vendredi 19 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2202903 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 décembre 2022 et le 27 février 2024, Mme B A C doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 2 novembre 2022 par lesquelles le directeur de la caisse d'allocation familiales de la Marne a refusé de lui accorder une remise gracieuse de ses dettes résultant d'indus d'allocation personnalisée au logement d'un montant de 1 335 euros et de 2 264,46 euros pour la période de janvier 2021 à avril 2022 ;
2°) de lui accorder une remise totale de ces dettes.
Elle soutient que :
- la dette d'un montant de 1 335 euros provient d'un problème informatique de la caisse d'allocations familiales de la Marne ;
- concernant la dette d'un montant de 2 264,46 euros, il ne peut lui être reproché d'avoir déclaré ses revenus tardivement ;
- elle ne dispose pas des capacités financières pour procéder au remboursement des sommes dès lors qu'elle est en congés de maladie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2023, la caisse d'allocations familiales de la Marne doit être regardée comme concluant au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus de la requête.
Elle fait valoir que :
- Mme A C a bénéficié d'une remise gracieuse de 50% de sa dette en juin 2023 ;
- les moyens soulevés par Mme A C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Mach en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Mach, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par deux courriers du 7 avril 2022 et du 6 mai 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Marne a informé Mme A C de l'existence de deux indus d'aide personnalisée au logement respectivement d'un montant de 2 264,46 euros qu'elle a perçu de juillet 2021 à avril 2022 et d'un montant de 1 335 euros qu'elle a perçu de janvier 2021 à juin 2021. Par deux décisions du 2 novembre 2022, dont Mme A C demande l'annulation, le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Marne a rejeté sa demande de remise gracieuse de ces indus.
Sur l'étendue du litige :
2. Par deux décisions du 12 juin 2023, intervenues postérieurement à l'enregistrement de la requête, le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Marne a, après réexamen de la situation de Mme A C, décidé de lui accorder une remise partielle d'un montant de 1 212,27 euros concernant le premier indu, laissant à sa charge un montant de 879,04 euros ainsi qu'une remise partielle d'un montant de 667,50 concernant le second indu, laissant à sa charge un montant de 667,50 euros. Par suite, la requête de Mme A C est devenue sans objet dans cette mesure.
Sur la demande de remise gracieuse :
3. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () / Les aides personnelles au logement comprennent : / 1° L'aide personnalisée au logement ; () ". Aux termes de l'article L. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés. ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " / () la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. () ".
4. Aux termes de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur :
() / 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement. ".
5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision. S'agissant d'un indu constaté au titre de l'aide personnalisée au logement, il y a lieu de rechercher si la situation de précarité de l'intéressé et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.
6. Il résulte de l'instruction que les indus dont le remboursement est demandé à Mme A C trouvent leur origine dans la révision des droits opérée par la caisse d'allocations familiales de la Marne pour tenir compte de la situation professionnelle de l'intéressée et de l'application à tort par les services d'un abattement des ressources de l'intéressée. La caisse d'allocations familiales de la Marne ne conteste pas la bonne foi de Mme A C.
7. Mme A C fait valoir qu'elle ne dispose pas des capacités financières pour procéder au remboursement des indus réclamés. Il résulte de l'instruction que le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Marne a déjà tenu compte de la bonne foi de Mme A C ainsi que de sa situation financière, et notamment de ses ressources, pour lui accorder une remise gracieuse de 50% de ses dettes initiales en retenant un quotient familial de 624 euros en juin 2023. La requérante fait valoir que sa situation financière a évolué par rapport à l'évaluation ainsi effectuée par la caisse d'allocations familiales dans la mesure où elle ne perçoit plus aucune ressource depuis octobre 2023. Si elle procède à une évaluation de ses charges d'un montant de 812,87 euros à la date du présent jugement, il résulte de l'instruction, et notamment d'un courrier du 8 janvier 2024 de l'assurance retraite Nord Est, que l'intéressée a déposé une demande de retraite personnelle, alors en cours d'étude. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que la requérante, laquelle doit disposer d'une pension de retraite et ne peut ainsi être regardée comme sans ressources à la date du présent jugement, se trouve dans une situation de précarité telle qu'elle l'empêche de rembourser le solde de sa dette, y compris selon un échéancier de paiement que l'administration se propose de définir ultérieurement et qui pourra être adapté au montant de ses ressources. Dès lors, et en dépit de sa bonne foi, il n'y a pas lieu d'accorder à Mme A C une remise totale des indus qui lui sont réclamés.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme A C en tant qu'elle porte sur le refus de lui accorder une remise gracieuse d'un montant de 1 879,77 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A C et à la caisse d'allocations familiales de la Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.
La magistrate désignée,
Signé
A-S. MACHLa greffière,
Signé
A. DEFORGE
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