mardi 21 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2202536 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP SOULIE COSTE-FLORET & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
(2ème chambre)
Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2022, la société Allianz Iard et la société Sodibrag, représentées par Me Esquelisse, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à verser la somme de 98 752,20 euros à la société Allianz Iard subrogée dans les droits et actions de la société Sodibrag ;
2°) de condamner l'Etat à verser à la société Sodibrag la somme de 6 000 euros au titre de la franchise restée à sa charge ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à la société Allianz, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée sur le fondement des dispositions de l'article
L. 211-10 du code de la sécurité intérieure et pour rupture d'égalité devant les charges publiques ;
- la SA Allianz est fondée à obtenir le versement de la somme de 98 752,20 euros, composée d'une part de la somme de 92 877 euros correspondant à l'indemnité versée à son assurée et, d'autre part, de la somme de 5 875, 20 euros au titre des frais d'expertise engagés ;
- la société Sodibrag est fondée à obtenir le versement d'une somme de 6 000 euros au titre de la franchise restée à sa charge.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2023, la préfète de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est tardive ;
- les conclusions indemnitaires de la société Sodibrag sont irrecevables faute pour elle d'avoir fait parvenir une demande indemnitaire préalable et faute pour la société Allianz Iard de disposer d'un mandat à la date du 24 janvier 2020 pour la représenter ;
- toutes les conclusions indemnitaires de la société Allianz Iard supérieures à la somme de 98 752,20 euros sont irrecevables en application des dispositions de l'article L. 121-12 du code des assurances ;
- les moyens soulevés par les sociétés Allianz IARD et Sodibrag ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Oscar Alvarez, rapporteur
- et les conclusions de Mme Lambing, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Sodibrag exploite un centre commercial E. Leclerc situé route de Chaumont à Saint-Dizier dans le département de la Haute-Marne. Dans le cadre du mouvement national dit A jaunes ", des groupes de manifestants se sont installés entre le
17 novembre 2018 et le 26 décembre 2018 sur les ronds-points permettant l'accès à ce centre commercial. Par courrier en date du 24 janvier 2020, la société Allianz IARD, assureur de la société Sodibrag, a adressé à la préfète de la Haute-Marne une demande indemnitaire préalable en vue d'obtenir la réparation des préjudices résultant de ces blocages. Par une décision implicite, la préfète de la Haute-Marne a rejeté cette demande. Par la présente requête, les sociétés Allianz IARD et Sodibrag demandent la condamnation de l'Etat à leur verser respectivement les sommes de 98 752,20 euros et de 6 000 euros.
Sur les conclusions indemnitaires
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure
2. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens () ". L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés commis par des rassemblements ou attroupements précisément identifiés. En outre, ne peuvent être regardés comme étant le fait d'un attroupement ou rassemblement au sens de ces dispositions les actes délictuels ne procédant pas d'une action spontanée dans le cadre ou le prolongement d'un attroupement ou rassemblement mais d'une action préméditée et organisée par un groupe structuré à seule fin de les commettre.
3. Il résulte de l'instruction, notamment des procès-verbaux de constat d'huissier et du rapport d'expertise du 10 octobre 2019 du cabinet d'expertise Union d'Experts Grand Est, qu'à compter du 17 novembre 2018 et jusqu'au 26 décembre 2018, des barrages routiers ont été organisés sur les territoires des communes de Saint-Dizier et de Chancenay. Ces blocages de la circulation ont été effectués au niveau de sept rond-points par des personnes ayant l'intention d'entraver l'accès au centre commercial exploité par la société Sodibrag. Ces opérations, qui ont, selon les jours, empêché, limité ou dissuadé l'accès au centre commercial, ont entraîné, sur cette période, une baisse de fréquentation par la clientèle du centre commercial et des différentes enseignes.
4. Il résulte également de l'instruction que ces opérations s'inscrivent dans le contexte national de contestation dit B ", né en octobre 2018 en réaction notamment à la hausse du prix des carburants. Bien que n'étant pas porté par un groupe ou une structure préexistante identifiable, ce mouvement de contestation s'est structuré, au moyen notamment des réseaux sociaux, en vue en particulier de monter des opérations concertées et coordonnées de barrages routiers. Il s'ensuit que ces opérations ne procèdent pas d'une simple action spontanée dans le cadre ou le prolongement d'un mouvement national de contestation mais présentent un caractère prémédité et ont été organisées par un groupe structuré à seule fin de commettre le délit d'entrave à la circulation. Elles ne sauraient donc être regardées comme le fait d'un attroupement ou d'un rassemblement au sens des dispositions précitées de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
5. Si des dégradations ont été occasionnées à la station-service du centre-commercial le 29 décembre 2018 par trois individus tous vêtus de noir portant des cagoules qui ont appliqué de la mousse expansive sur onze lecteurs de carte bancaire et de la peinture sur les écrans d'affichages de ces terminaux. Cette action, intervenue à 3h22 du matin, a été réalisée de manière préméditée sans qu'un lien puisse être établi entre les manifestations et blocages précités. Elle ne saurait donc être regardée comme le fait d'un attroupement ou d'un rassemblement au sens des dispositions précitées de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
6. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée sur le fondement des dispositions de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat pour rupture d'égalité devant les charges publiques :
7. D'une part, lorsque le dommage invoqué a été causé à l'occasion d'une série d'actions concertées ayant donné lieu, sur l'ensemble du territoire ou une partie substantielle de celui-ci, à des crimes ou délits commis par plusieurs attroupements ou rassemblements et que les conditions d'application de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure ne sont pas réunies, la responsabilité de l'Etat peut être engagée sur le fondement des principes généraux du droit de la responsabilité sans faute si le dommage indemnisable présente le caractère d'un préjudice anormal et spécial. D'autre part, les dommages résultant du fait de l'abstention de l'autorité administrative compétente de prendre les mesures nécessaires pour rétablir l'ordre ne peuvent, lorsque cette abstention n'est pas fautive, engager la responsabilité de cette autorité que si cette abstention a été directement à l'origine d'un dommage anormal et spécial.
8. Ainsi qu'il a été dit au point 4, il résulte de l'instruction que l'occupation et le blocage des sept ronds-points d'accès au centre commercial E. Lelerc exploité par la société Sodibrag s'inscrivent dans un ensemble de manifestations et d'actions de même nature menées à la fin de l'année 2018 sur l'ensemble du territoire et qui ont notamment eu une influence sur de nombreux commerces dans des zones commerciales ou des centre-villes. Les sociétés requérantes n'apportent aucun élément de nature à établir que la société Sodibrag aurait subi un préjudice différent de celui qu'ont subi d'autres entreprises ou d'une importance telle qu'il aurait présenté des sujétions excédant celles rencontrées par ces mêmes entités, notamment de la grande distribution, du fait des actions menées dans le cadre de ce mouvement. Ainsi, les sociétés Sodibrag et Allianz Iard, n'établissent pas le caractère anormal et spécial du dommage allégué. Par suite, la société Allianz Iard et la société Sodibrag ne sont pas fondées à rechercher la responsabilité sans faute de l'Etat sur ce fondement.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il y ait besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées par la préfète de la Haute-Marne, que les conclusions à fin d'indemnisation de la société Allianz et de la société Sodibrag doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Allianz Iard demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête des sociétés Sodibrag et Allianz Iard est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Sodibrag, à la société Allianz Iard et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète de la Haute-Marne.
Délibéré après l'audience du 23 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
M. Michel Soistier, premier conseiller,
M. Oscar Alvarez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.
Le rapporteur,
O. ALVAREZ
Le président,
O. NIZETLa greffière,
N. MASSON
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026