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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201850

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201850

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201850
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL JURILAW AVOCATS CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 465448 du 27 juillet 2022, enregistrée le 4 août 2022 au greffe du tribunal, le président de la section du contentieux du conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, en application de l'article R. 351-6 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme B A.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nancy le 11 mai 2022, par un mémoire, enregistré au greffe du tribunal administratif de Strasbourg le 16 juin 2022, et par des mémoires, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne les 29 août 2022, 28 octobre 2022 et 11 janvier 2024, Mme A, désormais représentée par Me Levêque, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, ainsi que des pénalités correspondantes, auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2017 ;

2°) de prononcer la mainlevée de l'hypothèque judiciaire inscrite au bénéfice du comptable public sur ses biens immobiliers en vue du recouvrement de ces cotisations supplémentaires ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée concernant le montant de la discordance entre les crédits inscrits à son compte bancaire et ses revenus imposables au titre de l'année 2017 et au regard des justifications qu'elle a apportées à cet égard ;

- elle n'a pas perçu les revenus que l'administration a réintégrés dans son revenu imposable au titre de l'année 2017, dès lors que les sommes correspondantes proviennent, d'une part, de son épargne constituée antérieurement à 2017 à partir des revenus de son activité professionnelle à Hong Kong, et, d'autre part, d'aides financières apportées par sa famille en Chine ;

- la cour d'appel de Paris a jugé les mêmes faits ;

- l'existence d'un manquement délibéré n'est pas établie.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 novembre 2022 et 17 octobre 2024, l'administratrice de l'Etat en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la mainlevée de l'hypothèque judiciaire inscrite au bénéfice du comptable public sur les biens de Mme A pour le recouvrement des cotisations supplémentaires en litige, dès lors que de telles conclusions ressortissent à la compétence du juge judiciaire.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rifflard, conseiller,

- et les conclusions de M. Maleyre, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle au titre des années 2016 à 2018, qui a donné lieu à une proposition de rectification en date du 11 janvier 2021 portant sur la réintégration d'un montant de 61 591 euros de revenus d'origine indéterminée dans son revenu global imposable au titre de l'année 2017 et l'application d'une majoration de 40 % pour manquement délibéré. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux à hauteur d'un montant total de 34 892 euros en droits, intérêts et pénalités ont été mises en recouvrement le 30 juin 2021 au titre de cette réintégration. Mme A a présenté à l'administration des réclamations afin de demander le dégrèvement de ces cotisations supplémentaires, notamment les 9 juillet 2021, 5 novembre 2021 et 9 novembre 2021, qui ont fait l'objet d'une décision de rejet du 31 mars 2022. Mme A demande au tribunal de prononcer la décharge de ces cotisations supplémentaires.

Sur les conclusions tendant à la mainlevée de l'hypothèque judiciaire :

2. Aux termes de l'article 1929 ter du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " Pour le recouvrement des impositions de toute nature et amendes fiscales confié aux comptables mentionnés à l'article L. 252 du livre des procédures fiscales, le Trésor a une hypothèque légale sur tous les biens immeubles des redevables. Cette hypothèque prend rang à la date de son inscription au fichier immobilier. Elle ne peut être inscrite qu'à partir de la date de mise en recouvrement des impositions et pénalités y afférentes lorsque celles-ci résultent d'une procédure de rectification ou d'imposition d'office ou à partir de la date à laquelle le contribuable a encouru une majoration ou pénalité pour défaut de paiement ". Aux termes de l'article R. 531-1 du code des procédures civiles d'exécution : " Sur présentation de l'autorisation du juge ou du titre en vertu duquel la loi permet qu'une mesure conservatoire soit pratiquée, une sûreté peut être prise sur un immeuble, un fonds de commerce, des parts sociales ou des valeurs mobilières appartenant au débiteur ". Aux termes de l'article R. 533-1 du même code : " La publicité provisoire doit être confirmée par une publicité définitive. Cette publicité donne rang à la sûreté à la date de la formalité initiale, dans la limite des sommes conservées par cette dernière ". Aux termes de l'article R. 512-2 du même code : " La demande de mainlevée est portée devant le juge qui a autorisé la mesure. Si celle-ci a été prise sans autorisation préalable du juge, la demande est portée devant le juge de l'exécution du lieu où demeure le débiteur () ". Aux termes de l'article R. 512-3 du même code : " Les autres contestations sont portées devant le juge de l'exécution du lieu d'exécution de la mesure ".

3. Le pôle de recouvrement spécialisé des Ardennes a inscrit le 1er juillet 2021 au service de la publicité foncière de Charleville-Mézières une hypothèque judiciaire définitive sur des biens immobiliers de Mme A situés à Sedan, en conversion de l'hypothèque judiciaire provisoire du 13 avril 2021. Il résulte des dispositions mentionnées au point précédent que les demandes de mainlevée d'hypothèques judiciaires sont portées devant le juge judiciaire. Par suite, les conclusions de Mme A aux fins de mainlevée de l'hypothèque judiciaire définitive prise sur ses biens doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Selon l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés ainsi que les années d'imposition concernées.

5. Il résulte des termes de la proposition de rectification adressée à Mme A que, dans le cadre de l'examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle, le service lui a demandé, par un courrier du 26 juin 2019, de lui adresser ou remettre dans un délai de soixante jours la totalité des relevés des comptes financiers et comptes courants sur lesquels elle avait réalisé des opérations de nature personnelle au titre des années 2016, 2017 et 2019. Mme A n'a donné aucune suite à cette demande. Le 16 septembre 2019, le service a exercé son droit de communication auprès de la banque HSBC concernant un compte bancaire de Mme A. Les relevés de ce compte concernant la période du 17 octobre 2011 au 14 septembre 2017 lui ont été communiqués le 31 octobre 2019. Par ailleurs, le service a fait une demande d'assistance administrative internationale auprès des autorités compétentes de Belgique. La réponse de ces autorités concernant un compte de Mme A ouvert dans les livres de la banque KBC BANK NV a été réceptionnée par les autorités françaises le 3 novembre 2020. L'examen des relevés de ces deux comptes bancaires, l'un à la HSBC l'autre à la KBC BANK NV, a révélé l'existence de sommes créditées pour un total de 66 391 euros au cours de l'année 2017, dont le détail a été repris dans des annexes 1 et 2 à la proposition de rectification. Mme A n'ayant déclaré au titre de l'année 2017 qu'un montant de 4 800 euros de revenus imposables, le service lui a adressé, par des courriers du 1er septembre 2020 et du 13 novembre 2020, des demandes d'éclaircissement ou de justifications sur le fondement de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales. Mme A n'a pas répondu à ces demandes. Le service a proposé à Mme A, selon la procédure de taxation d'office prévue à l'article L. 69 du livre des procédures fiscales, la réintégration dans son revenu global imposable de 2017 de l'écart entre les sommes créditées sur ses comptes bancaires et le montant de ses revenus déclarés, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, soit un montant de 61 591 euros.

6. Il résulte de ce qui précède que la proposition de rectification adressée à Mme A comportait les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés ainsi que l'année d'imposition concernée. Par ailleurs, Mme A n'ayant présenté aucune justification concernant l'origine des revenus d'origine indéterminée retenus par le service avant d'avoir reçu la proposition de rectification, elle n'est pas fondée à soutenir que cette proposition serait insuffisamment motivée au regard des justifications qu'elle n'a présentées que postérieurement à cette proposition de rectification. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification doit être écarté comme manquant en fait.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales : " Sous réserve des dispositions particulières au mode de détermination des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles et des bénéfices non commerciaux, sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16 ". Aux termes de l'article L. 193 du même livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".

8. D'une part, comme cela a été indiqué au point 5 du jugement, les rectifications en litige ont été proposées à Mme A selon la procédure de taxation d'office en application de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales. Dès lors, la charge de la preuve de l'exagération des cotisations supplémentaires en litige pèse sur Mme A.

9. D'autre part, pour établir le caractère exagéré des impositions en litige, Mme A fait valoir que les sommes relevées sur ses comptes bancaires et réintégrées à son revenu imposable auraient leur origine dans sa précédente activité professionnelle à Hong Kong et dans des aides financières apportées par sa famille en Chine. Toutefois, elle se borne à produire à cet égard, d'une part, un certificat de travail en anglais et chinois émis en 2011 par The Hong Kong Polytechnic University ainsi qu'un document " employer's return of remuneration and pensions for the year from 1 April 2009 to 31 March 2010 ", et, d'autre part, une attestation de sa sœur en Chine selon laquelle durant l'année 2017 celle-ci s'est chargée de toutes les dépenses de la vie courante de Mme A par des versements effectués depuis la Chine. Ces seuls éléments sont insuffisants pour établir l'origine de l'ensemble des sommes réintégrées par le service dans le revenu imposable de Mme A, laquelle n'établit ainsi pas le caractère exagéré des impositions qu'elle conteste.

10. En dernier lieu, Mme A a produit un arrêt de la chambre sociale de la cour d'appel de Nancy du 22 février 2022, qui a été rendu dans une affaire l'opposant aux URSSAF de Champagne-Ardenne concernant une infraction de travail dissimulé par dissimulation d'emploi salarié dans le cadre de son établissement dénommé " Le château de B ", et un rappel de cotisations et contributions de sécurité sociale, d'assurance chômage et d'AGS. Toutefois, en se bornant à faire valoir que cet arrêt porte sur des faits liés à ceux du présent litige, elle n'assortit pas ce moyen de suffisamment de précisions pour pouvoir en apprécier le bien-fondé. Ce moyen ne peut dès lors qu'être écarté.

En ce qui concerne les pénalités :

11. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".

12. Pour assortir les cotisations supplémentaires en litige de la majoration de 40 % pour manquement délibéré, le service a retenu, d'une part, que l'abstention de Mme A de répondre aux demandes d'éclaircissement et de justifications révèle l'intention délibérée de l'intéressée de dissimuler des revenus et d'éluder l'impôt correspondant, et que, d'autre part, Mme A ne pouvait ignorer les crédits régulièrement portés à son compte bancaire compte tenu de ce qu'ils représentent un total de 66 391 euros et que Mme A n'a déclaré des revenus imposables ne correspondant qu'à environ 7 % de cette somme totale. Toutefois, en se fondant sur ces seules circonstances, l'administration n'établit pas, en l'espèce, l'existence d'un manquement délibéré de Mme A. Par suite, Mme A est fondée à demander la décharge de la majoration de 40 % appliquée sur les cotisations supplémentaires en litige.

Sur les frais liés au litige :

13. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale et ne soutient pas avoir exposé d'autres frais que ceux pris en charge par l'aide juridictionnelle. Dès lors, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est déchargée de la majoration pour manquement délibéré appliquée aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2017.

Article 2 : Le surplus des conclusions de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'administratrice de l'Etat en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Briquet, président,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

R. RIFFLARDLe président,

Signé

B. BRIQUET

La greffière,

Signé

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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