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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202002

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202002

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202002
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL LANDOT & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

(2ème chambre)

Par une requête enregistrée le 30 août 2022, la société Sogea Est BTP, représentée par Me Claudon, demande au tribunal :

1°) de prononcer la caducité des cinq saisies à tiers détenteur notifiées les 4 et 5 juillet 2022 ;

2°) d'annuler la décision de rejet de la paierie départementale de l'Aube du 22 juillet 2022 refusant de suspendre la procédure de recouvrement forcée ;

3°) de mettre à la charge de la régie du syndicat mixte de l'eau, de l'assainissement collectif, de l'assainissement non collectif, des milieux aquatiques et de la démoustication et de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision du 22 juillet 2022 rejetant son recours préalable méconnaît l'effet suspensif de l'exigibilité des créances provoqué par le recours contestant le bien-fondé de celles-ci et frappant de caducité les avis à tiers détenteurs émis.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2024, la régie du syndicat mixte de l'eau, de l'assainissement collectif, de l'assainissement non collectif, des milieux aquatiques et de la démoustication, représentée par Me Landot conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société SOGEA Est BTP de la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un courrier du 24 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions tendant à l'annulation de la décision explicite de rejet de la paierie départementale de l'Aube du 22 juillet 2022 refusant de suspendre la procédure de recouvrement forcé et au prononcé de la caducité des saisies administratives à tiers détenteur dès lors qu'elles ne portent que sur l'exigibilité des créances et relèvent de la compétence du juge judiciaire.

Par un mémoire du 27 septembre 2024, la régie du syndicat mixte de l'eau, de l'assainissement collectif, de l'assainissement non collectif, des milieux aquatiques et de la démoustication a présenté ses observations sur le moyen d'ordre public susceptible d'être relevé d'office.

Par un mémoire du 30 septembre 2024, la société SOGEA Est BTP a présenté ses observations sur le moyen d'ordre public susceptible d'être relevé d'office.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Oscar Alvarez, rapporteur

- les conclusions de Mme Lambing, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Ifcic représentant la régie du syndicat mixte de l'eau, de l'assainissement collectif, de l'assainissement non collectif, des milieux aquatiques et de la démoustication.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Bar sur Aube a confié le 18 décembre 2015 à la société SOGEA Est BTP l'exploitation de son service d'assainissement collectif pour une durée de dix ans à compter du 1er janvier 2016. A partir du 1er janvier 2018, la compétence d'assainissement collectif de la commune de Bar sur Aube a été transférée à la régie du syndicat mixte ouvert de l'eau, de l'assainissement collectif, de l'assainissement non collectif, des milieux aquatiques et de la démoustication (régie du SDDEA). La commune de Bar sur Aube a conclu trois conventions avec les communes de Fontaine le 14 novembre 2003, d'Ailleville le 30 juin 2005 et de Proverville le 8 décembre 2009 fixant les conditions de déversement des eaux usées dans son réseau d'assainissement. Au titre de ces conventions, la régie du SDDEA a facturé des sommes à ces trois communes pour un montant total de 84 591, 31 euros. La société SOGEA Est BTP a demandé par courrier en date du 21 septembre 2021 à la régie du SDDEA de lui reverser les sommes encaissées. La régie du SDDEA a procédé à ce mandatement le 29 octobre 2021. Par courrier en date du 7 février 2022, la société SOGEA BTP a contesté le bien-fondé de la demande de remboursement formulée par la paierie départementale de l'Aube. Par courrier en date du 10 février 2022, la paierie a réitéré sa demande de remboursement. Par courrier du 21 février 2022, la direction générale des finances publiques a adressé une lettre de relance aux fins d'obtenir le remboursement de la somme de 57 871, 82 euros puis l'a mis en demeure de la rembourser le 2 mars 2022. A cette même date, une seconde mise en demeure lui a été adressée portant sur une somme de 26 719,49 euros. La société SOGEA a adressé un recours préalable le 17 mars 2022 à la régie du SDDEA et à la paierie départementale en demandant l'annulation de ces titres de recettes qui est resté sans réponse. Une requête en opposition à exécution du titre de recette a été déposée le 18 juillet 2022. La paierie a en parallèle notifié le 4 juillet 2022 trois saisies administratives effectuées le 23 juin 2022 d'un montant identique de 64 164, 05 euros entre les mains des services de gestion comptable de Troyes, de Romilly-sur-Seine et de Bar sur Aube. Le centre des finances publiques a également notifié à la société SOGEA Est BTP deux saisies administratives à tiers détenteurs sur son compte bancaire détenu auprès de la banque Kolb, la première d'un montant de 51 701, 70 euros et la seconde d'un montant de 12 462, 35 euros. Par deux recours préalables du 21 juillet 2022 adressés à la paierie départementale de l'Aube et au centre des finances publiques de l'Aube, la société SOGEA Est BTP a sollicité l'annulation des saisies à tiers détenteurs. Par courrier en date du 22 juillet 2022, la paierie départementale de l'Aube a notifié à la société SOGEA Est BTP un rejet de sa demande d'annulation des actes de poursuite. Par la présente requête, la société SOGEA demande au tribunal de prononcer la caducité des cinq saisies à tiers détenteurs effectuées et d'annuler la décision de la paierie départementale de l'Aube du 22 juillet 2022 refusant de suspendre la procédure de recouvrement forcé.

2. Aux termes de l'article L. 2221-10 du code général des collectivités territoriales : " Les régies dotées de la personnalité morale et de l'autonomie financière, dénommées établissement public local, sont créées, et leur organisation administrative et financière déterminée, par délibération du conseil municipal. Elles sont administrées par un conseil d'administration et un directeur désignés dans les mêmes conditions sur proposition du maire. Un décret en Conseil d'Etat détermine, en tant que de besoin, les modalités d'application du présent article ainsi que les modalités particulières applicables aux régies créées pour l'exploitation de services d'intérêt public à caractère administratif ".

3. Il résulte de l'instruction que la régie du SDDEA est en vertu de l'article 1er de ses statuts " une régie dotée de la personnalité morale et de l'autonomie financière au sens des dispositions de l'article L. 2221-10 ". Cette structure est considérée comme un établissement public local auquel s'appliquent les dispositions du chapitre VII du Titre Ier du Livre VI de la première partie de la partie législative du code général des collectivités territoriales au nombre desquelles figurent les dispositions des articles L. 1614-7 et L. 1615-7 qui, renvoient, pour ce dernier, aux dispositions de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales.

4. Aux termes de l'article L. 1617-4 du code général des collectivités territoriales : " Le présent chapitre est applicable aux établissements publics des collectivités territoriales ". Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / () / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales () ".

5. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : () c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution. ".

6. Il ressort des dispositions visées au point précédent que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

7. Les conclusions qui visent au prononcé de la caducité des saisies administratives à tiers détenteurs et à l'annulation d'une décision de refus de suspendre le recouvrement forcé de sommes d'argent, fondées sur un moyen tiré de l'exigibilité des créances non fiscales d'un établissement public local, sans remettre en cause le bien-fondé des créances elles-mêmes, ressortissent du contentieux du recouvrement. Par, suite ces conclusions relèvent du juge judiciaire, juge de l'exécution.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à ce que soit constatée la caducité des actes de poursuite et à fins d'annulation de la décision de rejet de la paierie départementale de l'Aube du 22 juillet 2022 refusant de suspendre la procédure de recouvrement forcée doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les frais de l'instance

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la régie du syndicat mixte de l'eau, de l'assainissement collectif, de l'assainissement non collectif, des milieux aquatiques et de la démoustication qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par la société SOGEA Est BTP au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante la somme de demandée par la régie du syndicat mixte de l'eau, de l'assainissement collectif, de l'assainissement non collectif, des milieux aquatiques et de la démoustication au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions tendant à ce que soit constatée la caducité des actes de poursuite et à fins d'annulation de la décision de rejet de la paierie départementale de l'Aube du 22 juillet 2022 refusant de suspendre la procédure de recouvrement forcée, sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société SOGEA Est BTP et à la régie du syndicat mixte ouvert de l'eau, de l'assainissement collectif, de l'assainissement non collectif, des milieux aquatiques et de la démoustication.

Copie en sera adressée à la paierie départementale de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller

M. Oscar Alvarez, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

Le rapporteur,

O. ALVAREZ

Le président,

O. NIZETLa greffière,

I. DELABORDE

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aube en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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