vendredi 19 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2300334 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 février 2023, M. C B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 24 janvier 2023 par laquelle la commission de médiation de la Marne a rejeté son recours tendant à ce qu'il soit reconnu comme prioritaire et devant être logé d'urgence.
Il soutient que :
- il est sans domicile fixe ;
- il a présenté une demande de logement depuis dix-huit mois sans avoir de proposition de logement ;
- il est salarié ;
- il souhaite disposer d'un logement avec deux chambres en vue notamment de recevoir son fils.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, le préfet de la Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Mach en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mach, magistrate désignée,
- et les observations de M. A, représentant le préfet de la Marne.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a déposé une demande de logement social le 20 décembre 2021, dont il a été accusé réception le lendemain. N'ayant pas reçu de proposition de logement, l'intéressé a présenté le 1er décembre 2022 un recours auprès de la commission de médiation de la Marne afin que sa demande de logement soit reconnue prioritaire et urgente. Par une décision du 24 janvier 2023, dont M. B demande l'annulation, la commission de médiation de la Marne a rejeté son recours.
2. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " II.- La commission de médiation () peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. () / La commission reçoit notamment du ou des bailleurs chargés de la demande ou ayant eu à connaître de la situation locative antérieure du demandeur tous les éléments d'information sur la qualité du demandeur et les motifs invoqués pour expliquer l'absence de proposition. Elle reçoit également des services sociaux qui sont en contact avec le demandeur et des instances du plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées ayant eu à connaître de sa situation toutes informations utiles sur ses besoins et ses capacités et sur les obstacles à son accès à un logement décent et indépendant ou à son maintien dans un tel logement. / Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement, ainsi que, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires. () / IV.- Lorsque la commission de médiation est saisie d'une demande de logement dans les conditions prévues au II et qu'elle estime, au vu d'une évaluation sociale, que le demandeur est prioritaire mais qu'une offre de logement n'est pas adaptée, elle transmet au représentant de l'Etat dans le département ou, en Ile-de-France, au représentant de l'Etat dans la région cette demande pour laquelle doit être proposé un accueil dans une structure d'hébergement, un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / () / - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; () ".
3. Il appartient à la commission de médiation, qui, pour instruire les demandes qui lui sont présentées en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, peut obtenir des professionnels de l'action sociale et médico-sociale, au besoin sur sa demande, les informations propres à l'éclairer sur la situation des demandeurs, de procéder, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à un examen global de la situation de ces derniers au regard des informations dont elle dispose, sans être limitée par le motif invoqué dans la demande, afin de vérifier s'ils se trouvent dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnus prioritaires et devant être relogés en urgence au titre du premier ou du deuxième alinéa du II de l'article L. 441-2-3.
4. Il résulte du II de l'article L. 441-2-3 et de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.
5. La commission de médiation de la Marne a estimé qu'elle ne pouvait se prononcer sur le caractère prioritaire et urgent de la demande de M. B compte tenu des éléments incohérents fournis et de l'impossibilité d'évaluer son autonomie pour accéder au logement social en l'absence de diagnostic social et financier. D'une part, il ressort du formulaire de recours que M. B a déclaré être sans domicile fixe. Le préfet de la Marne se borne à faire valoir qu'une demande a été déposée le 21 septembre 2022 par Mme D, résidant chez sa mère, en vue de l'obtention d'un logement social en colocation avec M. B et que la situation de l'intéressé présente ainsi une incohérence. Toutefois, à supposer même que l'intéressé soit hébergé par un tiers, il doit, compte tenu du caractère transitoire d'un tel logement, être regardé comme étant dépourvu de logement au sens des dispositions précitées des articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation et se trouvait dans l'une des situations envisagées par ces articles pour être reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence. D'autre part, le requérant se prévaut de sa qualité de salarié et produit des bulletins de salaire faisant état d'un revenu mensuel de 1 615,43 euros. La circonstance que les professionnels de l'action sociale et médico-sociale n'ont transmis à la commission de médiation aucune information concernant le requérant, faute de le suivre, ne suffit pas à faire obstacle à l'examen de la situation de l'intéressé, auquel il n'a été au demeurant sollicité aucun élément complémentaire, et à opposer un motif tiré de l'absence de capacité du demandeur d'accéder et de se maintenir dans un logement, lequel n'est en tout état de cause pas au nombre des critères justifiant le refus de la commission de médiation. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir qu'il remplit les conditions pour se voir reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.
6. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 24 janvier 2023 par laquelle la commission de médiation de la Marne a rejeté son recours tendant à ce qu'il soit reconnu comme prioritaire et devant être logé d'urgence.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 24 janvier 2023 par laquelle la commission de médiation de la Marne a rejeté le recours de M. B est annulée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.
La magistrate désignée,
Signé
A-S MACHLa greffière,
Signé
A. DEFORGE
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