vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2201824 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 août 2022, Mme B A demande au tribunal d'annuler la décision du 13 juillet 2022 par laquelle la commission des recours amiables de la mutuelle sociale agricole Sud-Champagne a refusé de lui accorder une remise gracieuse sur un indu d'aide personnalisée au logement qui s'élève à la somme de 1544 euros.
Elle soutient qu'elle est de bonne foi et qu'elle est dans une situation financière précaire, compte tenu du fait que ses droits à chômage viennent à expiration et que son invalidité physique ne lui permet pas d'envisager la reprise d'une activité professionnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2022, la mutuelle sociale agricole Sud-Champagne conclut :
- au rejet de la requête ;
- à ce que Mme A soit condamnée à lui rembourser l'indu d'aide personnalisée au logement qui a été mis à sa charge pour une somme de 1 544 euros ;
- à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées le 15 mai 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles présentées par la mutuelle sociale agricole et tendant à la condamnation de Mme A au règlement de l'indu d'aide personnalisée au logement mis à sa charge, dès lors que l'organisme payeur dispose de la procédure de contrainte pour le recouvrement des indus de prestations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné, sur le fondement de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. C a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A s'est vue réclamer, par une décision du 19 mai 2020, le remboursement d'un indu d'aide personnalisée au logement pour un montant de 1 544 euros et, par une décision du 13 juillet 2022, la commission des recours amiables de la mutuelle sociale agricole Sud-Champagne a refusé de lui accorder une remise gracieuse sur cet indu. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette dernière décision et de lui accorder la remise sollicitée.
Sur la demande de remise gracieuse :
2. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement comprennent : / 1° L'aide personnalisée au logement ; () ". Aux termes de l'article L. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés. " Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " () La créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. () ".
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'aide personnelle au logement, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision. À cet effet, il y a lieu de rechercher si la situation de précarité de l'intéressé et sa bonne foi justifient qu'il lui soit accordé une remise ou une réduction de dette.
4. Il résulte de l'instruction que, si Mme A soutient que, suite à son licenciement pour inaptitude physique, ses droits à chômage viennent à expiration et qu'elle n'est pas apte à la reprise d'une activité professionnelle, elle n'établit pas ces allégations et n'apporte aucune précision sur la précarité de sa situation financière, à défaut de détailler le montant des ressources de toute nature qu'elle perçoit et le montant des charges courantes de son foyer. Ainsi, et quand bien même sa bonne foi dans l'origine de l'indu n'est pas remise en cause, Mme A n'établit pas qu'elle serait dans l'impossibilité de rembourser l'indu en cause sans que cela ne compromette durablement l'équilibre de son budget et ne menace la satisfaction des besoins élémentaires des membres de son foyer. Par suite, elle n'est pas fondée à obtenir une remise gracieuse sur cet indu, sans préjudice pour celle-ci de présenter une nouvelle demande de remise gracieuse au regard de sa situation financière actuelle.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.
Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la mutuelle sociale agricole Sud-Champagne :
6. Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée ou d'une prestation recouvrable sur la succession et sans préjudice des articles L. 133-4 du présent code et L. 725-3-1 du code rural et de la pêche maritime, le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. "
7. En application du principe selon lequel une personne morale de droit public ou privé chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même, l'organisme payeur n'est pas recevable à demander au tribunal de condamner un allocataire au remboursement de prestations qu'il a indûment perçues, dès lors qu'il dispose du pouvoir de délivrer une contrainte lui permettant de recouvrer une prestation indument versée qui, sauf opposition fondée, comporte les effets d'un jugement en application des dispositions précitées de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale. Par suite, les conclusions reconventionnelles de la mutuelle sociale agricole Sud-Champagne présentées en ce sens sont irrecevables et doivent donc être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la mutuelle sociale agricole Sud-Champagne présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : L'ensemble des conclusions reconventionnelles présentées par la mutuelle sociale agricole Sud-Champagne sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la mutuelle sociale agricole Sud-Champagne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.
Le magistrat désigné,
signé
C. CLe greffier,
signé
A. PICOT
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