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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300095

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300095

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300095
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique - 3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 janvier 2023, Mme B A demande au tribunal d'annuler la décision du 14 novembre 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Aube, d'une part, a rejeté son recours administratif préalable formé contre la décision portant récupération d'un indu d'allocation de logement familiale mis à sa charge pour un montant de 6 840 euros et, d'autre part, a refusé de lui accorder une remise gracieuse sur cet indu.

Elle soutient que :

- elle s'est engagée dans une activité microentreprise qui ne lui a procuré aucune ressource et, après l'avoir délaissée, elle ignorait qu'elle devait se déclarer sous le statut d'auto-entrepreneur ;

- elle élève seul un enfant mineur et ses ressources suffisent difficilement à satisfaire les besoins du foyer.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Aube conclut au rejet de la requête et à ce que Mme A soit condamnée à lui rembourser son indu d'allocation de logement familiale dont le solde s'élève à la somme de 1 620,40 euros.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées le 12 avril 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles présentées par la caisse d'allocations familiales de l'Aube et tendant à la condamnation de Mme A au versement de la somme de 1 620,40 euros restant due dès lors que l'organisme payeur dispose de la procédure de contrainte pour le recouvrement de ses prestations.

Des observations présentées par la caisse d'allocations familiales de l'Aube, en réponse à l'information précédente, ont été enregistrées le 15 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné, sur le fondement de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. C a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A s'est vue réclamer, par une décision du 12 août 2022, le remboursement d'un indu d'allocation de logement familiale pour un montant de 6 840 euros et, par une décision du 14 novembre 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Aube, d'une part, a rejeté son recours administratif préalable formé contre la décision précitée et, d'autre part, a refusé de lui accorder une remise gracieuse sur cet indu. Par la présente requête, Mme A doit, au regard de ses écritures, être regardée comme demandant uniquement l'annulation de cette dernière décision en tant que celle-ci lui refuse une remise gracieuse sur l'indu précité.

Sur la demande de remise gracieuse :

2. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement comprennent : / () 2° Les allocations de logement : / a) L'allocation de logement familiale ; () ". Aux termes de l'article L. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés. " Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " () La créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. () ".

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'aide personnelle au logement, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision. À cet effet, il y a lieu de rechercher si la situation de précarité de l'intéressée et sa bonne foi justifient qu'il lui soit accordé une remise ou une réduction de dette.

4. Il résulte de l'instruction que l'indu d'allocation de logement familiale mis à la charge de Mme A et dont elle sollicite la remise gracieuse résulte de ce que celle-ci a omis de déclarer sa microentreprise créée le 25 avril 2020. Toutefois, la circonstance que cette activité ne lui a procuré aucune ressource a pu l'induire en erreur sur la nécessité de déclarer son changement de situation auprès de la caisse d'allocations familiales de l'Aube. Dans ces conditions, cette omission déclarative ne remet pas en cause la bonne foi de l'intéressée. Cependant, et quoique Mme A élève seule son enfant, elle n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle serait dans l'impossibilité de rembourser l'indu en cause sans que cela ne compromette durablement l'équilibre de son budget et ne menace la satisfaction des besoins élémentaires des membres de son foyer. Par suite, elle n'est pas fondée à obtenir l'annulation de la décision du 14 novembre 2022 en tant que celle-ci lui refuse une remise gracieuse sur cet indu.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.

Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la caisse d'allocations familiales de l'Aube :

6. Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée ou d'une prestation recouvrable sur la succession et sans préjudice des articles L. 133-4 du présent code et L. 725-3-1 du code rural et de la pêche maritime, le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. "

7. En application du principe selon lequel une personne morale de droit public ou privé chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même, l'organisme payeur n'est pas recevable à demander au tribunal de condamner un allocataire au remboursement de prestations qu'il a indûment perçues, dès lors qu'il dispose du pouvoir de délivrer une contrainte lui permettant de recouvrer une prestation indument versée qui, sauf opposition fondée, comporte les effets d'un jugement en application des dispositions précitées de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale. Dans ces conditions, les conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales de l'Aube présentées en ce sens sont irrecevables.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions reconventionnelles présentées par la caisse d'allocations familiales de l'Aube et tendant à la condamnation de Mme A à lui verser le solde de l'indu d'allocation de logement familiale sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la caisse d'allocations familiales de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

C. CLe greffier,

signé

A. PICOT

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