vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2202919 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 décembre 2022, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision du 1er décembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Marne a refusé de lui accorder une aide à l'impayé d'énergie au titre du fonds de solidarité pour le logement.
Il soutient que :
- il n'a pas reçu les factures avant de se voir notifier un impayé par EDF ;
- l'impayé trouve son origine dans une erreur imputable au relevé de consommation ;
- il dispose de peu de ressources.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2023, le département de la Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 ;
- le décret n° 2005-212 du 2 mars 2005 ;
- le règlement intérieur du fonds de solidarité pour le logement de la Marne ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné, sur le fondement de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. C a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, en vue d'obtenir la prise en charge d'une facture d'énergie, a présenté une demande d'aide au fonds de solidarité pour le logement qui a été rejetée par une décision du président du conseil départemental de la Marne en date du 1er décembre 2022. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal à ce que cette aide lui soit accordée pour un montant correspondant à celui de la facture impayée.
2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 mai 1990 susvisée : " Garantir le droit au logement constitue un devoir de solidarité pour l'ensemble de la nation. / Toute personne ou famille éprouvant des difficultés particulières, en raison notamment de l'inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d'existence, a droit à une aide de la collectivité, dans les conditions fixées par la présente loi, pour accéder à un logement décent et indépendant ou s'y maintenir et pour y disposer de la fourniture d'eau, d'énergie et de services téléphoniques () ". Aux termes de l'article 6 de cette même loi : " Il est créé dans chaque département un fonds de solidarité pour le logement. / Le fonds de solidarité accorde, dans les conditions définies par son règlement intérieur, des aides financières sous forme de () garanties ou subventions à des personnes remplissant les conditions de l'article 1er et () qui, () étant locataires () se trouvent dans l'impossibilité d'assumer leurs obligations relatives au paiement du loyer () ". Aux termes de l'article 6-1 de la même loi : " Le règlement intérieur du fonds de solidarité pour le logement définit les conditions d'octroi des aides conformément aux priorités définies à l'article 4 (). Le règlement intérieur est élaboré et adopté par le conseil départemental (). / Les conditions d'octroi des aides du fonds de solidarité ne peuvent reposer sur d'autres éléments que le niveau de patrimoine ou de ressources des personnes et l'importance et la nature des difficultés qu'elles rencontrent. () ". Aux termes de l'article 5 du décret du 2 mars 2005 susvisé : " Les ressources prises en compte par le règlement intérieur du fonds et les règlements intérieurs des fonds locaux pour fixer les conditions d'attribution des aides comprennent l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, à l'exception de l'aide personnelle au logement, de l'allocation de logement, de l'allocation de rentrée scolaire, de l'allocation d'éducation spéciale et de ses compléments et des aides, allocations et prestations à caractère gracieux. "
3. Les aides sociales ne créent pas au profit des demandeurs de telles prestations un droit à obtenir une aide financière et le président du conseil départemental dispose d'une marge d'appréciation quant aux choix des moyens à mettre en œuvre pour venir en aide aux familles en difficulté.
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur une demande d'aide destinée à prendre en charge tout ou partie d'une dépense spécifique, soit le requérant a effectivement exposé cette dépense et le juge doit rechercher s'il satisfaisait alors aux conditions pour obtenir l'aide sollicitée, soit il n'a pas été en mesure de le faire et le juge doit rechercher si la demande d'aide conserve un objet et si le requérant remplit les conditions pour l'obtenir, au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant à la date à laquelle il statue. Dans les deux cas il doit, le cas échéant, prendre en considération la marge d'appréciation dont l'administration dispose pour accorder l'aide en litige.
5. Il résulte de l'instruction que le président du conseil départemental de la Marne, pour refuser de faire droit à la demande de M. B tendant à la prise en charge de son impayé d'énergie qui s'élève à la somme de 1 326,68 euros, a estimé que celui-ci n'avait pas fait preuve d'une implication suffisante pour résorber cette dette. Toutefois, et alors qu'un tel motif n'est pas de ceux que le règlement intérieur pour 2022-2026 prévoit limitativement au IV, chapitre II, partie III-A, les pièces versées au dossier révèlent que, le 21 septembre 2022, l'intéressé s'est vu notifier une facture d'énergie d'un montant sans commune mesure avec ses précédentes factures, lesquelles ont toutes été acquittées. Si l'intervention d'un éventuel dysfonctionnement du relevé de consommation est certes une circonstance indifférente à l'objet de la décision en litige, il est constant que M. B, qui est allocataire du revenu de solidarité active et de l'aide personnalisée au logement, bénéficie d'une prestation mensuelle globale de 766,08 euros, alors que le montant de ses charges courantes, hormis celles relatives à l'énergie, s'élève à la somme mensuelle de 486,84 euros. Dans ces conditions, compte tenu de la somme restant à la disposition de M. B pour satisfaire ses dépenses alimentaires, du caractère atypique du montant de la facture à l'origine de l'impayé, de la circonstance que cet impayé est ponctuel et que celui-ci est hors de proportion avec ses capacités contributives, celui-ci est fondé à obtenir l'aide sollicitée, étant précisé que le département de la Marne ne se prévaut d'aucun autre motif susceptible de faire obstacle à ce qu'une aide de cette nature lui soit accordée au titre du fonds de solidarité pour le logement. Par voie de conséquence, et au regard du montant de ses précédentes factures d'énergie, le montant de l'aide accordée à ce titre doit être fixée à 90 % de l'impayé en cause, soit la somme de 1 194,02 euros, laissant ainsi à la charge de M. B la somme de 132,66 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il est accordé à M. B une aide au titre du fonds de solidarité pour le logement pour un montant de 1 194,02 euros.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département de la Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.
Le magistrat désigné,
signé
C. CLe greffier,
signé
A. PICOT
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