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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202557

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202557

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202557
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique - 3ème chambre
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2022, Mme A C, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le département de l'Aube a rejeté son recours préalable obligatoire contre la décision du 2 février 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Aube lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 503,73 euros et a rejeté sa demande de remise gracieuse ;

2°) de la décharger du paiement de cette somme ;

3°) d'enjoindre au département de l'Aube de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du département de l'Aube une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 311-3-1 et R.311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'auteur de l'acte est incompétent ;

- la décision attaquée est dépourvue de signature ;

- elle n'a pas été informée de la mise en œuvre du droit de communication ;

- la commission de recours amiable n'a pas été consultée ;

- des retenues ont été illégalement pratiquées avant l'expiration du délai de recours ;

- les droits de la défense ont été méconnus ;

- elle doit bénéficier du droit à l'erreur ;

- au vu de sa bonne foi, elle doit bénéficier d'une remise de dette.

Par un mémoire enregistré le 19 septembre 2023, le département de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'indu est fondé et que la bonne foi de la requérante ne peut être retenue en vue d'une remise de dette.

Par une décision du 9 septembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande de Mme C.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C s'est vu notifier le 17 janvier 2022 par la caisse d'allocations familiales de l'Aube un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 503,73 euros pour la période du 1er octobre au 31 décembre 2021 fondé sur l'omission de déclaration d'une reprise de la vie commune avec son conjoint durant cette période. Elle demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le département de l'Aube d'une part a rejeté son recours administratif préalable contre cette décision et d'autre part a rejeté sa demande de remise gracieuse de cette dette et la décharge de la somme correspondante.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

2. En vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.

3. Lorsque l'un de ces organismes décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge et en application des dispositions combinées des articles L. 262-47 et R. 262-87 à R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles, former un recours administratif préalable auprès du président du conseil départemental et la décision que ce dernier prend après avoir consulté, le cas échéant, la commission de recours amiable, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

4. Au sein de la section 5 " Recours et récupération " du chapitre II, consacré au revenu de solidarité active, du titre VI du livre II du code de l'action sociale et des familles, l'article L. 262-46 prévoit que : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. () " et l'article L. 262-47 que : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes du I de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles : " Une convention est conclue entre le département et chacun des organismes mentionnés à l'article L. 262-16. / Cette convention précise en particulier : / 1° Les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé ; / 2° Les modalités d'échange des données entre les parties ; / 3° La liste et les modalités d'exercice et de contrôle des compétences déléguées, le cas échéant, par le département aux organismes mentionnés à l'article L. 262-16 () ". Aux termes de l'article R. 262-60 de ce code : " La convention prévue à l'article L. 262-25 comporte des dispositions générales relatives à : / () 4° Les conditions et limites dans lesquelles la commission de recours amiable de ces organismes rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil départemental ; ces stipulations portent notamment sur l'objet et le montant des litiges dont la commission est saisie et les conditions financières de cette intervention () ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-90 du même code : " Lorsqu'elle est saisie, la commission de recours amiable se prononce dans un délai d'un mois à compter de la date de saisine. A réception de l'avis, le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. / Si elle ne s'est pas prononcée au terme du délai mentionné au précédent alinéa, son avis est réputé rendu et le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. () ".

5. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. L'application de ce principe n'est pas exclue en cas d'omission d'une procédure obligatoire, à condition qu'une telle omission n'ait pas pour effet d'affecter la compétence de l'auteur de l'acte.

6. Dans ce cadre, il appartient au tribunal administratif, saisi d'un moyen tiré du défaut de consultation de la commission de recours amiable de l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, de s'assurer du caractère obligatoire de cette consultation dans l'hypothèse en litige, en vertu des clauses réglementaires de la convention conclue entre le département et l'organisme. En revanche, la circonstance que le législateur ait entendu permettre à chaque département, agissant par voie de convention avec cet organisme, de déterminer les hypothèses dans lesquelles les réclamations dirigées contre des décisions relatives au revenu de solidarité active sont soumises pour avis à sa commission de recours amiable n'a pas pour effet de retirer à la consultation de cette commission, eu égard à sa nature et à sa composition, le caractère d'une garantie apportée, lorsqu'elle est prévue, au bénéficiaire du revenu de solidarité active.

7. En l'absence d'élément apporté par le département de l'Aube, en dépit d'une mesure d'instruction diligentée par le tribunal en vue de la production de la convention applicable au litige, il n'est pas justifié que les clauses réglementaires de la convention conclue entre le département et la caisse d'allocations familiales dispenseraient de la consultation de la commission de recours amiable de la caisse. Par suite, en l'état du dossier, le moyen tiré du défaut de consultation de cette commission doit être accueilli dès lors que la requérante doit être regardée comme ayant été privée de la garantie liée à la consultation de cette commission.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, à demander, pour ce motif, l'annulation de la décision implicite par laquelle le département de l'Aube a rejeté son recours dirigé contre l'indu de revenu de solidarité active en litige.

9. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.

10. L'annulation prononcée par le présent jugement implique, eu égard à son motif, que Mme C soit déchargée de l'obligation de payer l'indu de revenu de solidarité active, sauf à ce que l'autorité administrative ne reprenne régulièrement, et sous réserve qu'aucune règle de prescription n'y fasse obstacle, dans un délai de trois mois suivant la date de notification du présent jugement, une nouvelle décision de récupération de cet indu. Par suite, il y a lieu de prononcer, sous cette réserve, la décharge de l'obligation de payer la somme de 503,73 euros.

11. Le présent jugement faisant droit aux conclusions de la requérante tendant à l'annulation de la décision en cause en tant qu'elle a confirmé la récupération de l'indu de revenu de solidarité active en litige, ses conclusions tendant à l'annulation de cette décision en tant qu'elle lui a refusé le bénéfice d'une remise de cet indu ont perdu leur objet. Il n'y a, dès lors, pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui décharge Mme C du paiement de la somme qui lui était réclamée, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Il est seulement loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.

Sur les frais de l'instance :

13. Mme C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Desfarges renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge du département de l'Aube, au bénéfice du conseil de la requérante, la somme de 1 200 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le département de l'Aube a rejeté son recours préalable obligatoire contre la décision du 2 février 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Aube lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 503,73 euros est annulée.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à la remise gracieuse de l'indu.

Article 3 : Il est mis à la charge du département de l'Aube la somme de 1 200 euros à verser à Me Desfarges, conseil de Mme C, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Desfarges

et au département de l'Aube.

Copie en sera adressé à la caisse d'allocations familiales de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

A. BLe greffier,

Signé

A. PICOT

No 2202557

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