. En sixième lieu, aux termes du 1 de l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme de Bétheny : " En sus des dispositions générales du présent règlement de PLU : - Les clôtures devront être constituées d'une haie vive doublée ou non de grillage ; () ".

23. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du dossier d'enregistrement d'installation classée pour la protection de l'environnement fourni avec la demande de permis de construire, que l'intégralité de l'unité de méthanisation sera clôturée. Toutefois, si cette clôture est constituée d'un grillage, et si le dossier de permis de construire fait état de l'existence de haies qui seront conservées à l'Ouest masquant à la route nationale n°36, et par ailleurs de celle de haies doublant " ici et là " les clôtures existantes, ainsi que de la plantation prévue d'un linéaire de soixante-quinze mètres de haie en limite Nord du site, il ne ressort pas de ces éléments que l'intégralité de la clôture prévue pour le projet en litige sera constituée d'une haie vive. La requérante est par suite fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme de Bétheny.

24. En septième lieu, aux termes du 2 de l'article A13 du règlement du plan local d'urbanisme de Bétheny : " L'abattage ou le défrichement des haies et des arbres en place est interdite. En cas de nécessité d'abattage au regard de l'état sanitaire de ces haies et arbres, ils seront remplacés par des végétaux de même nature et avec des essences compatibles au climat et à la nature du sol ".

25. Le projet en litige prévoit, comme il a déjà été indiqué, l'arrachage d'arbres isolés, sans toutefois que l'abattage de ces arbres ne soit justifié par leur état sanitaire. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article A13 du règlement du plan local d'urbanisme de Bétheny.

26. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

27. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect. En outre, les dispositions de l'article R. 111-2 précité ne permettent à l'autorité administrative de refuser un permis de construire ou de l'accorder sous réserve de prescriptions spéciales relevant de la police de l'urbanisme, telles que celles relatives à l'implantation ou aux caractéristiques des bâtiments et de leurs abords, en vue de limiter les atteintes à la salubrité ou la sécurité publiques que la construction et l'usage qui est projeté sont susceptibles d'occasionner, qu'en tenant compte, le cas échéant, des prescriptions édictées au titre de la police des installations classées ou susceptibles de l'être.

28. La requérante soutient que le projet méconnaît l'article R. 111-2 précité dès lors que le projet sera, d'une part, de nature à générer des nuisances olfactives incompatibles avec les activités projetées dans le secteur, et, d'autre part, qu'il induira une pollution des sols et un risque de contamination des sols par infiltration vers les nappes phréatiques et les zones de captages d'eau potable, en raison de la quantité d'intrants à traiter, à savoir 67,7 tonnes par jour. Toutefois, le projet a fait l'objet d'une demande d'enregistrement au titre de la législation des installations classées pour la protection de l'environnement déposée le 29 juin 2021 et jointe au dossier de demande de permis de construire. Or, l'arrêté ministériel de prescriptions générales du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 (méthanisation) de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement, modifié par arrêté ministériel du 17 juin 2021, réglemente tant les nuisances odorantes de l'installation en litige, en particulier en son article 49, que les conditions d'épandage. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est pas même soutenu par la requérante, que ces prescriptions seraient manifestement insuffisantes à prévenir les atteintes à la salubrité publique qu'elle invoque. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit dès lors être écarté.

29. Par ailleurs, aux termes de l'article A2.2.4 du règlement du plan local d'urbanisme de Bétheny : " Les installations classées (ICPE) liées aux activités agricoles et au service public ou d'intérêt collectif à condition d'être compatible avec le voisinage et l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière du terrain ". La requérante se prévaut de ce que le projet méconnaîtrait ces dispositions du plan local d'urbanisme au regard des mêmes risques de nuisances olfactives et de pollution des sols que ceux mentionnés au point précédent. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux indiqués à ce même point, ce moyen doit être écarté.

30. Enfin, l'article 4 de l'arrêté attaqué prévoit que : " Le plan d'épandage des digestats devra exclure les parcelles présentes au sein des périmètres de protection rapprochée des captages d'eau potable ". La requérante soutient que cette prescription est illégale dès lors qu'elle renvoie à une instruction complémentaire ultérieure. Toutefois, ladite prescription se borne à préconiser que le plan d'épandage ne devra pas comprendre de parcelles présentes au sein des périmètres de protection visés. Ce faisant, elle ne procède à aucun renvoi à une instruction complémentaire ultérieure, et en particulier à un nouveau parcellaire d'épandage, lequel, lié à l'activité de l'exploitant, ne serait au demeurant soumis à aucun permis de construire. Ce moyen doit par suite être en tout état de cause écarté.

Sur la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

31. Aux termes des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. "

32. Il résulte des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, éclairés par les travaux parlementaires ayant conduit à l'adoption de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018, que, lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge administratif doit, en application de l'article L. 600-5-1, surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation, sauf à ce qu'il fasse le choix de recourir à l'article L. 600-5, si les conditions posées par cet article sont réunies, ou que le bénéficiaire de l'autorisation lui ait indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation.

33. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que seuls les moyens tirés de la méconnaissance de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme au regard de l'indication des plantations sur le plan de masse, des dispositions du c) de l'article R. 431-10 du même code au regard du document graphique d'insertion du projet dans son environnement, et des articles A3, A11 et A13 du règlement du plan local d'urbanisme de Bétheny, sont de nature à fonder l'annulation du permis de construire litigieux. Il résulte de l'instruction que ces vices de légalité sont susceptibles d'être régularisés par une modification du projet, qui n'implique pas de lui apporter un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Dès lors, il y a lieu de surseoir à statuer, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, jusqu'à l'expiration d'un délai de quatre mois, délai dans lequel il appartient au pétitionnaire et à l'autorité administrative de régulariser les vices par un permis de construire modificatif et d'en justifier devant le tribunal.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête de la commune de Courcy.

Article 2 : Le préfet de la Marne et la SAS Energilis devront justifier, dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente décision, de l'éventuelle délivrance d'un permis de régularisation, qu'il leur appartiendra en outre de notifier sans délai au requérant, permettant d'assurer la conformité du projet aux dispositions des articles R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme, et des articles A3, A11 et A13 du règlement du plan local d'urbanisme de Bétheny, méconnues par le permis attaqué.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Courcy, à la ministre du logement et de la rénovation urbaine et à la société par actions simplifiée Energilis.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Briquet, président,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

R. RIFFLARDLe président,

Signé

B. BRIQUET

La greffière,

Signé

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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