vendredi 22 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2300224 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 2 février 2023, le 7 avril 2023, le 5 décembre 2023 et le 6 décembre 2023, M. A B demande au tribunal d'annuler les décisions du 4 janvier 2023 par lesquelles la caisse d'allocations familiales de la Marne d'une part a limité à 191,24 euros le montant de la remise gracieuse qu'elle lui a accordée concernant un indu de prime d'activité d'un montant de 764,97 euros, laissant à sa charge un montant de 573,73 euros, et d'autre part a rejeté sa demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 855,55 euros.
Il soutient que l'erreur déclarative concernant la catégorie dans laquelle son chiffre d'affaires devait être déclaré résulte d'un conseil erroné qui lui a été délivré par des agents de la caisse d'allocations familiales, que son activité d'autoentrepreneur rapporte moins de 700 euros par mois, qu'il va entamer une formation payante, qu'un enfant est né en novembre 2022 et que sa femme sera en congé à partir de février 2023 pour s'en occuper et que la caisse d'allocations familiales a tardé à prendre en compte les résultats du contrôle.
Par un mémoire enregistré le 6 mars 2023, la caisse d'allocations familiales de la Marne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que la contestation concernant le revenu de solidarité active relève du département de la Marne, que l'indu trouve son origine dans plusieurs déclarations inexactes de ressources sur une période de plus de six mois, et que la remise gracieuse de 25% tient compte de l'allocation de retour à l'emploi de 712,32 euros perçue par le requérant, d'un montant de salaires de 25 488 euros perçu par son épouse en 2022, du versement de l'allocation de base de 182 euros et d'un montant mensuel de 190,81 euros au titre de la prime d'activité, ce qui conduit à un quotient familial de 689 euros.
Par un mémoire enregistré le 13 octobre 2023, le département de la Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'il n'est pas compétent en matière de prime d'activité et que l'origine de la créance et la précarité de la situation du requérant ne justifie pas une remise de la dette de revenu de solidarité active.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. D'une part, en vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.
2. D'autre part, en vertu des dispositions combinées des articles L. 841-1, L. 843-1, L. 845-2 et L. 845-3 du code de la sécurité sociale, la prime d'activité, qui a pour objet d'inciter les travailleurs aux ressources modestes, qu'ils soient salariés ou non salariés, à l'exercice ou à la reprise d'une activité professionnelle et de soutenir leur pouvoir d'achat, est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole.
3. Lorsque l'un de ces organismes décide de récupérer un paiement indu de prime d'activité ou de revenu de solidarité active et que le bénéficiaire concerné, sans contester le principe ou la quotité de l'indu mis à sa charge, présente une demande de remise gracieuse de sa dette, l'organisme peut décider d'accorder une remise totale ou de réduire le montant de la créance qu'il détient en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration.
4. Lorsqu'il statue sur un recours relatif à de telles décisions, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.
5. Il résulte de l'instruction que l'indu trouve son origine dans la prise en compte d'un abattement de 71% du montant du chiffre d'affaires de l'activité exercée en qualité de micro-entrepreneur par M. B, correspondant à l'abattement applicable à l'activité commerciale qu'il avait déclarée, alors qu'il n'avait droit qu'à un abattement de 50% dès lors que son activité commerciale relevait du régime des prestations de services déclarées auprès de l'administration fiscale comme bénéfices industriels et commerciaux. Même si cette erreur déclarative a été répétée pour deux déclarations trimestrielles de ressources successives, elle ne saurait, compte tenu de l'imprécision du formulaire de déclaration sur ce point, révéler
une fraude du requérant ni remettre en cause sa bonne foi, celui-ci indiquant en outre que cette mention a été portée sur les conseils d'un contrôleur de la caisse d'allocations familiales. Il résulte de l'instruction que le quotient familial du foyer correspondait à 892 euros
en février 2023, après prise en compte d'un enfant né le 19 novembre 2022. Toutefois, il résulte de l'instruction que les ressources du foyer ont fortement diminué par la suite. En effet,
si les défendeurs font état d'un salaire de 25 488 euros perçu par l'épouse du requérant au cours de l'année 2022, celle-ci n'a perçu aucun salaire entre juin et octobre 2023, et le montant des salaires nets perçus entre février et mai 2023 et en novembre 2023 s'établit à 3 269,62 euros, soit une moyenne de 653,92 euros par mois travaillé. Il y a lieu de prendre en outre en compte dans les ressources du foyer un montant mensuel de 712,32 euros correspondant aux allocations de chômage perçues par le requérant, la prime d'activité pour un montant de 190,81 pour chacun des mois durant lesquels son épouse a travaillé et l'allocation de base d'un montant mensuel de 182 euros. Si le requérant n'apporte pas de précision sur les charges qui sont celles du foyer, il y a lieu de tenir compte des frais induits par la présence d'un jeune enfant. Dans ces conditions, la précarité de la situation de M. B justifie une remise gracieuse de 75% des indus restant à sa charge. Il y a lieu de prononcer une remise supplémentaire de 382,49 euros de l'indu de prime d'activité, et une remise gracieuse de 641,66 euros de l'indu de revenu de solidarité active.
D E C I D E :
Article 1er : Il est accordé à M. B une remise gracieuse supplémentaire de 382,49 euros sur l'indu de prime d'activité d'un montant initial de 764,97 euros.
Article 2 : Il est accordé à M. B une remise gracieuse de 641,66 euros sur l'indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 855,55 euros.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au département de la Marne et à la ministre des solidarités et de la famille.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
A. CLe greffier,
Signé
A. PICOT
No 2300224
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