jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2300270 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 2 février 2023, le 31 juillet 2023, le 7 août 2023 et le 14 mars 2024, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 janvier 2023 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Ardennes a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette résultant d'un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 1 162,77 euros au titre de la période de janvier à décembre 2022.
2°) de lui accorder une remise totale de sa dette.
Elle soutient que :
- elle a effectué la déclaration concernant le changement du montant de la pension alimentaire versée par son ex conjoint ;
- elle n'a reçu aucun courrier des services de la caisse d'allocations familiales des Ardennes lui indiquant qu'elle devait effectuer une régularisation de sa situation ou qu'elle devait produire une pièce ;
- l'erreur est imputable aux services de la caisse d'allocations familiales ;
- elle ne dispose pas d'une capacité financière suffisante compte tenu de ses ressources ;
- sa situation a été examinée en tenant compte d'un quotient familial erroné.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2023, la caisse d'allocations familiales des Ardennes conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Mach en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Mach, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () / Les aides personnelles au logement comprennent : / 1° L'aide personnalisée au logement ; () ". Aux termes de l'article L. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés. ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " / () la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. () ".
2. Aux termes de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur :
() / 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement. ".
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision. S'agissant d'un indu constaté au titre de l'aide personnalisée au logement, il y a lieu de rechercher si la situation de précarité de l'intéressé et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.
4. Par un courrier du 18 décembre 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Ardennes a informé Mme A de sa décision de récupérer un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 1 162,77 euros qu'elle a perçu de janvier à décembre 2022. Par décision du 19 janvier 2023, dont Mme A demande l'annulation, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Ardennes a rejeté la demande de remise gracieuse de cet indu.
5. D'une part, Mme A, qui ne conteste pas la réalité du trop-perçu dont le remboursement lui a été réclamé, soutient avoir procédé à la déclaration afférente à l'évolution de ses revenus, et notamment au montant de la pension alimentaire perçue et n'avoir reçu aucune demande de production de justificatifs. Il résulte de l'instruction que l'indu dont le remboursement est demandé trouve son origine dans un dysfonctionnement informatique de la caisse d'allocations familiales des Ardennes qui lui a versé à tort un rappel d'aide personnalisée au logement. Il ne résulte pas de l'instruction, et n'est pas allégué par la caisse d'allocations familiales en défense, que l'indu trouverait son origine dans une manœuvre frauduleuse ou dans de fausses déclarations.
6. D'autre part, Mme A fait valoir qu'elle est dans l'impossibilité de rembourser l'indu qui lui est réclamé compte tenu de ses revenus. Si la requérante, qui produit une attestation de la caisse d'allocations familiales du 18 juillet 2023 relative à l'évolution de son quotient familial, soutient que celui-ci ne saurait en 2023 être supérieur à celui établi en 2021 eu égard à la baisse de ses revenus à la suite de son divorce et que le quotient familial de 912 euros ainsi retenu est erroné, il résulte de l'instruction que le quotient familial mentionné sur cette attestation est distinct du quotient familial retenu pour apprécier sa situation financière et qui a été évalué à 815,24 euros en janvier 2023. En revanche, il résulte de l'instruction, et notamment des justificatifs produits par la requérante, qu'à la date du présent jugement, le foyer composé de Mme A dispose de ressources, correspondant à sa pension de retraite et à une prestation compensatoire, évaluées à 783,14 euros par mois alors que ses charges s'établissent à 445 euros, après déduction de l'aide personnalisée au logement allouée. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que la requérante se trouve dans une situation de précarité justifiant, compte tenu de sa bonne foi, qu'une remise partielle de 50% du montant de la dette qui lui est réclamé lui soit accordée, ramenant celle-ci à 581,38 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Le montant de la dette d'aide personnalisée au logement de Mme A est ramené à 581,38 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la caisse d'allocations familiales des Ardennes.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 juin 2024.
La magistrate désignée,
Signé
A-S. MACHLa greffière,
Signé
A. DEFORGE
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