LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201552

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201552

lundi 22 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201552
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantNORMAND & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 juillet 2022 et 19 janvier 2023,

Mme D C, M. B C, M. F C et M. A C agissant en leur nom propre et en leur qualité d'ayants-droits de M. E C décédé le 27 octobre 2019, représentés par Me Lerioux demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux,

des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à leur verser la somme totale

de 33 417 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er septembre 2020

et de la capitalisation de ces intérêts ;

2°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Reims à leur verser la somme totale de 133 671,98 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er septembre 2020

et de la capitalisation de ces intérêts ;

3°) de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et du centre hospitalier universitaire

de Reims la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que la somme de 4 576 euros au titre des frais d'expertise.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- M. E C a été victime, au cours de sa prise en charge au sein du centre hospitalier universitaire de Reims du 26 août au 1er septembre 2019, de trois fautes médicales et d'une infection nosocomiale ;

- la responsabilité de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux,

des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est engagée au titre

de la solidarité nationale ;

- la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Reims est engagée du fait

des fautes commises lors de la prise en charge de M. E C ;

- à titre principal, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux,

des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est responsable des préjudices résultant du décès de M. E C ;

- à titre subsidiaire, les manquements imputables au centre hospitalier universitaire de Reims sont à l'origine d'une perte de chance d'éviter le décès de M. E C qui doit être évaluée à hauteur de 80%, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux,

des affections iatrogènes et des infections nosocomiales étant alors responsable des conséquences du décès de M. C à hauteur de 20% ;

- les fautes et l'infection nosocomiale précités sont la cause de préjudices qui doivent être évalués de la manière suivante :

* 1 124 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire de M. E C ;

* 35 000 euros au titre des souffrances endurées par M. E C ;

* 20 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire de M. E C ;

* 30 000 euros au titre du préjudice d'affection de Mme D C

en sa qualité de veuve de M. E C ;

* 5 000 euros au titre du préjudice d'accompagnement de Mme D C ;

* 10 000 euros au titre du préjudice d'affection de M. B C en sa qualité fils de M. E C ;

* 10 000 euros au titre du préjudice d'affection de M. A C en sa qualité fils de M. E C ;

* 20 000 euros au titre du préjudice d'affection de M. F C en sa qualité fils de M. E C, avec lequel il résidait ;

* 5 000 euros au titre du préjudice d'accompagnement de M. F C ;

* 4 378 euros au titre des frais d'obsèques exposé par Mme D C ;

* 2 544 euros au titre des frais de médecin conseil exposés par Mme D C ;

* 213,53 euros au titre des frais de transport exposés par Mme D C ;

* 32 560,45 euros au titre du préjudice économique de Mme D C constitué par la perte de revenu consécutive au décès de son époux ;

Par un mémoire en intervention, enregistré le 21 septembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Reims à lui verser la somme

de 96 761,21 euros, assortie des intérêts à compter du prononcé du jugement, au titre des débours qu'elle a exposés pour le compte de M. E C ;

2°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Reims à lui verser la somme

de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire prévue par l'ordonnance n°96-51

du 24 janvier 1996 ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Reims la somme

de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que M. E C a été victime d'un accident dont la responsabilité incombe au centre hospitalier universitaire de Reims et que le montant des prestations qu'elle a versées en rapport avec les soins liés à cet accident s'élève à la somme de 96 761,21 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 octobre et 28 décembre 2022, le centre hospitalier universitaire de Reims, représenté par Me Cariou demande au tribunal :

1°) de limiter sa condamnation à la somme de 84 960,40 euros s'agissant des demandes des consorts C ;

2°) de rejeter les conclusions de la Caisse primaire d'assurance maladie

de la Haute-Marne.

Il fait valoir qu'il est responsable à hauteur de 80% des préjudices subis par les consorts C mais que la Caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne n'établit pas le lien entre les frais qu'elle soutient avoir exposés et la prise en charge dont a bénéficié

M. E C.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2022 et un mémoire enregistré

le 5 janvier 2024 qui n'a pas été communiqué, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Saumon demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de limiter sa condamnation à la somme de 13 337,84 euros s'agissant des demandes des consorts C ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, de condamner le centre hospitalier universitaire

de Reims à le garantir de toute condamnation qui serait prononcée contre lui en indemnisation

des préjudices des consorts C à hauteur de 80%.

Il fait valoir, à titre principal, que les moyens de la requête ne sont pas fondés et à titre subsidiaire qu'il est responsable à hauteur de 20% des préjudices subis par les consorts C.

La clôture de l'instruction a été fixée au 5 janvier 2024 par une ordonnance

du 30 novembre 2023.

Par un courrier du 22 mars 2024 les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que la demande de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne tendant à ce que lui soient alloués, à compter de la date du jugement à intervenir, des intérêts au taux légal sur la somme que le CHU de Reims est susceptible d'être condamné à lui verser est dépourvue de tout objet et par suite irrecevable dès lors qu'en vertu de l'article 1231-7 du code civil et même en l'absence de demande en ce sens, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution.

Les parties n'ont pas produit d'observation en réponse à ce courrier.

Vu :

- le rapports des experts désignés par l'ordonnance n°2001778 du 7 décembre 2020 ainsi que les ordonnances de taxation du 30 août 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henriot, conseiller ;

- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public ;

- et les observations de Me Mouzarine, représentant les consorts C, ainsi que celles de Me Michelou, représentant le centre hospitalier universitaire de Reims.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C, né 15 mars 1941, époux de Mme D C et père

de MM. B, F et A C, a été admis au sein du centre hospitalier (CHU)

de Reims le 26 août 2019 afin de pouvoir bénéficier, le 27 août, d'une opération chirurgicale qui avait été programmée afin de soigner les douleurs lombosciatiques handicapantes dont il souffrait. M. E C a regagné son domicile le 1er septembre 2019. Le 9 septembre 2019, il a été transporté par le service d'aide médicale urgente (SAMU) jusqu'au service des urgences

du CHU de Reims du fait de la dégradation de son état de santé. M. E C et décédé

le 27 octobre 2019 durant son hospitalisation. Par une requête en date du 1er septembre 2020,

les consorts C ont demandé au juge des référés du tribunal administratif

de Châlons-en-Champagne d'ordonner une expertise en vue de déterminer si les soins qui ont été prodigués à M. E C ont été conformes aux règles de l'art. Une expertise, ordonnée par une décision du 7 décembre 2020 du juge des référés, a donné lieu au dépôt d'un rapport

le 17 juin 2021. Les consorts C ont adressé des demandes indemnitaires au CHU de Reims et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes

et des infections nosocomiales (ONIAM) le 5 mai 2022. Les consorts C demandent

au tribunal de condamner le CHU de Reims et l'ONIAM à leur verser la somme

de 133 671,98 euros.

Sur le droit à réparation :

En ce qui concerne les conditions d'engagement de la solidarité nationale :

2. Aux termes des dispositions de l'article L.1142-1 du code de la santé publique applicables au litige : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ". Selon les dispositions de l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales () ".

3. D'une part, doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens des dispositions précitées une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

4. D'autre part, dans l'hypothèse où une infection nosocomiale est à l'origine

de conséquences dommageables mais où une faute commise par une personne mentionnée

au I de l'article L. 1142-1 a fait perdre à la victime une chance d'échapper à l'accident

ou de se soustraire à ses conséquences, le préjudice en lien direct avec cette faute est la perte de chance d'éviter le dommage corporel advenu et non le dommage corporel lui-même, lequel demeure tout entier en lien direct avec l'infection nosocomiale. Par suite, une telle infection ouvre droit à réparation au titre de la solidarité nationale si ses conséquences remplissent les conditions posées au 1° de l'article L. 1142-1-1 et présentent notamment le caractère de gravité requis, l'indemnité due par l'ONIAM étant seulement réduite du montant de l'indemnité mise, le cas échéant, à la charge du responsable de la perte de chance, égale à une fraction du dommage corporel correspondant à l'ampleur de la chance perdue.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 17 juin 2021, qu'au cours de sa prise en charge au sein du CHU de Reims du 26 août au 1er septembre 2019, M. E C a été victime d'une infection par la bactérie dénommée staphylocoque doré. Cette infection s'est déclarée sur la main droite de M. C du fait de la perfusion pratiquée sur ce membre. Par conséquent, en l'absence de tout élément permettant de retenir sa préexistence ou une cause étrangère, cette infection présente un caractère nosocomial. Dans un second temps, l'infection s'est propagée, à partir de ce foyer initial, à la zone cervicale, aux prothèses de genoux du patient ainsi qu'à la zone du rachis ayant fait l'objet de l'opération chirurgicale du 27 août 2019. L'aggravation de l'infection a nécessité l'hospitalisation de M. C à compter

du 9 septembre 2019 et son placement en réanimation du fait de défaillances hémodynamique respiratoire et rénale. Le patient a été victime, en outre, lors de son séjour une unité de réanimation, d'une infection au germe candida glabatra autour du cathéter radial qui avait été mis en place ainsi que de l'apparition d'un syndrome d'Ogilvie. Le décès de M. C, survenu le 27 octobre 2019 en raison d'une insuffisance respiratoire causée par les troubles décrits précédemment,

est donc la conséquence de l'infection nosocomiale survenue lors de sa prise en charge au sein

du CHU de Reims du 26 août au 1er septembre 2019. Par conséquent, le décès de M. C demeure tout entier en lien direct avec cette infection, indépendamment du fait, pour les motifs exposés au point 4, que des fautes commises par CHU de Reims aient pu être à l'origine

d'une perte de chance d'éviter ce dommage. Par suite, les dommages résultant de cette infection ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale, en application des dispositions précitées de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique.

En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Reims :

6. Aux termes des dispositions de l'article L. 1142-21 du code de la santé publique : " I. - Lorsque la juridiction compétente, saisie d'une demande d'indemnisation des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins dans un établissement de santé, estime que les dommages subis sont indemnisables au titre du II de l'article L. 1142-1 ou au titre de l'article L. 1142-1-1, l'office est appelé en la cause s'il ne l'avait pas été initialement. Il devient défendeur en la procédure. Lorsqu'il résulte de la décision du juge que l'office indemnise la victime ou ses ayants droit au titre de l'article L. 1142-1-1, celui-ci ne peut exercer une action récursoire contre le professionnel, l'établissement de santé, le service ou l'organisme concerné ou son assureur, sauf en cas de faute établie à l'origine du dommage, notamment le manquement caractérisé aux obligations posées par la réglementation en matière de lutte contre les infections nosocomiales. L'office signale sans délai l'infection nosocomiale au directeur général de l'agence régionale de santé. () ".

7. Il résulte de ces dispositions que la responsabilité d'un établissement de santé

au titre d'une infection nosocomiale ayant entraîné des conséquences répondant aux conditions

de l'article L. 1142-1-1 ne peut être recherchée, par la victime elle-même ou ses subrogés ou par l'ONIAM dans le cadre d'une action récursoire, qu'à raison d'une faute établie à l'origine

du dommage.

8. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 17 juin 2021, que l'infection nosocomiale en litige s'est déclarée sur la main droite de M. C du fait

de la perfusion pratiquée sur ce membre. En outre, il est établi que les lacunes du dossier infirmier de M. C ont empêché les experts de vérifier si les différents éléments de la perfusion avaient été remplacés régulièrement et si la surveillance du patient avait été conforme aux règles de l'art. Néanmoins, ces circonstances ne permettent pas de caractériser l'existence d'une faute établie à l'origine du dommage au sens des dispositions de l'article L. 1142-21 du code de la santé publique. Par suite, les conclusions de l'ONIAM tendant à ce qu'il soit intégralement garanti par le CHU

de Reims de toute indemnisation mise à sa charge doivent être rejetées.

9. Néanmoins, il résulte également de l'instruction que l'infection nosocomiale dont a été victime M. C n'a pas été diagnostiquée lors de sa première période de prise en charge, qui s'est achevée le 1er septembre 2019. Ainsi, M. C a été invité à rejoindre son domicile alors qu'il présentait des signes d'affaiblissements et malgré le fait que sa température corporelle ait été mesurée à 39,3 degrés Celsius le jour de sa sortie de l'hôpital, ce qui constitue un symptôme infectieux. Dans ces circonstances, M. C n'a pas fait l'objet d'une surveillance adéquate,

ce qui constitue une faute de nature à engager la responsabilité du CHU de Reims.

Sur le lien de causalité :

10. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 17 juin 2021 que l'infection nosocomiale dont a souffert de M. C a nécessité son placement dans un service de réanimation à compter du 9 septembre 2019. Si lors de ce séjour il a été affecté par d'autres pathologies, notamment une infection au germe candida glabatra et l'apparition d'un syndrome d'Ogilvie, qui ont contribué à la dégradation de son état de santé ayant conduit à son décès, l'infection nosocomiale initiale, qui a justifié le placement du patient en réanimation, demeure

la cause directe et certaine du décès de M. C. Dès lors, les conséquences dommageables

de l'infection nosocomiale ayant conduit au décès de M. C doivent être intégralement indemnisées par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale.

11. En outre, les experts ont estimé que la faute du CHU de Reims, qui a empêché

une prise en charge précoce de l'infection, est la cause directe et certaine d'éviter le décès

du patient évaluée à 80 %. Dès lors, la responsabilité des conséquences dommageables

de l'infection nosocomiale incombe au CHU de Reims à hauteur de 80 %. Par suite, l'ONIAM, qui dispose d'une action récursoire à l'encontre du responsable du dommage, devra être garanti par le CHU de Reims à hauteur des 80 % des sommes qu'il versera aux consorts C.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices de M. E C :

12. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment et notamment du rapport d'expertise du 17 juin 2021, que, d'une part, M. E C a subi un déficit fonctionnel temporaire de 80 % du 1er septembre au 8 septembre 2019 soit pendant 8 jours. Néanmoins,

les experts ont estimé que M. C aurait subi sur cette période du seul fait des conséquences

de l'opération du 27 août 2019, et même en l'absence d'infection, un déficit fonctionnel de 33 %. Par conséquent, le déficit fonctionnel en lien avec l'infection s'élève à 47 % sur la période considérée. Dès lors, en retenant un taux journalier de 20 euros réduit à 47%, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à hauteur de 100 euros. D'autre part, M. C a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 9 septembre au 27 octobre 2019, date de son décès, soit pendant 49 jours. Dès lors, en retenant un taux journalier de 20 euros, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à hauteur de 1 000 euros. Par conséquent,

le préjudice constitué par le déficit fonctionnel temporaire de M. E C s'élève

à la somme totale de 1 100 euros.

13. En deuxième lieu, les souffrances endurées par M. E C du fait

des conséquences de l'infection nosocomiale dont il a été victime ont été évaluées par les experts à 6 sur une échelle de 7. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à hauteur de 30 000 euros.

14. En troisième lieu, le préjudice esthétique temporaire subi par M. E H du fait des conséquences de l'infection nosocomiale dont il a été victime ont été évaluées par les experts à 5 sur une échelle de 7. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce poste

de préjudice en l'évaluant à hauteur de 5 000 euros.

En ce qui concerne les préjudices propres des requérants :

15. En premier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection

de Mme D C, veuve de M. E C, en lui allouant la somme de 25 000 euros. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection de M. F C, le fils majeur

du défunt chez lequel il résidait, en lui allouant la somme de 12 000 euros. Enfin, il sera fait

une juste appréciation du préjudice d'affection de MM. B et A C, les autres fils majeurs du défunt avec lequel ils ne résidaient plus, en leur allouant à chacun la somme

de 8 000 euros.

16. En deuxième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'accompagnement des requérants en l'évaluant à hauteur de 500 euros s'agissant

de Mme D C et en allouant à chacun des fils de M. E C la somme

de 300 euros.

17. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que Mme D C a exposé

la somme de 2 544 euros afin de rémunérer le médecin conseil dont elle a sollicité l'assistance dans le cadre du présent litige. En outre, Mme C a parcouru 372 kilomètres afin d'assister à la réunion d'expertise ayant eu lieu au Kremlin Bicêtre, dans le Val-de-Marne. Il sera fait une juste appréciation des dépenses exposées dans ce cadre en les évaluant à la somme de 213 euros. Enfin, si Mme C établit avoir exposé la somme de 4 378 euros au titre des frais d'obsèques

de son époux défunt, il sera fait une juste appréciation de son préjudice en l'évaluant à hauteur

de 4 100 euros, le caveau réalisé dans ce cadre disposant d'une capacité de deux places. Par suite, la somme totale de 6 857 euros sera allouée à Mme C au titre de l'ensemble de ces préjudices.

18. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que les revenus du foyer

de Mme D C s'élevaient, en 2018, l'année précédant le décès de son époux, à la somme annuelle de 39 575 euros. La part des dépenses personnelles de M. C devant être évaluée à 30% de cette somme, soit 11 872,50 euros, le revenu annuel restant pour l'année 2018 s'élevait à 27 702,50 euros. En outre, les revenus annuels de Mme C, désormais seule membre de son foyer fiscal, s'élevaient pour l'année 2020, soit postérieurement au décès de son époux, à la somme de 27 127 euros. Dès lors, la perte de revenu subie par Mme C doit être évaluée à 575 euros par an. Par suite, en application du barème de capitalisation publié par la Gazette du Palais en 2022 et d'un coefficient de capitalisation de 10,563 pour un homme âgé de 78 ans, le préjudice

de Mme C sera évalué en capital à la somme de 6 073,73 euros.

19. Il résulte de ce qui précède que l'ONIAM doit être condamné à verser la somme

de 36 100 euros aux consorts C en leur qualité d'ayants droit de M. E C ainsi que 38 430,73 euros à Mme D C, 12 300 euros à M. F C, 8300 euros

à M. A C et 8 300 euros à M. B C, en réparation de leurs préjudices propres, soit la somme totale de 103 430,73 s'agissant de l'ensemble des requérants. Par suite,

pour les motifs exposés au point 11, le CHU de Reims versa à l'ONIAM 80 % de cette somme, soit 82 744,58 euros.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

20. D'une part, les intérêts moratoires dus en application des dispositions

de l'article 1231-6 du code civil, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue

au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter

du jour de cette saisine.

21. Si les consorts C sollicitent des intérêts moratoires à compter de la date

de l'introduction de leur requête en référé tendant à la désignation d'un expert, une telle requête n'est pas de nature à faire courir les intérêts dans la mesure où elle n'était assortie d'aucune demande tendant à la condamnation au paiement de sommes d'argent. Dès lors, les intérêts moratoires sollicités ont commencé à courir à compter du 6 mai 2022, date de la réception

par le CHU de Reims et par l'ONIAM de leur demande indemnitaire préalable.

22. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

23. La capitalisation des intérêts a été sollicitée par les consorts C le 7 juillet 2022 dans leur requête introductive d'instance. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter

6 mai 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts.

Sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne :

24. Aux termes des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander

la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ou du livre Ier. Les caisses

de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. () ".

25. D'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 376-1 du code

de la sécurité sociale que le recours de la caisse de sécurité sociale, subrogée dans les droits

de la victime d'un dommage corporel, s'exerce contre les auteurs responsables de l'accident. Si, en application des dispositions des articles L. 1142-1-1 et L. 1142-22 du code de la santé publique, l'ONIAM doit indemniser au titre de la solidarité nationale les victimes des infections nosocomiales les plus graves, cet établissement public ne peut être regardé comme le responsable des dommages que ces infections occasionnent. Par conséquent, la caisse qui a versé

des prestations à la victime d'une telle infection ne peut exercer un recours subrogatoire contre l'ONIAM.

26. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 1142-21 du code de la santé publique que le législateur, dérogeant dans cette hypothèse aux dispositions du second alinéa

du I de l'article L. 1142-1, qui prévoit un régime de responsabilité de plein droit des établissements de santé en cas d'infection nosocomiale, a entendu que la responsabilité de l'établissement où a été contractée une infection nosocomiale dont les conséquences présentent le caractère de gravité défini à l'article L. 1142-1-1 ne puisse être recherchée qu'en cas de faute établie à l'origine

du dommage, notamment un manquement caractérisé aux obligations posées par la réglementation en matière de lutte contre les infections nosocomiales. Par conséquent, lorsque le degré de gravité des dommages résultant de l'infection nosocomiale excède le seuil prévu à l'article L. 1142-1-1, c'est seulement au titre d'une telle faute qu'une caisse de sécurité sociale ayant versé

des prestations à la victime peut exercer une action subrogatoire contre l'établissement où l'infection a été contracté.

27. La CPAM de la Haute-Marne a produit une note de débours ainsi qu'une attestation d'imputabilité selon laquelle elle a exposé la somme de 96 761,21 euros au titre de frais hospitaliers induits par la prise en charge de M. E C entre le 9 septembre

et le 27 octobre 2019 du fait de l'infection nosocomiale dont il a été victime. Pour les motifs exposés aux points précédents, aucune somme ne peut être mise à la charge de l'ONIAM, qui n'est pas responsable du dommage subi par M. C. Dès lors, le CHU de Reims n'étant responsable qu'à hauteur de 80% de dommages subis par M. C, il devra être condamné, au titre

des débours exposés par la CPAM de la Haute-Marne, à lui verser la somme de 77 408,97 euros.

28. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale

et de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023, il y a lieu d'allouer à la caisse la somme

de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

29. En revanche, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution. La demande de la CPAM de la Haute-Marne tendant à ce que lui soient alloués, à compter de la date du jugement, des intérêts au taux légal sur la somme que le CHU de Reims est condamné à lui verser est donc dépourvue de tout objet et doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

30. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU

de Reims la somme globale de 1 500 euros au bénéfice des consorts C. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'octroyer à la CPAM de la Haute-Marne la somme qu'elle sollicite à ce titre, car, alors qu'elle n'est pas représentée, elle n'établit pas avoir exposé de frais dans le cadre de la présente instance. Enfin, les frais d'expertise taxés à la somme totale de 4 576 euros par des ordonnances du 30 août 2021 doivent être mis à la charge définitive du CHU de Reims.

D E C I D E :

Article 1er : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est condamné à verser à l'ensemble des consorts C,

en leur qualité d'ayant-droits de M. E C, la somme de 36 100 euros, et, en outre,

à Mme D C la somme de 38 430,73 euros, à M. F C la somme 12 300 euros, à M. B C la somme de 8 300 euros et à M. A C la somme de 8 300 euros. Ces sommes sont assorties des intérêts au taux légal à compter du 6 mai 2022. Les intérêts échus à la date du 6 mai 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Reims est condamné à verser à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales somme de 82 744,58 euros.

Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Reims est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne la somme de 77 408,97 euros ainsi que la somme

de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : Le centre hospitalier universitaire de Reims versera aux consorts C la somme

de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

au bénéfice de Mme G.

Article 5 : Les frais d'expertise taxés à la somme de 4 576 euros par des ordonnances

du 30 août 2021 sont mis à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Reims.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à M. B C,

à M. F C, à M. A C, au centre hospitalier universitaire de Reims, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Marne et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

Mme Alibert, première conseillère,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

J. HENRIOTLe président,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

Décisions similaires

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

← Retour aux décisions