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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202129

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202129

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202129
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la demande de M. et Mme E, qui contestaient une cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu de 28 578 euros au titre de 2016, consécutive à la remise en cause d’une réduction d’impôt pour investissement outre-mer prévue à l’article 199 undecies C du code général des impôts. Les requérants soutenaient que leur investissement via des SCI était éligible au dispositif, mais le tribunal a jugé que le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision de rejet était infondé, une délégation de signature régulière ayant été produite. Sur le fond, le tribunal a estimé que les conditions de l’article 199 undecies C n’étaient pas remplies, sans préciser davantage la solution retenue dans l’extrait fourni. La requête a donc été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2022, M. C et Mme D E, représentés par Me Calot, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettie au titre de l'année 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision de rejet de leur réclamation préalable ;

- le redressement en litige méconnaît les dispositions de l'article 199 undecies C du code général des impôts dès lors que les sociétés civiles immobilières (SCI) dans lesquelles ils ont placé leur investissement ont conclu des conventions de maîtrise d'ouvrage déléguées comportant un mandat de recherche et d'acquisition de terrain impliquant le versement immédiat au maître d'ouvrage délégué d'un montant équivalent à 36 % du prix convenu correspondant à 95 % du montant de la souscription ; les permis de construire ont été sollicités dès 2016 et les villas ont été construites et mises en location ; ce redressement procède d'une confusion entre l'investissement et le résultat de l'investissement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, le directeur départemental des finances publiques de la Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Torrente, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Maleyre, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme E ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces à l'issue duquel l'administration fiscale a remis la réduction d'impôt pour investissement outre-mer dont ils ont bénéficié au titre de l'année 2014 sur le fondement de l'article 199 undecies C du code général des impôts. En conséquence, elle leur a notifié, par une proposition de rectification du 20 décembre 2019, une cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2016 d'un montant de 28 578 euros en droits et pénalités. M. et Mme E demandent au tribunal la décharge de cette imposition supplémentaire.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

2. En premier lieu, Mme B A, inspectrice divisionnaire des finances publiques qui a signé la décision de rejet de la réclamation préalable, bénéficiait en la matière d'un arrêté de délégation de signature du 1er septembre 2020 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Marne. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés, en tout état de cause, à soutenir que Mme A n'avait pas compétence pour prendre cette décision.

3. En second lieu, aux termes de l'article 199 undecies C du code général des impôts, dans sa version applicable jusqu'au 31 décembre 2014 : " I. - Les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B peuvent bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu à raison de l'acquisition ou de la construction de logements neufs dans les départements d'outre-mer, à Saint-Pierre-et-Miquelon, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, à Saint-Martin, à Saint-Barthélemy et dans les îles Wallis et Futuna si les conditions suivantes sont réunies : / 1° Les logements sont donnés en location nue, dans les six mois de leur achèvement ou de leur acquisition si elle est postérieure et pour une durée au moins égale à cinq ans, à un organisme d'habitations à loyer modéré mentionné à l'article L. 411-2 du code de la construction et de l'habitation, à l'exception des sociétés anonymes coopératives d'intérêt collectif pour l'accession à la propriété, à une société d'économie mixte exerçant une activité immobilière outre-mer, à un organisme mentionné à l'article L. 365-1 du même code ou, dans les collectivités d'outre-mer, à tout organisme de logement social agréé conformément à la réglementation locale par l'autorité publique compétente. L'opération peut prendre la forme d'un crédit-bail immobilier ; / 2° Les logements sont donnés en sous-location nue ou meublée par l'organisme mentionné au 1° et pour une durée au moins égale à cinq ans à des personnes physiques qui en font leur résidence principale et dont les ressources n'excèdent pas des plafonds fixés par décret en fonction du nombre de personnes destinées à occuper à titre principal le logement et de la localisation de celui-ci ; () 7° A l'issue de la période de location mentionnée au 1°, les logements ou les parts ou actions des sociétés qui en sont propriétaires sont cédés, dans des conditions, notamment de prix, définies par une convention conclue entre leur propriétaire et l'organisme locataire au plus tard lors de la conclusion du bail, à l'organisme locataire ou à des personnes physiques choisies par lui et dont les ressources, au titre de l'année précédant celle de la première occupation du logement, n'excèdent pas des plafonds fixés par décret en fonction du nombre de personnes destinées à occuper à titre principal le logement et de la localisation de celui-ci. Pour l'application du présent 7°, et nonobstant le 1°, la cession des logements et, le cas échéant, des parts ou actions des sociétés mentionnées au IV peut intervenir à l'expiration d'un délai de cinq ans décompté à partir de l'achèvement des fondations. La reprise prévue au 3° du V ne trouve pas à s'appliquer si la location prévue au 1° prend fin à la suite d'une cession de l'immeuble au profit du preneur conformément au présent 7° ; () / IV. - La réduction d'impôt est également acquise au titre des investissements réalisés par une société civile de placement immobilier régie par les articles L. 214-114 et suivants du code monétaire et financier ou par toute autre société mentionnée à l'article 8 du présent code, à l'exclusion des sociétés en participation, dont les parts ou les actions sont détenues, directement ou par l'intermédiaire d'une entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée, par des contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B, dont la quote-part du revenu de la société est soumise en leur nom à l'impôt sur le revenu, sous réserve des parts détenues par les sociétés d'économie mixte de construction et de gestion de logements sociaux visées à l'article L. 481-1 du code de la construction et de l'habitation, conformément à l'article L. 472-1-9 du code de la construction et de l'habitation, par les sociétés d'habitations à loyer modéré. Dans ce cas, la réduction d'impôt est pratiquée par les associés ou membres dans une proportion correspondant à leurs droits dans la société au titre de l'année au cours de laquelle les parts ou actions sont souscrites. Lorsque l'investissement revêt la forme de la construction d'un immeuble ou de l'acquisition d'un immeuble à construire, la réduction d'impôt ne s'applique que si la société qui réalise l'investissement s'engage à achever les fondations de l'immeuble dans les deux ans qui suivent la clôture de la souscription et à achever l'immeuble dans les deux ans qui suivent la date d'achèvement des fondations. () / La réduction d'impôt, qui n'est pas applicable aux parts ou actions dont le droit de propriété est démembré, est subordonnée à la condition que 95 % de la souscription serve exclusivement à financer un investissement pour lequel les conditions d'application du présent article sont réunies. L'associé doit s'engager à conserver la totalité de ses parts ou actions jusqu'au terme de la location prévue au 1° du I. Le produit de la souscription doit être intégralement investi dans les dix-huit mois qui suivent la clôture de celle-ci. / V. - La réduction d'impôt fait l'objet d'une reprise au titre de l'année au cours de laquelle : / 1° Les conditions mentionnées au I ou, le cas échéant, au IV ne sont pas respectées ; / 2° L'engagement prévu au IV n'est pas respecté ; () ".

4. Il résulte de ces dispositions, lesquelles, compte tenu de leur caractère dérogatoire, doivent recevoir une interprétation stricte, que la réduction d'impôt sur le revenu qu'elles prévoient porte sur l'acquisition ou la construction de logements neufs dans les départements d'outre-mer. Cette réduction d'impôt peut être acquise, en particulier, au titre des investissements réalisés par une société mentionnée à l'article 8 du code général des impôts, dont le contribuable a acquis des titres en pleine propriété. Dans ce cas, le produit de la souscription de ces titres doit être intégralement investi dans les dix-huit mois qui suivent la clôture de celle-ci. Dans tous les cas, l'investissement ne peut que revêtir la forme de la construction ou de l'acquisition d'un immeuble d'habitation.

5. Il résulte de l'instruction que les requérants ont souscrit, le 31 décembre 2014, au capital des SCI Vinceslas, Largen, Alizee, Bakoua et Crepitans, lesquelles ont toutes pour objet l'acquisition, la construction et la location de logements sociaux en Martinique, ce qui leur a permis de bénéficier de la réduction d'impôt pour investissement outre-mer dans le logement social. En vertu des dispositions précitées, pour ouvrir droit à l'avantage fiscal, le produit de cette souscription devait être totalement investi dans un délai de dix-huit mois suivant la clôture de la souscription, soit, en l'occurrence, avant le 30 juin 2016.

6. Pour procéder à la reprise de la réduction d'impôts sur le revenu dont les époux E ont bénéficié au titre de l'année 2014 et procéder à sa reprise au titre de l'année 2016, l'administration s'est fondée sur le fait que le produit de la souscription n'aurait pas été intégralement investi dans le délai de dix-huit mois suivant la clôture de celle-ci.

7. A l'appui de leurs conclusions en décharge, les requérants soutiennent que la condition relative à la réalisation d'un investissement dans le délai de dix-huit mois, énoncée au dernier alinéa du IV de l'article 199 undecies C du code général des impôts, est satisfaite dès lors que les SCI Vinceslas, Largen, Alizee, Bakoua et Crepitans ont, chacune, conclu, le 2 septembre 2015, avec la société Procodom, un contrat intitulé " convention de maîtrise d'ouvrage déléguée et mandat de recherche et d'acquisition de terrain ". Ils font également valoir que, par ces contrats, aux stipulations identiques, ces SCI ont donné à la société Procodom, maître d'ouvrage délégué, " mandat ferme et irrévocable () de faire procéder pour le compte du maître de l'ouvrage et aux délais et prix convenus, à la recherche d'un terrain, à son acquisition et à la réalisation sur ce dernier des travaux " consistant en la création d'un logement de type F4 dont les caractéristiques sont définies par les " plans et descriptifs annexés " à ces conventions et qu'en contrepartie, les SCI se sont engagées à verser à la société Procodom un prix " global, forfaitaire, ferme et définitif " de 250 000 euros selon un échéancier défini par l'article VIII des contrats et, au plus tard, à la livraison des travaux. Enfin, ils se prévalent du journal des ventes de la société Procodom duquel il ressort qu'un versement de 90 000 euros a été effectivement réalisé en septembre 2015, en application de cet échéancier, au profit de la société Procodom par chacune des SCI, somme représentant plus de 95% du montant de la souscription, ainsi que des stipulations de l'article IX des contrats selon lesquelles " le maître d'ouvrage délégué a pris la décision irrévocable de réaliser la villa de type F4 pour le compte du maître de l'ouvrage et en a défini les caractéristiques conformément aux prescriptions de celui-ci qui s'engage de manière définitive dans le cadre de la présente ".

8. Toutefois, d'une part, ces contrats avaient seulement pour objet de donner mandat au maître d'ouvrage délégué en vue de trouver et d'acquérir le terrain d'assiette des immeubles et de conclure au nom et pour le compte du maître de l'ouvrage les actes juridiques nécessaires à la réalisation d'une opération immobilière ou de travaux de construction nommément définis, sans avoir eux-mêmes le caractère de tels actes. Ainsi, la conclusion de ces contrats ne saurait être regardée à elle seule comme constituant l'investissement exigé par les dispositions du IV de l'article 199 undecies C du code général des impôts. En outre, le transfert de fonds ferme et définitif au profit de la SAS Procodom, qui ne constituait que la condition matérielle nécessaire à l'exécution des actes précités, ne saurait être regardé comme un tel investissement. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que la SAS Procodom, agissant en qualité de mandataire des SCI, ou celles-ci, agissant en leur nom propre, aient conclu, dans le délai de dix-huit mois fixé par le dernier alinéa du IV de l'article 199 undecies C, des actes juridiques ayant pour objet soit la réalisation directe, par leur cocontractant, d'une opération immobilière ou de travaux de construction soit l'acquisition, avec effet immédiat ou à terme, d'un bien immobilier. Par suite, c'est à bon droit que l'administration, considérant que la condition relative à l'investissement du produit de la souscription n'avait pas été satisfaite à l'issue du délai de dix-huit mois suivant la clôture de la souscription au capital des SCI, a remis en cause, au titre de l'année 2016, le bénéfice de la réduction d'impôt dont avaient bénéficié les requérants.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. et Mme E ne sont pas fondés à demander la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2016. Doivent, par voie de conséquence, être rejetées les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et Mme D E et au directeur départemental des finances publiques de la Marne.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Briquet, président,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

V. TORRENTELe président,

Signé

B. BRIQUET

La greffière,

Signé

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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