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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202963

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202963

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202963
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP SAMMUT CROON JOURNÉ-LÉAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 décembre 2022 et 17 février 2023, la Mutuelle d'assurance du corps de santé français (MACSF), représentée par Me Français, doit être regardée comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du tribunal judicaire de Nanterre introduite par M. B à l'encontre du docteur C, dont elle est l'assureur ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Troyes à la garantir de toutes les condamnations que serait susceptible de prononcer le tribunal judicaire de Nanterre ;

3°) de condamner cet établissement de santé à lui verser la somme de 142 036,50 euros après application d'un partage de responsabilité d'un tiers et du taux de perte de chance de 50%.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable, ayant la qualité de subrogeant ;

- la faute du centre hospitalier de Troyes a été reconnue à hauteur d'un tiers par les deux expertises ;

- elle est donc bien fondée, en sa qualité d'assureur du docteur C, à former une action indemnitaire à l'encontre de l'hôpital, coauteur du dommage subi par M. B ;

- l'hôpital doit la garantir ;

- il sera condamné à lui verser la somme de 142 036,50 euros ;

- la forclusion intervenant le 31 décembre 2022, elle devait saisir le tribunal administratif avant cette date et aucune prescription ne peut donc lui être opposée, sa requête ayant été enregistrée le 20 décembre précédent ;

- il convient de surseoir à statuer le temps que le tribunal judiciaire de Nanterre se prononce sur la requête de la victime.

Par des mémoires en défense enregistrés les 6 février et 10 mars 2023, le centre hospitalier de Troyes, représenté par Me Journé-Léau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la MACSF au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables, faute d'avoir été précédées d'une demande préalable ;

- la MACSF n'a pas d'intérêt lui donnant qualité pour agir en l'absence de paiement d'une indemnité à la victime ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 5 avril 2024 par une ordonnance du 12 mars précédent.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des assurances ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maleyre, premier conseiller ;

- et les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 avril 2010, M. B a été pris de fortes douleurs dorsales au niveau du bassin sur son lieu de vacances. Il a alors contacté le médecin de la structure mobile d'urgence et de réanimation (SMUR) dépendant du centre hospitalier de Troyes (CHT), qui lui a recommandé repos et alitement. En fin de journée, l'intéressé a été examiné par le docteur A, qui a diagnostiqué un lasègue à 45° et lui a prescrit des antalgiques. En parallèle, M. B a contacté le docteur C, qui lui a prescrit la réalisation d'une imagerie par résonnance magnétique (IRM) du rachis lombosacré en urgence ainsi que des anti-douleurs. L'intéressé a regagné son domicile le lendemain et a été vu par un chirurgien orthopédique. Le scanner pratiqué a mis en évidence la présence d'une volumineuse hernie discale et le médecin a diagnostiqué un syndrome de la queue de cheval. M. B a été opéré en urgence le 16 avril 2010. Il a saisi la commission régionale de conciliation et d'indemnisation (CCI) des accidents médicaux de Champagne-Ardenne. A la suite de la réalisation de deux expertises, la CCI s'est appropriée les conclusions des expertises et a reconnu un partage de responsabilité d'un tiers entre le docteur A, le docteur C et le CHT, ainsi qu'un taux de perte de chance de 50%. M. B a saisi le tribunal judiciaire de Nanterre le 5 juillet 2022 en vue d'engager la responsabilité des médecins. La MACSF, assureur du docteur C, demande au tribunal, d'une part, de condamner, sur le terrain de la faute, le CHT à lui verser la somme de 142 036,50 euros et, d'autre part, de le garantir des sommes au paiement desquelles elle viendrait à être condamnée tout en prononçant un sursis à statuer dans l'attente du jugement du tribunal judiciaire de Nanterre.

Sur les conclusions d'appel en garantie :

2. Lorsque l'auteur d'un dommage, ou son assureur subrogé dans ses droits en vertu de l'article L. 121-12 du code des assurances, condamné par le juge judiciaire à en indemniser la victime, saisit la juridiction administrative d'un recours en vue de faire supporter la charge de la réparation par la collectivité publique coauteure de ce dommage, sa demande, quel que soit le fondement de sa responsabilité retenu par le juge judiciaire, n'a pas le caractère d'une action récursoire par laquelle il ferait valoir des droits propres à l'encontre de cette collectivité mais d'une action subrogatoire fondée sur les droits de la victime à l'égard de ladite collectivité. Ainsi subrogé, il ne saurait avoir plus de droits que cette dernière et peut donc se voir opposer l'ensemble des moyens de défense qui auraient pu l'être à la victime.

3. Il résulte de ce qui précède que le recours dont dispose la MACSF pour obtenir du CHT, personne publique qu'elle estime coauteur du dommage subi par M. B,

le remboursement des sommes qu'elle est susceptible d'être condamnée à verser à ce dernier par un jugement du tribunal judiciaire de Nanterre, présente le caractère d'une action subrogatoire. Cependant, aucune condamnation n'a, à la date du présent jugement, été prononcée par le tribunal judiciaire de Nanterre à l'encontre de la requérante, au profit de M. B. Les conclusions présentées par la MACSF tendant à ce que le CHT soit condamné à la garantir des condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre par le tribunal judiciaire de Nanterre au profit de M. B ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées comme irrecevables, la requérante ne justifiant pas, en l'absence d'une telle condamnation et, partant, d'une subrogation dans les droits de M. B, d'un intérêt lui donnant qualité pour agir.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".

5. Il ne résulte pas de l'instruction que la MACSF aurait formulé une demande indemnitaire préalable avant l'introduction de sa requête ni qu'elle aurait saisi le CHT d'une telle demande en cours d'instance et que l'administration aurait adopté une décision, expresse ou implicite, à la date du présent jugement. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être accueillie et les conclusions indemnitaires de l'intéressée rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions de sursis à statuer :

6. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. () ".

7. L'assureur de l'auteur d'un dommage ayant indemnisé la victime d'une faute médicale à la suite d'une décision de la juridiction judiciaire peut exercer son action subrogatoire contre une personne publique coauteure du dommage. Pour l'application des règles de prescription issues de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968, la créance de l'assureur se rattache à l'exercice au cours duquel est intervenue la décision judiciaire qui a fixé le montant de la réparation et rendu ainsi la créance liquide et exigible.

8. Il sera loisible, le cas échéant, à la MACSF, dans l'hypothèse où, ayant été condamnée par le juge judiciaire à verser une indemnité à M. B, elle se trouvera subrogée dans les droits de ce dernier à hauteur de l'indemnité ainsi versée, d'introduire devant le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne une action subrogatoire contre le CHT. Il y a donc lieu, en tout état de cause, de rejeter les conclusions de sursis à statuer.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la MACSF la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le CHT et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par la MACSF est rejetée.

Article 2 : La MACSF versera au centre hospitalier de Troyes la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la MACSF et au centre hospitalier de Troyes.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

P. H. MALEYRELe président,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

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