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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201672

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201672

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201672
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP HERMINE AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 juillet 2022 et le 14 juillet 2023, M. B, représenté par Me Weber, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Troyes à lui verser la somme totale de 386 875,56 euros outre les intérêts à compter de la décision de la commission de conciliation et d'indemnisation ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Troyes la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Troyes les frais d'expertise ;

4°) de juger le jugement à venir commun et opposable à la CPAM de l'Aube et à l'ONIAM.

Il soutient que :

Sur la responsabilité :

- M. B a contracté une infection nosocomiale au centre hospitalier de Troyes, reconnue par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux de Champagne-Ardenne à la suite du rapport d'expertise qu'elle avait ordonné. Il est bien fondé à engager la responsabilité du centre hospitalier ;

- il a subi des pertes de gains professionnels actuels pour un montant de 3 447,50 euros ;

- des frais de modifications de son véhicule sont demeurés à sa charge et devront être exposés pour un montant de 32 753,28 euros ;

- il a subi des pertes de gains professionnels futurs consécutifs notamment à son licenciement pour inaptitude professionnelle pour un montant de 354 444,34 euros ;

- l'incidence professionnelle sera indemnisée à la somme de 100 000 euros ;

- le déficit fonctionnel temporaire, total et partiel, sera indemnisé à hauteur de 3 174,60 euros ;

- les souffrances endurées, évaluées à 3/7 puis 2/7 lors de la rechute, donneront lieu au versement de la somme de 12 000 euros ;

- le préjudice esthétique temporaire, estimé à 2/7, sera indemnisé à hauteur de 1 148 euros ;

- au titre du déficit fonctionnel permanent, déterminé à 10% par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux de Champagne-Ardenne, il lui sera alloué une somme de 44 705,32 euros ;

- le préjudice esthétique permanent, mesuré à 1/7, sera indemnisé à 2 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 octobre 2022 et le 1er septembre 2023, le centre hospitalier de Troyes, représenté par la SCP Sammut Croon Journé-Léau, demande au tribunal de réduire à de plus justes proportions les demandes de M. B.

Il fait valoir que :

Sur la responsabilité :

- la responsabilité du centre hospitalier devra être limitée à 70 % ;

Sur les préjudices :

- deux provisions ont été versées au requérant pour un montant total de 7 695,50 euros qu'il faudra déduire de l'indemnisation allouée ;

- le bilan séquellaire réalisé par le Dr C doit être écarté car il ne présente pas de caractère contradictoire ;

- les demandes de M. B tendant à l'indemnisation de sa perte de gains professionnels actuels et futurs et de son préjudice d'agrément doivent être rejetées ;

- la demande de M. B quant à l'indemnisation de la perte de ses frais de véhicule adapté doit être réduite à de plus justes proportions ;

- il convient de rejeter la demande de M. B aux fins de condamnations aux intérêts à compter de l'avis de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux Champagne-Ardenne (CCI).

Par un mémoire, enregistré le 14 octobre 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, représenté par Me Saidji, conclut à sa mise hors de cause.

Il fait valoir que les conditions d'engagement de la solidarité nationale ne sont pas remplies.

Les caisses primaires d'assurance maladie de la Marne et de l'Aube n'ont pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Alibert,

- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public,

- les observations de Me Weber, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 7 novembre 1973, a été victime le 16 février 2014 d'un accident de motocyclette lui occasionnant une fracture de la malléole externe et une plaie sur le dessus du pied. Pris en charge au centre hospitalier de Troyes, il a subi une ostéosynthèse de la fracture le 17 février 2014. Le 14 avril 2014, il a présenté une inflammation de sa cicatrice et un état fébrile. Le staphylocoque doré Métis-S a été retrouvé dans le prélèvement effectué. Le matériel d'ostéosynthèse a été retiré le 16 avril 2014 et une antibiothérapie a été mise en place.

M. B a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) le 1er octobre 2015, laquelle a diligenté une expertise. A la suite du rapport d'expertise du 8 février 2016, la CCI a émis un avis le 19 avril suivant aux termes duquel elle reconnaissait que M. B souffrait de préjudices ayant été causés à hauteur de 70% par une infection nosocomiale contractée par le requérant au centre hospitalier de Troyes Un rapport d'expertise du 28 juin 2019 et un avis de la CCI du 17 septembre 2019 ont confirmé les conclusions initiales et ont fixé la consolidation

au 15 février 2016. L'assureur du centre hospitalier de Troyes a soumis à M. B

une proposition d'indemnisation le 20 novembre 2019. Par la requête susvisée l'intéressé demande, dans le dernier état de ses écritures, à ce que le centre hospitalier soit condamné à lui verser la somme de 386 875,56 euros outre les frais d'expertise, en réparation de ces préjudices.

Sur la responsabilité du centre hospitalier de Troyes :

2. Aux termes des dispositions de l'article L.1142-1 du code de la santé publique applicables au litige : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

3. " Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ". Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

4. Il résulte de l'instruction, et notamment des rapports d'expertise des 8 février 2016 et 28 juin 2019 et des avis de la CCI des 19 avril 2016 et 17 septembre 2019 que M. B a été victime, au cours de sa prise en charge au sein du CH de Troyes à compter du 16 février 2014, d'une infection liée à la présence d'un staphylocoque doré. Les experts ont fixé à 70% la part de responsabilité du centre hospitalier de Troyes qui ne conteste pas ce chiffre. La date de consolidation a été fixée au 15 février 2016 par le rapport d'expertise du 25 octobre 2019.

5. En outre, il résulte d'un rapport médical issu d'une expertise non contradictoire en date du 13 janvier 2023 que M. B aurait subi le 24 mars 2021, après sa consolidation, une arthrodèse de la cheville, résultant d'une aggravation de sa pathologie envisagée comme possible dans le rapport d'expertise et l'avis de la CCI rendus en 2019. Toutefois, les éléments inclus dans ce rapport n'étant corroborés par aucune autre pièce du dossier, il convient d'ordonner

une expertise afin de fournir au juge les éléments permettant de statuer sur l'existence d'un lien de causalité entre l'infection nosocomiale et l'opération réalisée et d'évaluer les préjudices résultant de cette éventuelle aggravation.

D E C I D E :

Article 1er : Avant dire droit, il est ordonné une expertise confiée à un collège composé de deux experts, l'un spécialisé en maladies infectieuses et l'autre spécialisé en traumatologie séquellaire, en présence de M. B, du centre hospitalier de Troyes, de l'ONIAM, de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aube.

Article 2 : Les experts auront pour mission :

1°) de se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé et aux conditions de vie de M. B depuis l'expertise du 28 juin 2019 et d'examiner le requérant ;

2°) de déterminer l'existence d'une aggravation de son état depuis le 15 février 2016, date de la consolidation, et d'apporter les éléments permettant de statuer sur un lien de causalité entre l'opération subie par M. B le 24 mars 2021 et l'infection nosocomiale contractée au centre hospitalier de Troyes ;

3°) le cas échéant, décrire l'ensemble des préjudices patrimoniaux, assistance d'une tierce personne notamment, et personnels (déficit fonctionnel, souffrances endurées, préjudice esthétique, etc) subis par M. B à la suite de cette aggravation et de cette nouvelle opération et la part de responsabilité du centre hospitalier de Troyes dans leur survenance ;

4°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal d'évaluer les préjudices patrimoniaux et personnels subis par M. B.

Article 3 : Les experts seront désignés par la présidente du tribunal. Ils accompliront leur mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Ils pourront, au besoin, se faire assister par un sapiteur dans le cadre de leur mission après y avoir été autorisés par la présidente du tribunal auprès duquel ils devront justifier leur demande.

Article 4 : Les experts déposeront leur rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifieront eux-mêmes copie aux parties.

Article 5 : La charge des frais d'expertise est réservée pour y être statué en fin d'instance.

Article 6 : Les frais liés au litige sont réservés pour y être statué en fin d'instance.

Article 7 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. B, au centre hospitalier de Troyes,

à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aube et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux et des infections iatrogènes.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

Mme Alibert, première conseillère,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

B. ALIBERT

Le président,

signé

A. DESCHAMPSLe greffier,

signé

A. PICOT

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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