vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2300414 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 février 2023, M. B A, représenté par Me Scribe, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 2 janvier 2023 par laquelle
le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a implicitement refusé
de renouveler sa carte professionnelle d'agent de sécurité ;
2°) d'enjoindre à la Commission nationale d'agrément et de contrôle de lui délivrer
une carte professionnelle ;
3°) de condamner le Conseil national des activités privées de sécurité à lui verser
la somme de 1 713,32 euros par mois à compter du mois de janvier 2023 et jusqu'à
ce qu'une carte professionnelle lui soit délivrée ;
4°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car
il remplissait toutes les conditions lui permettant d'obtenir le renouvellement de sa carte professionnelle il n'a commis aucun fait de nature à justifier un refus de renouvellement ;
- il a subi un préjudice financier car il ne peut plus exercer son activité professionnelle, son préjudice s'élevant à 1 713,32 euros par mois.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2024, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les conclusions indemnitaires sont irrecevables et que les moyens
de la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 5 avril 2024 par une ordonnance du 15 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- l'arrêté du 27 février 2017 relatif à la formation continue des agents privés
de sécurité ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Henriot, conseiller ;
- et les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a obtenu le 31 octobre 2017 une carte professionnelle lui permettant d'exercer des activités privées de sécurité pour une durée de cinq ans. Le 29 septembre 2022, il a sollicité le renouvellement de sa carte professionnelle. Par un courrier du 28 octobre 2022, il lui a été indiqué que son dossier était incomplet et il a été invité à fournir des pièces complémentaires. Le 2 novembre 2022, le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a accusé réception des pièces complémentaire produites par M. A.
Le 2 janvier 2023, la demande de M. A a été implicitement rejetée. Le 4 janvier 2023,
le directeur du CNAPS a refusé de délivrer à M. A la carte professionnelle sollicitée.
M. A demande, d'une part, l'annulation de la décision du 2 janvier 2023 portant refus
de renouvellement de sa carte professionnelle et, d'autre part, que le CNAPS soit condamné à lui verser la somme de 1 713,32 euros par mois à compter du mois de janvier 2023, jusqu'à ce qu'une carte professionnelle lui soit délivrée.
2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite
de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. En conséquence,
les conclusions aux fins d'annulation de cette décision implicite doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse de rejet.
3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision implicite du 2 janvier 2023 doivent être regardées comme dirigées contre la décision du directeur du CNAPS du 4 janvier 2023.
4. Aux termes des dispositions de l'article R. 612-15 du code de la sécurité intérieure : " La demande de carte professionnelle est également accompagnée des documents suivants : () 4° La justification de l'aptitude professionnelle se rapportant à l'activité exercée acquise dans les conditions prévues par la section 4 () ". Selon l'article R. 612-17 du même code : " La demande de renouvellement de la carte professionnelle est présentée, trois mois au moins avant sa date d'expiration, dans les mêmes conditions que celles prévues par la présente sous-section pour une demande de délivrance de la carte à l'exception, pour les ressortissants étrangers, de la production du document prévu au 3° de l'article R. 612-15. Elle comprend également l'attestation du suivi d'un stage de maintien et d'actualisation des compétences dans les conditions fixées à l'article R. 625-8. () ". Selon les dispositions de l'article R. 625-8
du même code : " La durée et le contenu du stage de maintien et d'actualisation des compétences ainsi que ses modalités d'organisation sont définis par arrêté du ministre de l'intérieur. () ". Aux termes des dispositions de l'article 1er de l'arrêté du 27 février 2017 relatif à la formation continue des agents privés de sécurité : " Le présent arrêté définit, pour chaque activité privée de sécurité relevant du titre Ier du livre VI du code de la sécurité intérieure, le contenu, la durée et les modalités d'organisation du stage de maintien et d'actualisation des compétences mentionné à l'article R. 625-8 et nécessaire pour le renouvellement de la carte professionnelle. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la carte professionnelle qui a été délivrée
à M. A le 31 octobre 2017 l'autorisait à exercer les sept activités suivantes : " surveillance humaine ou électronique ", " sureté aéroportuaire ", " protection physique des personnes ", " transport de fonds ", " maintenance et gestion de DAB ", " opérateurs de vidéoprotection " et " recherches privées ". M. A a sollicité le renouvellement de sa carte professionnelle
le 29 septembre 2022. Par un courrier du 28 octobre 2022, la Délégation territoriale Est
du CNAPS lui a indiqué que sa demande était incomplète et lui a demandé de fournir, notamment, une attestation de suivi de stage et de maintien des compétences, en précisant que s'il souhaitait conserver les sept activités qu'il avait été autorisé à exercer, il devait fournir
une attestation de maintien des compétences pour chacune d'entre elles. Il est constant qu'en réponse à ce courrier, M. A a produit une attestation de suivi d'un stage de maintien et d'actualisation des compétences concernant la seule activité de surveillance humaine ou
de gardiennage. Dans ces conditions, le directeur du CNAPS ne pouvait rejeter la demande
de M. A au motif qu'elle n'était pas complète dès lors que l'attestation produite permettait le renouvellement de la carte d'agent de sécurité pour la seule activité de surveillance ou
de gardiennage.
6. Il résulte de ce qui précède que la décision du directeur du CNAPS
du 4 janvier 2023 doit être annulée en tant qu'elle refuse au requérant le renouvellement
de la carte d'agent de sécurité pour l'activité de surveillance ou de gardiennage.
7. M. A soutient sans être contredit qu'il remplit, par ailleurs, l'ensemble
des conditions lui permettant d'obtenir le renouvellement de sa carte professionnelle, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement de circonstances, qu'une carte professionnelle permettant d'exercer l'activité de surveillance humaine ou de gardiennage
lui soit délivrée. Par conséquent, il y a lieu d'enjoindre au CNAPS, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer une telle carte professionnelle dans
un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
8. Aux termes des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".
9. Il résulte de l'instruction que M. A n'a adressé aucune demande indemnitaire au CNAPS. Par suite, ses conclusions indemnitaires sont irrecevables.
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CNAPS
la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité
du 4 janvier 2023 est annulée en tant qu'elle refuse à M. A le renouvellement de la carte d'agent de sécurité pour l'activité de surveillance ou de gardiennage.
Article 2 : Il est enjoint au CNAPS de délivrer à M. A une carte professionnelle
lui permettant d'exercer l'activité de surveillance humaine ou de gardiennage dans un délai
de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le CNAPS versera à M. A la somme de 1 500 euros en application
des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Conseil national
des activités privées de sécurité.
Délibéré après l'audience du 24 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
Le rapporteur,
signé
J. HENRIOTLe président,
signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
signé
A. PICOT
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