vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2202979 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | TAMBURINI-BONNEFOY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 décembre 2022, complétée par un mémoire enregistré le 2 mai 2024 qui n'a pas été communiqué, Mme A B, représentée par Me Molinier-Kouas, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes à lui verser la somme de 95 958,95 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.
Elle soutient que :
- le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes a commis une faute de nature à engager sa responsabilité lors de l'opération de l'hallux valgus du pied droit dont elle a bénéficié le 31 janvier 2011 ;
- la faute est constituée par le fait d'avoir sectionné par erreur le long fléchisseur du premier orteil ;
- cette faute est la cause des préjudices qu'elle a subis ;
- les préjudices doivent être évalués de la manière suivante :
* 24 066 euros au titre de l'assistance par une tierce personne antérieurement à la consolidation ;
* 57 810,45 euros au titre de l'assistance par une tierce personne après la consolidation ;
* 3 762,25 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
* 4 000 euros au titre des souffrances endurées ;
* 4 320 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
* 2 000 euros au titre de préjudice d'agrément.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2024, le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes, représenté par Me Tamburini-Bonnefoy, conclut à ce que sa condamnation soit limitée à la somme de 6 154,55 euros.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne, à qui la requête a été communiquée, n'a produit aucune observation.
La clôture de l'instruction a été fixée au 3 mai 2024 par une ordonnance du 5 avril 2024.
Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 janvier 2023.
Vu :
- le rapport de l'expert désigné par l'ordonnance n° 2100294 du 23 août 2021 ainsi que l'ordonnance de taxation du 7 février 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Henriot, conseiller,
- et les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, née le 25 janvier 1970, a été opérée le 31 janvier 2011 d'un hallux valgus affectant son pied droit au sein du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes (CHINA). Le 14 mai 2014, un déficit de flexion du premier orteil, siège de l'opération, a été diagnostiqué au sein de l'hôpital Joseph-Durcuing situé à Toulouse. Ce déficit de flexion a été attribué à une rupture du fléchisseur de l'hallux survenue lors de l'opération du 31 janvier 2011. Par un courrier du 10 décembre 2020, Mme B a adressé une demande indemnitaire au CHINA. Par une requête en date du 29 janvier 2021, Mme B a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne d'ordonner une expertise en vue de déterminer si les soins qui lui ont été prodigués ont été conformes aux règles de l'art. Une expertise, ordonnée par une décision du juge des référés du 23 août 2021, a donné lieu au dépôt d'un rapport le 24 décembre 2021. Mme B demande au tribunal de condamner le CHINA à lui verser la somme de 95 958,95 euros.
Sur la responsabilité du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes :
2. Aux termes des dispositions de l'article L.1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 22 décembre 2021 que, lors de l'opération de l'hallux valgus réalisée au sein du CHINA le 31 janvier 2011, le long fléchisseur du premier orteil de Mme B a été sectionné au niveau de la première phalange du premier rayon, lors de la réalisation de l'ostéotomie. La section de ce muscle est attribuée par l'expert à une maladresse du chirurgien qui n'aurait pas protégé le long fléchisseur lors de la réalisation de l'ostéotomie, ce qui n'est pas contestée par le CHINA. Par suite, du fait d'une mauvaise exécution de cet acte médical, le CHINA a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
Sur le lien de causalité :
4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 22 décembre 2021, que la lésion consécutive à la section du long fléchisseur du premier orteil du pied droit a été soignée lors d'une opération chirurgicale du 18 août 2014 réalisée au sein de l'hôpital Joseph-Durcuing situé à Toulouse et que l'état de santé de Mme B, s'agissant du muscle du long fléchisseur, a été consolidé le 31 décembre 2014. Dès lors, les diverses opérations chirurgicales intervenues après cette date, en particulier durant l'année 2020, ont été réalisées pour soigner les conséquences de l'évolution de l'hallux valgus de Mme B et sont sans lien avec la faute survenue le 31 janvier 2011. Par suite, le CHINA est intégralement responsable des conséquences de la faute commise lors de l'opération du 31 janvier 2011 au regard desquelles l'état de santé de Mme B a été consolidé le 31 décembre 2014.
Sur les préjudices :
5. Pour les motifs exposés au point précédent, la date de consolidation de l'état de santé de Mme B doit être fixée au 31 décembre 2014.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
6. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel du préjudice résultant pour elle de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne dans les actes de la vie quotidienne, il détermine d'abord l'étendue de ces besoins d'aide et les dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
7. En premier lieu, s'agissant de la période antérieure à la consolidation, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise du 22 décembre 2021 que Mme B a subi, du fait de la faute commise par le CHINA, un déficit fonctionnel temporaire total le 18 août 2014, jour de l'opération visant à réparer la section du muscle du long fléchisseur, un déficit fonctionnel temporaire de 50% du 19 août au 19 septembre 2014 et un déficit fonctionnel temporaire de 25% du 20 septembre au 20 octobre 2014. Dès lors la requérante était, durant cette période, du fait de la faute du CHINA, sérieusement handicapée pour réaliser les actes de la vie quotidienne. En outre, Mme B produit une attestation circonstanciée émanant de son compagnon indiquant qu'il lui portait assistance pour la réalisation de tâches ménagères à hauteur de 7 heures par semaine entre le 31 janvier 2011 et le 31 décembre 2014. Par ailleurs, Mme B est la mère d'un enfant qui était âgé de 7 ans en 2014 durant les périodes précitées. Dans ces conditions, bien que l'expert ne se soit pas prononcé sur le besoin d'assistance par une tierce personne, Mme B établit avoir eu besoin d'une telle assistance du fait de la faute commise par le CHINA du 18 août au 20 octobre 2014, soit durant 64 jours. En dehors de cette période, le déficit fonctionnel temporaire de la requérante en lien avec la faute du CHINA n'excédant pas 10%, le besoin d'assistance par une tierce personne n'est pas en lien avec la faute en litige. Par suite, en considération du fait que l'assistance requise n'était pas spécialisée et en retenant un taux de rémunération horaire de 17 euros, afin de tenir compte des charges patronales ainsi que des majorations de rémunération les dimanches et jour fériés et en calculant l'indemnisation des besoins sur la base d'une année de 412 jours, afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés, le préjudice de Mme B doit être évalué à la somme de 1 228 euros.
8. En second lieu, s'agissant de la période postérieure à la consolidation, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise du 22 décembre 2021 que le déficit fonctionnel permanent de Mme B, du fait de la faute commise par le CHINA, doit être évalué à 3%. Par suite, le besoin d'une assistance par une tierce personne allégué est sans lien avec la faute qui a été commise par l'établissement.
En ce qui concerne les préjudices personnels :
9. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 22 décembre 2021, que Mme B a subi un déficit fonctionnel temporaire total le 18 août 2014. Dès lors, en retenant un taux journalier de 20 euros, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à hauteur de 20 euros. En outre, Mme B a subi un déficit fonctionnel temporaire de 50% du 19 août au 19 septembre 2014, soit durant 32 jours. Dès lors, en retenant un taux journalier de 20 euros réduit à 50%, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à hauteur de 320 euros. De plus, Mme B a subi un déficit fonctionnel temporaire de 25% du 20 septembre au 20 octobre 2014, soit durant une période de 31 jours. Dès lors, en retenant un taux journalier de 20 euros réduit à 25%, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à hauteur de 155 euros. Mme B a subi un déficit fonctionnel temporaire de 10% du 1er mai 2011 au 17 août 2014 puis du 21 octobre au 14 novembre 2014, soit 1 260 jours. Si le CHINA fait valoir que la durée du déficit fonctionnel temporaire de Mme B retenu par l'expert du 1er mai 2011 au 17 août 2014 est excessive du fait que cette durée ne serait la conséquence que du manque de diligence de la requérante, qui aurait tardé à effectuer l'opération permettant d'amoindrir son préjudice, il résulte de l'instruction que la lésion musculaire subie par Mme B du fait de la faute du CHINA n'a été diagnostiqué que le 14 mai 2014, quelques semaines avant l'opération du 18 août. En tout état de cause, il ne peut être reproché à la victime de refuser de réaliser une opération susceptible d'amoindrir son préjudice. Dès lors, en retenant un taux journalier de 20 euros réduit à 10%, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à hauteur de 2 520 euros. Enfin, Mme B a subi un déficit fonctionnel temporaire de 5% du 15novembre au 31 décembre 2014, soit durant 46 jours. Dès lors, en retenant un taux journalier de 20 euros réduit à 5%, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à hauteur de 46 euros. Par suite, l'ensemble du déficit fonctionnel temporaire de Mme B doit être évalué à la somme totale de 3 061 euros.
10. En deuxième lieu, les souffrances endurées par Mme B ont été évaluées par l'expert à 2,5 sur une échelle de 7. Dès lors, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à hauteur de 3 000 euros.
11. En troisième lieu, le déficit fonctionnel permanent de Mme B a été évalué par l'expert à 3%. Dès lors, compte tenu du fait que Mme B, née le 25 janvier 1970, était âgée de 44 ans à la date de consolidation de son état de santé, le 31 décembre 2014, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 3 500 euros.
12. En quatrième et dernier lieu, Mme B soutient qu'elle a été privée de la possibilité de pratiquer la marche à pied. Néanmoins, elle n'établit pas qu'elle pratiquait, avant l'opération du 31 janvier 2011, cette activité dans des conditions qui caractériserait l'existence d'un préjudice d'agrément distinct du déficit fonctionnel permanent.
Sur les frais liés au litige :
13. Il n'y a pas lieu d'octroyer à Mme B la somme qu'elle sollicite au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, car, bénéficiant de l'aide juridictionnelle totale, elle n'a pas exposé de frais dans le cadre de la présente instance. Les frais d'expertise taxés à la somme totale de 2 500 euros par une ordonnance du 7 février 2022 sont mis à la charge définitive du CHINA.
DECIDE :
Article 1er : Le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes est condamné à verser à Mme B la somme de 10 789 euros.
Article 2 : Les frais d'expertise taxés à la somme de 2 500 euros par une ordonnance du 7 février 2022 sont mis à la charge définitive du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes ainsi qu'à la caisse primaire d'assurance maladie de Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. HENRIOTLe président,
Signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
Signé
A. PICOT
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026