vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2300125 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET LIMONTA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 janvier 2023 et 18 avril 2024, M. A B, représenté par Me Migne, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes à lui verser la somme de 45 210,20 euros en réparation des préjudices qu'il a subis ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens ;
Il soutient que :
- le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en décidant le 2 août 2017 de procéder le 14 août 2017 à une opération visant à procéder à l'ablation d'un cal osseux situé sur le deuxième métatarsien de son pied droit ;
- le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en préconisant la réalisation d'une ostéotomie de Weil, bien que cette opération n'ait finalement pas été pratiquée ;
- son consentement n'a pas été recueilli préalablement à l'intervention du 14 août 2017 ;
- la faute est constituée par une erreur de diagnostic ;
- l'opération du 14 août 2017 est la cause des préjudices qu'il a subis ;
- les préjudices doivent être évalués de la manière suivante :
* 1 810,20 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
* 3 400 euros au titre de préjudice fonctionnel permanent ;
* 10 000 euros au titre des souffrances endurées ;
* 3 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
* 2 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;
* 20 000 euros au titre de préjudice d'agrément ;
* 5 000 euros au titre du préjudice d'impréparation.
Par un mémoire en intervention enregistré le 19 février 2024 la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes à lui verser la somme de 10 837,96 euros, assortie des intérêts à compter du prononcé du jugement, au titre des débours qu'elle a exposés pour le compte de M. B ;
2°) de condamner le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes à lui verser la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire prévue par l'ordonnance n° 96-51 du 24 janvier 1996 ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes la somme de 700 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que M. B a été victime d'un accident dont la responsabilité incombe au centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 février 2024, le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes, représenté par Me Limonta, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que sa responsabilité soit limitée à hauteur de 10% des préjudices subis par le requérant.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 6 mai 2024 par une ordonnance du 18 avril 2024.
Par un courrier du 31 mai 2024 les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que la demande de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne tendant à ce que lui soient alloués, à compter de la date du jugement à intervenir, des intérêts au taux légal sur la somme que le CHINA est susceptible d'être condamné à lui verser est dépourvue de tout objet et par suite irrecevable dès lors qu'en vertu de l'article 1231-7 du code civil et même en l'absence de demande en ce sens, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution.
Les parties n'ont pas produit d'observation en réponse à ce courrier.
Vu :
- le rapport de l'expert désigné par l'ordonnance n° 2101702 du 23 novembre 2021 ainsi que l'ordonnance de taxation du 13 juillet 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Henriot, conseiller,
- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public,
- et les observations de Me Elinani, représentant le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 4 mars 1977, a été victime d'une fracture du deuxième métatarsien du pied droit diagnostiquée le 10 avril 2017 par les servies du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes (CHINA). Il a, dans le cadre de sa prise en charge au sein de cet établissement hospitalier, bénéficié, notamment, de la pose d'une attelle en plâtre. Le 14 août 2017, du fait de l'absence de consolidation de la fracture, M. B a bénéficié, au sein du CHINA, d'une opération chirurgicale visant à retirer le cal dû à la fracture, raccourcir l'os du deuxième métatarsien et à réaliser une ostéosynthèse par plaque. À la suite de cette opération, M. B a souffert, du fait du raccourcissement du deuxième métatarsien de douleurs et de difficultés motrices. Le 13 septembre 2017, il lui a été proposé, au sein du même établissement, de réaliser une ostéotomie de Weil. M. B ayant sollicité un second avis médical, il a été opéré le 30 mai 2018 au sein du centre hospitalier universitaire (CHU) de Nancy afin de bénéficier d'une opération visant à un allongement du deuxième métatarsien du pied droit. M. B a saisi la Commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) de Champagne-Ardenne qui s'est déclarée incompétente par une décision du 1er juin 2018. Par une requête en date du 28 juillet 2021, M. B a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne d'ordonner une expertise en vue de déterminer si les soins qui lui ont été prodigués ont été conformes aux règles de l'art. Une expertise, ordonnée par une décision du juge des référés du 23 novembre 2021, a donné lieu au dépôt d'un rapport le 13 juin 2022. M. B a adressé une demande indemnitaire au CHINA le 20 octobre 2022. M. B demande au tribunal de condamner le CHINA à lui verser la somme de 45 210,20 euros.
Sur la responsabilité du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes :
2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " I. - Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. () En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 11111-4 du même code : " Toute personne prend, avec le professionnel de santé et compte tenu des informations et des préconisations qu'il lui fournit, les décisions concernant sa santé. () Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment. () "
3. Il résulte de l'instruction et notamment du compte-rendu opératoire du 17 août 2017 que l'opération chirurgicale dont a bénéficié M. B le 14 août 2017 avait pour objet de procéder à l'enlèvement d'un cal osseux situé sur le deuxième métatarsien du pied droit, à la reperméabilisation des canaux médullaires, à un raccourcissement de cet os et à une ostéosynthèse par plaque vissée. M. B soutient qu'il n'a pas été suffisamment informé préalablement à cette opération, et en particulier qu'il n'a pas été alerté sur les risques auxquels il était exposé et qu'il n'a pas consenti à subir un raccourcissement du deuxième métatarsien. Le CHINA, auquel il incombe d'apporter la preuve qu'une information suffisante a été délivrée au patient a produit dans le cadre de l'instance un document intitulé " Information patient - consentement éclairé " daté du 14 août 2017 et signé par M. B, ce document comprenant des informations générales relatives aux complications pouvant survenir lors d'une intervention de chirurgie orthopédique. Néanmoins, la rubrique " nature de l'intervention " de ce document ne fait référence qu'à l'enlèvement du cal osseux du deuxième métatarsien et ne fait mention ni de la reperméabilisation des canaux médullaires, ni de l'ostéosynthèse par plaque vissée ni du raccourcissement du deuxième métatarsien qui ont pourtant également été pratiquées le 14 août 2017. Dès lors, le CHINA ne démontre pas avoir informé M. B de l'ensemble des opérations dont il a fait l'objet et de leurs conséquences. En particulier, M. B n'a pas été informé du raccourcissement du deuxième métatarsien et des effets fonctionnels et esthétiques d'une telle opération. Dès lors, le requérant n'a pas consenti à cet acte. Par suite, le CHINA, qui n'a pas informé M. B de l'ensemble des actes qui ont été pratiqués le 14 août 2017 et qui n'a pas recueilli son consentement préalable a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
4. En second lieu aux termes des dispositions de l'article L.1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 8 juin 2022, que M. B a été victime d'une fracture du deuxième métatarsien du pied droit qui a été diagnostiquée au sein du CHINA le 10 avril 2017. La fracture ne présentant pas de particularité, M. B a bénéficié d'un plâtre qui devait permettre sa consolidation spontanée. Le 11 juillet 2017, une imagerie médicale a mis en évidence l'absence de consolidation totale et la présence d'un cal osseux important autour de la fracture. Le 2 août 2017, en considération de ce retard de consolidation, il a été décidé de procéder à une opération visant, notamment, à immobiliser l'os fracturé par la réalisation d'une ostéosynthèse par plaque vissée. Si le chirurgien qui a réalisé cette opération le 14 août 2017 a constaté la présence d'un cal important et a conclu à l'existence d'une pseudarthrose hypertrophique en l'absence de consolidation de la fracture 4 mois après son diagnostic, l'expert judiciaire a estimé que la réalisation d'une telle opération était précipitée, l'absence irrémédiable de consolidation de la fracture n'étant acquise qu'à l'issue d'un délai de six mois à compter de la fracture. En outre, l'opération réalisée le 14 août 2017 a également eu pour objet de raccourcir le deuxième métatarsien du pied droit de M. B, ce qui a eu pour effet d'engendrer un relèvement du deuxième orteil induisant une perte d'appui sur ce membre. Afin de remédier à la différence longueur des os métatarsiens, le chirurgien du CHINA ayant pris en charge M. B a préconisé la réalisation d'une ostéotomie de Weil constituant à raccourcir les troisième, quatrième et cinquième métatarsien. Il résulte du rapport d'expertise que ni le raccourcissement du deuxième métatarsien ni l'ostéotomie de Weil n'étaient indiqués, le requérant ayant, en outre, pu bénéficier le 30 mai 2018 au sein du CHU de Nancy d'une opération ayant permis de rétablir la longueur de l'os du deuxième métatarsien tout en consolidant la fracture. Dans ces conditions, le choix thérapeutique opéré par les services du CHINA le 4 août 2017 n'était pas approprié compte-tenu de l'état de la fracture de M. B. Par suite, en décidant de procéder à une opération chirurgicale de manière prématurée et en optant pour acte thérapeutique inadéquat, le CHINA a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
Sur le lien de causalité :
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 8 juin 2022, que les préjudices subis par M. B avant le 14 août 2017 sont exclusivement dus à l'évolution défavorable de la fracture qui a été diagnostiquée le 10 avril 2017. Par conséquent, ces préjudices sont sans lien avec les fautes commises par le CHINA.
7. En second lieu, il résulte de l'instruction que les préjudices intervenus à compter du 14 août 2017 sont la conséquence, pour une fraction d'entre eux, de l'évolution défavorable de la fracture, pour une autre fraction, de l'opération réalisée le 14 août 2017 et pour la dernière fraction, s'agissant des préjudices apparus ou aggravés à compter de cette date, de l'opération réalisée le 30 mai 2018. Si l'expert judiciaire, dans son rapport du 8 juin 2022, a estimé que l'opération chirurgicale du 30 mai 2018 n'a été rendue nécessaire que par l'opération du 14 août 2017, il résulte de l'instruction que la fracture de M. B présentait un retard de consolidation plus de 4 mois après qu'elle a été diagnostiquée et que l'absence de consolidation était toujours visible au mois de décembre 2017, malgré la mise en place d'une plaque d'ostéosynthèse le 14 août 2017. Dès lors, il n'est pas certain qu'une consolidation totale aurait pu intervenir en l'absence de toute intervention chirurgicale. Par conséquent, il ne peut être exclu que, même en l'absence d'intervention le 14 août 2017, une opération chirurgicale destinée à faciliter la consolidation de la fracture n'aurait pas été nécessaire à l'issue d'un délai de 6 mois à compter du 10 avril 2017. Dans ces conditions, la décision de procéder à une intervention chirurgicale de manière précoce alors que la consolidation aurait pu intervenir ultérieurement de manière spontanée a fait perdre à M. B une chance de guérir sans subir une opération chirurgicale. En revanche, les conséquences du raccourcissement du deuxième métatarsien résultent directement du choix thérapeutique inadéquat de pratiquer un tel acte. Par suite, d'une part, le CHINA est intégralement responsable des préjudices subis par M. B entre le 14 août 2017 et le 30 mai 2018, à l'exclusion des fractions de préjudices qui sont la conséquence exclusive de l'évolution de la fracture et, d'autre part, le CHINA est responsable des préjudices survenus à compter du 30 mai 2018 à hauteur de deux tiers, afin de tenir compte des conséquences de l'évolution défavorable de la fracture et de la perte de chance pour le requérant de ne subir aucune opération chirurgicale.
Sur les préjudices :
8. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 8 juin 2022, que la date de consolidation de l'état de santé de M. B doit être fixée au 1er février 2019.
En ce qui concerne la période antérieure à la consolidation :
9. En premier lieu, résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise du 8 juin 2022 que, d'une part, M. B a subi, après l'opération du 14 août 2017, un déficit fonctionnel temporaire total le 14 août, un déficit fonctionnel temporaire 25% du 15 août au 13 septembre 2017 et un déficit fonctionnel temporaire de 10% du 14 septembre 2017 au 28 mai 2018. Le déficit fonctionnel temporaire exclusivement imputable, sur cette période, à la fracture diagnostiquée le 10 avril 2017 devant être évalué à 10%, le déficit fonctionnel temporaire imputable à l'opération du 14 août doit être évalué à 90% durant 1 jour, celui de l'opération, et à 15% du 15 août au 13 septembre 2017, soit durant 20 jours. Dès lors, en retenant un taux journalier de 20 euros, réduit respectivement à 90% durant 1 jour et à 15% durant 20 jours, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire imputable à la faute du CHINA subi durant la période précitée en l'évaluant à hauteur de 78 euros. D'autre part, M. B a subi à compter de son hospitalisation le 29 mai 2018 dans le cadre de l'opération du 30 mai un déficit fonctionnel total du 29 au 31 mai 2018, soit durant 3 jours, un déficit fonctionnel temporaire de 50% du 1er au 15 juin 2018, soit durant 15 jours, un déficit fonctionnel temporaire de 25% du 16 juin au 31 août 2018, soit durant 77 jours et un déficit fonctionnel temporaire de 10% du 1er septembre 2018 au 31 janvier 2019, soit durant 153 jours. Dès lors, en retenant un taux journalier de 20 euros durant 3 jours, un taux réduit à 50% durant 15 jours, à 25% durant 77 jours et à 10% durant 153 jours il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi durant la période précitée en l'évaluant à hauteur de 901 euros. Le CHINA étant responsable de ce préjudice à hauteur des deux tiers, il devra verser à M. B la somme de 600,67 euros. Par suite, le montant total de l'indemnisation incombant au CHINA au titre du déficit fonctionnel temporaire de M. B s'élève à 678,67 euros.
10. En deuxième lieu, les souffrances endurées par M. B ont été évaluées par l'expert à 3 sur une échelle de 7. Dès lors, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à hauteur de 2 000 euros s'agissant des souffrances endurées du fait de l'opération du 14 août 2017, la réparation de ce préjudice incombant intégralement au CHINA. En outre, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à hauteur de 2 000 euros s'agissant des souffrances endurées du fait de l'opération du 30 mai 2018, la réparation de ce préjudice incombant au CHINA à hauteur des deux tiers, soit la somme de 1 333,33 euros. Par suite, le montant total de l'indemnisation incombant au CHINA au titre des souffrances endurées par M. B s'élève à 3 333,33 euros.
11. En troisième lieu, le préjudice esthétique temporaire subi par M. B a été évalué par l'expert à 2,5 sur une échelle de 7. Dès lors, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à hauteur de 1 500 euros s'agissant des souffrances endurées du fait de l'opération du 14 août 2017, la réparation de ce préjudice incombant intégralement au CHINA. En outre, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à hauteur de 1 500 euros s'agissant des souffrances endurées du fait de l'opération du 30 mai 2017, la réparation de ce préjudice incombant au CHINA à hauteur des deux tiers, soit la somme de 1 000 euros. Par suite, le montant total de l'indemnisation incombant au CHINA au titre du préjudice esthétique de M. B s'élève à 2 500 euros.
En ce qui concerne la période postérieure à la consolidation :
12. En premier lieu, le déficit fonctionnel permanent de M. B a été fixé par l'expert à 3%. Dès lors, compte tenu du fait que M. B, né le 4 mars 1977, était âgé de 41 ans à la date de consolidation de son état de santé, le 1er février 2019, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 3 600 euros. Le CHINA étant responsable de ce préjudice à hauteur des deux tiers, il devra verser à M. B la somme de 2 400 euros.
13. En deuxième lieu, le préjudice esthétique permanent subi par M. B a été évalué par l'expert à 1 sur une échelle de 7. Dès lors, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à hauteur de 900 euros. Le CHINA étant responsable de ce préjudice à hauteur des deux tiers, il devra verser à M. B la somme de 600 euros.
14. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que M. B pratiquait la course à pied de manière intensive avant la survenance de la fracture dont il a été victime. Dès lors qu'il ne peut plus s'adonner à ce loisir, il a subi un préjudice d'agrément qui doit être évalué à 3 000 euros. Le CHINA étant responsable de ce préjudice à hauteur des deux tiers, il devra verser à M. B la somme de 2 000 euros.
15. En quatrième lieu, indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques encourus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité. S'il appartient au patient d'établir la réalité et l'ampleur des préjudices qui résultent du fait qu'il n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité d'un accident, la souffrance morale qu'il a endurée lorsqu'il a découvert, sans y avoir été préparé, les conséquences de l'intervention doit, quant à elle, être présumée.
16. Ainsi qu'il a été dit au point 3, M. B n'a pas été informé de ce que l'opération du 14 août 2017 visait, notamment, à procéder au raccourcissement du deuxième métatarsien de son pied droit. Il n'a pas consenti à cet acte et n'a pas été informé des conséquences de cette opération qui a engendré le relèvement de son deuxième orteil. Par conséquent, il n'a pas pu se préparer aux conséquences fonctionnelles et esthétiques de l'opération. Par suite, M. B a subi une souffrance morale en découvrant l'aspect de son pied et la gêne causée par l'impossibilité de prendre appui sur son deuxième orteil. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, dont la réparation incombe intégralement au CHINA, en l'évaluant à hauteur de 3 000 euros.
Sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne :
17. En premier lieu, d'une part, la CPAM de la Haute-Marne a produit une note de débours ainsi qu'une attestation d'imputabilité selon laquelle elle a exposé la somme de 1 242,07 euros au titre des frais hospitaliers du fait de l'opération du 14 août 2017. Ces frais étant exclusivement liés à cette opération, il y a lieu de condamner le CHINA à verser cette somme à la CPAM de la Haute-Marne. D'autre part, la CPAM de la Haute-Marne établit avoir exposé la somme de 3 342 euros du 29 mai 2018 au 31 mai 2018 au titre de frais hospitaliers, la somme de 1 021,97 euros du 15 août 2017 au 17 janvier 2019 au titre de frais médicaux, la somme de 364,20 euros du 14 août 2017 au 8 juin 2018 au titre de frais pharmaceutiques et enfin la somme de 18,29 euros le 21 juin 2018 au titre de frais d'appareillage. Le CHINA étant responsable de ces préjudices à hauteur de deux tiers, il y a lieu de condamner cet établissement à verser à la CPAM de la Haute-Marne la somme de 3 164,31 euros. Par suite, le montant total de l'indemnisation incombant au CHINA au titre des frais liés aux soins prodigués M. B s'élève à 4 406,38 euros.
18. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la perte de revenus professionnels subie par M. B durant la période antérieure à la consolidation de son état de santé doit être évaluée à un montant coïncidant avec celui des indemnités journalières qu'il a perçues durant cette même période. D'une part, la CPAM de la Haute-Marne a produit une note de débours ainsi qu'une attestation d'imputabilité selon laquelle elle a exposé la somme de 332,96 euros au titre des indemnités journalières versées entre le 25 août 2017 et le 1er septembre 2017. La perte de revenus subie par M. B durant cette période étant exclusivement liée à l'opération du 14 août 2017, il y a lieu de condamner le CHINA à verser cette somme à la CPAM de la Haute-Marne. D'autre part, la CPAM de la Haute-Marne établit avoir exposé la somme de 4 516,47 euros au titre des indemnités journalières versées entre le 18 mai 2018 et le 1er septembre 2019. Le CHINA étant responsable de la perte de revenus subie par M. B durant cette période à hauteur de deux tiers, il y a lieu de condamner cet établissement à verser à la CPAM de la Haute-Marne la somme de 3 010,98 euros. Par suite, le montant total de l'indemnisation incombant au CHINA au titre des indemnités journalières versées à M. B s'élève à 3 343,94 euros.
19. En troisième lieu, en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023, il y a lieu d'allouer à la caisse la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
20. En quatrième lieu, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution. La demande de la CPAM de la Haute-Marne tendant à ce que lui soient alloués, à compter de la date du jugement, des intérêts au taux légal sur la somme que le CHINA est condamné à lui verser est donc dépourvue de tout objet et doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHINA la somme de 1 500 euros au bénéfice de M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'octroyer à la CPAM de la Haute-Marne la somme qu'elle sollicite à ce titre, car, alors qu'elle n'est pas représentée, elle n'établit pas avoir exposé de frais dans le cadre de la présente instance.
22. Enfin, les frais d'expertise taxés à la somme totale de 2 400 euros par une ordonnance du 13 juillet 2022 sont mis à la charge définitive du CHINA.
DECIDE :
Article 1er : Le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes est condamné à verser à M. B la somme de 14 512 euros.
Article 2 : Le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne la somme de 7 750,32 euros ainsi que la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 3 : Le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes versera la somme totale de 1 500 euros à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les frais d'expertise taxés à la somme de 2 400 euros par une ordonnance du 13 juillet 2022 sont mis à la charge définitive du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes ainsi qu'à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. HENRIOTLe président,
Signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
Signé
A. PICOT
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026