mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2202314 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ACG & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
(2ème chambre)
Par une requête et des mémoires enregistrés le 5 octobre 2022, le 20 juillet 2023, le 13 octobre 2023 et le 13 novembre 2023, le département des Ardennes, représenté par Me Beaujard demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
A titre principal :
Au titre de la reprise des désordres :
1°) de condamner in solidum M. B, la société Saint-Gobain venant aux droits de la société SVF, la société Setcob représentée par la Selarl Charles Brucelle, es-qualité de mandataire et la société Cophignon à lui verser la somme de 28 509, 60 euros actualisée en application de l'évolution de l'indice BT 01 entre la date de dépôt du rapport d'expertise et celle du jugement à intervenir ;
2°) de condamner in solidum M. B, la société Setcob représentée par la Selarl Charles Brucelle, es-qualité de mandataire et la société Cophignon à lui verser la somme de 52 355,50 euros actualisée en application de l'évolution de l'indice BT 01 entre la date du dépôt rapport et celle du jugement à intervenir ;
Au titre des travaux de réfection :
3°) de condamner in solidum M. B, la société Saint-Gobain venant aux droits de la société SVF, la société Setcob représentée par la Selarl Charles Brucelle, es-qualité de mandataire et la société Cophignon à lui verser la somme de 5 563,70 euros actualisée en application de l'évolution de l'indice BT 01 entre la date du dépôt du rapport et celle du jugement à intervenir ;
4°) de condamner in solidum M. B, la société Setcob représentée par la Selarl Charles Brucelle, es-qualité de mandataire et la société Cophignon à lui verser la somme de 10 332, 68 euros actualisée en application de l'évolution de l'indice BT 01 entre la date du rapport d'expertise et celle du jugement à intervenir ;
Au titre de l'indemnité du trouble de jouissance :
5°) de condamner in solidum M. B, la société Saint-Gobain venant aux droits de la société SVF, la société Setcob représentée par la Selarl Charles Brucelle, es-qualité de mandataire et la société Cophignon à lui verser la somme de 14 169, 42 euros à parfaire ;
6°) de condamner in solidum M. B, la société Setcob représentée par la Selarl Charles Brucelle, es-qualité de mandataire et la société Cophignon à lui verser la somme de 26 314, 66 euros à parfaire ;
A titre subsidiaire, si le caractère décennal des désordres était écarté :
7°) de condamner M. B à lui verser la somme de 80 865, 10 euros actualisée en application de l'évolution de l'indice BT 01 entre la date du rapport et celle du jugement à intervenir au titre de la reprise des désordres ;
8°) de condamner M. B à lui verser la somme de 15 896, 38 euros actualisée en application de l'évolution de l'indice BT 01 entre la date du rapport et celle du jugement à intervenir au titre de la reprise des travaux de réfection ;
9°) de condamner M. B à lui verser la somme de 40 484, 08 euros à parfaire au titre de l'indemnité relative au trouble de jouissance ;
En tout état de cause :
10°) de rejeter l'ensemble des demandes de M. B, de la société Saint-Gobain venant aux droits de la société SVF, de la société Setcob représentée par la Selarl Charles Brucelle, es-qualité de mandataire et de la société Cophignon ;
11°) de condamner in solidum M. B, la société Saint-Gobain venant aux droits de la société SVF, la société Setcob représentée par la Selarl Charles Brucelle es-qualité de mandataire et la société Cophignon à lui verser la somme de 6 650 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
12°) de condamner in solidum M. B, la société Setcob représentée par la Selarl Charles Brucelle, es-qualité de mandataire ad'hoc et la société Cophignon à lui verser la somme de 12 350 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
13 °) de condamner in solidum M. B, la société Saint-Gobain venant aux droits de la société SVF, la société Setcob représentée par la Selarl Charles Brucelle es-qualité de mandataire et la société Cophignon aux entiers dépens à hauteur de 35% comprenant les frais d'expertise judiciaire ;
14 °) mettre à la cherge in solidum de M. B, la société Setcob représentée par la Selarl Charles Brucelle, es-qualité de mandataire et la société Cophignon aux entiers dépens à hauteur de 65% comprenant les frais d'expertise judiciaire.
Il soutient que :
- son action est recevable ;
- les infiltrations constatées présentent un caractère décennal dès lors que de par leur multiplicité et leur importance elles rendent l'ouvrage impropre à sa destination ;
- quatre constructeurs ont contribué à la survenance des désordres : M. A B, le maître d'œuvre, la société Setcob (placée en liquidation judiciaire, procédure clôturée pour insuffisance d'actif) en charge de l'étanchéité de l'ouvrage, la société SVF (devenue la société Saint-Gobain à la suite d'une fusion) en charge de la construction de la verrière et de son étanchéité, la société Cophignon, en charge de la révision de l'étanchéité de la toiture ;
- la responsabilité du maître d'œuvre peut être engagée de manière subsidiaire sur le fondement de la responsabilité contractuelle ;
- M. A B, la société Setcob et la société Cophignon doivent être tenus in solidum de l'intégralité des désordres ;
- la société SVF doit être tenue, in solidum, à la seule fraction des désordres en lien d'imputabilité avec le lot " Menuiseries Aluminium " ;
- M. A B, la société Setcob et la société Cophignon doivent être condamnés in solidum au versement d'une somme de 80 865, 10 euros au titre de la reprise des désordres ;
- la société SVF doit être condamnée, in solidum, à verser la somme de 28 509, 60 euros au titre de la reprise des désordres ;
- M. A B, la société Setcob et la société Cophignon doivent être condamnés in solidum au versement d'une somme de 15 896, 38 euros au titre des travaux de réfection ;
- la société SVF doit être condamnée, in solidum, à verser la somme de 5 563, 70 euros au titre des travaux de réfection ;
- M. A B, la société Setcob et la société Cophignon doivent être condamnés in solidum au versement d'une somme de 40 484, 08 euros au titre du trouble de jouissance ;
- la société SVF doit être condamnée, in solidum, à verser la somme de 14 169, 42 euros au titre du trouble de jouissance ;
- les sommes seront actualisées selon l'indice BT 01 ;
- un coefficient de vétusté ne doit pas être appliqué ;
- les désordres ne lui sont pas en partie imputables ;
- les constructeurs doivent être condamnés in solidum au versement des frais de l'instance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au versement des dépens.
Par des mémoires en défense enregistrés le 12 décembre 2022 et le 19 juillet 2023, la société Anciens Etablissements Cophignon, représentée par Me Castello conclut :
- à titre principal au rejet de la requête ;
- à titre subsidiaire, au rejet de toute condamnation in solidum au titre de la reprise des désordres et des travaux de réfection ;
- à ce que la charge de la dette soit répartie en fonction de la part d'imputabilité retenue par l'expert ;
- au rejet des demandes du département des Ardennes d'actualisation des sommes au titre de la reprise des désordres et des travaux de réfection ;
- au rejet de la demande du département des Ardennes au titre de l'indemnisation de son trouble de jouissance ;
- à la fixation à de plus justes proportions des sommes sollicitées au titre des frais irrépétibles ;
- en tout état de cause au rejet de la demande de garantie de la Selarl Charles Brucelles agissant en qualité de mandataire ad'hoc de la société Setcob ;
- au rejet de la demande dirigée contre elle par M. B à fin de condamnation solidaire ou in solidum ;
- à la mise à la charge du département des Ardennes d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa responsabilité ne peut être retenue compte tenu des conditions d'intervention et des travaux à sa charge dans le cadre du marché qui lui a été attribué ;
- la demande de garantie intégrale de la société Setcob à son égard doit être écartée ;
- la demande de garantie de M. B à son égard doit être écartée ;
- la demande de condamnation in solidum doit être écartée ;
- l'actualisation des condamnations doit être écartée ;
- l'indemnisation du trouble de jouissance est disproportionnée dans son montant et dans sa durée ;
- les frais irrépétibles seront ramenés à de plus justes proportions.
Par des mémoires en défense enregistrés les 23 mars 2023, 3 août 2023 et 15 septembre 2023, la Selarl Charles Brucelle prise en sa qualité de mandataire ad-hoc de la société Setcob, représentée par Me Choffrut conclut :
- au rejet de la requête ;
- à ce qu'aucune responsabilité ne puisse être mise à la charge de la société Setcob dès lors que la société Cophignon a été missionnée avant l'apparition des dommages importants pour procéder à la révision de l'ensemble des travaux qu'elle avait effectuée ;
- subsidiairement à l'appel en garantie de la société Cophignon de l'ensemble des condamnations ;
- l'indemnisation du trouble de jouissance doit être limitée à six années ;
- au rejet des demandes de réévaluation des condamnations fondées sur l'indice BT 01 ;
- à la limitation de l'indemnisation des troubles de jouissance à une période de six années
- à la réduction des frais irrépétibles à de plus justes proportions ;
- au rejet des appels en garantie de M. B et de la société Saint Gobain.
Elle soutient que :
- aucune responsabilité ne peut être mise à la charge de la société Setcob ;
- la société Cophignon doit garantir la société Setcob de l'ensemble des condamnations ;
- l'indemnisation du trouble de jouissance doit être limitée à six années ;
- l'actualisation des condamnations doit être écartée ;
- les frais irrépétibles doivent être ramenés à de plus justes proportions ;
- les appels en garantie des sociétés B et Saint-Gobain ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense enregistrés le 23 juin 2023, le 13 octobre 2023 et le 24 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Thibaut conclut :
- à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et au rejet de la requête ;
- à titre subsidiaire à la mise hors de cause de M. B au titre des désordres constatés ;
- à titre très subsidiaire dans l'hypothèse d'une condamnation solidaire de condamner les sociétés Saint Gobain et SVF, la société Setcob, la société Cophignon à le garantir contre toutes les condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre dans le jugement à intervenir en principal, intérêts, frais et accessoires au profit de toutes parties ;
- au rejet de toutes les demandes, fins et conclusions contraires présentées par toutes parties à son encontre ;
- à la mise à la charge du département des Ardennes d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête du département est irrecevable faute d'avoir produit la délibération de l'assemblée autorisant le président du conseil général à agir en justice conformément à l'article L. 3221-10 du code général des collectivités territoriales ;
- les désordres ne lui sont pas imputables ;
- en réceptionnant l'ouvrage sans réserve, le département l'a purgé de tous les vices apparents le privant d'agir sur le plan décennal ;
- sa responsabilité contractuelle ne peut être recherchée ;
- le département des Ardennes a commis une faute en ne procédant pas à l'entretien de l'ouvrage ;
- dans l'hypothèse où il serait condamné, il devra être garanti intégralement par la société SVF, la société Setcob et la société Cophignon ;
- les sommes réclamées sont injustifiées.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 septembre 2023, la société Saint-Gobain Vitrage Bâtiment venant aux droits de la Société Verrière Française (SVF), représentée par Me Fournier conclut :
- à titre principal au rejet de la requête ;
- à titre subsidiaire et à supposer que le caractère décennal des désordres ou de certains d'entre eux soit établi, à la confirmation des conclusions de l'expert concernant les 23 désordres et au rejet des conclusions du département concernant les désordres 1,3 et 4 dans le 1er corps de bâtiment et les désordres 1, 2, 5, 7, 10, 12, 15 et 16 dans le deuxième corps de bâtiment ;
- sur la contribution à la dette : à la confirmation des pourcentages de responsabilité retenus à l'encontre de la société SVF, à la limitation de la contribution à la dette de la société Saint Gobain aux sommes de 16 920, 90 euros H.T. pour le premier corps de bâtiment et de 7 650 euros H.T. pour le deuxième corps de bâtiment, à la limitation de la contribution à la dette de la société Saint Gobain au titre des honoraires de maîtrise d'œuvre, de contrôle technique et de coordination SPS et au titre des préjudices matériels consécutifs à 35% ;
- sur l'actualisation des condamnations à intervenir en application de l'évolution de l'indice BT 01 : au rejet de l'application de cette actualisation sur la période allant du 9 juillet 2018 au 5 octobre 2022 ;
- sur la taxe sur la valeur ajoutée : à la prise d'acte des demandes du conseil départemental formulées hors taxes et non toutes taxes comprises ;
- au prononcé de condamnation hors taxes ;
- sur le trouble de jouissance : au rejet de la demande du département ;
- à titre subsidiaire : à la fixation des sommes allouées au titre de ces troubles à de plus justes proportions, au rejet de toute demande sur une période postérieure au 9 juillet 2018 ; à la limitation de la contribution à la dette de la société Saint Gobain au titre du trouble de jouissance à 35% ;
- sur les dépens et les frais irrépétibles : à la fixation des sommes allouées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à de plus justes proportions et à la limitation de la contribution à la dette à 35% ;
- sur la garantie des co-obligés : à la condamnation solidaire, à défaut in solidum de M. B, de la société SETCOB, de la société Cophignon de l'intégralité des condamnations qui seraient prononcées à son encontre en principal, intérêts, frais et accessoires ;
- en tout état de cause, au rejet de toutes demandes présentées à l'encontre de la société Saint Gobain ;
- à la mise à la charge du département des Ardennes d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les désordres allégués ne présentent pas un caractère décennal ;
- sa responsabilité n'est pas établie concernant les fuites n°1, 3 et 4 dans le corps du 1er bâtiment et les fuites n°1, 2, 5, 10, 12, 15 et 16 dans le corps du 2ème bâtiment ;
- l'actualisation des condamnations devra être écartée ;
- le trouble de jouissance n'est pas démontré ;
- sa contribution à la dette doit être limitée à 35 % de la charge finale.
Par ordonnance du 15 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au
16 février 2024.
Vu :
- l'ordonnance du 13 août 2018 par laquelle le président du Tribunal a taxé et liquidé les frais d'expertise à la somme de 9 342,70 euros TTC ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Oscar Alvarez, rapporteur ;
- les conclusions de Mme Lambing, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Alexandre représentant le département des Ardennes et de Me Choffrut représentant la Selarl Charles Brucelle prise en sa qualité de mandataire ad-hoc de la société Setcob.
Considérant ce qui suit :
1. Le département des Ardennes a décidé la construction d'un " centre européen de la maquette et du modèle réduit " à Bazeilles 2004. Il a confié le 11 juillet 2003 la maîtrise d'œuvre des travaux à un groupement notamment composé de M. B, architecte. La société Setcob a été chargée de la réalisation du lot n°5 " Couverture Bardage ". Cette entreprise a été placée en redressement judiciaire en mai 2006 puis en liquidation judiciaire le 1er juin 2006. La société Verrière de France (SVF) s'est vue confier le lot n°6 " Menuiseries Aluminium ". Le maître d'ouvrage a décidé de ne pas aller au bout du projet et a décidé de résilier les marchés avec effet au 5 décembre 2006. En mars 2007, le conseil départemental des Ardennes a procédé à un constat contradictoire des ouvrages réalisés avec effet au 11 septembre 2007. Par la suite, le bâtiment a changé de destination pour être affecté à un usage de maison des sports. Dans le cadre de ce nouveau projet, la société SVF a été désignée pour le lot n°4 " Aluminium " et la société Cophignon a notamment été chargée de la révision de l'étanchéité. La réception des travaux a été prononcée le 10 juillet 2008 s'agissant du lot étanchéité. Des infiltrations ont été constatées dès décembre 2008 sur la verrière du bâtiment et ont donné lieu à des entretiens ponctuels et à la pose de bâches. Courant 2011, les infiltrations se sont généralisées à l'ensemble de l'ouvrage. Le maître d'ouvrage a saisi son assureur de protection juridique qui a missionné le cabinet Saretec dont le rapport d'expertise mettait en cause les travaux effectués par la société SVF. La société SVF a saisi son assureur qui a désigné le cabinet d'expertise SOFREX qui a préconisé des investigations complémentaires en raison de l'impossibilité d'accès au toit lors de la réunion organisée. Par courrier du 6 février 2012, le département des Ardennes a déclaré son sinistre à AXA, assureur de la société SVF. Il a ensuite mis en cause les différents intervenants et leurs assureurs devant le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne aux fins de désignation d'un expert. Un expert a été désigné par ordonnance du 13 janvier 2014. Les opérations d'expertise ont été étendues à la société Cophignon et son assureur, la SMABTP, par une ordonnance du 11 décembre 2017. L'expert a remis son rapport final au greffe du tribunal le 9 juillet 2018. Par la présente requête, le département des Ardennes demande l'indemnisation des désordres, des travaux de réfection nécessaires et du trouble de jouissance qu'il estime avoir subis.
Sur la fin de non-recevoir opposée par M. A B
2. Aux termes de l'article L. 3221-10-1 du code général des collectivités territoriales : " Le président du conseil départemental intente les actions au nom du département en vertu de la décision du conseil départemental et il peut, sur l'avis conforme de la commission permanente, défendre à toute action intentée contre le département. Il peut, par délégation du conseil départemental, être chargé pour la durée de son mandat d'intenter au nom du département les actions en justice ou de défendre le département dans les actions intentées contre lui, dans les cas définis par le conseil départemental. Il rend compte à la plus proche réunion du conseil départemental de l'exercice de cette compétence ".
3. Le conseil départemental des Ardennes, par une délibération du 1er juillet 2021 adoptée sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 3221-10-1 du code général des collectivités territoriales, a donné délégation à son président pour " intenter, au nom du département, pour la durée de son mandat, les actions en justice ". Dès lors, M. A B n'est pas fondé à soutenir que le président du conseil départemental des Ardennes serait dépourvu de qualité pour présenter la requête et, par suite, la fin de non-recevoir soulevée en ce sens doit être écartée.
Sur la responsabilité décennale
4. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables. Il incombe au juge administratif, lorsqu'est recherchée devant lui la garantie décennale des constructeurs, d'apprécier, au vu de l'argumentation que lui soumettent les parties sur ce point, si les conditions d'engagement de cette responsabilité sont ou non réunies et d'en tirer les conséquences, le cas échéant d'office, pour l'ensemble des constructeurs.
En ce qui l'incidence de la réception sur les vices apparents
5. Il ne résulte pas de l'instruction que les infiltrations constatées étaient apparentes à la réception de l'ouvrage initial. Dès lors, M. B ne peut utilement soutenir que la réception a " purgé " les vices apparents dès lors que cette circonstance est sans incidence sur la qualification du vice.
En ce qui concerne la nature des désordres
6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise que le bâtiment est affecté par la présence d'infiltrations d'eau nombreuses et répétées à quatre endroits du premier corps de bâtiment et sur dix-neuf points du deuxième corps de bâtiments. En outre, l'expert a relevé dans le hall d'entrée principale lors de la première réunion le 29 avril 2014 que les dalles de faux plafond étaient imbibées d'eau. Il a également identifié lors de la deuxième réunion le 28 avril 2015 qu'il existait des fuites au droit des structures, la présence d'une trace au sol dans le ring de boxe central en provenance du toit, une trace de fuite sous le premier lanterneau dans la salle de danse, une deuxième trace de fuite sous le deuxième lanterneau (entre le premier et le deuxième châssis fixe) et une troisième trace de fuite sous le troisième lanterneau (après le dernier châssis) ainsi qu'une infiltration au niveau de la régie. Lors de la dernière réunion du 7 mai 2015, l'expert a pu confirmer la présence d'une fuite sur le premier lanterneau coulant sur le ring n°1. Il résulte de l'instruction que ces infiltrations d'eau perturbent le fonctionnement de l'ouvrage du fait des manipulations et des mesures permanentes que le gestionnaire de la salle est obligé de prendre afin d'obvier aux infiltrations précitées. Il résulte également de l'instruction que ces fuites d'eau induisent un risque de chute important. Ces désordres, et ce d'autant que l'usage d'une salle de sport nécessite que le sol permette le bon déroulement des activités physiques qu'elle abrite, rendent ainsi l'ouvrage impropre à sa destination. Le département des Ardennes est, dès lors, fondé à soutenir que la responsabilité décennale des constructeurs est engagée de ce fait.
En ce qui concerne l'imputabilité des désordres
7. La responsabilité décennale d'un constructeur est engagée du seul fait de sa participation à la réalisation des ouvrages affectés de désordres, et en l'absence même de faute établie, sauf dans l'hypothèse où les vices à l'origine des désordres, étant étrangers à la mission qui lui a été confiée, ne lui sont pas imputables.
8. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment des pièces du marché de maîtrise d'œuvre que M. B, concepteur du bâtiment et chargé de la mission portant sur la réalisation des études d'exécution (EXE), ne démontre pas ne pas y avoir participé de manière effective à la construction de l'ouvrage initial et que les désordres dont il s'agit ne lui sont pas imputables de quelques manières que ce soit. La circonstance que, dans le cadre du changement de destination, la maîtrise d'œuvre ait été confiée à une autre équipe de concepteurs est sans incidence sur cette imputabilité. Par suite, la responsabilité décennale de M. B est engagée au titre des désordres.
9. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et du rapport de l'expert, que ces désordres sont également imputables à la société Setcob, titulaire du lot n°5 du marché conclu le 9 mars 2004, portant sur la couverture-bardage incluant la réalisation de l'étanchéité de la toiture-terrasse. Par suite, la responsabilité décennale de la société Setcob est aussi engagée au titre des désordres en litige.
10. En troisième lieu, il résulte de l'instruction et du rapport de l'expert, que ces désordres sont également imputables à la société SVF, titulaire du lot n°6 du marché conclu le 9 mars 2004, portant sur les menuiseries aluminium dont la réalisation de la verrière sur le hall d'entrée. Par suite, la responsabilité décennale de la société SVF est aussi engagée au titre des désordres en litige.
11. En quatrième et dernier lieu en revanche, il résulte de l'instruction que l'intervention de la société Cophignon, qui portait sur l'adaptation de l'ouvrage initialement construit, s'est bornée à la révision de la toiture terrasse en procédant au remplacement ponctuel des parties dégradées, à la révision des solins, des relevés et de toutes les étanchéités au pourtour des ouvrages en saillies et à la révision avec reprise éventuelle de tous les couronnements d'acrotères, à la pose de lanterneaux et de collerette d'étanchéité. Elle ne peut dès lors être considérée, au regard des désordres en litige comme ayant participé à l'acte de construire.
En ce qui concerne les causes exonératoires de responsabilité
12. Alors que les désordres sont apparus cinq mois après la mise en service de l'ouvrage, il ne peut être soutenu qu'ils trouveraient tout ou partie de leur origine dans un défaut d'entretien de la toiture par le maitre de l'ouvrage. La circonstance que l'expert ait pu relever, incidemment, la nécessité d'un nettoyage d'entretien général de la toiture ne permet pas d'établir l'existence d'une faute du maitre d'ouvrage. Par suite, il n'y a pas lieu de retenir l'existence d'une faute exonératoire de la responsabilité des constructeurs.
Sur la demande de condamnation in solidum
13. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de prononcer la condamnation solidaire des sociétés Setcob et SVF et de M. B, à réparer les conséquences des désordres affectant l'ouvrage en cause.
Sur la réparation et l'évaluation des préjudices
14. Le maître de l'ouvrage a droit à la réparation intégrale des préjudices qu'il a subis lorsque la responsabilité décennale des constructeurs est engagée, sans que l'indemnisation qui lui est allouée à ce titre puisse dépasser le montant des travaux strictement nécessaires à la remise en ordre de l'ouvrage tel qu'il avait été commandé.
En ce qui concerne la reprise des désordres et de l'atteinte aux installations intérieures
15. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que les travaux de reprise des vingt-trois points de fuite sur les deux corps de bâtiment incluant les honoraires de maîtrise d'œuvre, de contrôle technique et de coordination SPS s'établissent compte tenu de l'évaluation réalisée par l'expert à 80 865, 10 euros. S'agissant des travaux de réfection des aménagements intérieurs portant sur les faux-plafonds et les peintures incluant les mêmes catégories d'honoraires, l'évaluation s'établit à 15 896, 38 euros. Il y a lieu de fixer le préjudice du département des Ardennes à ces montants.
En ce qui concerne l'application d'un coefficient de vétusté
16. Si la vétusté d'un bâtiment peut donner lieu, lorsque la responsabilité contractuelle ou décennale des entrepreneurs et architectes est recherchée à l'occasion de désordres survenus sur un bâtiment, à un abattement affectant l'indemnité allouée au titre de la réparation des désordres, il appartient au juge administratif, saisi d'une demande en ce sens, de rechercher si, eu égard aux circonstances de l'espèce, les travaux de reprise sont de nature à apporter une plus-value à l'ouvrage, compte tenu de la nature et des caractéristiques de l'ouvrage ainsi que de l'usage qui en est fait.
17. Il résulte de l'instruction que les premiers désordres sont survenus à une date très proche de la mise en service de l'ouvrage. Par suite, il n'y a pas à imputer sur le montant du préjudice tel qu'il est arrêté au point 15 un coefficient de vétusté.
En ce qui concerne la déduction d'une valeur correspondant aux améliorations apportées à l'ouvrage du fait des travaux
18. Si M. B fait valoir qu'une réfaction devrait être opérée sur le montant alloué du fait des améliorations apportées à l'ouvrage, il ne justifie pas de la consistance des améliorations que ces travaux seraient susceptibles d'apporter ; la réfection de la toiture, de l'étanchéité et les réparations apportées aux menuiseries afin de mettre un terme aux fuites constatées ne sauraient constituer une amélioration de l'ouvrage.
En ce qui concerne l'actualisation des sommes allouées
19. L'évaluation des dommages subis doit être faite à la date à laquelle, leur cause ayant été déterminée et leur étendue prévisible étant connue, il pouvait être procédé aux travaux destinés à y remédier et à les réparer. Il n'en va autrement que si ces travaux sont retardés pour une cause indépendante de la volonté de la victime. La cause des désordres et leur étendue prévisible a été déterminée le 13 juillet 2018, date à laquelle l'expert a déposé son rapport. Celui-ci détermine avec suffisamment de précision la cause des dommages, leur étendue, ainsi que la nature et le montant des travaux nécessaires pour y remédier. En se bornant à alléguer qu'il ne disposait pas des fonds publics pour faire réparer intégralement l'ouvrage à ses frais, même s'il s'agit que d'en faire une avance, le département des Ardennes ne justifie pas qu'il aurait été dans l'impossibilité de faire procéder aux travaux nécessaires à la date du dépôt de ce rapport. Par suite, sa demande d'actualisation ne saurait être accueillie.
En ce qui concerne l'application de la taxe sur la valeur ajoutée
20. Il ne résulte pas de l'instruction que le requérant ait sollicité le versement des sommes augmentées de l'application d'un taux de taxe sur la valeur ajoutée. Dès lors, les sommes au titre des travaux de réfection et d'améliorations des installations intérieures seront arrêtées aux montants cités au point 15.
En ce qui concerne le trouble de jouissance
21. Le maître d'ouvrage qui n'a pu bénéficier d'un fonctionnement normal de son équipement et a dû assumer les conséquences des perturbations du service public dont il a la charge a droit au dédommagement des troubles de jouissance, lesquels constituent un préjudice distinct de l'indemnisation des frais de remise en état et dont l'indemnisation ne fait dès lors pas double emploi avec ceux-ci.
22. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que les différents désordres qui ont été constatés sur l'ouvrage ont conduit à la mobilisation de personnel pour écoper l'eau perturbant ainsi fortement les conditions de travail des agents, qui ne consacraient pas ce temps à l'animation et à l'entretien du centre, et le fonctionnement normal du service public, pendant de nombreuses années. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation des troubles de jouissance ainsi subis par le département au titre de la période comprise entre l'apparition des désordres et la remise du rapport d'expertise, en l'évaluant à la somme de 20 000 euros.
Sur la responsabilité contractuelle
23. Il résulte de ce qui précède que, sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs, le département des Ardennes a obtenu le versement d'une indemnité en réparation des préjudices résultant du coût des travaux de reprise des désordres, de l'atteinte aux installations intérieures et du trouble de jouissance subi. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées à titre subsidiaire sur le fondement de la responsabilité contractuelle et tendant à obtenir une indemnité à ces divers titres.
Sur les frais d'expertise
24. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".
25. Les frais d'expertise, taxés et liquidés par une ordonnance du présent tribunal du 13 août 2018, se sont élevés à la somme de 9 342, 70 euros toutes taxes comprises et ont été mis à la charge du département des Ardennes.
26. Il y a lieu, en application des dispositions précitées de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, de mettre les frais d'expertise à la charge in solidum de M. B et des sociétés Setcob et SVF, qui sont les parties perdantes dans la présente instance.
Sur les frais du litige
27. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département des Ardennes, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demandent M. B, la société Setcob et la société SVF au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
29. Ces dispositions font également obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Cophignon, qui n'est pas dans la présente instance une partie perdante, la somme que demande le département des Ardennes au titre de ces frais.
30. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département des Ardennes une somme au titre des frais de même nature exposés par la société Cophignon.
31. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de in solidum de M. B, de la société Setcob et de la société SVF d'une somme de 1 500 euros, à verser au département des Ardennes, sur le fondement des mêmes dispositions.
Sur les appels en garantie
32. Le recours entre constructeurs, non contractuellement liés, ne peut avoir qu'un fondement quasi-délictuel et, coauteurs obligés solidairement à la réparation d'un même dommage, ces constructeurs ne sont tenus entre eux que pour la part déterminée à proportion du degré de gravité des fautes respectives qu'ils ont personnellement commises.
33. Il résulte de l'expertise que les infiltrations constatées sur le premier corps de bâtiment résultent d'irrégularités dans la couvertine métallique à l'angle du bardage et de la couvertine qui donne sur l'entrée du bâtiment sous l'auvent en béton, à une déficience du complexe d'étanchéité au droit du relevé en partie basse de la grande verrière ainsi qu'à une discontinuité de la couverture, à une discontinuité de matériaux dans le bas de la verrière par rapport à la partie translucide en polycarbonate et à l'insuffisance de superposition des éléments de couvertine à la jonction avec la toiture de la grande salle omnisports. S'agissant du second corps de bâtiment, l'expert conclut à des problèmes d'étanchéité en partie liés à une mauvaise exécution des travaux correspondant aux menuiseries aluminium mais majoritairement liés à l'exécution de la couverture, du bardage et de la zinguerie notamment concernant l'étanchéité et les jonctions avec les ouvrages de couverture. Il est également noté de la part de l'expert un défaut de conception au niveau de la sortie d'eau pluviale de la terrasse haute n°5 qui tombe au niveau de cet angle et provoque une accumulation d'eau supplémentaire lors de précipitations.
34. Il résulte de ce qui précède que, compte tenu des fautes respectives commises par les différents intervenants à cette opération, il y a lieu condamner la société SVF et la société Setcob à garantir M. B de 90% du montant des condamnations solidaires prononcées par le présent jugement à son encontre, et M. B et la société Setcob à garantir la société SVF de 60% du montant des condamnations solidaires prononcées à son encontre par le présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : M. B, la société Saint-Gobain venant aux droits de la société SVF, la Selarl Charles Brucelle, en la personne de Me Charles Brucelle, es-qualité de mandataire ad'hoc de la société Setcob sont condamnés in solidum à verser au département des Ardennes la somme totale de 116 761, 48 euros.
Article 2 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 9 342, 70 euros toutes taxes comprises, sont mis à la charge in solidum de M. B, de la société Saint-Gobain venant aux droits de la société SVF, de la Selarl Charles Brucelle, en la personne de Me Charles Brucelle, es-qualité de mandataire ad'hoc de la société Setcob.
Article 3 : M. B, la société Saint-Gobain venant aux droits de la société SVF, la Selarl Charles Brucelle, en la personne de Me Charles Brucelle, es-qualité de mandataire ad'hoc de la société Setcob verseront in solidum au département des Ardennes la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La société Saint-Gobain venant aux droits de la société SVF et la Selarl Charles Brucelle, en la personne de Me Charles Brucelle, es-qualité de mandataire ad'hoc de la société Setcob sont condamnées à garantir M. B de 90% du montant des condamnations solidaires prononcées à son encontre par le présent jugement.
Article 5 : M. B et la Selarl Charles Brucelle, en la personne de Me Charles Brucelle, es-qualité de mandataire ad'hoc de la société Setcob sont condamnés à garantir la société Saint-Gobain venant aux droits de la société SVF de 60% du montant des condamnations solidaires prononcées à son encontre par le présent jugement.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié au département des Ardennes, à la Selarl Charles Brucelle, en la personne de Me Charles Brucelle, es-qualité de mandataire ad'hoc de la société Setcob, à la société Saint-Gobain venant aux droits de la société SVF, à la société Cophignon et à M. A B.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
M. Michel Soistier, premier conseiller,
M. Oscar Alvarez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
O. ALVAREZ
Le président,
Signé
O. NIZETLa greffière,
Signé
I. DELABORDE
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026