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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202059

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202059

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202059
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL IFAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 2 septembre 2022, enregistrée le 5 septembre 2022 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Nantes a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B A.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Nantes le 3 décembre 2018 et le 29 août 2019, M. B A, représenté par Me Bensaid, demande au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015.

Il soutient que :

- la proposition de rectification qui lui a été adressée est irrégulière dès lors que les annexes à la proposition de rectification de la société Ice Creation n'y étaient pas jointes et que la date de cette proposition de rectification n'y était pas indiquée ;

- la charge de la preuve pèse sur l'administration concernant les cotisations supplémentaires au titre de l'année 2014 ;

- les impositions en litige sont exagérées dès lors en premier lieu que c'est à tort que l'administration a retenu que des recettes en espèces n'avaient pas été déclarées, en deuxième lieu que les méthodes de reconstitution des recettes de la société Ice Creation au titre de ses exercices clos en 2014 et en 2015 ne tiennent pas compte du fait que l'exercice clos en 2014 comportait treize mois et non douze, et que la méthode de reconstitution des bénéfices utilisée aurait dû tenir compte des débits au compte bancaire de la société Ice Creation, et en dernier lieu que la reconstitution des recettes ne repose en l'espèce que sur une seule méthode.

Par des mémoires en défense, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Nantes les 28 mai 2019 et 18 septembre 2019, le directeur départemental des finances publiques de la Marne conclut au rejet de la requête de M. A.

Il soutient les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rifflard, conseiller,

- et les conclusions de M. Maleyre, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Ice Creation a fait l'objet d'une proposition de rectification en date du 4 mai 2017 portant sur ses déclarations de résultats imposables à l'impôt sur les sociétés au titre de ses exercices du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2014 et du 1er janvier 2015 au 31 août 2015, ainsi que sur la taxe sur la valeur ajoutée. Les sommes réintégrées par le service dans le résultat imposable de cette société ont été par ailleurs retenues par l'administration comme constituant des revenus distribués au bénéfice de M. A. Par une proposition de rectification du 4 mai 2017, l'administration a notifié à M. A des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2014 à hauteur d'un montant total en principal, intérêts et pénalités, de 47 558 euros, et de l'année 2015 à hauteur d'un montant total en principal, intérêts et pénalités, de 106 623 euros. Ces montants ont été mis en recouvrement le 30 septembre 2017. Par une réclamation du 4 juillet 2018, M. A a demandé à l'administration de prononcer le dégrèvement total de ces cotisations. Cette réclamation a été rejetée le 3 octobre 2018. M. A demande au tribunal la décharge de ces cotisations supplémentaires.

Sur la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. () ".

3. Il résulte des dispositions précitées que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés ainsi que les années d'imposition concernées. Hormis le cas où elle se réfère à un document qu'elle joint à la proposition de rectification ou à la réponse aux observations du contribuable, l'administration peut satisfaire cette obligation en se bornant à se référer aux motifs retenus dans une proposition de rectification ou une réponse aux observations du contribuable, consécutive à un autre contrôle et qui lui a été régulièrement notifiée, à la condition qu'elle identifie précisément la proposition ou la réponse en cause et que celle-ci soit elle-même suffisamment motivée.

4. M. A fait valoir que la proposition de rectification qui lui a été adressée est insuffisamment motivée.

5. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification adressée à M. A mentionne le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées. Par ailleurs, concernant les motifs des rectifications, elle indique qu'elle fait suite à la vérification de comptabilité de la SARL Ice Creation dont les opérations de contrôle se sont déroulées du 17 janvier 2017 au 14 avril 2017 et à l'issue de laquelle une proposition de rectification a été adressée à cette société. Un extrait de cette proposition de rectification adressée à la SARL Ice Creation est reproduit dans la proposition de rectification de M. A. Cet extrait reprend l'intégralité des motifs de droit et de fait des rectifications qui ont été proposées à la société Ice Creation en matière d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée. Il comprend les motifs sur le fondement desquels M. A a été regardé comme maître de l'affaire et a fait l'objet des rectifications en litige au titre de revenus réputés distribués procédant des rectifications ci-avant notifiées à cette société.

6. Si M. A se prévaut de ce que la proposition de rectification qui lui a été adressée fait référence à deux annexes à la proposition de rectification adressée à la société qui ne lui ont pas été communiquées, il résulte de l'instruction que M. A n'a pas demandé au service la communication de ces annexes alors qu'il lui était loisible de le faire. Par ailleurs, il résulte des termes de la proposition de rectification adressée à M. A que ces annexes reprenaient seulement le relevé détaillé des transactions encaissées par carte bleue par la société Ice Creation au cours des années 2014 et 2015. Les montants totaux de ces transactions, à partir desquels les recettes en espèces de cette société ont ensuite été reconstituées par le service, étaient quant à eux repris dans un tableau figurant dans la proposition de rectification de M. A. Dans ces conditions, la seule absence de communication de ces annexes à M. A ne saurait être regardée comme ayant privé ce dernier de la possibilité de présenter utilement des observations sur la proposition de rectification qui lui a été notifiée.

7. Si la date de la proposition de rectification adressée à la société Ice Creation n'était pas indiquée dans la proposition de rectification adressée à M. A, il est constant que les deux propositions de rectifications dataient du même jour. Par ailleurs, les éléments datés concernant les opérations de contrôle menées auprès de la société Ice Creation ainsi que l'identification de la période contrôlée, étaient repris dans les deux propositions, et permettaient à M. A d'identifier avec suffisamment de précision le document auquel le service s'est référé pour lui proposer des rectifications.

8. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification adressée à M. A doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

9. Aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : 1° à l'impôt sur le revenu, les contribuables qui n'ont pas déposé dans le délai légal la déclaration d'ensemble de leurs revenus (), sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 67 ; () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 67 du même livre : " La procédure de taxation d'office prévue aux 1° et 4° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. () ".

10. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ".

11. Il résulte de l'instruction que M. A n'a pas déposé sa déclaration d'impôt sur le revenu au titre des revenus de l'année 2015, et qu'il ne l'a pas davantage souscrite après avoir été mis en demeure par le service par un courrier adressé le 24 janvier 2017. Par ailleurs, M. A ne conteste pas n'avoir présenté aucune observation à la suite de la réception de la proposition de rectification en litige. Dans ces conditions, la charge de la preuve de l'exagération de l'intégralité des impositions en litige pèse sur M. A.

En ce qui concerne les montants de revenus réputés distribués à M. A :

12. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; () ". Les revenus visés par ces dispositions sont présumés, jusqu'à preuve contraire, distribués à la date de clôture de l'exercice au terme duquel leur existence a été constatée.

13. M. A fait valoir que les impositions en litige présentaient un caractère exagéré.

14. A cet effet, il soutient en premier lieu que l'administration a, à tort, retenu que des recettes en espèces n'avaient pas été déclarées.

15. Il résulte à cet égard de l'instruction que la société Ice Creation n'a présenté au service une comptabilité que concernant son exercice clos le 31 décembre 2014. Cette comptabilité a été écartée comme non probante dès lors qu'elle comportait de graves irrégularités. Ainsi, elle était dépourvue de pièces justificatives en particulier concernant les recettes déclarées, le montant de chiffre d'affaires étant fixé globalement en fin de journée sans aucun relevé des opérations réalisées. Par ailleurs, les comptes " caisse " et " stock " n'avaient enregistré aucun mouvement. Eu égard à ce caractère non probant, le service a exercé son droit de communication auprès de cinq entreprises exerçant dans des conditions comparables la même activité que la société Ice Creation et ayant un chiffre d'affaires avoisinant. Les informations recueillies ont permis d'établir que la marge brute de la société Ice Creation résultant de ses opérations comptabilisées au titre de son exercice clos en 2014, à savoir une marge de 3,01, était inférieure à celle de ces entreprises s'élevant en moyenne en 2014 à 3,76 et en 2015 à 3,69.

16. En outre, le service a relevé que la société Ice Creation n'a déclaré que 2 920 euros de recettes en espèces au titre de l'exercice clos en 2014. Dans ces conditions, il a procédé à une reconstitution de son chiffre d'affaires et de son résultat au titre des exercices clos en 2014 et en 2015, en utilisant une méthode consistant à compléter le chiffre d'affaires déclaré par la société Ice Creation de montants de recettes encaissées en espèces considérées comme ayant été omises. A cet égard, les éléments recueillis auprès des cinq entreprises de comparaison ont permis d'établir qu'elles avaient réalisé en moyenne 74,11 % de leurs chiffres d'affaires en 2014 via d'autres modes de paiement qu'en espèces, et 75,85 % en 2015.

17. Concernant l'exercice clos en 2014, le service a retenu que le chiffre d'affaires déclaré par la société Ice Creation sur son bilan de cet exercice, à savoir de 158 152 euros parmi lesquels seulement 2 920 euros correspondant à des paiements en espèces, ne correspondait qu'à 74,11 % de ses recettes totales, le reliquat correspondant aux recettes reçues en espèces et non déclarées. Il a ainsi reconstitué un montant total de chiffre d'affaires incluant les recettes en espèces s'établissant à un total de 213 402 euros après application d'un coefficient de 0,7411, soit 52 330 euros de recettes en espèces omises. A ces recettes en espèces, le service a, en outre, ajouté un montant de 11 819 euros de recettes en carte bancaire ayant également été omis.

18. Concernant l'exercice clos en 2015, la société Ice Creation n'a produit aucune comptabilité ni déposé aucune déclaration de résultat imposable à l'impôt sur les sociétés ni de déclaration de taxe sur la valeur ajoutée. Dans ces conditions, le service a reconstitué le chiffre d'affaires de la société à partir du total de ses recettes encaissées sur son compte bancaire d'après les éléments recueillis dans le cadre d'un droit de communication auprès de la banque de la société, en y ajoutant les recettes en espèces n'apparaissant pas sur ce compte bancaire, reconstituées en utilisant un coefficient de 0,7585, soit un chiffre d'affaires total incluant les recettes en espèces de 255 694 euros. Le service a également tenu compte d'un montant de charges au titre de l'exercice clos en 2015 qui, en l'absence de comptabilité et de déclaration fiscale de la société Ice Creation, a été évalué en fonction des charges de l'exercice précédent.

19. Au regard de l'ensemble de ces éléments, M. A se borne à alléguer que la société Ice Creation n'aurait pas perçu d'autres recettes en espèces que celles qu'elle a déclarées. Ce faisant, il ne saurait être regardé comme établissant, ainsi que cela lui incombe, le caractère exagéré des rectifications en litige.

20. M. A soutient en deuxième lieu que les méthodes de reconstitution des recettes de la société Ice Creation au titre de ses exercices clos en 2014 et en 2015 ne tiennent pas compte du fait que l'exercice clos en 2014 comportait treize mois et non douze, et que la méthode de reconstitution des bénéfices utilisée aurait dû tenir compte des débits au compte bancaire de la société Ice Creation.

21. Toutefois, ainsi qu'il a été indiqué, la méthode de reconstitution des recettes de la société Ice Creation par le service repose sur la transposition aux recettes telles que déclarées par cette société, au titre de ses exercices clos en 2014 et en 2015, de la proportion de recettes en espèces observée chez d'autres entreprises comparables. Au regard de cette méthode, et à supposer même que le premier exercice social clos de la société Ice Creation en 2014 ait compté treize mois en incluant le mois de décembre 2013, M. A, qui se borne à faire valoir qu'il aurait dû y avoir une proratisation sans au demeurant en expliciter ni le fondement, ni les incidences précises, ne saurait être regardé comme démontrant que la méthode de reconstitution du service serait radicalement viciée ou excessivement sommaire.

22. M. A soutient en dernier lieu que la reconstitution des recettes ne repose en l'espèce que sur une seule méthode.

23. Toutefois, l'absence de recours à une méthode alternative de reconstitution n'est pas de nature en soi à entacher la méthode utilisée par le service d'un caractère radicalement viciée dans son principe ou excessivement sommaire. Par ailleurs, et ainsi qu'il a été indiqué précédemment, le service en l'espèce a justifié de ce qu'il n'avait pas pu utiliser une méthode alternative basée sur les achats en raison de l'absence de factures d'achats présentées par la société. Une telle absence justifiait également, contrairement à ce que fait valoir M. A, qu'il n'ait pas été tenu compte des débits bancaires de la société qui auraient été insuffisants à eux seuls pour reconstituer la nature des achats concernés. Dans ces conditions, M. A ne peut non plus être regardé comme établissant que la méthode de reconstitution retenue par le service serait radicalement viciée ou excessivement sommaire.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. A ne démontre pas le caractère exagéré des impositions en litige.

25. En l'absence de tout moyen fondé, la requête de M. A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques de la Marne.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Briquet, président,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

R. RIFFLARDLe président,

Signé

B. BRIQUET

La greffière,

Signé

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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