mercredi 23 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2202832 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | LAZARI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 décembre 2022 et le 4 avril 2024, la société anonyme Gaz Réseau Distribution France (GRDF), représentée par Me Gabon, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de condamner la société Eiffage Route Nord-Est à lui verser la somme de 13 304,18 euros majorée des intérêts à compter du 3 août 2022 avec capitalisation des intérêts à compter de cette date en réparation du préjudice causé ;
2°) de mettre à la charge de la société Eiffage Route Nord la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité sans faute de la société Eiffage Route Nord-Est peut-être engagée dès lors qu'elle a endommagé un branchement qu'elle exploite ;
- la société Eiffage Route Nord-Est a commis une faute en ne respectant ni les recommandations qui lui ont été délivrées ni la règlementation dès lors qu'elle a utilisé une pioche dans la zone d'incertitude de localisation du branchement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2024, la société Eiffage Route Nord-Est demande au tribunal :
- à titre principal, de rejeter les demandes de la société GRDF ;
- à titre subsidiaire, de réduire l'indemnisation de la société GRDF aux frais justifiés et en lien avec le dommage ;
- de mettre à la charge de la société GRDF la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- elle n'a travaillé à proximité de la canalisation endommagée qu'avec des outils manuels et n'a donc commis aucune faute ;
- la requérante a commis deux fautes ayant participé à la survenance du dommage dès lors que la profondeur d'enfouissement de la canalisation ne respectait pas la norme NFP 98-331 et que la canalisation était scellée dans le béton d'un autre ouvrage ;
- la canalisation en acier n'a pas été touchée et aucune fuite de gaz ne s'est produite, seul l'enrobage de la canalisation a dû faire l'objet de réparation ;
- elle ne peut être condamnée à payer les travaux de déviation du branchement ;
- la société GRDF est tenue de rapporter la preuve d'une faute, la société Eiffage Route Nord-Est étant intervenue dans le cadre d'un contrat de sous-traitante de nature privée.
Par ordonnance du 24 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 17 mai 2024.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Alibert,
- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public,
- et les observations de Me Gabon, représentant la société GRDF.
Considérant ce qui suit :
1. Le 20 mai 2020, à l'occasion de travaux de réfection et de modification de la chaussée pour le compte du Grand Reims, rue de la Liberté à Saint Brice Courcelles, la société Eiffage Route Nord-Est a endommagé une canalisation de gaz naturel. La société GRDF, propriétaire de cette installation, a sollicité de la société Eiffage Route Nord-Est dans le cadre d'une demande préalable en indemnisation la réparation du dommage subi à hauteur de 13 304,18 euros. Cette demande a été rejetée. La société GRDF demande au tribunal administratif de condamner la société Eiffage Route Nord Est à lui verser cette somme majorée des intérêts à compter du 3 août 2022 avec capitalisation des intérêts à compter de cette date en réparation du préjudice causé.
Sur la responsabilité :
2. Le titulaire d'une permission de voirie ne peut être astreint à supporter sans indemnité le dommage subi dans les ouvrages qui font l'objet de la permission, que lorsque le dommage est la conséquence de travaux exécutés dans l'intérêt de la conservation du domaine ou de son utilisation en conformité de sa destination et dans des conditions normales, ou la conséquence nécessaire du fonctionnement d'un ouvrage public édifié dans l'intérêt du domaine pour lequel l'autorisation d'occupation est accordée.
3. Il résulte de l'instruction, et notamment du constat contradictoire du 20 mai 2020, et des photographies produites, que le tronçon de canalisation de la société GRDF a été endommagé par l'utilisation d'une pioche par la société Eiffage Route Nord-Est. La société GRDF a subi un dommage causé par une opération de travaux publics sur un ouvrage sur lequel elle dispose d'une permission de voirie.
4. D'une part, si la société Eiffage Route Nord-Est allègue que la canalisation de gaz était enterrée à une profondeur de 0,32m alors que le règlement en vigueur exigeait qu'elle soit enterrée à plus de 0,60m de profondeur, il résulte du contenu même du constat rempli et signé par les deux parties le 20 mai 2020, que la canalisation endommagée était enfouie à une profondeur de 0,92m.
5. D'autre part, il est constant que la canalisation en cause était enrobée d'un matériau dénommé Easycan. Cependant, dans un courrier du 4 février 2021, la société Eiffage explique que le recours à une pioche a été décidé pour dégager le matériau Easycan qui entourait la canalisation de gaz. L'employé de la société Eiffage Route Nord-Est qui a utilisé une pioche pour dégager cette enveloppe a nécessairement eu connaissance de cette particularité qu'il a pu constater visuellement avant d'utiliser la pioche. Ainsi, quand bien même la société Eiffage Route Nord-Est n'aurait pas été correctement informée de la présence du matériau Easyscan, cette circonstance de fait est sans conséquence sur la décision de porter un coup de pioche à ce revêtement, fait générateur du dommage. Par suite, le préjudice de la société GRDF est en lien direct avec des travaux exécutés dans des conditions anormales par la société Eiffage Route Nord-Est et les circonstances invoquées par la société Eiffage ne peuvent, en l'espèce, être regardées comme constituant un fait de la société GRDF à l'origine du dommage et de nature à exonérer de sa responsabilité la société défenderesse.
6. Il résulte des énonciations des points 3, 4 et 5 que la société GRDF, à laquelle aucune faute ne peut être reprochée, est fondée à soutenir que la société Eiffage Route Nord-Est est responsable des préjudices présentant un lien direct et certain avec le sinistre du 20 mai 2020, qui lui est imputable.
Sur les préjudices :
7. La société GRDF sollicite la réparation de son préjudice correspondant au remplacement du tronçon de canalisation endommagée. La société GRDF est fondée à solliciter la réparation intégrale de son préjudice qui, pour des motifs de sécurité, ne peut uniquement consister à la réparation par la pose d'un dispositif en acier et qui nécessite la remise en état globale du tronçon endommagé comprenant le remplacement du tronçon concerné, la soudure des pièces et la pose d'un nouveau revêtement sur la chaussée. En outre, si la société Eiffage Route Nord-Est fait valoir que la canalisation a été déplacée, il résulte de l'instruction que ce déplacement avait pour but de contourner l'avaloir posé par cette société lors des travaux en litige et apparaissait donc nécessaire à la réparation de la canalisation endommagée. Par suite, la société GRDF, qui produit des factures de prestataires relatives au piquage, à la soudure et à la pose d'un enrobé ainsi qu'une facture de commande de matériel prévoyant le renouvellement de l'acier, justifie d'un préjudice à hauteur de 13 304,18 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
8. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts des sommes allouées par le juge sont dus à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette somme, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
9. Par suite, ces sommes porteront intérêts à compter du 5 août 2022, date de la réception de la demande préalable d'indemnisation.
10. La capitalisation des intérêts a été demandée par le requérant dans la requête enregistrée au greffe le 5 décembre 2022. A cette date, il était dû moins d'une année d'intérêts. La société GRDF ne peut donc prétendre à la capitalisation des intérêts qu'à compter du 5 août 2023.
Sur les frais du litige :
11. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la société Eiffage Route Nord-Est une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société GRDF et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société GRDF, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par la société Eiffage Route Nord-Est sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La société Eiffage Route Nord-Est est condamnée à verser à la société GRDF
la somme de 13 304,18 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 5 août 202et de la capitalisation de ceux-ci à compter du 5 août 2023.
Article 2 : La société Eiffage Route Nord-Est versera à la société GRDF la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société GRDF, à la communauté urbaine du Grand-Reims et à la société Eiffage Route Nord-Est.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
Mme Alibert, première conseillère,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
B. ALIBERT
Le président,
signé
A. DESCHAMPS Le greffier,
signé
A. PICOT
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui concerne et a tous commissaires de justice a ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution
de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026