vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2202404 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP SAMMUT CROON JOURNÉ-LÉAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 octobre 2022 et 19 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Scribe, demande au tribunal :
1°) de condamner le groupement hospitalier Aube-Marne à lui verser la somme de 9 240 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis lors de sa prise en charge le 28 septembre 2018 ;
2°) de condamner cet établissement de santé aux dépens ;
3°) de mettre à la charge du groupement hospitalier Aube-Marne la somme
de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le groupement hospitalier Aube-Marne a commis une faute en ne pratiquant pas une biologie sanguine minimum pour une personne ayant subi une chirurgie complexe et lourde moins de trente jours auparavant et présentant de façon manifeste un saignement digestif post-opératoire ;
- l'hôpital n'a pas mis en œuvre toutes les diligences nécessaires à l'établissement du diagnostic ;
- en l'absence de faute, les complications post-opératoires auraient été moins importantes, elle n'aurait notamment pas eu besoin d'une transfusion ;
- ce dommage est en lien direct et exclusif avec la faute de l'hôpital ;
- le déficit fonctionnel temporaire, total et partiel, sera indemnisé à hauteur de 140 euros ;
- les souffrances endurées, évaluées à 3/7, donneront lieu au versement
de la somme de 7 000 euros ;
- le déficit fonctionnel permanent, évalué à 0,5%, entrainera la condamnation
de l'hôpital à lui verser la somme de 550 euros ;
- elle a subi un préjudice sexuel pour l'indemnisation duquel 1 500 euros lui seront alloués.
Par des mémoires en défense enregistrés les 18 octobre et 7 novembre 2023, le groupement hospitalier Aube-Marne, représenté par Me Journé-Léau, conclut dans le dernier état de ses écritures s'en rapporter à prudence de justice s'agissant du principe
de la responsabilité, à la limitation de la somme à laquelle elle sera condamnée à 3 563,50 euros, au rejet de la demande de la caisse primaire d'assurance maladie d'un montant de 92,28 euros concernant des frais médicaux et à la limitation de la somme qui pourrait être mise à sa charge
au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à 1 500 euros.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 30 octobre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie
de la Haute-Marne conclut à ce que le groupement hospitalier Aube-Marne soit condamné
à lui verser 10 562,28 euros assortis des intérêts au taux légal à compter de la mise à disposition du jugement à intervenir au titre de débours et 1 062 euros d'indemnité forfaitaire de gestion.
Par un courrier du 9 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que la demande de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne tendant à ce que lui soient alloués, à compter de la date du jugement à intervenir, des intérêts au taux légal sur la somme que le groupement hospitalier Aube-Marne est susceptible d'être condamné à lui verser est dépourvue de tout objet et par suite irrecevable dès lors qu'en vertu de l'article 1231-7 du code civil et même en l'absence de demande en ce sens, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution.
Les parties n'ont pas produit d'observations.
La clôture de l'instruction est intervenue le 14 mars 2024 par une ordonnance
du 20 février précédent.
Vu :
- l'ordonnance n° 1900579 du 6 janvier 2022 par laquelle le président du tribunal a liquidé et taxé à la somme de 1 780 euros les honoraires de l'expert ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal
de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Maleyre, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, née le 28 août 1960 et porteuse d'une obésité morbide de grade deux, a bénéficié en 2014 d'une gastrectomie longitudinale à l'hôpital Bichat. Cette opération a généré l'apparition d'un reflux gastro-oesophagien persistant. Afin d'y remédier, il a été décidé de réaliser un by-pass en Y. L'opération a eu lieu dans ce même hôpital le 4 septembre 2018.
Le 28 septembre suivant, Mme B a présenté les signes d'une hématémèse. Elle a consulté au service des urgences du groupement hospitalier Aube-Marne (GHAM) où ses constantes ont été mesurées, un électrocardiogramme pratiqué, il lui a été conseillé de consulter à l'hôpital Bichat dans l'hypothèse où elle aurait de nouveaux glaires sanglants et une liste pour
une consultation d'un spécialiste sur Romilly-sur-Seine lui a été communiquée. Son infirmière à domicile, trouvant son état inquiétant, lui a conseillé de prendre contact avec le service
du chirurgien l'ayant opéré, lequel lui a indiqué de venir consulter le plus rapidement possible. Mme B a été prise en charge à l'hôpital Bichat le jour même. La gastroscopie qui a été pratiquée a mis en évidence l'existence d'une hémorragie digestive active avec saignement en jet sur l'anastomose gastro-jéjunale. L'hémorragie a été arrêtée par une injection d'adrénaline
et la pose d'un clip. L'intéressée a reçu deux culots globulaires le 30 septembre 2018 et a pu regagner son domicile le 4 octobre suivant. Considérant que sa prise en charge par le GHAM n'avait pas été conforme, Mme B a saisi le juge des référés du tribunal administratif
de Châlons-en-Champagne d'une demande d'expertise, à laquelle il a été fait droit
le 1er juillet 2019. L'expert a déposé son rapport le 25 novembre 2021. Par un courrier
du 26 juillet 2022, reçu le 1er août suivant, l'intéressée a présenté une demande indemnitaire préalable, qui a été implicitement rejetée. Mme B demande au tribunal de condamner
le GHAM à lui verser la somme de 9 240 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis lors de sa prise en charge le 28 septembre 2018.
Sur la responsabilité du GHAM :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels
de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute / () ".
3. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert désigné par le juge des référés du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, qu'en présence d'une personne ayant subi une chirurgie complexe et lourde moins de trente jours auparavant et présentant
de façon manifeste un saignement digestif post-opératoire, l'hôpital aurait dû pratiquer
une biologie sanguine minimum. Un tel manquement, qui a occasionné un retard de prise en charge de l'hémorragie de Mme B, est fautif.
4. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert désigné par le juge des référés du tribunal, que la réalisation d'un by-pass en Y est susceptible d'entraîner
une complication hémorragique, généralement entre les huitième et douzième jours suivant l'opération. Toutefois, la faute commise par le GAHM a été à l'origine d'un retard de prise en charge de l'hémorragie d'une journée avant son arrivée à l'hôpital Bichat et a nécessité des soins plus lourds pour l'arrêter consistant en l'administration de deux culots globulaires.
Sur l'évaluation des préjudices :
5. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert, que la date de consolidation doit être fixée au 14 novembre 2018.
6. Eu égard à ce qui a été dit au point 4, le déficit fonctionnel temporaire subi par Mme B en lien avec la faute commise par le GHAM se limite à une journée et a été total selon l'expert. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en octroyant à la requérante la somme de 17 euros.
7. L'expert indique que les souffrances endurées sont de 3 sur une échelle de 7.
Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice, compte tenu de ce qui a été dit
au point 4 du jugement, en l'évaluant à la somme de 500 euros.
8. Si Mme B se prévaut d'un préjudice sexuel, il ne résulte pas de l'instruction qu'un tel préjudice serait en lien avec la faute du GHAM et l'expert n'en a pas mentionné l'existence dans son rapport. Ce poste de préjudice ne saurait donc être indemnisé.
9. Si l'expert indique que le déficit fonctionnel permanent de Mme B peut être évalué à 0,5% en raison des répercussions psychologiques, qu'il impute à hauteur de 80% à l'hôpital, le rapport mentionne que l'intéressée a refusé tout suivi psychologique, lequel aurait permis de prendre en charges ces séquelles, de sorte que ce préjudice est sans lien avec la faute de l'établissement de santé.
10. Il résulte de ce qui précède que le GAHM doit être condamné à verser à Mme B la somme de 517 euros au titre de l'indemnisation des préjudices subis lors
de sa prise en charge durant la journée du 28 septembre 2018.
Sur les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne :
11. Compte tenu de ce qui a été dit au point 4 et au regard des pièces produites par
la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Haute-Marne, cette dernière a droit aux sommes de 92,28 euros correspondant aux frais médicaux qu'elle a exposés et de 1 495,71 euros représentant la journée d'hospitalisation au sein du GHAM sur les sept jours dont elle demande le remboursement au titre des frais hospitaliers.
12. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale
et de l'article 1er de l'arrêté du 20 décembre 2023, il y a lieu d'allouer à la caisse la somme
de 476,39 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
13. En revanche, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution. La demande de la CPAM de la Haute-Marne tendant à ce que lui soient alloués, à compter de la date du jugement, des intérêts au taux légal sur la somme que le GHAM est condamné à lui verser est donc dépourvue de tout objet et doit être rejetée.
Sur les dépens :
14. Les frais de l'expertise ordonnée par le juge des référés, liquidés et taxés
à la somme de 1 780 euros par une ordonnance du 6 janvier 2022, sont mis à la charge définitive du GHAM.
Sur les frais liés au litige :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du GHAM une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans
les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le groupement hospitalier Aube-Marne est condamné à verser à Mme B la somme de 517 euros au titre de l'indemnisation des préjudices résultant de sa prise en charge le 28 septembre 2018.
Article 2 : Le groupement hospitalier Aube-Marne est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne la somme de 1 587,99 euros au regard des débours qu'elle a exposés, ainsi que la somme de 476,39 euros au titre de l'indemnité forfaitaire
de gestion.
Article 3 : Les dépens, liquidés et taxés à la somme de 1 780 euros par une ordonnance
du 6 janvier 2022, sont mis à la charge définitive du groupement hospitalier Aube-Marne.
Article 4 : Le groupement hospitalier Aube-Marne versera à Mme B une somme
de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au groupement hospitalier Aube-Marne, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aube et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne.
Copie en sera adressée à M. le docteur D C, expert.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
Le magistrat désigné,
signé
P. H. MALEYRELe greffier,
signé
A. PICOT
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026